‹ Lambert d'AvignonChapitre 15 sur 37 · DE · texte numérisé non relu

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prends g'arde qu'ils né te séduisent et que tu ne goûtes surtout en eux ce qu'il y à de vain et de contraire à là Parolé de Dieu. Prie le Seigneur sans relâche, pour que les babioles qui amusent les hommes ne te touchent point. Interroge souvent ton cœur et regarde s’il est souillé par ces études. Si tu t'aperçois que le sens charnel domine en toi, que tu es incapable de poursuivre dans la foi tes études humaines, que tes recherches affaiblissent ta vie

spirituelle, abandonne-les, car il vaut mieux

pour toi que tu t'arraches l'œil de la science terreste, que de périr à cause de lui.

« Mais, diront quelques-uns, la science humaine (humaniora) prépare la voie à la science divine. Mon opinion est aussi éloignée de la leur que l'Orient l’est de l’Occident. Christ à enseigné la sagesse du Seigneur. Jean-Baptiste lui a préparé la voie non en enseignant la rhéthorique, où la dialectique, ou la sophistique, mais en prêchant la repentance. — Toute science humaine serait-elle donc inutile? — Non certes, car toutes choses contribuent au bien des croyants, à cause de la foi. Mais il est faux de prétendre que les Écritures ne sauraient être expliquées sans le secours des humanités (litteræ politiores et artes liberales.) Il suffit que ces Écritures soient traduites dans une langue que tu comprennes. Autrement

Liga us nous retournerions à la folie des scholastiques, qui prétendaient qu'il fallait avoir étudié Aristote avant de pouvoir faire de la théolog'ie. Nous, au contraire, nous disons : la science du latin est nécessaire à celui qui veut interpréter un livre latin, la connaissance de l’hébreu à celui qui veut expliquer les écrits hébraïques, mais seulement dans la mesure voulue pour comprendre ce que l’on veut lire. Mais si toi tu ne connais d’autre langue que la langue populaire et que tu possèdes la Bible dans cette langue, nous prétendons que, pour la comprendre, tu n’as pas besoin des sciences humaines, mais seulement de l'Esprit de Dieu, par lequel ton intelligence sera ouverte aux vérités du ciel.

« Qu'il plaise à Dieu de mettre au cœur de tous les magistrats de fonder de bonnes écoles pour l'instruction des enfants des croyants, des écoles dans lesquelles on enseigne les choses divines et humaines, autant que cela sera nécessaire. Mais, avant tout, il faut que Christ y soit annoncé, et pour cela choisir des maîtres dont le premier besoin soit de rendre leurs élèves pieux. C’est déjà une grande science que de savoir ce qu’il faut rejeter. »

« Comme les pauvres ne sont pas moins précieux aux yeux de Dieu que les riches, que les

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maîtres soient payés par la caisse publique, afin que les enfants des indigents puissent recevoir l'instruction. Qu'on leur apprenne à lire et à écrire. Et comme le christianisme ne connaît pas la différence des sexes, qu’on établisse aussi des écoles de filles, dirigées par des femmes respectables, pieuses et instruites, qui leur apprennent la lecture et les ouvrages de leur SEXE. »

Pénétré de la pensée que l'Évangile est le pain des simples, Lambert s'élève avec vigueur dans son écrit contre la prédication savante et scolastique de son temps. Il veut que la Parole de Dieu soit mise à la portée de tous et qu’on emploie pour la répandre la langue populaire. Il insiste sur la solennité de l’acte de la prédication et demande de celui qui l’accomplit un esprit de prophète.

« On entend par prophétie, dit-il, la proclamation de ce qui est caché. Le vrai prophète c'est l’homme qui possède l'Esprit de Dieu. Enseigner la Parole de Dieu, sans posséder l’Esprit de Dieu, c’est faire métier de faux prophète. La grandeur et l'excellence du prophète ne dépendent pas de son éloquence , de sa science, de sa connaissance des langues, de son apparence, de son âge, de son expérience, 1 non plus que du pouvoir de faire des miracles, mais

de l’œuvre du Saint-Esprit. IL faut, pour annoncer la vérité, de la simplicité, de la pureté, du zèle. Lorsque tu remplis la fonction de prophète, examine souvent ton cœur pour savoir qui te fait agir, de la chair ou de l'esprit. La prière et la méditation sont la vraie préparation pour la prophétie; le prophète doit se laisser guider en toutes choses par l'Esprit de Dieu. Les paraboles, les exemples et tous les autres moyens mis en œuvre doivent tous être subordonnés au but à atteindre. On ne doit prêcher, que lorsque la prédication peut être utile à l'assemblée et au prédicateur. Elle n'est utile au prédicateur, que lorsqu'il se sent poussé à parler par l'Esprit de Dieu, que lorsque son cœur est enseigné par l'Esprit du Seigneur et purifié de toute passion terrestre; elle ne lui est profitable qu'alors que, préparé à sa tâche dans le tremblement et la crainte, ne se confiant qu’en Dieu seul, il ne monte en chaire qu'avec le désir ardent de sauver les âmes et de glorifier son Dieu.

