Du Rieu, op. cit., p
3. Cf. Burmann, op. cit., I, 89 : lettre de Juste-Lipse à Daneau et la note. A. Cf. Burmann, op. cit., I, 55 : Juste-Lipse à P. Egmoud, et la noie. —
Brandi, op. cit.,l, 229.
Nous avons assez peu de détails sur le séjour de Daneau à Leyde. Quatre jours après son arrivée, c'est-à-dire le 17 mars 1581, il fit son discours d'entrée.
Son habitation se trouvait sur le Rapenburg, tout près de riJniversité. Ce fut sans doute là que naquit son quatrième enfant, Suzanne.
La ville de Leyde se montra généreuse. Elle lui donna 400 florins pour couvrir ses frais de déplacement et de voyage *, et un traitement annuel de 800 florins. Outre ce traitement, la ville contribuait à son entretien ; c'est ainsi qu'elle paya, en 1581, pour lui et sa famille, la somme de 16 livres flamandes et 2 shellings, pour le vin consommé depuis son arrivée de Genève -.
Il était seul professeur ordinaire de théologie. Cependant des professeurs extraordinaires, peut-être des pasteurs de la ville, l'aidaient dans ses fonctions. Des efforts furent tentés pour attirer à Leyde, sans doute comme second professeur ordinaire, le professeur Christophe Pezel. Mais celui-ci n'ayant pu quitter Brème, ces efl'orts n'aboutirent pas ^.
Daneau était, en outre, pasteur de l'Eglise française ou wallonne. Dès son arrivée (ainsi que le prouve une délibération du consistoire hollandais du '23 mars), il avait demande l'autorisation de célébrer un culte en français. Cette autorisation lui fut accordée; on lui donna pour cela l'ancienne église des Béguines voilées, appartenant à l'Université. Il devait célébrer son culte à huit heures du matin, et le célébra en effet à cette heure-là, pour la première fois, le '26 mars • Par contre, il lui fut interdit d'admettre des natifs à la Gène,
I . La lettre dos magistrats de Leyde à Daneau (no i3) disait qu'il aurait comme vlaiicnm au moins 200 llorins. On voit que ces mngislrats se montrèrent généreux.
. 2. Détail communiqué par M. le D'' du liieu, de Leyde.
:i. Lettre à (laultier, du 13 octobre 15X1, n" 51.
et lorsque, quelque temps après, il crut pouvoir se permettre de nommer des anciens et des diacres sans consulter le magistrat, on lui fit également comprendre qu'il avait outre passé ses droits. Tout cela, comme nous le verrons, amena des difficultés de différents genres, et prévint notamment l'organisation régulière de l'Église wallonne de Leyde. Celle-ci ne fut organisée qu'en 1584 '.
L'enseignement et les prédications de Daneau eurent un grand succès. Burmann l'affirme en ce qui concerne les prédications-, et ce qui le prouve, en ce qui concerne l'enseignement, c'est que, lorsqu'il partit à la suite des circonstances que nous allons raconter, le prince d'Orange exprima la crainte de voir déserter l'Université par les théologiens, et le pasteur d'Arnheim, Jean Fontaine, écrivit que fécole avait fait le pas de lëcrevisse.
Ajoutons enfin que le climat et le genre de nourriture des Pays-Bas convenaient peu à sa santé. Il s'en plaint dans une lettre à Gaultier, du mois d'octobre 1581. Dans une lettre, de la même époque, à J. Grynée \ il dit qu'il continuerait bien son commentaire sur les autres livres des Sentences de P. Lombard, s'il était sûr de rester à Leyde assez longtemps pour y entreprendre un travail d'aussi longue haleine.
En effet, Daneau ne se trouvait pas bien à Leyde. Outre le climat et le genre de nourriture, il avait d'autres et de bien
1. iJu Rieu, op. cit. passim. La brochure de M. du Rieu a été publiée à l'occasion du oOU" anniversaire de la première prédication de Daneau. — Cf. Burmann, op. el loc. cit. !1 ne faut accepter que sous toutes réserves les jugements de Rurmann en ce qui concerne Daneau. Sa sévérité pour lui le fait manquer d'impartialité. — Nous employons le mot natifs pour désigner d'une manière abrégée tous les non-wallons. — Ajoutons que Daneau ne recevait aucun traitement de la ville comme pasteur français.
