‹ Lambert DaneauChapitre 60 sur 136 · OUVRAGES IMPRIMES · texte numérisé non relu

OUVRAGES IMPRIMES

I. — Deux trailtez de Florent Ter tullian , docteur très- ancien, et voisin du temps des Apostres, environ CLXX ans après Vlncarnation de Jésus-Christ. — L'un des Parures et ornemens : Vautre des Habits et accoastremens des femmes ehrestiennes. Paris [Perrier ?], 1565, 8". — 2^ éd. Genève, Jean de Laon, 1580, 8°. Bihl. Nat., C. ^77(1. - P. F.

Le titre l'indique, (3e ne sont là que des traductions. Dans Vavis au lecteur, le traducteur s'exprime comme suit sur son but : « Surtout ces livres doivent servir aux bourgeoyses et damoyselles se disans fidelles, estans à la cour, et es villes, lesquelles ne se peuvent persuader que les ministres et discipline ecclésiastique de ce temps ne leur soit trop rigoureuse de recercher et se soucier d'elles et de leurs habits, et de s'opposer aux plaisirs qu'elles y prennent. » Entre autres raisons que donne le traducteur pour protester comme il le fait contre l'élégance excessive des femmes, se trouve celle-ci : « qu'il est merveilleusement scandaleux à toute l'église des fidelles, que tant de pauvres gens qui sont membres de Christ, ahanncnt et languissent et meurent de faim enl renous : et que ceux qui se disent leurs frères et sœurs, ce pendant ayent et portent telles supcrfluitez et sumptuositez, dépensants en choses inutiles, et qui sont à leurcondemnation,cequ'ilsdevoyentdonner et épargner pour les pauvres de Dieu et domesticques de la foy ». On ne saurait mieux dire.

II. — Traité de S. C. Ci/prian jadis Evesque de Carthage, Du mal

qu'apporte V Envie et Jalousie du bien (V autrui. Item un autre Traité du mesme Cyprian toucJiant la discipline et les habits des filles. Le tout m.is et traduict en François par L. Daneau, Ministre de la Parole de Dieu à Gyan. — Prov. xiv, 30. i Cor. vu, 34. — S. L. [Orléans; Eloy Gibier], 1566, S\~Bibl. Nat, C. 685. —S- édit. (le 2' traite seulemenl) Genève, Jean de Laon, 1580, 8°. P. F. — Chacun des deux traités a son avertissement au lecteur. Dans l'averlissement du premier, Daneau montre l'utilité de sa traduction, en constatant qu'on voit de la jalousie et de l'envie entre les fidèles alors qu'il n'y en faudrait point voir, puis il explique pourquoi il a traduit de zelo et livore comme il l'a fait. — Dans l'avertissement au second (reproduit dans l'édition de 1580), il expose que Tertullien s'étant adressé aux femmes en général, tandis que Cyprien ne s'est adressé qu'aux filles, les deux iraités ne font pas double emploi. Puis il explique assez Ion L'ucment pourquoi il a traduit virginum par filles et non pas par nonnains, et il en profite pour constater que si déjà dès cetemj)s- !à (( l'on commenroit à attribuer (i-op de sainteté à cest estât de virginité... les choses n'esloyent corrompues en l'Église, ni tirées en superstilions du temps de Cyprian, comme elles l'ont esté depuis, et comme maintenant elles le sont en l'Église Romaine. )) Au verso de la dernière page (79) de ce volume, on voit la marque ovale — un bras faisant tourner la presse — et la devise vesceris panetuo in sudore vultus lui d'Eloy Gibier. Et au-dessous : A Orléans, par Eloy Gibier, impiimcur de ladictc ville.

III. — Deux Traitiez de S. C. Cyprian, jadis Evesque de Cartilage. Lun contre les Jeux et Joueurs de cartes et de dez. Uautre, par lequel il monstre que Vhomme Chrestien ne doit voir ni assister à aucuns Jeux de battelage, ni aux spectacles publics. Plus, Une epistre dit mesme autheur touchant ce mesme argu' ment. Le tout mis en François par L. Daneau, Ministre de ta parole de Dieu. S.l. Imprimé nouvellement. 1566, 8". — British Muséum.

IV. — Methodus Sacra: Scriptural in publicis tum prcelectionibus, tum concionibus utiliter atrpue intelligenter tractanda: : cjuœ praxi, id est, aliquot exemplis, et perpétua in Epistolam Pauli ad^ Pliilemonemcommentario iUustratur. Genevse, 1570, 8". — 2° éd. Genevaî, E. Yignon, 1579, 8". Bibl.de Zurich ; —3^ éd. Gen., 1581,

8°. Bibl. Nat. Inventaire D' 3G42; — A" éd. dans le Recueil des Opuscules.

