Voy. IP partie n
ser que les questions théologiques, qui préoccupaient alors tous les esprits, préoccupèrent aussi le sien, et que son professeur et ami Anne du Bourg joignit à cette influence générale tout le poids de son influence personnelle ? Il nous le semble.
Quoi qu'il en soit la mort d'Anne du Bourg précipita la crise. Gela devait être. Daneau avait la conscience trop droite, l'âme trop ferme, pour rester désormais attaché à une Eglise défendue par de tels moyens, et pour ne pas s'en séparer, au contraire, nettement et définitivement. Il trouva môme la condamnation de son ancien maître si injuste, qu'il composa tout un ouvrage en son honneur. Nous reviendrons sur ce point dans notre IP partie.
Daneau était à Orléans dès le commencement de l'année 1560 n. s. Il était avocat au siège présidial de cette ville. C'est sous ce titre qu'il est désigné dans des actes passés pardevant M'^ François Stuart, notaire à Orléans, les 14 janvier et 9 avril 1559 (1560 n. s.); et dans un autre acte passé pardevant M' G. Mesnager, aussi notaire à Orléans, le 4 mars de la même année.
Ges actes sont intéressants en ce qu'ils permettent de fixer dans une certaine mesure la date de son départ pour Genève. Ce départ n'eut lieu qu'après Pâques, c'est-à-dire vers la fin d'avril ou le commencement de mai 1560. Le but de son ' voyage n'était pas de devenir théologien; il restait juriste, mais il voulait apprendre à mieux connaître la Réforme. Ce furent les discours et les leçons de Calvin qui le décidèrent à se vouer entièrement à la théologie'.
Daneau se serait bien volontiers fixé à Genève, où il profes-
1. Voy. la dédicace de son commentaire du De Hœresibus.U y dit en pariant de Calvin qu'il en conçut une telle adni'ration et ita me tune domiiiKS per illins tum conciones, ium etiam prœlecliones suavitate quadam ipsius doctrinœ pellexit, ut abdicato prorsiis jurls civilis studio, quod ad eum diem sequiitus eram, totum me sacrœ theologiœ devoverem.
— pesait, paraît-il. la philosophie', mais d'un côté l'état de sa santé, de l'autre les' prières des fidèles de France qui demandaient des ministres, ne le lui permirent pas. L'Église d'Orléans désirait vivement le voir revenir. Elle avait été obligée de prêter à l'Église de Gien l'un de ses ministres, Pierre Baron, qu'elle voulait ravoir. Les collègues de Baron, notamment Sureau du Rosier, à qui nous empruntons ces détails, songèrent à Daneau pour occuper le poste de Gien. et ils écrivirent à Calvin pour le prier de favoriser ce plan et de décider Daneau. Celui-ci céda, et revint au bout de deux ou trois mois environ.
Les éditeurs de Strasbourg, en plaçant la lettre où Sureau nous donne ces détails, lettre non datée, sauf quant au jour (28 décembre), à l'année 1561, ne font rentrer Daneau à Orléans qu'en 1562. ?sous croyons pour notre part qu'il faut reporter cette lettre à l'année 1560. Daneau dit lui-même qu'il se rendit à Genève en 1560; et nous savons, par un acte passé par-devant le notaire François Stuart, qu'il était à Orléans le 17 mars 1561 (1560 v. s.)'. D'autre part Daneau parle à
1. Voy. Thésaurus EpUtolicm Calvinianus X fXlX des Calrini Opéra), col. 212. Suraeus Calvino : Hic occurrit Danaeus qui apud vos philosophiam proptetur, quern si Genabensibus daremus statim ad nos rcdiret D. Baro. Tuain itaque opemet assensum imploramus ut.... Danaeum horteris ad ininisterium verbi suscipiendum,quo D. Baronem recuperare possimus. Daneau lui-même dans la dédicace du D:' Haercsibus, déjà souvent citée, dit qu'il se serait volontiers fixé à Genève, mais que sa santé, d'un côté, et de l'autre les importnnae preces des fidèles de France ne le lui permirent pas. — D'autre pai't le Gantois Van Campene, ou Campaneus, auteur d'un Diarium rerum Gandavensium ab anno 1576 ad annum 1586 (jusqu'ici inédit), ayant l'occasion de parler de Daneau, qui, comme on le verra plus loin, enseigna aussi à Gaud, dit de lui. p. 297 : c II quitta le catholicisme et se rendit à Genève, où il enseigna publiquement Ze droit. > Van Campene était avocat au conseil de Flandre. Nous devons la connaissance de cet ouvrage et des passages concernant Daneau à la bienveillante obligeance de M. le prof. Paul Frédéricq, de Gand, dont nous retrouverons l'occasion de parler.
2. Cet acte est de la fin de l'année 156<3, d'après la manière de compter d'alors. Daneau aurait donc passé à Genève Tannée 1560 presque entière, soit d'après notre manière de compter, de mai ou environ 156<), à mars 1561.
deux reprises, dans ses lettres*, des douze années qu'a duré son ministère en France. Or ce ministère fut brusquement terminé par la Saint-Barthélémy. Il résulterait de cette affirmation réitérée que non seulement il n'aurait pas commencé en 1562, ni même en 1561, mais déjà en 1560.
Voici comment la difficulté résultant de ces différentes dates nous paraît pouvoir être applanie. Daneau comptait, en 1560, d'après l'ancien style qui resta officiel jusqu'en 1564, et en 1572, d'après le nouveau. Et, en effet, il était de retour à Orléans, comme nous venons de le voir, avant la fin de l'année 1560, ancien style, c'est-à-dire avant Pâques 1561, nouveau style. Il se rendit sans doute à Gien peu après son arrivée, et, resté sous l'impression de la date 1560, il pouvait dire en 1572 que depuis 12 ans il exerçait son ministère en France.
Nous allons maintenant le suivre à Gien, renvoyant à la seconde partie de cette étude les quelques renseignements que nous avons pu réunir sur ses travaux juridiques.
1. Voy. lettre iio 29, Cf. Lettre de Daneau à Zanchius du 23 nov. 1576 : El, ni aliquid de meipso dicam, intra duodecim annos quibus domino placuit me ad verbl siii ministerium applicare , plus qiiam penè septies piilsus, rcvocatus, danmatus, absoliitus, crrans, et certœ Ecclesiœ postca addictus vivo. Atque in his tantis calamitatibus mcum semper Dominiis prœsidiiim fuit. Tout cela ne peut évidemment s'appliquer qu'au ministère de Daneau en France.