SA JUSTIFICATION. — EMBARRAS MATÉRIELS, — IL PART POUR METZ
Après un séjour de peu de durée dans la ville qu'habitait Erasme de Rotterdam, et qu’'Œcolampade allait bientôt gagner à la Réforme, Lambert partit pour l'Allemagne, sous le nom de Jean de Serres, afin de dépister ses ennemis. Quel chemin prit-il, on l’ignore. On sait seulement qu’il fit à Bâle la connaissance de Pellican, de Limpurger et de Basile Amerbach, et qu’il vit à Cologne ou à Mayence Capiton, à qui Agrippa de Nettesheim l'avait
Li 98e recommandé. Arrivé à Eisenach {1) en novembre (1522), il écrivit à Spalatin, chapelain de l’Electeur, pour obtenir par son intermédiaire une conférence avec Luther, et la permission de résider en Saxe. (2)
Lambert attendit à Eisenach, de novembre 1522 à janvier 1523, la réponse à la lettre qu’il avait adressée à Spalatin. Il ne passa pas ces mois dans l’inaction. Outre des lecons sur l’évangile de Jean, qu’il expliqua aux habitants de la ville qui savaient le latin, il publia, malgré les clameurs de quelques moines, cent trente-neuf thèses, qu’il se déclara prêt à soutenir le 21 décembre contre tout opposant. Ces thèses, relatives au célibat des prêtres, à la confession, au baptême, etc. furent envoyées à Luther. .
Spalatin s'était adressé au réformateur pour obtenir de lui conseil et directions à l’occasion du moine fugitif. Luther ne se montra pas d’abord bien disposé en sa faveur. Il avait été si souvent trompé par des relaps sans mœurs et sans foi, il avait eu tant à lutter
(1) Eisenach, ville de Thuringe.
(2) On lit dans le journal de Spalatin : « Venit sub novembri Isenacum sive Gallus sive Italus, qui se nominavit Johannem Serranum, vir eximia eruditione in theologia sinceriore, etc. »
LOUE avec les adhérents de Carlostadt, qu'il s'était vu contraint d'apporter la plus grande prudence dans ses relations avec les nombreux étrangers qui accouraient à Wittemberg. Tout grand mouvement de réforme suscite nécessairement des hypocrisies et des fraudes. On l’a vu au xvi* siècle; on le voit aussi de nos jours. Toutefois, au bout d’un certain temps, ensuite de renseignement obtenus sur Lambert, Luther demanda pour lui l’autorisation de résider à Eisenach et d'y prêcher l'Évangile. « Jean de Serres, écrit-il à Spalatin vers le 15 décembre 1522, Jean de Serres me paraît un bon homme (bonus esse videtur), mais vous n’avez pas besoin de mon conseil. II me semble ne pas connaître les dispositions et le caractère du Prince; je pense donc qu’il faut le tolérer à Eisenach ou en quelque autre endroit pour qu’il y enseigne ceux qui voudront l’entendress mais par dessus tout, qu'on ne le renvoie pas. » (1)
Cette recommandation de Luther suffit pour procurer à Lambert aide et protection; mais résider à Eisenach ne répondait point à ses vœux. S'il était venu en Allemagne malgré les difficultés et les périls, c'était pour voir et pour entendre l’homme dont les écrits avaient
(4) Correspondance des Réformateurs, Ï. 106.
sb
remué sa Conscience, et qui était venu lui dire dans sa cellule de moine : le juste vivra par la foi.
Il s’adressa donc de nouveau à Spalatin, afin d'obtenir de lui les secours nécessaires pour franchir la distance qui le séparait encore de Wittemberg. Spalatin hésita quelque temps. Luther était à ce moment engagé dans de orands travaux, le nombre de ses visiteurs allait croissant; il importait de ménager son temps et ses forces, mais, sur l’avis du réformateur, il envoya à Lambert l'autorisation et l'argent désirés. « Je t'envoie ci-joint des lettres que j'ai reçues de Jean de Serres et d’autres, écrivit Luther à Spalatin (26 décembre 1522); sans doute si cet homme désire me voir, je le recevrai; mais si la charité nous ordonne de croire toujours le bien, la foi nous commande aussi la prudence, Sed sicul omnia de omnibus oplima presumere jubet charitas (1 Cor. xnr ), ila omnia de omnibus pessima timere jubet fides (Math. x). Bien des choses parlent en faveur de Jean de Serres, mais il y en a d’autres qui me préoccupent. Il me semble donc que ce qu’il y à de plus sage, c'est que le prince risque quelque argent pour son voyage... Si Christ veut nous envoyer quelqu'un comme évangéliste, il nous le fera certainement reconnaître » (1).