G'esl sur la loi des difierentes bibliographies que nous avons eues entre les mains que nous donnons le n" iv à cet ouvrage, à cause de l'édition de 1570. Nous devons avouer toutefois que c'est sans conviction. En effet, dans la Dédicace à Jérémie Ijaslimjius, qui précède l'ouvrage lui-même, Daneau s'exprime ainsi : Petis a me, fraler amanlissime, atque ita jjetis ut tibi denegcire propter amicitiam nostram jam non audeam, ut qmi ratione, quaqae }ne(Jiodo censeam Scripluram sacrcimoptime tuni in2)rcelectionibus, tum in concionibus tractari posse, perscribam. Il semble que si un ouvrage de Daneau sur la matière avait déjà existé, ni Bastingius ne l'aurait demandé, ni Daneau n'aurait répondu dans ces termes. En tout cas, la dédicace, malheureusement non datée dans le Recueil des Ojiu seul es, seule édition que nous ayons vue, est postérieure à 1575. La preuve en est dans les paroles de Daneau qui suivent immédiatement celles que nous venons de citer: Ego i'ero,quemadmodum sœpe antea sic nunc cpioque respondeo, etc. Or, nous savons que Bastingius avait été pendant un an (1571-1575) pensionnaire de Daneau à Genève. — Nous pensons donc que l'édition de 1570 ou bien n'a jamais existé, ou bien ne se rapporte qu'à un premier essai complètement refondu et modifié plus tard. Toutefois comme en matière de bibliographie, et surtout de bibliographie protestante, on ne saurait être trop prudent, nous nous conformons, ces réserves faites, à l'ordre suivi par les bibliographes que nous avons consultés.

Dans une lettre de Daneau à Jér. Bastingius, du 21 avril 1581, lettre éditée- dans les Animad. philol. et histor. de Thom. Crenius (pars viii, p. 235), il est question d'une traduction de cette Mclhode en hollandais. Nous ne savons pas si ce projet fut réalisé. Le traducteur devait être Bastingius lui-même, alors pasteur à Anvers.

La théologie, dit Daneau dans sa dédicace de cet ouvrage, doit être la simples divinœ Scripturœ tractatio. Une sera donc pas sans intérêt de savoir quelle est sa méthode pour la tractation de l'Ecrilure Sainte. Nous allons l'indiquer brièvement.

Tout d'abord, est-il besoin de le dire, Daneau croit à l'inspiration de la Bible. 11 pense qu'elle est l'expression de la vérité

divine et que les prophètes et leurs successeurs les apôtres ont reçu directement (àfito-w;) de Dieu ce qu'ils devaient dire en son nom. Il y a, il est vrai, des pages mystérieuses, à propos desquelles on pourrait se poser des questions curieuses et vaines. Mais cela est condamné par saint Paul, et ne témoigne pas de la vénération que tout lecteur doit éprouver pour ce livre inspiré qui contient la vérité même. — Le premier sentiment donc de tout homme qui étudie la Bible doit être la vénération. C'est Dieu qui parle, il faut qu'on l'écoute avec respect.

Mais à côté de ce sentiment de respect, il y a aussi une méthode d'étudier la Bible, qu'il s'agisse ensuite d'enseigner ou de prêcher. Quelle est votre méthode? avait demandé Bastingius. C'est à cette question que répond la Methodus sacrrr Scripturœ tractandœ.

L'ouvrage se compose de deux parties. Dans la première, l'auteur pose les principes; dans la seconde, il les applique à quelques exemples, auxquels est joint, au moins dans le Recueil des Opuscules, son commentaire sur l'épître à Philémon (n^ 20). Nous dirons ces principes, nous bornant ensuite à examiner l'un des exemples donnés.

Dans tous les livres ou textes de la Bible qu'il veut expliquer, Daneau commence par rechercher ce qu'il appelle le lieu (locns) rhétorique, le lieu dialectique et le lieu théologique. Le premier lui donne la connaissance des différentes parties du texte, de leur connexion, de leur lieu entre elles. Le second lui permet de déterminer l'argumentation de l'auteur; le troisième de faire ressortir le sens intime, religieux, et à proprement parler théologique. Reprenons chacun de ces trois lieux.

