CHAPITRE II
LAiTBERT DA>'EAr A ORLÉANS. A TARIS ET A BOUBGES- PREMIER SÉJOUR A GEXÊTE, (1530-1560.)
Bien que les trente premières années de la vie de L. Daneau soient fort peu connues, et que lui-même, ayant plus tard Foccasion de donner quelques détails autobiographiques, ne remonte pas au-delà de 1559' . on peut cependant, avec les i^areset trop sommaires indications tombées ça et là. et comme par hasard, de sa plume; avec les documnnts publiés par M. Doinel. archiviste du département du Loiret- , et quelques autres encore, reconstituer d'une manière incomplète et conjecturale il est vrai, mais à la rigueur suffisante, cette période de la vie du futur ministre de Gien.
D'après la France Protestante, Daoeau perdit ses parents de bonne heure, et fut confié aux soins d'un tuteur. En etïet. déjà en 1543 sa mère était veuve '^. Son tuteur était Antoine Brachet.
1. Dans la dédicace aux Syndics et Conseil de Genève de son Commentaire sur le De Haeresibm àe S. Augustin. CL II* partie, bibliographie, n> 15.
±. Jules Doinel, Documents du XVI* siècle^ tirés des Arckites orléanaises. Orléans, Heriuison, 1876. — Parmi ces documents il y en a trois concernant Daneau ou sa famille : I. une quittance écritetout entière d^ sa main; II. sa cédnlede licence; 111. la mention d'une maison sise à Orléans, appartenant à sa mère. >'ous reproduirons ces documents lorsque l'occaâon s'en présentera (tôt . la note snlTante).
3. J. Doinel, DocviN^iits, etc., p. 10. c La maison où demoure Simon Galleronx, chappellier, appartenant à la Tefre Daneaa, de Beangeocy ; tenue â cens de Guillaume Richard, dict .\carie, à cause de MichelleLa VefTiUe,sa femme. *
écuyer, sieur de La Boische, frère de sa mère. Nous avons sous les yeux la copie d'un acte notarié, passé par-devant François Stuart, notaire à Orléans, où Daneau reconnaît avoir reçu de son oncle et tuteur la somme de trois cent soixantequatre livres, trois sols, un denier, ce de laquelle somme ledit Brachet s'est trouvé debteur et reddevable envers ledit Daneau, pour avoir plus reçu que mis en la charge de tutelle et curatelle qu'il a eu de ses personne et biens, etc K »
Cet acte et quelques autres dont nous parlerons plus loin permettent de conclure que L. Daneau jouissait d'une fortune assez considérable pour l'époque.
Antoine Brachet était un homme d'un certain mérite littéraire, et il faut lui rendre cette justice qu'il fit donner à son pupille une éducation aussi soignée que possible. Celui-ci sut en profiter de son côté, comme nous aurons lieu d'en donner de fréquentes preuves - .
L'époque du premier séjour de Daneau à Orléans étant inconnue, nous ne savons s'il fut envoyé d'abord dans les écoles de Beaugency ou dans celles d'Orléans. En tous cas, si l'on admet, comme cela paraît probable, que sa mère devenue veuve vint s'établir à Orléans où résidait sa famille, il en résulterait que dès 1543 au plus tard Daneau' vint fréquenter les écoles d'Orléans : peut-être celle de la paroisse de Saint-Laurent-des-
(A. 362. Cei'che de 15i3, fol. XI.) « Paroisse Sainte-Catherine, rue de l'Esguillerie, depuis la porte Danoise, jusqu'à la rue de la Vieille-Poterie. »
1. Nous devons la connaissance de cet acte, et de quelques autres dont nous aurons à parler ci-après, à la complaisance aussi inépuisable qu'éclairée de M. Doinel, archiviste du département du Loiret.
2. Voy. L. Jarry. Pierre Daniel, avocat au parlement de Paris et les ériidiis de son temps, d'après les documents inédits de la Bibliothè(ji(e de Berne, (Orléans, Ilerluison, 1870), p. 55. Il est fréquemment question de L. Daneau dans ce travail; mais comme c'est à propos de son activité littéraire principalement, nous n'avons pas à nous arrêter maintenant au.\. rensoignemcnts qui y sont donnés. Ajoutons que Lambei't Daneau avait pour second tuteur Michel Daneau II, sieur de Villerouche, son oncle paternel.
