‹ Lambert DaneauChapitre 59 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

biblioghai'Hil:

C'est enl565, autant du moins que nous avons pu le savoir, que parut ie premier ouvrage imprimé de Daneau.

Déjà, il est vrai, il en avait écrit quelques-uns, notamment sur des questions de droit. Onverra,dans ses lettres aux Daniel, que ce ne fut ni sa lante, ni celle de ses amis, si ces divers écrits, ou Commentaires, comme il les appelle, ne furent point publiés. Nous connaissons le titre de quatrede ces Commentaires inédits. L'un d'eux, le premier que nous nommerons, existe encore; il porte à la Bibliothèque de Berne, et dans la Collection Bomjars, le n° 284. Des trois autres, nous n'avons su retrouver aucune trace. Cela dit, voici leur titre : De Jurisdictione;de Fendis et Agro vectigali; de Locatione et conductione ; de Repudio. Peut-être en exista-t-il d'autres. On lit, en effet, dans une des lettres à Daniel (11° 20), un post-scriptum ainsi conçu : « Je me recommande à Monsieur mon bien honoré frère Monsieur Former, auquel Je forge je ne scaiquoy ... etc. » Or Former était professeur de droit à Orléans. Il est vrai que dans une autre lettre Daneau paraît dire qu'il a renoncé à toute autre étude que celle des saintes lettres. Sans donc oser affirmer que les quatre Commentaires ci-dessus indiqués constituent toute l'œuvre juridique de Daneau, nous n'en serions pas surpris. Revenons au de Jurisdictione. En voici le titre complet :

De Jurisdictione omnium jitdicîim, auctore Laherio Danaeo, J.C .dialorjus.'Slsc: 74 fol. 4".

Sinner {Cat. cod. Beni., III, 23 ss,) pense que Daneau a été en Belgique à cause du permis d'imprimer suivant qui accompagne l'ouvrage : Liber Jiic, ima cum tabula siibseqnente, nihil habet reprehensione digmim, S. Romanae Ecdesiae fidei contrariiim, aut Reipublicae offcnsiimm. Signé : Sebastianus Baër, archiprêtre (?) de l'église Sainte-Marie d'Anvers. — On verra par les lettres de Daneau qu'il n'alla point en Belgique, mais que le librairePlantin,aprèss'être chargéde l'impression, dut obtenir l'autorisation d'imprimer, et pour cela demander à Daneau quelques corrections. Ce furent les événements de 1566 qui empêchèrent le de Jurisdictione de voir le jour. (Cf. Lett. 16et'17.)

Ce traité fut composé vers avril 1559, v. s. Comme le titre le dit, c'est un dialogue. Il est écrit tout entier de la main de Daneau. Il est divisé en cinq chapitres, subdivisés à leur tour en de nombreux paragraphes. Voici le titre des chapitres: l..Qi(id sitjurisdictio; II. Qiiotuplexsil jiirisdictio : III. Qiiibus jiirisdlctio competat; IV. Inquos competat jurisdictio et qui bus modis exerceiur ; V. Qmmodo finiatur jurisdictio. — On nous permettra, comme c'est le seul ouvrage juridique de Daneau qui paraisse avoir survécu, d'en citer deux fragments : le premier, qui est l'introduction du traité; le second, qui contient un jugement sommaire sur quelques-uns des juristes les plus éminents du xvf siècle.

c( Cum ad VI Id. april. ego et Monsoius, tuque frater,

recreandi animi causa in eum hortuni, quem avunculus noster Antonius ^vdid[iQi\x?,adprimumurbis Aureliae lapidem habet secessissemus, Mummius uterque {hic enim major, ille natu minor erat) adveiiit, qui amicissimos scciim viros adnosaddiixerunt, Jacobum Palladium et illum veterem et insignem PijlatoijJoannemTaillaeum, (/wi hodie Bondarraeus appellaturK

1. Voyez sur ces différents personnages : L. Jarry, Pierre Daniel, etc. (Orléans Herluison, 1876), p. 55. Peut-être, dit .M. L. J.," faudrait-il lire Memmius. Il

— us —

In eo if/itur horto, cum aliqiiot sub pergulis spatia confecissemtis, consitas per qidncunces arbores intuitif in finit am propc arboriim, herbarum et olerum omne f/emisvarietatem admira ti, apterjue et scite consita^plantata constructa et enata omnia^ magna cum avuncali lande vidissentiis, pervenimus ad eum

