LA CHUTE DUN AXGE. I
séries avec ses amis; plusieurs de ses lettres à Virieu sont de véritables professions de foi continuant les entretiens des deux jeunes gens ou plus tard des deux hommes ; certaines traitent de « l'infini », d'autres « des principes de la révolution ». A défaut d'une philosophie, il y a chez lui un mouvement de pensée philosophique.
Le point de départ en est la pure orthodoxie chrétienne et même catholique, celle des Méditations. Mais de bonne heure, aux souvenirs de son éducation /pieuse se sont mêlés des éléments bien différents, j D'abord une partie de l'héritage des philosophes du j xxin" siècle. Lamartine a beau se poser en adversaire de Voltaire, comme il ne cesse pas d'être admirateur de ses livres lus et relus, une partie de la pensée du philosophe devient sienne. Ajoutons I que l'éducation qu'il a reçue est celle de VÉmile et qu'il se rattachait encore au xviii'^ siècle par son admiration pour Mme de Staël. Par Virieu, qui était à Munich, il entendit parler de la philosophie allemande. L'éclectisme de Victor Cousin le ravit. Comme il est toute sympathie, il est d'avis que tous les penseurs peuvent sympathiser, et qu'il n'est pour cela que de négliger tout ce qui les divise : , c'est la simplicité même! Diverses influences. I celle du temps et de la réflexion, à laquelle il faut joindre la mort de sa mère, l'ébranlement causé par la Révolution de Juillet, le contact avec l'Islamisme, ont contribué à le détacher de tout dogme particulier. En octobre 1835, il écrit à Virieu : « Il se
fait depuis mon voyage en Orient et mes incursions ]
dans rhistoire un grand travail de renouvellement ;
en moi ». Ce grand travail consiste justement pour ■
lui à faire tomber toutes les barrières, barrières ."
entre les croyances, entre les constitutions, entre j
les peuples : plus de séparations, plus de limites, .\
l'unité réalisée par l'atténuation des angles, par ; leffacement des contours, par l'évanouissement des
affirmations trop nettes et trop précises! Telle était, I
au moment où il écrit la Chute d'un ange, la philo- i
Sophie du poète. f
Si Jocelyn était une partie moderne de son grand ■)
poème, celle-ci nous ramène loin en arrière, à la ;
période antédiluvienne. Il est dit dans la Genèse : ^
« 11 arriva que les enfants de Dieu, voyant que les ^
filles des hommes étaient belles, prirent pour femmes ;
celles d'entre elles qui leur plurent ». C'est juste- v
ment ce que va faire lange dont Lamartine nous l
conte la chute ; car c'est là précisément pour un î
ange faire la bête. L'ange Cédar s'est détourné des |
merveilles divines vers cette autre merveille qui }
lui a paru plus belle : le corps de la femme. Désor- j
mais il va être condamné à souffrir de toutes les \
misères de la condition humaine. A ce prix, il ♦
pourra, par une série d'expiations, remonter à sa î
nature première. J
Donc Cédar est un ange. On s'occupait beaucoup des anges vers 1820, et surtout de leurs amours. Un des poèmes de Byron est intitulé Ciel et lierre {i820) et son ami Thomas Moore, que connaissait Lamar-=