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(4) Lurmenrs Briefe, édition de Wette, T. Il, p. 272.
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Muni de l'autorisation de l’Electeur, Lambert accourut à Wittemberg ét $e rendit au couvent des Augustins: Luther le recut avec bonté. fl Jui raconta ses bands ses perplexités, les causes de sa fuite, avec cette chaleur méridionale qui donnaït à sa parole tant de force persuasive. Le réformateur fut g'agné par ces accents pleins de franchise et il tendit à son interlocuteur la main d'association. « J'ai vu Jean de Serres, écrivit-il le 25 janvier à Spalatin. Son vrai nom est Francois Lambert. C’est un homme de noble extraction. …. Il n'y a pas à douter de sa sincérité. Nous avons ici des personnes qui l’ont connu en France; il a de bons témoignages de Tripolitanus (1) et de Pellican (2); l'Université n'a pas besoin de nou-
(4) Telämonius Limpurger, évêque in partibus de Tripoli, (de là le nom de Tripolitanus) était suffragant de lévêque de Bâle.
(2) Conrad Kürschner, (Pellicanus) né 4 Ruftach en Alsace, (1478) fit ses études à Heidelberg et à Tubingue, où il devint très-savant dans la langue hébraïque, grâce aux leçons de Reuchlin. Kürschner avait embrassé la vie monastique, à l’âge de quinze ans. Elu gardien par les Franciscains de Bâle, il assista au chapitre général de son ordre, assem-— blé à Rome en 1517, comme député de son couvent. Sur plus d’un point il était déjà séparé de l’église romaïne. Aïnsi il avait déclaré à Capiton (4512) que le pain et le vin de la sainte Céne n'étaient pour lui que des symboles de Ja nourriture spirituelle transmise à l’âme par la foi. Il professa à Bâle avec Oécolampade, puis à Zurich (1527) où il mourut en 1556.
AQU veaux professeurs, mais nous ne devons pas le repousser. Cet homme me plaît beaucoup et je crois l’avoir suffisamment jugé, pour le croire digne de secours; (mihi per omnia placet vir, et salis spectatus mihi est, quantum homo spectari polest, ut dignus sil, quem in exilio paulatim jeramus et juvemus)...…. Je pense bien qu'il ne restera pas longtemps ici, car il y trouvera facilement son égal ou son maître.» (1) Quelques mois plus tard, Luther disait de lui: « C’est un homme d’une science saine, mais qui n’est pas à la hauteur de nos Barnabas et de nos Paul. »
Une vie de dénuement commença pour Lambert avec son arrivée à Wittemberg. Il y vécut pauvre au milieu des pauvres « après avoir dépouillé cette robe de pharisien » (le froc du moine), qui lui avait ouvert jusque là bien des portes. «Je te supplie, au nom de Christ, que tu ordonnes de me remettre quelque secours, écrivait-il à l’Électeur, car je suis pauvre et n'ai pas de quoi manger. »
Comme Lambert ne pouvait se livrer à la prédication, à cause de son ignorance de la langue allemande, Luther lui conseilla de se créer quelque autre occupation. Il donna donc
(1) «Er wird nicht lang hie bleiben, acht ich wohl denn er seins Gleichen oder meister wohl finden word. » (De Wette, t. II, p. 302.
des lecons en latin, d’abord sur le prophète Osée, puis sur Luc, sur Ezéchiel et sur le Cantique des cantiques. Mais, hélas! quelque nombreux que fussent ses auditeurs, le résultat matériel qu'il obtint fut bien mince. Après six mois de conférences, il recut quinze gros (1) pour sa peine.
Lambert publia, à la même époque, un écrit dans lequel il faisait connaître « les motifs pour lesquels il avait quitté l’ordre des frères mineurs et déposé l’habit monastique, » écrit d’un grand intérêt et que l’on trouvera à la fin de ce livre. Peu de temps après, il fit paraître ses commentaires évangéliques sur la règle des Minorites, où il combat, avec la sainte colère d’un homme enfin délivré du cloître, les abus criants de la vie monacale. Luther et un noble français dont il avait fait la connaissance à Wittemberg, Anémond de Coct, seigneur de Chastelard, (2) recommandèrent cet écrit dans deux lettres-préface, dont voici quelques fragments :
(1) Environ deux francs.