locnm, qui ab olitore Daedalns vocabatnr Vient l'éloge de

ce dédale. Puis tous ces amis s'asseyent et se mettent à causer : De sa auteni artr omnes diximns, in qua pliirimum quisqtte versabamur, Quanquam enim Jus civile tractabant omnes, id tamen alii serio, alii {quod inter nos dicere, frater, liceat) succisivis tantiim horis fecere. Trahit enim, ut dici solet, sua qiiemque voluptas. Nam de omni vetustissimorum génère armoîitmMonsoius accurate disputavit, multosque Latinorum cum Grœcis scriptoribus contuUt locos, quo stndii génère ille plurimum delrctatus, Jus civile neglexit. Taillaeus autem de omnibus Poetarum numeris diligenter disseruit, quod erat in eo scriptionis génère magnus et excellens, sive grœca malles et latina, sive gallica. Palladius vero copiosede eloquentia multa dixit. Erat enim is orator non arte (Sinner : anté) factus, sed edoctus natura. At Mummius is, qui œtate prœcedebat, quanquam de verapietate multa graviter et sgncere disputavit, addidit tamen de philosophia ea quœ de moribus est prœclaram qnœstionem, ex qua ad civitatis ordinem et leges descendimus, in quibus eum fratrem suum, qui minor erat,vellet esse quam instructissltnum, saepe me inter pellans ne tacerem et fratri vellem auxiliatumsuo,jamque meœ essent ad dicendurn partes, effecit ut ego quidem de Jurisdictione, tu autem

frater rcepl -zriç, npy.y-iyJ(\ç. et usa forensi multa diceremus

C'est le discours que Daneau tint alors, en réponse aux diverses questions du jeune Mummius, qu'il a reproduit aussi

s'agirait alors des de Mesme. — Sur Jean de la Taille de Bondaroy, à la fois poète et soldat, voy. France Protestante, VI, 370.

— Wt —

fidèlement que possible. Le dialogue aura donc pour interlocuteurs Mummiiis le jeune et Daneau.

Voici maintenant l'autre fragment contenant une caractéristique de quelques juristes du xvif siècle (fol. 11) : Mummius. Non possum, mi Laberi, rjuin oratiouis tuie filum, mihi ipi'idem suavissimm, jam intcrrnmpam.postquam abs te aiuUo de Hottomano mentionem, quali vira, deus immortalis, quem et commodi et honoris causa nomlnasti atque etiam dmn tmim appel las, ejus auctoritati plurimum te trihuere velle existimo. Lalj, — Opinarisrecte, Mummi, qidd enim homini amicissimo non tribuam? Qiianquam illi me non tam ipsa, ut ita dicani, popularitas et ejusdem gentis nationisque cognatio (est enim is Gallus, ut scis, atque etiam concivis tuus et Lutetianus), quam conditio conjunxit. Sic enim existimatote, dixi, quam e multis qvos œtas hœc nostra aut vidit, aut adhucvidet, Jurisconsultis, Hottomaniim esse eonim nemini inferiorem, si singuli conferantiir. Et quanquam ea fuit in Francisco Duareno orationis dulcedo,ut facile in suani sententiam aUiceret omnes; hodie etiam in Antonio Goveano tanta vis eloquentiœ regnet, ut sibi cogat assentiri multos; in Jacobo autem Cujatio sagacitas quœ

obscura avia quceque pervestiget, et sepulta eruat e tenebris

in^ magnum studium antiquitatis ut nihiltectiim velit;in

Roberto lectionis varietas ut nihil relinquat intactum, tamen imus mihi Eoilomsinvis hœc omnia cumulate videtur assecutum. Atque ad ingentes et summas illas ingenii dotes morum suavitattm studiumque pietatis adjunxit^ut nihil mihi beatius eo viderisoleat, quo quum Gallia nostra careat et cum suo et Jureconsulto, quid ea miserius? M. — Vêtus ista sane querella

1. Mots effacés en vue delà censure, et pour obtenir le permis d'imprimer. Ces mots sont effacés avec un tel soin, qu'il nous a été impossible de rien lire. C'est d'autant plus regrettable, que la religion de Cujas a donné et donne encore lieu à des discussions. Toutefois nous ne doutons point que le motif des radiations indiqué par nous ne soit le vrai.

— U5 — est, scdtamen jus (a, quamcum aliis bonorum virorum precibas conjuHCtam aliquamlo dcus max. opt. cxaiuUet.Est enim if la vêtus, hœc autem nova et recens plaga est, quod cadent luec Gallia infelix Annam Burgium nuper amisit, qaem uti Jiuisconsidtorimi omnium conjphœum prœdicant omnes etiam exterœ nationes et longinqui populi, quo se vero ipsamct orbavit. L. — Ah! ne loquare amplius. Nampene me exanimasti, dam Burgium appellas, oui ego prceceptori meo operam, dedi in JîireCivili, viro clarissimo et juris peritissimo. Qui quanquam nihil aliud in Juris Civilis tractationem magnum ha béret, et excel(ens, hoc tamen unum ad perpetuam ejiis viri laudem et memoriam satis erat, quod esset inexhausta reritm memoria et admirabili. Sed fidelis legum interpres ille ftoruit, in quibus nihil unquam ab eo tam contentiose, quam vere diclum est, cuj us fuit non modo vita prœclara et honesta, sed etiam eruditio laudabilis, de cujus morte, ut taceam, multi tamen quod praevideo, exorientur prœcones. — Tum vero omnes ingenti gemitu ex imo pectore ducto pêne collacnjmavimus. Omnes enim Burgium vider a mus. Sed redeo ad legem nnde diverteram, etc.^