2. Cum ad eum aiidiendum magnus concursus ficrct, cl ejas fama amjcretur, etc.
o. Lettres à Gaultier et à Grynée du Kî oci. 1581, n"^ 50 et 51.
plus graves sujets de mécontentement : des adversaires théologiques, qu'il avait prévus, il est vrai, mais qu'il ne devait pouvoir ni supporter, ni vaincre, à cause de l'appui que leur prêtait le magistrat de Leyde.
Pour bien comprendre la nature des disputes théologiques, ou plutôt ecclésiastiques, qui amenèrent son départ, il importe de jeter un coup d'œil général sur le protestantisme des Pays-Bas.
Tandis que dans l'Allemagne protestante et en Angleterre la religion nouvelle fut introduite avec le concours de- l'autorité; tandis qu'en France, quoi qu'on en ait dit, le protestantisme poursuivit un but religieux et non un but politique, et fut trahi plutôt qu'aidé par la poHtique, quand certains représentants de la plus haute noblesse voulurent s'appuyer sur lui pour arriver à leurs fins ; dans les Pays-Bas, au contraire, la lutte fut à la fois, et très nettement, politique et religieuse.
En somme, il s'agissait, pour les Néerlandais, de vaincre un tyran étranger, qui réprimait également toute velléité d'opposition, qu'elle fût politique ou religieuse. Sans doute l'inquisition d'Espagne avait pour but avoué l'extirpation de l'hérésie religieuse; mais, en réalité, elle ne poursuivait, et surtout ne poursuivit pas moins, peu à peu, l'hérésie politique que J 'an ire. Son vrai, son unique but était d'étouffer tout ce qui, en quoi que ce soit, de près ou de loin, ressemblait à la liberté ou y menait.
Les Néerlandais comprirent, au moins à certains moments, que, pour vaincre un pareil ennemi, ils n'auraient pas trop de toutes leurs forces. Ils cherchèrent donc un terrain commun sur lequel ils pussent s'entendre et s'unir : ce terrain fut Tégal désir de tous d'assurer leur liberté politique par le maintien de leurs privilèges et franchises.
Malheureusement leurs efforts dans le sens de l'union ne réussirent pas toujours. Qu'on se rappelle, par exemple, le pauvre succès de la Pacification de Gand ! La tolérance réci-
proque n'était pas dans les mœurs du xvf siècle, et nous ne savons vraiment pas si nous avons le droit, dans un siècle comme le nôtre, où l'intolérance a plutôt changé d'objet que disparu, et où elle se montre si souvent dès que l'indifférence cesse, d'en faire un bien grave reproche aux Néerlandais.
Mais si le but principal ne fut pas atteint, si les efforts du prince d'Orange, pour faire des 17 provinces des Pays-Bas un faisceau dont la tolérance réciproque eût été le lien, ne réussirent pas, il est certain que ces efforts ne restèrent pourtant pas sans résultat, et que les questions politiques et religieuses furent envisagées en Hollande avec moins d'étroitesse qu'ailleurs. Il était impossible que le prince d'Orange, qui prenait le parti des anabaptistes de Middelbourg, malgré leur anabaptisme; qui croyait possible que le duc d'Alençon rendît des services à la cause des Pays-Bas, malgré son catholicisme; qui, enfin, tout protestant et tout calviniste qu'il était, conservait des amis catholiques, comme le comte de Benneberg, par exemple, et d'autres ; il était impossible, disons-nous, que ce prince, dont l'influence était si immense dans le pays, n'amenât pas, par son exemple et par ses conseils, les esprits à une tolérance relative.
Il est vrai que plus tard, lorsque la cause de l'indépendance eut été trahie par un grand nombre de ceux qu'il croyait ses amis, et qui étaient catholiques pour la plupart, comme ce comte de Benneberg que nous venons de mentionner, il se défia davantage des catholiques, et se montra moins tolérant pour eux. Mais cette sévérité tardive ne put prévaloir sur les habitudes acquises de tolérance relative des Néerlandais, et la ville de Leyde, en particulier, refusa, en 1582*, de publier un placard du prince d'Orange qui défendait aux catholiques l'exercice de leur religion i.