(2) Anémond de Coct, ancien chevalier de Rhodes et seigneur du Chastelard en Dauphiné, avait embrassé avec ardeur la cause de l'Évangile. Il se rendit à Wittemberg en 1533, et dut y arriver vers la fin du mois de mars, caron sait qu'il inscrivit son nom dans le livre des immatriculations de l'Université, le 6 avril de la même année.
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-« La majésté de là Parole divine est si grande, écrivait Anémond, qu’elle demeure toujours invincible, quelles que soient les attaque que le monde dirige contre elle. Les princes ont béau la persécuter avec acharnement, les portes de l'enfer ont beau s’émouvoir, elle possède une puissance qui se développe, s’accroît et se maintient avec d'autant plus de vigœueur qu’elle est exposée à plus de persécutions. Pour la rendre invincible, il a fallu que le Fils de l'Homme endurât les souffrances et la mort. Mais il n’y à pas lieu de s'étonner, puisque Christ lui-même l’a prédit, que, dans cette époque des derniers temps, son corps mystique, qui est l'Église, se trouve depuis une si longue suite d'années en état de décomposition et de mort; car Christ avait été jeté dans l’ombre, sa parole altérée, l'Évangile souillé et perverti par des doctrines impiés et blasphématoires. Aussi, l'Église déchirée par les morsures des funestes lois papistiques, attachée par des clous plus que de fer à un g'ibet pire qu’une croix, l’Église commence à peine aujourd’hui à refleurir et à se relever, qu’aussitôt, comme toujours, les prêtres, les scribes, les pharisiens, les faux christs, les sophistes et les moines s'efforcent de nouveau de l’opprimer ét de l’étouffer. Les mêmes hommes qui ont fait monter sur le bûcher, à cause de la
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Parole de Dieu, Jean Huss et Jérôme de Prague, vientient tout récemment d’immolér dans Bruxelles de nouveaux martyrs de Christ, qui sont demeurés fermes jusqu’à la mort dans la confession de leur foi. Leur érimé, aux yeux de cette église romaine toute composée d’impies et de méchants, était de mettre en péril le royaume du pape, et elle les à fait périr par le feu, Ce Lycaon de Rometosera donc tout tenter, tout entreprendre, tout accomplir pour le maintien de sa tyrannie! Il s’arroge et usurpe le titre de pontife, qui, selon 1e témoignage de saint Paul, ne convient qu'à Christ seul; et, pour que rien ne manque à cétte fiction, il s'est décoré, comme l’ancien chef des Flamines de Jupiter, du titre de Souverain Pontife, se faisant avec impudence l'égal et même le supérieur du grand pontife Jésus.
Qu'elle s’accomplisse donc devant les ÿeux du Très-Haut, la vengeance du sang de ses serviteurs qui a été versé! Que celui qui a foulé aux pieds le lion, marche également sur le dragon venimeux et l’anéantisse, puisqu'il continue à persécuter et à déchirer notre Sauveur et son épouse! Dût l’ennemi tenter de nous ég'orger, Ce ne seront « ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les
choses à venir, ni la hauteur, ni là profondeur, æ
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dl «’ — 46 — Ra ni aucune autre créature qui pourront nous séparer de l'amour que Dieu nous a témoigné en Christ-Jésus notre Seigneur (1). »
Lambert ne demandait pas dans son livre l'abolition immédiate de tous les cloîtres, mais leur transformation progressive en écoles et en institutions utiles pour la jeunesse. Il ré— clamait aussi pour les victimes de la vie monacale le droit de rompre leurs vœux et de rentrer dans la vie commune. Nous devons renoncer à transcrire ici les pages où Lambert retrace les luttes secrètes, les douleurs de la chair, les angoisses auxquelles donnait lieu la vie cloîtrée ; où il dépeint les ruses sans nombre dont se servaient les nonnes et les moines pour établir une correspondance secrète, et qui jettent un jour sinistre sur l’état moral des couvents au xvi° siècle. « Je n’invente pas, s'écrie-t-il, je sais ce que je dis. »
A côté de l’œuvre de démolition, Lambert poursuivait celle de reconstruction. Il songeait à sa patrie et cherchait les moyens de lui faire parvenir l'Évangile. Il était aidé dans ce travail par de nombreux réfugiés. Paris, Meaux semblaient s'ouvrir à la parole du salut. Lambert se laissait aller aux plus glorieuses espé-
({) Correspondance des Réformateurs dans les pays de langue française, t. I., p. 149, 150.