Cet éloge de du Bourg n'est pas fait pour nous surprendre. Nous verrons dans une des lettres à Daniel (n° 7) Daneaunous dire : Liber de Jurisdictione dialogus est, a mescriptus mugno

animiardore et studio, ut A. Burgium commendarem, etc.

C'est donc en l'honneur de cet illustre et infortuné maître que Daneau avait écrit cet ouvrage. Primitivement, il devait être dédié à Philippe Daneau, son frère. Mais plus tard, et du

t. Les jurisconsultes mentionnés ici sont trop connus pour que nous croyions devoir donner aucun détail sur eux. Hotman, Duaren et Cnjas sont l'objet d'articles dans la France Protestante. Nous donnerons nous-même ailleurs des détails sur Robert. — Quant à Antoine de Govéa (I509-J5G6), il fut professeur à Toulouse, Castres, Valence et Grenoble. La dernière édition de ses œuvres est de Hotterdam, 1766.

consentement des deux frères, il devait l'être à P. Daniel.

En dehors de ses études de droit, Daneau se livra aussi, dans la période de sa vie qui précède son séjour à Gien, ou pendant son séjour dans cette ville, à des travaux philologiques. Ainsi il fit cadeau à Fr. Daniel d'annotations sur les Satires de Jiivénal, son auteur favori (Cf. Lett. 7) ; il prépara pour la seconde édition qu'en voulait faire P. Daniel, des annotations sur le Querolus (Cf. Lettr. 13). D'autre part, il fit un indice pour l'histoire d'Ammien Marcellin (CL Lett. 7). Comme se rapprochant de ses études ultérieures, nous citerons ses notes sur le De mensuris et De ponderibus d'Épiphane (Cf. Lett. 7) et ses Scholies sur les catégories de saint Augustin (Cf. Lett. 25).

Lorsqu'il dut quitter Gien précipitamment, il avait des ouvrages en portefeuille ; lorsque plus tard il mourut, à Castres, il en laissa d'inédits. Quelques-uns des premiers et des derniers furent publiés, mais pas tous, très probablement. En effet, il se plaint que ses livres et ses papiers aient été perdu lors de la Saint-Barthélémy; et, en ce qui concerne des ouvrages qu'il put laisser à sa mort, la délibération du synode de Castres, en 1626, citée plus haut lorsqu'elle dit : et afin que ses savants ouvrages ne restassent pas dans l'oubli, il pria son digne fils de les ramasser en un volume et de les publier, et ce présent synode se chargea de paier les fraix de l'impression ; cette déhbération, disons-nous, permet de supposer qu'il ne s'agissait pas moins d'ouvrages à publier que d'ouvrages à rééditer. Du reste Daneau lui-môme écrit à Grynéele 27 août 1595, qu'il a en portefeuille des ouvrages non encore édités (Cf. Lett. 59).

Enfin Daneau collaborai divers ouvrages, notamment pendant son second séjour à Genève, sans que mention ait été faite de son nom. C'est ainsi, par exemple, qu'il fut avec de Bèze et de Chandieu, un des collaborateurs de Salvard dans

VHarmonla cunfcssionum fidei, qiiiparut ùGenève, 1581, iii-4''. Voici mainteiiaiiL la liste, aussi complùle qu'il nous a élé possible de la dresser, de ses ouvrages imprimés. Nous en indiquerons les différentes éditions à nous conmies, et, suivant en cela les conseils des hommes les plus compétents en pareille matière, tels que M. le professeur M. Nicolas par exemple, nous indiquerons aussi les différentes bibliothèques où ces ouvrages se trouvent. Les initiales?. F. désignent notre propre collection. Enfin nous ferons suivre chaque ouvrage de quelques détails sur son contenu. Ces détails seront plus ou moins longs suivant que l'ouvrage nous aura paru plus ou moins important. Toutefois, comme tous les ouvrages de Dancau sont rares, et que certains d'entre eux n'ont jamais pu être vus par nous, il arrivera parfois que nous devrons nous contenter d'en donner le litre sans détail aucun. Gela dit, nous entrons en matière.

1. Lettre de Salvard, du 23 avril 15S1, Coll.Zof. Ep. 85 du tome IL — Harmonia Confessionum Fidoi, clc, etc. Genevae, ap. l*. Santaiidreuui, 15SJ, i".

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