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ciple de Saint- François, ‘de l'épitre ax Ro, | mains. Il demandait aussi à 1 Apocalypse de : ‘he. vives et saisissantes images, qui frappaient, | par leur contenu mystérieux, les populations # 7 ignorantes du comtat Venaissin,
Mais cette fardeur, ce zèle, l'enthousiasme qu'excitait le fougueux prédicateur, enthou- siasme que rehaussaient encore sa noble figure et sa grande prestance, ‘exaltérent au plus haut degré la haine de ses confrères. “
" « Pendant que je cherchais, Selon la mesure
de mes forces, écrit-il dans son épître au pieux lecteur (1), à exécuter une difficile et laborieuse
ñ tâche, M icctés s'efforcaient de leur côté à calomnier de toutes manières l'œuvre que le Seigneur daignait accomplir par mon moyen.
Je cherchai à désarmer leur ‘excessive haine, en renoncant à profiter des ressources qui m'étaient accordées pour le besoin de mon ministère ; mais cet état de pauvreté chrétienne ne me mettait pas à l'abri de leurs persécutions. »
” D'ordinaire, après une prédication continue
de plusieurs mois, le malheureux moine ne trouvait, en rentrant épuisé dans sa cellule, que l'indifférence et le mépris. « Les malédictions, les injures, les outrages, étaient l’assaisonne-
(4) Idem, p. 120.
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à: 5 TT ent häbituel de DR repas. » Dé pieux amis à-# “venaient-ils à. son aide en lui donnant une
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‘jours peut la de ou la vendre, « Seul
profit, $ ’accordait- on à dire, de ses courses
éyangéliques, » ra M" +4 Un jour que frère François prêchait ue une
ville avec toute la gravité apostolique et la vi-
vacité d'un Français du midi, il s’écria : « Faites
un feu devant les sacrés parvis,set consumez-y les dépouilles de votre luxe et de vos débau-
ches.., » Aussitôt toute l'assemblée s'émeut ; 18
uns allument le feu, les autres courent dans
leurs demeures eten reviennent avec des dés, des cartes, des tableaux obscènes; puis, éomme le chrétiens d’Ephèse à la parole de saint Paul, ils jettent tout dans les flammes. Une grande foule était rassemblée, et dans le nombre quelques franciscains qui, apercevantune image impure, la retirèrent adroitement et la cachèrent sous leur robe, « pour alimenter leur propre feu, » dit Lambert. Frère François le remarquant, une sainte colère l’enflamma, et apostrophant hardiment les moines, il leur reprocha leur Iubrict{@i et leur vol, Honteux, ils baissèrent la tête et» rendirent l’image, mais en jurant de se venger (1). |
(1) Bavm, Lambert von Avignon, p. 13, 14; MERLE D'Au- BIGNÉ, Histoire de la Réformation, 1. EL p. 421, 422,
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L'autorité de Lambert n'était pas moins grandé. auprès des grands qu’auprès des petits. Un mar- si chand d’indulgences qu’il accusa devant le ” magistrat de la ville fut condamné. Mais son courage, la distinction de sa personne, l’assurance que lui donnait son caractère, multipliaient le nombre de ses ennemis parmi les membres de son ordre. La jalousie avait à tel point grandi avec sa réputation que, devant un jour prêcher à Avignon, en présence d’un lég'at du Pape, deux de ses supérieurs l'en em- Péchèrent, en le faisant passer pour malade, soit parce qu’ils Craignaient son talent, soit parce qu’ils redoutaient son énergique franchise.
Lorsqu'il apprit par quelle basse vengeance on leprivait du triomphe surlequel il avait compté, il éclata en reproches amers vis-à-vis du gardien. Mais celui-ci, homme ambitieux et brutal, menaca le moine téméraire du cachot et de la torture ; et plus tard, lorsqu'il devint provincial de l’ordre, il donna par écrit libre cours à la violence de sa haine.
« Sous le coup de ces offenses répétées; la dou- 0 et le remords d’être entré dans l’ordre des Franciscains, s’accrurent dans l'esprit abattu et impatient de Lambert. Des doutes secrets qui, dès cette époque, commençaient à hanter son esprit, en furent aussi fortifiés. Il avait parfois de vifs désirs de retourner dans le monde qui lui
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semblait infiniment plus saint que le cloître. Mais le scandale qu’occasionnerait une telle démarche partout où il avait prêché et exalté la
sainteté de la vie monacale, la nouveauté et la
hardiesse d’un tel acte le retenaient, et le décidèrent à accepter courageusement son sort. Il désirait toutefois changer d'ordre et de compagnie, et pour montrer que ce qu’il fuyait ce n'étaient ni les pénitences, ni les macérations d'aucune sorte, il résolut d'entrer dans une
communauté de Chartreux. « Là, pensait-il, je trouverai du repos pour mon âme troublée. Je
me disais aussi : si je dois renoncer à prêcher au peuple les oracles de Dieu, je chercherai à l’instruire par mes écrits. Illusion diabolique, ajoute-t-il, car les autres moines n'auraient pas mieux toléré mes livres que les Frères Mineurs ma prédication (1). » Mais les Observantins se chargèrent eux-mêmes de le détourner de son projet, en le rappelant au ministère actif de la parole.