ds ‘y — 41 — rances; il ignorait par quel baptême sanglant devait passer son pays avant que la Réforme y fit quelques progrès. On traduisait en français les écrits de Luther, qui pénétraient en France, en passant par Hambourg.
Ces nombreux travaux, la misère, n'empéchèrent pas Lambert de songer au mariage. Il publia dans son livre swr le Mariage (de Sacro conjugio) et dans son Commentaire sur le Cantique des cantiques, une éloquente apologie de la démarche qu'il se proposait. Il fit de même dans une lettre à Spalatin (1). Le 15 juillet 1523, il épousa, sur le conseil de Luther, la fille d’un honorable boulanger d’Hertzberg , nommée Cathérine, dont il avait fait la connaissance dans la maison hospitalière du docteur Augustin Schurf. Le chapelain de l’électeur lui envoya pour la circonstance un beau rôti de chevreuil. Lambert écrivait plus tard à ce sujet : « La vie me serait bien plus facile si j'avais voulu demeurer au service du pape, Car avant que je fusse un schismatique, un hypocrite, un hérétique, je vivais dans l’abondance, tandis qu'aujourd'hui je mange avec ma petite famille un pain bien mesuré. Mais j'ai préféré vivre dans la pauvreté et dans le
(1) François Lambert à Georges Spalatin. De Wittemberg,
24 juin 1523.
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tôt il dut songer à
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besoin, avec le Seigneur, plutôt que de posséder de l'argent et de l'or dans les maisons de débauche du pape. Christ est mon Seigneur et mon Roi, et mon Dieu ne m'a jamais abandonné. » (1)
En effet, la richesse ne s’assit pas, à la table de Lambert, avec la « sœur très-chère que Dieu lui avait donnée pour aide, » (2) et bienà chercher Son pain dans quelque ville moins richement dotée que ne l’était Wittemberg, Il pensa d’abord à Zurich, où l’on sémblait le désirer, puis à Metz, plus rapproché de la frontière française, et qui lui promettait un plus vaste Champ de travail, Le prudent Mélanthton et Luther lui-même lui conseillèrent de s'informer exactement de l’état des esprits en France, avant de se mettre en route avec sa famille. Sur ces entrefaites, le seigneur de Chastelard, Anémond de Coct, quitta Wittembérg, et en passant à Bâle, y rencontra Farel qui arrivait de la Franche- Comté. S’entretinrent-ils ensemble des besoins de l’évangélisation dans la capitale de la Lorraine, où le cardeur de laine Le Clerc et
(1) Nunc cum familioia mea panem manduco et potum ca
pio in mensura. {De Sacro conjugio.)
‘h (2) « Charissima Soror, quam mihi tradidit in auxilium
Deus, » Leure à Spalatin du #4 juillet 1523.
« LA d’autres avaient fui? Le nom de Lambert futil prononcé comme celui de homme capable de mener à bien cette œuvre Semée de périls ? Ainsi s'expliquerait peut-être la décision qu’il
prit de se rendre à Metz, après de longs jours
d’anp'oissés et dé luttes intérieures.
Lambert quitta *Wittemberg vers la fin de février ou au commencement de mars 1524, après deux années de séjour dans cette ville, « où l'instruction Coulait à pleins bords et où rien ne manquait de ce qui a rapport aux belles-lettres et aux lettres sacrées. »