‹ Lambert d'AvignonChapitre 22 sur 37 · L : MS à h · texte numérisé non relu

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sécution. On m'’enleva, et l’on mit $ous les scellés Zes livres vraiment évangéliques de Martin Luther, ce théologien très-chrétien, que j'avais en ma possession. On les condamna et on les brûla, sans que le chapitre provincial en eût pris Connaissance, et sans qu'il les eût même regardés. Au moins eût-il fallu les lire : mais on se contentait de crier : « Z{s sont héréliques, ils sont hérétiques ! » Voilà comment ils jugent et condamnent ce qu’ils ignorent absolument. Pour moi, je dirai avec confiance que je suis convaincu selon Dieu, qu’il y a dans ces livres plus de vraie théologie que dans tous les écrits de tous les moines, qui aient jamais été composés.

Voilà les hommes qui prennent orgueilleusement le titre pompeux d'Observantins. Christ a dit (Luc XVII) : « Lorsque vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, dites : nous sommes des serviteurs inutiles. » Mais eux, pour qu’à leur nom seul on puisse les reconnaître comme des contempteurs de la Parole sainte, ils disent : « Nous sommes des Observantins. » Ce qu’il ya de sincère dans leur manière d'observer la loi de Dieu, on peut le concevoir quand on sait qu'ils ne comprennent ni ne veulent comprendre leur propre règle. Je sais assez combien ils m'ont cherché querelle, lorsque je mettais la conversation avec eux sur

ce sujet ‘car j'étais autrefois un ardent sectateur de leur règle et j'en blâmais vivement les infractions. Mais alors le glorieux tombeau du Seigneur n'était pas encore ouvert, et la pierre des œuvres humaines et de la sagesse charnelle n’avait pas encore été enlevée de dessus le sépulcre de l'Évangile, dans lequel demeurait ensevelie l’aimable vérité des oracles divins.

Que faire au milieu de tels impies? Ayant donc recu des lettres missives pour le général ou vice-général de l’Ordre, je passai de France en Allemagne, et c’est dans ce dernier pays que, profitant de l’occasion qui m'était offerte, je dépouillai cette robe de pharisien, sachant qu'être vêtu de telle ou telle couleur ne fait rien pour le christianisme. Mais j'alleste le Seigneur, que jamais je ne les eusse quillés, si en restant au milieu d'eux, j'avais PU Conserver la liberté de la vérité évangélique, et que c'est parce qu’ils ne la supportent nulle part, que j'ai dû les abandonner. J'avais d’abord agi contre le précepte de Paul {1 Cor. VII) : « Vous avez été rachetés à grand prix; ne devenez pas esclaves des hommes. » Ils deviennent esclaves des hommes, ceux qui se soumettent à leurs absurdes constitutions. Mais puisque, dans mon égarement, je m'étais rendu l’esclave des hommes, qu'avais-je à faire, sinon de suivre le

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