‹ Lambert d'AvignonChapitre 21 sur 37 · LI79 SI · texte numérisé non relu

LI79 SI

MOTIFS POUR LESQUELS FRANÇOIS LAMBERT D'AVIGNON, THÉOLOGIEN, A QUITTÉ L’ORDRE DES FRÈRES MINEURS ET DÉPOSÉ L'HABIT MONASTIQUE (1).

François Lambert d'Avignon, inutile serviteur de Jésus-Christ, souhaite grâce et paix au pieux lecteur !

Ayant jadis fait partie de l’ordre des Frères Mineurs, auxquels on donne le titre, certainement peu chrétien, d’Observantins, et ayant, pendant plusieurs années, prêché, sous leur habit, la Parole du Seigneur en divers lieux, je me suis vu récemment contraint d’abandonner et leur société et leur robe. Il est donc nécessaire dé rendre publiquement raison des motifs qui m'ont engagé à sortir de cet Ordre. Les âmes faibles et simples seraient en effet scandalisées, si jé ne leur montrais gwe ce que

(4) Fr. L. Aven. Theologi. Rationes propter quas Minorita-

rum conversationem habitumque rejecit. De Wittemberg, en février 1523.

j'ai Jai, j'ai pu le fuire selon Christ. Tel est le but du présent écrit.

J'habitais Avignon, ville célèbre des Gaules, quand, ayant dans mon bas âge perdu mon père, et me trouvant sollicité si bien par l’Esprit de Christ, je fus frappé de l’éclat extérieur dont brillait cet Ordre des Frères Mineurs Observantins, et de cette grande apparence de sainteté, que je regardais, dans ma simplicité enfantine, comme l’image de leur caractère intérieur. J'admirais en eux la décence du costume, les regards baïssés, la tête inclinée, le langage mielleux d’une piété feinte, leurs pieds nus parés de grossières sandales. Je m’extasiais de la dignité de leur tenue, de leur démarche grave, de leurs bras croisés sur la poitrine, des gestes pleins de grâce et d'élégance qui accompagnaient leurs prédications. Mais j'ignorais que, sous des vêtements de brebis, se cachaient des cœurs de loups et de renards.

Il est vrai que les hommes qui exerçaient sur moi le plus d'influence étaient ceux qui, dans la chaire, annonçaient les doctrines les plus conformes à l’enseignement de Christ, et qui, me prenant à part, me faisaient toute sorte de beaux contes sur l’utilité du cloître, le repos de la cellule, l’avantage des études, et les autres bienfaits de la vie monastique. Mais, ce

qu’il eût fallu dire, ils le taisaient soigneusement. Ce fut sous l’action de tels mobiles, qu’à l’âge de quinze ans, je demandai à être recu dans leur ordre. Cette réception, qui devait devenir une déception si grande, fut permise de Dieu, dans sa profonde sagesse, pour que je pusse reconnaître, en faisant l'expérience de l'hypocrisie humaine, la valeur réelle de ce qui paraissait si sublime à mes yeux. Je ne doute point que Dieu n’ait voulu que je fusse séduit par leurs beaux dehors de piété, afin de pouvoir, après avoir appris ce qui en était, quitter leur société et faire connaître au monde quelles ordures étaient cachées sous ces « sépulcres blanchis. »

Pendant mon année de noviciat, on s’efforca de me cacher soigneusement toutes les pratiques impies qui avaient cours parmi eux, afin que je ne fusse pas amené à renoncer à mon dessein. Ils savent bien que personne ne ferait profession chez eux, si les novices pouvaient se douter de ce qui s’y passe en secret. Ces impies déclarent que si quelqu'un conçoit la moindre velléité de sortir de leur congrégation, il commet par là un crime que rien ne peut expier. Mais une fois qu’on est devenu moine profes, ils ne redoutent plus les scandales qu’on peut donner. C’est assez montrer qu’ils aiment

mieux qu’on abandonne Christ que leur propre secte.

Ed

Une fois mon noviciat terminé, je prononcçai mes vœux. J'étais alors âgé de seize ans et quelques mois, et je ne savais absolument pas ce que je venais de faire. Bientôt je m'apercus du contraste qui existait entre leur conduite extérieure et leurs mœurs véritables, et plus je me voyais trompé dans mes espérances, plus j'en éprouvais de tristesse, de découragement et d’abattement. Je ne pouvais plus entrer en possession de ce repos d'esprit que j'avais si vivement désiré. Quand j'eus été appelé à l’exercice du saint ministère de la parole, je ne puis assez dire tout ce qu’ils me firent endurer de vexations, parce que je ne prêchais pas selon leur gré. Les populations entendaient la Parole de Dieu et l’accueillaient avec avidité ; eux seuls, comme des « serpents sourds », fermaient l'oreille à la voix du Très-Haut. Ils disaient sur tous les tons que j'étais un flatteur et un falsificateur de la Parole sainte; ce que je ne pouvais leur accorder. |

Enfin, au bout d'un grand nombre d’années, je fus choisi pour annoncer partout l'Évangile de Christ et nommé, comme ils disent, prédicateur apostolique. Cette glorieuse mission m'appelait à parcourir le monde entier, à l'exemple des apôtres et à saisir, comme eux, toutes les occasions d'annoncer l'Évangile.

Mais, pendant que je cherchais, selon la me-

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sure de mes forces, à exécuter cette tâche, mes confrères s'efforcaïent, de leur côté, à calomnier de toute manière l'œuvre que le Seigneur daignait accomplir par mon moyen. Je cherchai à désarmer leur excessive haine en renoncant à profiter des ressources qui m'étaient accordées pour les besoins de mon ministère; mais cet état de pauvreté chrétienne ne me mettait pas à l'abri de leurs persécutions.

Quand, après une prédication continue de plusieurs mois, je rentrais au couvent, aussitôt ces adversaires impies de la vérité me rendaient le mal pour le bien. Les malédictions, les injures, les outrages étaient lPassaisonnement ordinaire de mes repas. |

Les persécutions des Frères Mineurs m’inspirèrent la pensée d’entrer chez les Chartreux, car je craignais de rentrer dans le siècle, de peur d’être un scandale à tous ceux parmi lesquels j'avais prêché la Parole de. Christ. Je me disais aussi : Si je dois renoncer à annoncer en paix au peuple les oracles de Dieu, je chercherai à l'instruire par mes écrits. Ilusion diabolique, car les autres moines n'auraient pas mieux toléré mes livres que les Frères Mineurs ma prédication. Je fus toutefois détourné de mon projet par les Observantins eux-mêmes, qui me rappelèrent au ministère de la Parole. Mais bientôt avec la prédication revint la per.

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