Le lieu rhétorique en comprend une foule de particuliers, dont voici les plus nécesssaires. La proposition (npôoem;) , ou courte explication de ce dont on va parler; la préparation (-rpooptc^hç), sorte de définition préparatoire à une définition plus ample; la définition {hfjt'Tixoç) ; l'étiologie {a.htoloyia), OU Confirmation de raffîrmation qui précède par l'étude de sa cause; l'ordre (râ^j?), qui tantôt remonte des effets aux causes (ivâÇa^j?), tantôt descend des causes aux effets (xKTâêacrjr) ; l'autithèse (àv-riOn^t,-) ; l'exposition {i^-hyrt^tç) ; la commoration, ou insistance (â7r£?£,oy«<7ta ou èniixo-j-h); l'amplification (au^rj^fç); l'affirmation (xarâ^affiç); la prolepse (ttpôU^i^ ou ÛTrovopà), ou antici pation par laquelle on prévoit &t prévient les objections; la con-

cliision (jTTîXoyo;) ; 1^ digression (nufjr/.Sam^) ; la transition (f/cTâgaatî) et autres semblables". C'est en appliquant ces lieux particuliers (tous formant le lieu rhétorique) au texte à étudier, que l'on voit renchainement et l'ordre des différentes parties qui le composent et le lient aux textes qui le précèdent ou le suivent.

Vient ensuite l'élude du lieu dialectique, ou reclierche du mode d'argumentation employé par l'auteur sacré dans le passage étudié. Les lieux particuliers dialectiques sont donc proprement les formes de raisonnement employées pour établir ou confirmer une affirmation. Ces formes sont multiples. Daneau en cite un grand nombre; ce qui se comprend puisqu'il applique à la reclierclie du sens de l'P^criture Sainte toutes les formes de raisonnement connues.

Enfui le lieu théologique sert à trouver l'objet môme de l'enseignement de l'Ecriture Sainte. Ainsi, après s'être occupé de la forme, et de la manière de raisonner de l'auteur sacré, il s'occupe de ce qui regarde le saliU, c'est-à-dire du fond même du texte. 11 appelle ce lieu théologique, parce que pour lui la théologie n'est pas autre chose que l'étude du sens religieux de la Bible. Ce doit être l'explication claire des choses divines. Pour arriver à cette clarté, Daneau pense qu'il faut d'abord donner une vue d'ensemble; secondement se servir de subdivisions aussi peu compliquées que possible; puis expliquer chacune de ces subdivisions en commençant par donner le sens exact des mots. Cela fait, on doit éclairer par des textes analogues le texte étudié, et s'il y a des passages qui paraissent contradictoires, expliquer — mais cela plutôt quand on enseigne que quand on prêche — ces contradictions apparentes. Le pasteur ne devra pas négliger non plus de réfuter les erreurs des papistes, des païens, des impies, si le texte lui en fournit l'occasion. De même, si le texte le permet, il devra établir un contraste entre l'homme avant et après la chute, avant et après la nouvelle naissance, en un mot, entre ce qu'il appellera plus tard la nature destituée et la nature restituée, atin de faire ressortir toute la miséricorde de Dieu et d'exhorter les auditeurs à bien vivre.

Daneau ajoute encore deux conseils à l'adresse des prédicateurs : ils doivent s'efforcer d'émouvoir les auditeurs, c'est-cà-dire joindre à l'exposition de la saine doctrine des exhortations pressantes à la conversion; et do plus, pour rendre leurs pensées plus claires, se servir de comparaisons choisies avec discernement et avec goût.

Tels sont les principes. Daneaii joint des exemples aux préceptes. Il en donne cinq : Rom. i, 7; Gai. m, 13; Eph. m, 1 ; Eph. m, 5, et enfin (au moins dans le Recueil des Opuscules), l'épîtrc à Phi- Icmon tout entière. Prenons Eph. m, {.C'est founiuoi moi, Pcml, je suis prisonnier de Jésus-Christ pour vous Gentils. — Le lieu rhétorique est ici une prolepse ou anticipation. Saint Paul prévient une objection qu'aurait pu provoquer de la part des Ephésiens, et aux dépens du succès de sa prédication, le fait qu'il est prisonnier. — Le lieu dialectique est double : en effet, saint Paul tire un argument (contre cette objection) de la cause de ses liens, d'un côté, et de l'autre, de leur but. A l'objection : Comment pourrait-on considérer comme venue d'En-Haut et apréable à Dieu une doctrine dont les hérauts sont liés et maltraités, il répond : C'est justement pour la propagation et la confirmation de cette doctrine que je suis lié. Et cela, ô Ephésiens, à cause de vous, pour le bien que vous en pouvez retirer. — Tel est le résumé de l'enseignement contenu dans ce passage. — Examinons maintenant les circonstances et les personnes. Les Ephésiens n'auraient-ils pas pu avoir honte des liens de Paul, quand le pieux Timothée lui-même a besoin que l'Apôtre le mette en garde contre un pareil sentiment (ii Tim. i, 8)? Le sens charnel ne donne-t-il pas également raison aux Ephésiens, et les Hens ne sont-ils par plutôt un signe de la colère de Dieu et d'une conduite mauvaise? Le Saint-Esprit ne parle point ainsi; il nous dit au contraire que nous pouvons être affligés à cause du Christ. Ajoutons que le proverbe commun (vulgo dici solet) est que la faute, non la peine est infamante. — Si nous examinons les mots, la portée de ceux-ci : pour vous Gentils, ne saurait être passée sous silence, A qui s'adresse saint Paul? aux Gentils. De qui, sinon des Gentils, cherche-t-il l'utilité? Son ministère doit donc leurêtrc particulièrement recommandé. De plus les Gentils doivent se sentir appelés comme les Juifs à connaître le mystère de la Rédemption et du salut. — Enfin saint Paul rappelle qu'il est prisonnier de Jésus- Christ, pour ne pas paraître avoir été imprudent, et s'être fait lier par sa faute. La cause de ses liens est au coniraire son obéissance à l'ordre de Dieu.

