‹ Lambert DaneauChapitre 40 sur 136 · Brandt, op. cit., 1, p · texte numérisé non relu

Brandt, op. cit., 1, p

Un autre effet, moins houreux, des conditions dans lesquelles s'était engagée et développée la lutte politico-religieuse des Néerlandais contre l'Espagne, fut que l'élément politique y conserva et surtout y revendiqua une grande place, et même une place prépondérante. Justement parce que les villes et les provinces des Pays-Bas n'avaient pas moins combattu pour leurs franchises que pour leur religion, et que leurs efforts avaient toujours eu ce double but en vue; justement parce que le côté politique, commun à tous, avait été particulièrement mis en relit.'f pour être le centre commun autour duquel pouvaient se grouper tous les opposants, les magistrats eurent et conservèrent la haute main sur les affairesi*'' lésiastiques. Il est probable que cet état de choses avait également été favorisé, au moins dans une certaine mesure, par le souvenir toujours vivant des excès des anabaptistes et autres fanatiques de toutes dénominations.

En somme, tolérance relative, soumission du gouvernement ecclésiastique à l'autorité civile, — deux hérésies aux yeux de Daneau. 11 avait été persécuté en France, et la persécution n'enseigne pas la tolérance. Il avait ensuite habité Genève, où la tolérance religieuse n'était guère de mise non plus, et où, en outre, le pouvoir politique avait subi l'influence de l'autorité religieuse au moins autant que celle-ci, en Hollande, dépendait de celui-là; où, en tout cas, l'autorité religieuse était, si l'on peut ainsi parler, maîtresse chez elle.

Ce n'est pas ici le lieu de peser les raisons qu'on peut invoquer en faveur du protestantisme genevois, non plus que les objections qu'on peut y faire. Il faudrait, d'ailleurs, aborder la question si grave, si complexe, et toujours si actuelle des rapports de l'Église et de l'Etat. Calvin n'avait pas été amené à sa conception de l'État chrétien par les seules conséquences logiques de son système religieux. La situation politique et géographique de Genève était évidemment intervenue dans 'le

débat. Une puissance matériellement si faible devait se faire une sorte de rempart intérieur, et ne se laisser aucunement entamer par ce qui devait nécessairement amener sa chute. Ce n'était qu'à force d'unité intérieure qu'on pouvait espérer de Aivrp.

Certes nous ne sommes pas partisans de l'intolérance, et jusqu'ici l'expérience a prouvé que la théorie de lÉtat chrétien. — au sens où ces mots sont généralement entendus, — n'est guère réalisable ! mais il faut bien reconnaître que la Genève d'aujourd'hui, ouverte à t eus et à tout, serait, malgré sa grandeur très réelle, beaucoup moins capable, probablement, de jouer le rôle pohtique et religieux de son aînée du x\f siècle. Et si nous comprenons que, de nos jours, tout un parti prenne la défense des hbertins, par exemple, contre le despotisme, — nous dirions le rigorisme — de Calvin et de ses successeurs immédiats ; nous croyons aussi que, sans ce despotisme. — qui nous paraît, du reste, bien plus rigoureux qu'il ne paraissait à nos pères, — Genève, déjà matériellement si faible, aurait été infailliblement écrasée entre la France et la Savoie. En somme, sans ce despotisme, Genève n'aurait pas été Genève, et c'est, nous semble-t-il, méconnaître et les exigences et les mœurs du xvf siècle, que de juger Calvin, son œuvre et son influence à Genève avec les idées du nôtre.

Daneau était un calviniste dans toute la force du terme. Il était calviniste en dogmatique, calviniste en matière de disciphne ecclésiastique, calviniste dans ses appréciations poUticoreligieuses. Comment donc aurait-il pu se faire à une situation que son prédécessem^ Feugueray n'avait pu supporter, et que son successeur Holmann, tout modéré qu'il fût ', ne devait pas conserver sans difficultés?

i. Braatlt, op. cit., I. -20. — Cormann. op. cit., h Lipse à P. EgmoaJ, I. q5.

— -lOl —

Pour comble de malheur, ce qu'on pourrait appeler le parti civil de Leyde avait entre autres défenseurs, parmi les pasteurs de la ville, Gaspard Goolhaes, premier pasteur, esprit ardent, intolérant, orgueilleux, toujours prêt à la dispute et toujours en luUe avec l'un ou l'autre de ses collègues'. Au moment où Daneau arriva à Leyde, il était à la tête du parti tolérant (s'il est permis d'appeler de ce beau nom le parti qui dans TEglise était pour les moindres revendications possibles vis-à-vis de l'État) avec son collègue Hackius. Il jouissait, par cela même, et aussi parce qu'il avait traverse les deux sièges avec les habitants, d'une influence considérable. Cependant il finit par être publiquement blâmé et condamné à l'occasion d'une nouvelle dispute, et devint distillateur- .

Quelques semaines s'étaient à peine écoulées que Daneau et Goolhaes entraient en lutte. A vrai dire, et vu l'insuffisance des documents que nous avons pu consulter, nous ne savons exactement ni quel fut le point de départ, ni quelle fut l'occasion de leur dispute. Il est possible, toutefois, en rapprochant certains renseignements fournis par Kelmichius dans ses lettres à Arn. Cornelii ' de ce queBrandt nous raconte et de ce que nous savons par Burmann, de se rendre compte en quelque mesure k la fois de l'un et de l'autre. Nous allons essayer de le faire.

Eu 1581 (mai-juin), un synode national condamnait sévèrement Gaspard Goolhaes, et, après l'avoir entendu lui-même, refusait de recevoir une Apologie qu'il voulait lui adresser. Brandt nous dit à ce propos: « Gaspar Goolhaes, ministre de Leyde, avait eu de violentes disputes avec un de ses collègues. Il ne s'agissait d'abord que de l'élection des anciens et des dia-

1. Dranilt, I, "278, 282, 290. -- H. 0. Janssen et J. J. van Toorenenbergen, Werken des Marnix-Vereeniging, série III, Deel IV, lettre XIV (Ilelmichius à Arn. Cornelii), p. 3i.

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