Lettre du I er août
Ces souvenirs revivront dans ses vers, enrichiront le décor où ses émotions s'expriment. Déjà dans ses lettres, dans l'abandon des confidences, nous pouvons saisir les mouvements de son imagination devant les spectacles qui se déroulent. Ce sont des aveux d'un grand prix qu'on peut surprendre, qu'on doit signaler. Sa Correspondance en effet nous offre des impressiona^-des descriptions auxquelles il manque seulement des rimes pour ressemblera des fragments des Méditations et des Harrnonies. Souvent même, en citant quelques-uns de ses vers, il nous avertit d'y voir une peinture des régions campaniennes. Ce sont des e ffets de lumière qu'il note avec complaisance, des bruits dont il retient Jesjéchbs, tout décor dont il retrace les somptuosités. On voit qu'il '( a raison de nous dire qu'il passe son temps à «voir la mer, les montagnes, les arbres, les vaisseaux, la lune et le ciel, et les équipages sans nombre des promeneurs de Chiaja 1 . » Voici une page exquise qu'on dirait soulevée par un vent d'inspiration : «Je fin-
t. LeUr» du 18 août 1820.
UnarUne. M
i^ 146 LAMARTINE, POÈTE LYRIQUE.
.^voque tous les matins, écrit-il à Virieu, quand, en i ouvrant mon balcon, je vois cette belle mer étincelante se dérouler sans bruit sous les orangers du Pausilippe, sillonnée par des barques sans nombre dont les deux petites voiles latines ressemblent aux ailes blanches des hirondelles de mer. A mes pieds les gazons de la Villa Ré aie, semés de roses, verdissent déjà comme dans nos plus beaux printemps; à ma gauche les montagnes de Castellamare et de Sortante nagent dans une vapeur si légère qu'elles ont f l'air d'être prêtes à se dissiper elles-mêmes au moindre souffle ; plus près, le Vésuve, sillonné du côté de Portici par une lave qui coule toujours, élève ses torrents de fumée que le soleil levant teint de rose et qu'un léger vent du Nord fait pencher comme une colonne embrasée sur Ta mer. Oui, je t'invoque! Je voudrais que tout ce qui a des yeux pour voir et une âme pour sentir fût présent à cette éternelle fête de la nature 1 . » Cette page vaut la plus belle des Méditations, avec ses douces colorations, ses mouvements .d'une grâce incomparable. Les sensations pittoresques et les mouvements qu'elle dépeint sont fondus harmonieusement dans l'ensemble de la phrase, dont on ne sait ce qu'il faut le plus admirer, du bonheur
1. Lettre du 25 nov. 1820. Cf. dans les Harmonies, liv. II. L'Infini dans les Gieux.
L'ITALIE. % iiT
de l'improvisation ou de Fart de la composition, spontanée et si savante.
Quelquefois il envoie des vers dont il loue l'exactitude, la sincérité d'impression. C'est le propre de cette contrée de présenter ses paysages avec les enchantements des lieux vus en songe. La lumière qui baigne les formes leur donne une valeur de poésie. Le poète paraît décrire une région fantastique : en réalité il imite, il prend sur place les tons de sa palette, les attitudes et les images qui se lèvent dans ses vers. Il écrit à Virieu : « Voilà des stances toutes fraîches sur la nuit par le clair de lune ici : ^ / L ~rÇÇ^ '
Le soleil va porter le jour à d'autres mondés 1 j* Sur l'horizon désert Phébé monte sans bruit, Pénètre pas à pas les ténèbres profondes, Et jette un voile d'or sur le front de la Nuit.
Vois-tu du haut des monts ses clartés ondoyantes Comme un fleuve de flamme inonder les coteaux, Dormir dans les vallons, ou glisser sur les pentes. Ou rejaillir au loin du sein brillant des eaux 1 ?
C'est un effet de lune noté par un œil très subtil,
1. Lettre du 9 oct. 1820. Cf. Ischia, dans les Nouv. Méd. L* première strophe sera ainsi modifiée :
Le soleil va porter le jour à d'autres mondes; Dans l'horizon désert Phébé monte sans bruit, ( Et jette, en pénétrant les ténèbres profondes. Un voile transparent sur le front de la nuit.
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dans toute la richesse de ses colorations variées, de Ase^ reflets lointains; yyyt'- Dans une autre lettre, il annonce qu'en longeant la
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côte de Gênes, il a composé une Harmonie intitulée Poésie : « ce sont des descriptions splendides de ces
(beaux lieux, » dans lesquelles on retrouve le retentissement des échos, le souvenir des attitudes pittoresques, les impressions successives qui ont' agité le poète dans sa course émerveillée. C'est ainsi que nous entendons la vague aux bords grondants des mers, le chant lointain des matelots, le bruit qui meurt et recommence, les soupirs des vents dans les voiles ; nous voyons l'horizon fuyant dans l'espace,le soir qui s'éteint sur la tour, les grandes ombres que déroulent les montagnes, l'astre dormant sur la \ vallée, les reflets tremblants des étoiles, et le firma- I ment que retrace le cristal ondulant des flots * . . . -yî:j// j L'Italie est donc vraiment pour lui « la fête éter- " " \J belle de la nature 8 . » Au milieu des ennuis de ses | 'fonctions de diplomate, il fait entendre ces cris nostalgiques : « Oh ! qui me portera sur les bords de la mer de Naples, sous l'oranger de Sorrente, sous le laurier du Pausilipe ' ! » Quand il reviendra en France,