Les écrits de Luther, qui étonnaient alors l'Allemagne et ébranlaient le pouvoir de Rome jusque dans ses fondements, pénétraient peu à
peu en France. Portés aux foires de Lyon et
d’ailleurs, ils étaient avidement achetés par les gens cultivés, dévorés comme un fruit défendu,
(1) Correspondance, t. 1, p.121.
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puis multipliés par des traductions et des copies et répandus parmi le peuple. Ils avaient descendu le Rhône et étaient arrivés dans la cellule de Lambert. Leur effet futimmense sur son âme. Ilcompritenfin cequ’il avaitvaguemententrevu jusque-là. Ces lueurs incertaines devinrent une brillante lumière. Luther lui révéla l'Évangile. Ces précieux écrits qui, grâce à la réputation toujours croissante du sectaire allemand, étaient devenus le symbole de toutes les héréju sies, furent bientôt découverts dans la cellule du moine, enlevés et brûlés par le chapître provincial, sans qu'aucun de ses membres en eût pris connaissance. « Au moins eut-il fallu les lire, remarque Lambert, mais on se contentait de crier : Ils sont hérétiques! Ils sont hérétiques! Voilà, continue-t-il, comment ils jugent et condamnent ce qu’ils ignorent absolument.
Pour moi, je dirai avec confiance que je suis convaincu, selon Dieu, qu’il y a dans ces livres plus de vraie théologie que dans tous les écrits que tous les moines aient jamais compo-
#, sés. » (1).
. Il était trop tard du reste pour saisir, condamner et brûler ces écrits. Leur œuvre était faite dans l’âme du moine franciscain. Les yeux de Lambert avaient été ouverts à la lu-
(1) Correspondance, t. T, p. 121.
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imière. Ên vain s'était-il appliqué jusqu'alors à des jeûnes fréquents; en vain ne dormait-il qu’assis sur un escabeau ; en vain évitait-il le regard d’une femme, se couvrait-il de cilices, se flagellait-il souvent, exténuait-il tellement son corps qu'il pouvait à peine se tenir debout et s'évanouissait quelquefois ; tout cela n’avait pu donner la paix à son âme (1). Pas plus que le moine augustin de Wittemberg, il n'avait trouvé la tranquillité dans les macérations et le jeùne. Mais aujourd’hui il sait « que le juste vivra par la foi, » et désormais il n’a plus qu’une pensée : quitter son couvent, la papauté, la France, aller aux lieux où coulent les eaux évangéliques, et s'y plonger pour éteindre les feux qui le consument, Il veut voir de ses yeux cet homme qui attaque sans ménagement les moines et leurs débauches, et donne à la papauté des coups si redoutables.
Ce ne fut pas sans peine que frère François
(4) Scio ego ipse qui haec conscripsi, hominem qui urebatur, multis saepe jejuniis et eisdem gravissimis corpus adflixisse, non aliter dormuisse multo tempore quam in
scamno nudo sedentem, induisse cilicia durissima carni, mule
toties corpus flagcilasse, et sæpius id sibi quotidianum fuisse; fæminarum conspectus devitasse, aliisque variis modis corpus attrivisse, ita ut vix super pedibus stare posset, verum nun< quam id adsequi potuit ut non aestuaret mens cogitationibus et dessidariis quae nunquam in eo quieverunt, donec secundum Altissimi jussionem conjux factus est. {De sacro
çonjugio.)
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tint secret le changement qui s'était opéré dans son cœur, non plus que les projets qu’il formait depuis le jour « où le glorieux tombeau du Sauveur lui avait été ouvert, où la pierre des œuvres humaines et de la sagesse charnelle avait été enlevée de dessus le sépulcre dans lequel demeurait ensevelie l’aimable vérité des
oracles divins (1). »
L'opposition absolue qui existe entre les pratiques monacales les plus pures et les plus loyales, et leur nullité en présence des enseignements de l'Évangile, éclatait pour Lambert d’une manière chaque jour plus évidente et plus amère. Comme l'apôtre Paul, il s’écrie : « J'étais un ardent zélateur, et seulement trop sévère et trop dur contre les transgressions. Combien n’en ai-je pas entraînés à prononcer des vœux; combien n’en ai-je pas exhortés à persévérer dans leur profession ; et maintenant je suis
épouvanté en pensant que j'ai été la cause de si innombrables péchés! J’ai péché, plus péché
que je ne puis le dire! »
En effet, Lambert ne s'était pas contenté … d’exhorter de vive voix à la vie monacale. Il semble que, chose rare parmi les moines de son ordre, il ait composé et publié quelques écrits
(4) Correspondance, t. 1, p.121.
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ascétiques. C’est du moins ce qui résulte de cette déclaration solennelle qu’il fit plus tard :
« Je désavoue tout ce qui, dans mes anciennes prédications, n’est pas en parfait accord avec la simplicité de l'Évangile. J'adjure tous ceux qui m'ont jadis entendu prêcher ou qui ont {4 #mes écrits, de rejeter tout ce qui n’est pas Conforme à la vérité maintenant révélée. Mais j’aien Celui qui m'a retiré de cette servitude, pire que celle d'Égypte, la confiance que, par son aide, je pourrai abondamment réparer toutes les erreurs que j’ai commises dans mesouvrages. » (1).
(1) Idem, t. I, p. 122.