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LE LANDGRAVE PHILIPPE DE HESSE. — SES PROJETS DE RÉFORME. — IL APPELLE FRANÇOIS LAMBERT. — OPI- NIONS DE LAMBERT SUR LA THÉOLOGIE ET LE GOU— dé VERNEMENT ECCLÉSIASTIQUE. — SON ÉCRIT SUR l@ prophétie, la science, les langues, l'esprit et la lettre. — IMPORTANCE DE CET ÉCRIT. — SON ACTUALITÉ. — SES LACUNES. — LA CONNAISSANCE DES LANGUES SACRÉES N’EST POINT INUTILE.
Le landgrave Philippe de Hesse, surnommé le Magnanime, que l’on a comparé à Philippe de Macédoine pour la finesse, et à son fils Alexandre, pour le courage, fut l’un des princes les plus distingués de l’époque de la Réformation. Intrépide, résolu, il contribua puissamment à la diffusion des vérités évangéliques.
Fils unique de Guillaume de Hesse et d'Anna de Mecklembourg, il naquit au château de Mar-
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bourg, le 23 novembre 1504. Il n'avait que cinq ans lorsqu'il perdit son père. Devenue régente, sa mère l’appela de bonne heure à partager avec elle les soucis du gouvernement. À l’âge de quatorze ans, l’empereur Maximilien I: le
déclara majeur. Il dut entrer aussitôt en guerre,
* Vavec lé chevalier François de Sickingen, qui We #« fit beaucoup de mal à ses états. Il assista, en
Lis
1524, à la célèbre diète de Worms, et quoiqu'il
“'appartint alors à aucun parti, il réclama le
respect du sauf-conduit délivré à Luther par l’empereur. On le vit entrer brusquement un
jour dans l'hôtel qu'habitait le réformateur.
Frappé de là fermeté de ses réponses et de son attitude courageuse devant la diète, il désirait lévoir de plus près. « Eh bien, docteur, comment cela va-t-il? » lui dit-il en l'apostrophant,.. puis, lui serrant cordialement la main, il ajouta : « Si vous avez raison, que Dieu vous soit en aide. » — A son retour à Cassel, Philippe autorisa la célébration de la messe en allemand {1}, lut avec soin les Écritures, et étudia attentivement les écrits de Luther.
Un jour qu’il se rendaït aux jeux de Heïdelberg (1524), où devaient se trouver tous les princes d'Allemagne, il rencontra près de Franc-
(1) Klüpfel, Philipp von Hessen, dans l'Encyclopédie de Herz0g, tome XI, p. 512-537.
fort, Mélanchton (1) qui revenait de voir sa
mère. Le jeune princes quine connaissait point encore personnellement le réformateur, s'approchà de lui, l’invita à rebrousser chemin et à passer quelques heures avec lui. « Il est des sujets, lui dit-il, sur lesquels je désire t'entre-
à côté de l’autre. Le réformateur exposa au prince avec beaucoup de clarté les vérités évan-
céliques, et le landgrave ne le quitta qu'après
lui avoir fait promettre de traiter avec soin par écrit les questions qu’ils avaient débattues. Mé+ -
temps après à Philippe son Abrégé de la doc-
trine renouvelée du christianisme, écrit ner-.
veux et concis, qui fit une impression décisives sur l'esprit du jeune prince. Pendant les fêtes
de Heidelberg, il défendit à ses chevaliers de jurer et de boire, et dès son retour à Marbourg
(18 juillet 1524), il prescrivit par une ordon-
nance que l'Évangile fût prêché dans ses états,
en toute sa pureté.
Un moine, le père mineur Nicolas Ferber, effrayé du zèle évangélique du landgrave, lui écrivit une lettre courroucée dans laquelle il le conjurait de demeurer fidèle au pape. « Je
(t) On sait que Mélanchton (Schwarzerd) était originaire de Bretten, petite ville badoise, près de Pforzheim.
tenir. » Les deux Philippe chevauchèrent l’un
% lanchton en prit l'engagement, envoya peu des #
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hf ‘ veux, ie Hhondit Philippe, demeurer fidèle à* l’ancienne doctrine, mais, telle qu’elle est renfermée dans l’Écriture. » En même temps, il eng'agea Sa mère, qui joignait ses instances à celles du moine, à lire avec soin la Bible, afin de s'assurer de son contenu. En, février 1525, il déclara à son beau-père, le duc Georges de Sa— xe, adversaire acharné de la Réforme, qu’il avait résolu, d'accord avec l'électeur palatin, d'ouvrir ses états à l'Évangile, et au mois de mars de la même année, il s'écriait à Kreuzburg, en présence de TA de Saxe et de son fils : « Plutôt abandonner mon corps et ma vie, mes états et mes sujets, que la Parole de Dieu. » Huit mois plus tard, il concluait avec Jean Frédéric, dans la solitude du château de chasse de Friedberg, une alliance défensive pour le maintien de la bonne cause, alliance qui fut ratifiée en février 1526.
Le 25 juin de la même année, s’ouvrit la diète de Spire.
Le landgrave y parut comme représentant décidé de la Réforme. Malgré l’ordre donné par l’empereur, dans son instruction datée de Séville, qu'on eût à maintenir en entier les coutumes de l’église, et qu’on invitât la diète à punir ceux qui se refuseraient à exécuter 1’6— dit de Worms, les princes évangéliques deman-
dèrent aussitôt un templé, dou A faire Célé- . brer leur culte, et «comme on le leur refusait avec D ou ils ordonnèrent à leurs ministres de prêcher chaque jour dans les salles de leurs palais. Philippe faisait, malgré sa jeunesse, (il avait vingt-deux ans), une impression profonde sûr ceux qui l’approchaient. Il disputait souvent avec les évêques, et grâce à sa connaissance des Écritures, il leur fermait aisément la bouche. Par sa fermeté, par ses menaces réitérées de quitter la diète avec l’électeur de Saxe, si on leur refusait le libre exercice de leur culte, il fut résolu « que jusqu’à la convocation d’un concile libre, universel, ou tout au moins national, chaque prince se comporterait dans son territoire de manière à pouvoir en rendre compte à Dieu et à l’empereur. »
Fort de cette décision de la diète de Spire, Philippe voulut entreprendre aussitôt la réformation de ses états. Jacques Sturm, député de Strasbourg, avec lequel il s'était lié pendant la diète, lui recommanda Francois Lambert, comme un homme d’un caractère décidé et capable de lui être utile pour la réalisation de ses projets. Mélanchton le lui désignant aussi, Philippe adressa aussitôt au réformateur francais un appel, que celui-ci accueillit avec joie.
En effet, quelque douces que fussent les rela-
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