Lebeuf, op. cit., p
puisqu'il est constant qu'on s'était battu autrefois à La Bussière. D'ailleurs, où n'en trouve-t-on point?
En somme, il y a là tous les cléments d'une légende ; il n'y a point ceux d'un fait historique sérieusement et suffisamment constaté, donc acceptable. Nous croyons donc avoir le droit de laver entièrement la mémoire de Daneau de toute participation à des actes évidemment dénaturés, sinon complètement imaginaires.
Le second édit de pacification fut signé le 23 mars 1568. Les villes que les réformés avaient prises pendant la guerre furent remises au roi, qui s'empressa d'y mettre des gouverneurs ennemis des réformés, avec de grosses garnisons à leur volonté et discrétion, « tellement, dit l'historien Jean de Serres*, que ceux qui se trouvèrent dedans les villes estoyent journellement molestez et inquiétez : leurs biens et substances dissipées par les soldats qu'ils estoyent contrains nourrir en leurs maisons. » C'est ce qui arriva à Gien, où fut nommé gouverneur Sarra, comte de Martinengues, Vénitien-. Nous pensons même que la ville de Gien fut traitée avec une sévérité particulière. En effet, et sans parler de la nationalité de son gouverneur, qui était à elle seule une garantie contre les réformés, Gien, ayant un pont, tombait sous le coup de l'ordonnance royale du mois de mai 1568, qui prescrivait une surveillance plus rigoureuse pour toutes les villes dans ce cas. En outre,
1. Mémoires de la troisième guerre civile, etc., p. 3, éd. de 1571.
2. Moréri donne quelques détails sur la famille des comtes de Martinengues, (t. VI, p. 183, de la 18° éd.), mais un détail qu'il ne donne pas, c'est qu'un des menibrosde cette famille, le comteCelse de Martinengues, après avoir étudié sous la direction de P. Martyr Verniigli, et en compagniede Zancliius (Zanchi), les écrits des réformateurs, devint un prédicateur de la doctrine évangélique. Il prêcha d'abord à Milan. Forcé de s'enfuir, il se retira à Genève, où il fut le premier ministre de l'Église italienne réformée qui venait de s'organiser. Voy, Herzog, Real-Encjiklopadie, tome XVllI, p. 388, art. Zanchi; et la Lettre du cardinal Spinola aux Liicquois résidant à Genève, etc., p. 27 de l'éd. ital. de Genève, IGSO.
dans les plaintes que Louis de Bourbon envoie au roi par Théligny, aussi en mai 1568, nous lisons que dans certaines villes on a mis des gens « partiaux et factieux qui ont haines particulières à l'encontre d'aucuns de ceux de la Religion, afin de leur donner plus de moyen de se venger desdites inimitiez privées : comme à Gyan, et près de la maison de M. de Boucard, le sieur de Martinengues son ennemy... ^ »
A partir de ce moment-là, Gien fut définitivement sous l'autorité catholique, et les réformés durent subir les exigences du gouverneur et de ses soldats. Ici encore les détails manquent; nous n'avons pas, en effet, à raconter les diverses expéditions que le comte de Martinengues fit à Ghâtillon-sur- Loing, ou ailleurs. Cependant, grâce aux lettres déjà imprimées de Daneau au célèbre théologien Zanchius -, nous pouvons confirmer, en tous cas à propos de Daneau, ce que nous disions plus haut de la rigueur déployée par le gouverneur italien. Voici ce que Daneau écrit dans une lettre du 23 novembre 1576 : (( Et pour dire quelque chose de moi-même, pendant les douze années que j'ai exercé le ministère, j'ai été plus de sept fois chassé, rappelé, condamné, absous, errant... mais dans toutes ces calamités le Seigneur a été mon refuge^. » Tout ne se rapporte pas, évidemment, au temps où Martinengues était gouverneur de Gien, mais certainement une partie ; et c'est sans doute à cette époque qu'il faut rapporter la fuite de Daneau à Saumur, dont il est question dans l'article consacré à Daneau par la Nouvelle biographie générale de Didot, et sur laquelle nous n'avons aucun renseignement quelconque. Mais voici qui a trait au zèle montré par le comte : « Je vous envoie, écrit Daneau à Zanchius le 21 mars 1579, ma disserta-
1 . Mémoires de la troisième guerre civile, etc. , p. 1 9 et 37. — Boucard était à Sully-sur-Loire. Cf. France protestante, l\, 111.