Orgerils,d'où dépendait La Boische; peut-être celle de Sainte- Croix, alors les plus florissantes d'Orléans.
Après avoir jeté à Orléans les bases de son instruction, Daneau fut envoyé à Paris. Nous le savons par une ou deux de ses lettres à Pierre Daniel, où il parle avec respect et reconnaissance de l'un de ses anciens professeurs, l'illustre Turnèbe^ . Gomme nous ne possédons sur son séjour à Paris que ce seul renseignement, nous ne savons ni le temps qu'il y resta, ni le lieu où il demeurait, ni le nom des professeurs dont il suivit les leçons. Toutefois s'il entendit Turnèbe ce fut au Collège Royal : dès lors il suivit sans doute aussi les cours des professeurs célèbres qui y enseignaient à cette époque, tels que Yatable, G. Postel, Oronce Finée et autres. Quant à sa résidence, nous ferons remarquer seulement qu'il serait possible que Daneau eût demeuré chez l'Orléanais Antoine Foquelin, beau-frère du poète Florent Chreslien, et qui était alors régent au collège de Presles. Il serait d'autant plus intéressant de le savoir, que dans ce cas Daneau aurait très probablement eu des relations personnelles avec un des plus grands novateurs du xvie siècle, le philosophe Ramus^ .
Après avoir parcouru le cycle de ses études, fait ses humanités et sa philosophie, Daneau rentra sans doute à Orléans, mais nous ne savons en quelle année.
Commença-t-ilses éludes de droit dès son arrivée dans cette ville? alla-t-il d'abord étudier à Bourges? ou même resta-t-il quelque temps sans étudier? Autant de questions auxquelles on ne peut donner qu'une réponse incomplète. Deux faits seuls
1. Voy. dans la III« partie les lettres no 5,7,9 etc. Turnèbe professa au Collège de France dès 1547. 11 mourut le i '2 juin 1565.
2. Voy. Charles \Vaddington,iîfl/«MS, sa cie, ses écrits et ses opinions (Pans, Meyrueis, 1855), p. 62 : Ramus, principal de fait, sinon de titre, du collège de Presles, dès 1^ 1" décembre 1545; p. 9x : -Vnt. Foquelin régent au collège de Presles. — Beaucoup d'Orléanais, nous k-vous l'ajouter, suivaient à Paris les cours du collèi^e de Dormans.
sont certains : c'est queDaneau étudia à Bourges, puisqu'il dit dans une de ses lettres * qu'il y eut Doneau comme professeur ; et en second lieu qu'il suivit quatre ans de suite les cours d'Anne du Bourg à Orléans '-. Ces deux faits nous permettent aussi d'établir quelques dates. Du Bourg quitta Orléans en octobre 1557. Daneau l'entendit donc d'octobre ou environ 1553, à octobre 1557. Son séjour à Bourges doit donc avoir précédé 1553 ou suivi 1557. D'autre part Hugues Doneau, ne devint professeur à Bourges qu'en juillet 1551 ^ . Daneau, pour l'entendre, devait donc être à Bourges après ce momentlà; et s'il commença par étudier dans cette ville, ce dut être entre en 1551 et 1553. Il nous paraît toutefois plus probable qu'il commença par Orléans, et voici, dans ce cas, le système de dates que nous proposerions.
Après avoir étudié soit à Beaugency, soit à Orléans, soit plutôt dans l'une et l'autre de ces deux villes, Daneau se rendit à Paris vers l'âge de seize à dix-huit ans, c'est-à-dire en Ire 154G et 1548. Il y prolongea ses études au-delà du temps strictement nécessaire, comme il devait le faire plus tard pour ses études de droit, et comme d'ailleurs sa position de fortune le lui permettait. Il revint à Orléans vers 155!2, après cinq ou six années de séjour dans la capitale, et se mit alors à ses études de droit qu'il prolongea quatre ans sous Anne du Bourg. Après le départ de son maître et ami, il resta