Voy. dans la III partie, lettre n
2. Il le dit lui-mèrae dans la dédicace déjà citée de son comnieiitaire d\i De Hœresibiis de S. Augustin.
3. Sur Anne du Boni-g, voy. France protestante, lY, 335 et suiv. — Sur H. Doneau, voy. A. P. Th. Eyssell, Doneau, sa vie et ses ouvrafjes, etc. Paris, Derache, 18G0. — Ce Mémoire, qui forme un assez fort vol. iu-8% a été couronné par l'Académie de Dijon. 11 avait été écrit en latin; il a été traduit en français par M. J. Simonnet. Enfin, en 1869, un Supplément a été publié dans les Mémoires de l'Académie de Dijon, sous le titre : Les dernières années de Huijues Doneau. Il est également dû à 31. Eyssell. — Pour répo(juc de la nomination de Doneau à Bourges (17 juillet 1551), voy. p. 36, noie 46, Cf. p. 56.
quelques mois tout au moins à Orléans et se rendit ensuite à Bourges vers le milieu de l'année i558, pour y rester environ dix-huit mois. Nous ne le retrouvons, en effet, à Orléans, qu'en janvier 1559 (1560 n. s.).
Quelques-unes de nos affirmations ne sont pas dénuées de toute preuve. Ainsi Daneau devait être à Paris pendant ou après l'année i547, puisque Turnèbe n'y enseigna qu'à partir de cette année-là. Secondement en ce qui concerne la prolongation, au-delà du nécessaire, du temps de ses études, elle est constante pour celles de droit, puisqu'il ne prit sa licence qu'au bout de quatre années au moins ' , tandis qu'il n'en fal-
i. Voici sa cédule de licence : Pro licentia magistri Lamberti Daneau, Aîirelianensis, in jure civili, die âC ■ novembris, anno 1557.
Pro domino scolastico XI sols tournois.
Pro bedello nationis II sols VI deniers.
Pro procuratore II sols VI deniers .
Pro natione X sols tournois.
Pro biirsa Universitatis XV sols tournois.
Pro receptore generali Il sols tournois.
Pro scriba XII deniers.
Pro bedello generali, ceierisque bedellis. XV sols tournois. Matricula, niJtil; tjuiabacalaureus etjuratus. Sonnne toute : quatre livres liuyt solz tournois.
Le Jay, rector.
Ordinaiit rector et collegiuni quod magister Lambcrtus Daneac, Aiirelianensis, solcet pro licenlia injure civili : natloni, decem solidos; Universitati quindecim solidos; pro matricula, nihil, quia baccalaureus et juratus. Datuni Aureliae, anno domini J557, die 20' novembris. C. Marcilvnt. On vient de voir que Daneau donne au bedeau de la nation, à la nation; il appartenait à la nation de France. Voici une quittance qui le prouve : « Je Lambert d'Aneau procureur delà nation de France, certilieavoyr receuetesté présentàla distribution des frais qu'il a convenu faire pour lafestivité saint Guilaulme [patron de la nation, fêté le 28 mai] jusques à la somme de trente-cinq livres tournois qui ont estes délivrés par le syre Françoys Gayart, dict d'Orléans, recepveur de l'Lniversilé, suyvant l'ordonnance de Messyres du colleige [des docteurs]; dont le quicte et promet faire allouer par ledit colleige. Ce fait le vinliesiiie jour de janvier, l'an rail cinq cens cinquante et si\. L. d'Aneau. »
Ces documents ont été j)ublié3 par .M.Doinel, archiviste du Loiret (voy. p. 16, note 2).
11 en résulte que Daneau ne prit sa licence qu'après le départ de du Bourg.
lait que trois au plus. Enfin, en ce qui concerne notre hypothèse qu'il n'étudia à Bourges qu'après avoir étudié à Orléans, nous n'avons pas, il est vrai, de preuves positives, mais nous pouvons constater que Daneau, après avoir pris sa licence en novembre 1557 à Orléans, a le titre de docteur en droit en janvier 1559 (1560 n. s.). Nous considérons donc comme probable qu'il alla préparer et peut-être passer son doctorat à Bourges, où il est certain qu'il a été, comme nous l'avons dit plus haut, et où il ne peut guère avoir été avant 1553. On a de la peine à admettre, en effet, qu'il eût étudié le droit six années avant de prendre le grade de licencié ^ .
Il n'est pas probable que Daneau ait, comme on l'a dit, suivi Anne du Bourg à Paris. Il paraît être resté au moins quelques mois à Orléans. En effet du Bourg partait en octobre 1557. Daneau prenait sa licence à Orléans vers la fin de novembre même année. Gela prouve déjà que s'il le suivit, ce ne fut pas immédiatement. De nouvelles preuves nous sont fournies par les Registres des procurateurs de la nation germanique. Nous y lisons qu'en novembre 1557, peu après le départ d'Anne du Bourg, sa chaire fut mise au concours. Cinq concurrents se présentèrent, François Taillebois, Guillaume Fornier, Jean -Michel Gronenburg, Allemand, Antoine Foquelin, l'ancien régent du collège de Presles. et L. Daneau. François Taillebois fut nommé. On s'étonne que Daneau ait pu se mettre sur les rangs pour une place de professeur avant môme d'être licencié, mais le fait est positif. Il prit même son grade à cette occasion.