« Le discours ne doit pas durer au-delà d’uné heure, à moins de circonstances exceptionnelles. Il est essentiel que la prédication soit simple, COTE) poursuivie, achevée sous l'ac-

sprit . Qu’ on évite les citations trop de même les ci inutiles POICES

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rant puisse tout comprendre. La langue des apôtres et des prophètes doit nous servir de

modèle. Que l’orateur ne parle que des choses

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qui lui sont parfaitement claires, qu’il évite celles qu’il ne comprend pas bien ou qui sont trop élevées pour lui. Plus la prédication est simple, plus elle est utile et digne de louange. L'homme charnel ne se soumet guère à cette règle, car il aime à briller par ses discours. C’est l’orgueil qui en entraîne plusieurs à parler dans une langue étrangère, quoiqu’ils connaissent la langue de leurs auditeurs. N’en voiton pas qui s’en vont du Piémont en Toscane pour y apprendre le pur dialecte toscan, et qui s’en retournent ensuite prêcher dans leur patrie ? C’est encore ainsi qu’on en voit du Languedoc, de la Gascogne, de la Guyenne, du Dauphiné, de la Savoie, de la Provence, d'Avignon et du Comtat-Venaissin, apprendre l'italien ou le français, pour prêcher ensuite en ces langues a leurs compatriotes, non pas en vue d’une prédication plus vraie, plus vivante, plus utile, mais seulement pour chatouiller les oreilles (ut auribus pruriant). I n’y & pas de langue au monde dans laquelle on ne puisse prêcher la Parole de Dieu d’une manière claire et compréhensible. Que faut-il d'antre pol sergue d'exprimer simplement ce que Le | senti? Ne peut-on pas ensel k

‘les langues, des choses aussi simples que les vérités chrétiennes, exhorter les gens, les con- S0IÈr

« Prêcher en langue étrangère, lorsque l’on connaît la langue populaire, c’est, disons-le sans détour, de l’orgueil et de la vanité. Ah! malheur, malheur aussi à moi qui écris ces choses, et qui si souvent les ai négligées! Mais si Dieu me faisait la grâce de pouvoir un jour de nouveau parcourir ces provinces pour y annoncer l'Évangile, je ferais tout mon possible pour parler à chacun dans sa propre langue.

Dans les lieux où je serais indécis de savoir quel idiôme je dois choisir, je prêcherais dans les deux idiômes et je me tiendrais à celui que mes auditeurs auraient choisi. Et si j’arrivais dans un endroit où quelques-uns des riches et des puissants réclameraient, à l’encontre du peuple, le français ou l'italien, je prêcherais Cr dans la langue du peuple, afin que celui-ci ne perdît pas, à cause de ces délicats, le fruit de l'Évangile. Car je n’ignore pas, que le prédicateur est responsable des âmes auxquelles il s'adresse. Je nie que la prédication soit mieux écoutée lorsqu'elle est prononcée dans une langue plus cultivée. Son fruit dépendrait-

il des ornements de la rhétorique ? Non certes, à moins que nous devions enseigner une langue à nos auditeurs. »

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à Mgr

Comme toute connaissance exacte des Ecri-

tures dépend de l’Esprit de Dieu, Lambert esti-

me que les plus ignorants, même ceux qui ne savent pas lire, peuvent parvenir à cette connaissance. Il pense même qu’ils y arrivent souvent plus facilement que les savants. « La sagesse humaine cherche à connaître Dieu et à le pénétrer. Elle croit pouvoir se suffire à ellemême, et ne veut pas se soumettre à la sagesse d’en haut, parce qu'elle est spirituelle. La chair convoite contre l'esprit et l'esprit contre la chair. Or, la sagesse divine dévoile l’impuissance de la sagesse humaine pour arriver à la connaissance de Dieu et de ses mystères ; elle met à nu son insuffisance pour prononcer d’ellemême un jugement utile et sain. C’est pourquoi les croyants repoussent cette sagesse fabriquée, la méprisent et la considèrent comme de nulle valeur, en comparaison de la sapience divine dont ils ont éprouvé en eux-mêmes la puissante efficace. Les serviteurs de la Parole mous combattre tout ce qui procède de la sagesse humaine, la philosophie, les arts libéraux, les langues, et ne leur donner aucune autorité dans les choses qui concernent le salut et la vraie justice. Mais ne comprends pas mal ce que je te dis. Si nous voulons que ces sciences soient anéanties, nous n’entendons pas par là que personne n'apprennesles langues ou ne à 6

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cultive la philosophie, les sciences et les arts, mais que l’on sache bien qu'elles n’ont aucun pouvoir dans les choses d’en haut, et que, comparées à la science divine, elles ne sont qu'ordure et que boue. Je m’attends bien à ce que les littérateurs s’éléveront contre moi à cause de ce discours, eux qui n'hésitent pas à parler contre Dieu; mais je ne m'en inquiète pas.

Qu'ils essaient de lutter avec le Saint-Esprit qui a dit : J'anéantirai la sagesse de ce monde. »

On ne saurait nier la justesse et l’à-propos

de ces paroles de Lambert; applicables à la philosophie scolastique de son temps, elles le sont aussi à cette prétendue sagesse qui, de nos jours, s'élève contre la Parole de Dieu, et veut faire de l’église de Christ non le sanctuaire où parle son Esprit, mais une arène ouverte à toutes les opinions humaïines. Cependant, tout em reconnaissant que Dieu donne de l'intelligence aux simples et révèle aux plus humbles ses mystères, il importe de relever ce qu’il y a d'exagéré dans la thèse soutenue par Lambert.

L'Évangile, disons-le bien haut}ne préconise pas l'ignorance; et, en particulier, l'étude des langues, HU blde en vue de mieux sonder les textes originaux, ne saurait être trop encou-— ragée. Ne pourrait-on pas relever, dans les commentaires de Lambert sur les prophètes, bien des erreurs-qui provenaient de son igno-

dis

rance du texte sacré ? Étudiez, dirons-nous aux ministres de la Parole, étudiez avec soin les Écritures dans les langues originales ; profitez de toutes les ressources que la science peut vous fournir pour les mieux comprendre, mais n'oubliez jamais que la science sans l'Esprit est une science morte, et par conséquent impuissante pour sauver les âmes, but essentiel de votre ministère,

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