‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 98 sur 218 · Lettre du 18 août · texte numérisé non relu

Lettre du 18 août

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l'effusion d une âme dont l'épanouissement est solli- cité par la collaboration de l'air et du ciel, dans l' azur qui se reflète et les sons qui s'exhalent de toutes parts. La nature entière fait entendre ses consonances au chant du poète, dont la pensée s'exalte •' dans ce concert des êtres et des choses. Ecloses devant la mer, ces poésies en traduisent les couleurs changeantes, les mouvements doux, les sonores vi- . brations. Elles sont la mise en œuvre des impressions reçues et rendues sans effort par l'imagination la plus souple et la plus retentissante 1 .

Est-ce le poète qui répand sur la nature les formes * de ses rêves? Est-ce la nature qui a déposé dans l'Ame du poète le décor de ses images et l'harmonie de ses chants? Lamartine a noté lui-même l'accord du* . paysage qu'il contemple et des paysages de songe. Vit-il en Italie? Vit-il dans les contrées où l'Arioste promène ses visions? C'est une charmante et conti-* nuelle hésitation sur les limites de la réalité et de la légende ; et, dans les vers des Harmonies, c'est un échange ininterrompu de sensations décrites et I d'émotions imaginaires : il passe des unes aux autres V par la grâce des mensonges subtils et inconscients.

1. « Qui me portera sur les bords de la mer do Naplcs...! Qui m'y laissera rêver a loisir, recevoir et rendre sans travail les immenses impressions du pays du génio ! » Lettre à Virieu, 8 déc. 1820.

Dans les Souvenirs et Portraits, je relève un aveu d'un grand prix. Il se rappelle le séjour qu'il fit chez la comtesse Lena, non loin de Venise, près des collines Euganéennes. Quand il quitte ce site qui a servi de cadre aux images de choix qu'éveillait la lecture de l'Arioste, il sent qu'il laisse une partie de lui-môme et « je ne sais pas bien si c'était mon imagination ou mon cœur. » L'harmonie entre la beauté de ces lieux et l'éclat des paysages décrits par le poète était telle qu'il lui avait semblé vivre tous ces épisodes imaginaires. « Tout cet édifice, tous ces jardins, toutes ces eaux, tous ces murmures rappelaient tellement les demeures enchantées où l'Arioste avait égaré nos imaginations, depuis un mois, de merveille en merveille, d'amour en amour, qu'en vérité je ne savais pas bien si j'étais dans le songe ou dans la réalité 1 . »

Cette impression est celle qu'il éprouvait le plus souvent quand il laissait la grâce de la nature pénétrer en lui et susciter des images, c'est-à-dire dans les moments où il écrivait les Harmonies.

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