Au commencement de l'année 1558 (n. s.), une nouvelle chaire, celle du docteur-régent Board, devient vacante par suite du décès de son titulaire. Six concurrents se présentent
1. Voici le début d'un acte notarié passé par Daneau le 8 janvier 1559 : « Le liuictièmejour de janvier Tan mil cinq cens cinquante neuf (1560 n. s.) Messire Lambert Daneau, docteur es droictz, etc. »
pour subir les épreuves et postuler cette place. Ce sont Ghristophorus Mulereus, Guillaume Fornier, Pierre Estiennc, avocat d'Orléans, Jean-Michel Gronenburg, Antoine Foquelin, et enfin L. Daneau. Ge dernier ne fut pas nommé. Les votes se portèrent sur Guillaume Fornier ^ .
Peut-être Daneau se rendit-il à Bourges seulement après ces deux échecs.
A ces faits qui permettent d'affirmer que Daneau ne quitta Orléans que quelques mois, au moins, après le départ d'Anne du Bourg, on peut joindre la considération suivante. Si Daneau suivit du Bourg à Paris en 1558, il faut reporter son séjour à Bourges avant l'année 1553, car il n'est pas possible de trouver après le décès d'Anne du Bourg un temps suffisamment long pour les études que Daneau fit certainement à Bourges. Or nous avons vu les difficultés que soulève cette supposition.
Nous concluons donc de ce qui précède que Daneau ne se rendit point à Paris à cette époque, du moins pour y rester; mais qu'après avoir dû renoncer à son but de devenir professeur à Orléans, il se rendit à Bourges, où il resta jusque vers la fin de décembre 1559, et où, comme nous l'avons déjà dit, il soutint très probablement ses thèses de doctorat.
Il revint ensuite à Orléans, où nous le trouvons dès le 8 janvier 1559 (1560 n. s.), soit quinze jours après la mort d'Anne du Bourg (23 déc. 1559)2.
Ge fut donc à Bourges que Daneau reçut la nouvelle du
i. Registres des procurateurs do la nation germanique, t. II, f. 207 et 20!^. Ces précieux registres forment 10 vol. iu-fol., et embrassent plusieurs siècles. M. E.Bimbenet, le savant auteur de l'ff/sfo/rc de F Université des lois d'Orléans, en a extrait une Chronique historique (Orléans, Herluison, 1875).
2. Il est presque inutile de rappeler ici que jusqu'en 1564, l'année commen çait à Pâques. Le 8 janvier 1559, que nous écrivons 1560 aujourd'hui, ne précédait pas, mais suivait le 23 décembre 1559. — Malheureusement ces différentes manières de dater exposent à des erreurs, auxquelles nous voudrions être plus sûr d'avoir toujours su échapper.
supplice de son ancien professeur. Cet événement l'amena à embrasser ouvertement et résolument la Réforme, dont il devait devenir l'un des plus fermes, sinon des plus illustres champions.
La conversion à l'Évangile ressemble parfois à un brusque changement; peut-être l'est-elle moins en réalité qu'en apparence. Presque toujours, en effet, sinon toujours, la grâce a préparé ses voies. Pour n'en donner qu'un seul mais illustre exemple, saint Paul, avant d'être frappé sur le chemin de Damas, avait « regimbé contre les aiguillons », et peut-être faudrait-il remonter au martyre d'Etienne pour trouver le premier pas de Saul dans la voie nouvelle.
Nous aimerions pouvoir suivre pas à pas le développement religieux de Daneau jusqu'au moment où il fut décidément gagné aux idées nouvelles; mais ici encore, et combien plus que partout ailleurs, nous ne pouvons apporter que des conjectures et des généralités.
« Une des causes qui ont le plus efficacement contribué au succès de la Réforme, a dit un écrivain catholique de nos jours, c'est qu'elle eut, pour ainsi dire, le privilège et presque le monopole de la science et du talent ^ » M. Charles Waddington, en citant ces paroles à propos de la préparation protestante (s'il est permis de parler ainsi) de Ramus, ajoute : « Ramus devait subir cet attrait comme tout le monde, en attendant qu'il contribuât pour sa part à l'accroître 2. » Nous n'aurions su mieux exprimer cette pensée qui est aussi la nôtre, et qu'un simple changement de nom permet d'appliquer à celui dont nous écrivons la biographie. Daneau subit certainemeni, lui aussi, cet attrait, et il le subit dans tous les milieux où il se trouva. A Orléans, qui devait devenir le centre de la Réforme au début des guerres civiles, et où l'élite presque tout entière