‹ Lambert DaneauChapitre 42 sur 136 · Bihliofi rapide, n° M · texte numérisé non relu

Bihliofi rapide, n° M

Van der uterlichc hercke Godes. L'auteur soutenait qu'il ne fallait s'attachera aucune église visible; qu'il était inutile de participer aux sacrements, ou tout au moins que les sacrements, n'étant que l'ombre, étaient bons pour les faibles seuls ; qu'accepter les rites et ordonnances de n'importe quelle Église visible, emportait la renonciation à la glorieuse liberté des enfants de Dieu et la soumission à une servitude pareille à celle de l'animal qui subit un mors. — L'auteur de la lettre, répondant à une question posée, ou supposée, à savoir s'il fallait s'attacher à l'Église réformée ou à toute autre, établissait que la grande question était, non pas d'appartenir à une Église visible, mais à l'Église invisible, beaucoup se trouvant dans la première et étant néanmoins damnés, tous les membres de la seconde étant nécessairement sauvés.

Ces deux écrits, où l'on retrouve, particulièrement dans le second, les idées de Schwenckfeld, jetèrent un nouveau brandon de discorde. Nouveau en un sens, puisque c'était la question de l'Église visible en soi qui était posée; mais en même temps renouvelé, puisque, en somme, il y avait là mise en mépris des confessions de foi, de l'organisation ecclésiastique et de la discipline. Les théologiens d'Amsterdam traduisirent à l'usage de Daneau ces deux écrits, lui demandant d'y répondre. Il le fit, et dédia sa réponse aux magistrats d'Amsterdam. La dédicace est du l'^'' mars 1582, et c'est à cette époque que parut la réponse de Daneau en hollandais. Elle ne parut que plus tard en latin. — Quelque temps après, l'auteur de la Lettt^e anonyme (Théod. Coornhert) s'étant fait connaître, Daneau publia contre lui un écrit virulent, trop digne du xvf siècle. Quand a l'ouvrage, il est attribué par Helmichius à Huybert Duifhuys, pasteur à Utrecht ^ (Voy., sur ces divers écrits. Bibliographie, N°'45 et 48).

i. Op. cit., lettre VIII, p. 17.

En somme, Daneaii défendait la stricte orthodoxie réformée. Il était donc naturel qu'il s'élevât contre les magistrats de Leyde qui lui paraissaient compromettre la dignité de l'Eglise ; contre l'effacement ou la réduction à trop peu d'articles des confessions de foi, qui lui paraissaient en compromettre la fidélité; contre les théories de Goornhert et deDuifhuys (?), enfin, qui lui paraissaient en compromettre l'existence môme. Nous ne saurions l'en blâmer. Le magistrat de Leyde avait tort de ne pas laisser les élections ecclésiastiques, par exemple, s'opérer en dehors de lui. Il craignait, disait-il, les empiétements des ministres ^ Ces craintes, d'ailleurs sans grande apparence de fondement, ne sauraient excuser les siens. Goolhaes avait tort de ne pas respecter davantage l'autorité ecclésiastique, et de se faire l'instigateur^ des empiétements du pouvoir civil. Goornhert, enfin, avait tort, car l'Église visible est un fait correspondant à une nécessité. On peut bien supprimer cette nécessité pour les unités isolées, mais non pour l'ensemble. Voilà pourquoi, du reste, et malgré tous ses côtés beaux et vrais, le Schwenckfeldianisme n'a toujours été que le fait de quelques individus ou de quelques sectes sans importance. Encore n'at-il pas été fidèlement observé par ses prétendus adeptes. Nul plus que 'nous n'est disposé à faire grande la place de la vie intérieure en Ghrist; mais s'il n'y a pas un lien extérieur, une limite si flexible et si éloignée soil-elle, mais enfin une limite, on va se perdant dans des rêveries suivies de près parle scepticisme, qu'elles ne tardent pas à provoquer par leurs excès mêmes. Mais Daneau n'eut-il pas des torts lui aussi? Nous ne le dirons pas. Le grand tort, le premier et le principal, fut de venir à Leyde. Il avait prévu les difficultés, il avait été prévenu des inconvénients ; il aurait donc mieux fait de rester dans son

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