Passages parallèles (similis locus) : Gai. ii, S; Acl. xxii,:îl, 22; Rom. XV, 15, 16.

Passages contradictoires en apparencc(rfisswu^is locus) : Rom.

I, 14', où saint Paul se déclare débiteur de tous, et non plus seulement des Gentils; Mattli. xxviii, 19, où les Gentils sont confiés également à tous les Apôtres; enfin, Gai. ii, 8, où il est dit, malgré la vocation générale dont nous venons de parler, que Pierre fut spécialement désigné pour prêcher aux Juifs, et saint Paul pour prêcher aux Gentils.

Telle est la méthode de Dancau. Elle est assurément plus compliquée en apparence qu'en réalité. Nous arrivons aujourd'hui aux mêmes résultats avec un appareil plus simple. Mais il faut reconnaître que la. Bible ainsi étudiée (et elle l'était ainsi), devait former de bons théologiens, s'il est vrai, comme nous le pensons aussi, qu'il faille, pour être un bonus Iheologus, être d'abord un bonus biblicus.

V. — Les trois livres (V Hésiode, appelés Les Œuvres el les jours. Traduicts de Grec en François par M. Lamb. D'Aneau, — Dédie: à la Royne de Navarre. [Genève] Pour Antoine Chuppin, 1571, 8". Bihl.Nal.\. 273; Brilish Musenm.

C'est une traduction en vers. Pour donner une idée de la manière poétique de Daneau, nous reproduisons les deux sonnets suivants, qui ouvrent le livre. L'un est adressé à Tré.s^ Haute, très puissanle et Chrestienne princesse Jehanne d'Alhret, Royne de Navarre, duchesse d'Alhret, contesse d'Armaignac, Foix, etc., etc.; l'autre Au lecteur, touchant la matière traictée en ces trois livres d'Hésiode. Les voici :

Madame je ne crains que voslrc Majesté

Trouve ce mien présent peu à son avantan;e,

Ce présent qui n'a rien que terre et labourage,

Malséant à riionncur de vostre Royauté.

Le naturel bénin de ceste grand'bonté

Que dcmonstrcz à tous de faict non de langage,

De )e vous adresser m'a donné le courage,

M'asseurant que de vous ne seroit rejette.

Je dy plus, que les Roys dont les noms sont vivants

La terre et le labeur et champs alloient suivants

Prisant l'heur et le los d'une simplicité :

Mesmes Laerte et Cyre à qui fut l'univers,

Ozie aussi : et bref c'est des mestiers divers

L'art, le père de tous, piur son antiquité.

•le ne veux perdre temps à espniserla mer, Je ne veux m'eaiployer à conter la poussière.

Je ne me veux peinera blanchir la lumière.

Et moins à louanger ce qu'on doibt estimer.

Seulement je diray qu'on ne peut tant aimer

Cest Ascréan vieillard et sa sagesse entière.

Comme l'a mérité sa grâce singulière,

Que les ans ni leur fau (sic) n'ont peu exterminer.

II nous pousse au travail plein de graves sentences,

Il tance le faitnéant par sainctes remonstrances,

Il laboure la terre et traffique sur l'eau,

A chascun jour du mois son propre œuvre il assigne,

Et de l'homme privé tout l'cslat il enseigne.

Bref de toute vertu c'est un riche tableau.

YI. — Ëlenchi Hciej-etlconim, nbl facili et singulari mclhodo explicatuv qua ratione haereticorum paralogisml deprehendl et solvi possint. Liber omnibus Evangelicae veritatis studiosis valde necessarins. Lamberto Danaeo authore [a quo nunc primum auctns et recognitus cum Indice tocupletissimo]. — Tite I, 9. — Genevae, E. \içinon,iolS. Bibl.de Belle et de Zurich. — 2° éd.Gen, E. Vignon, 1580, 8^ P. F.— S^ éd. Gen.1582, 8". Walch,5/fc/. theol. — 4' éd. dans le Becueil des Opuscules. — Les mots entre crochets ont été ajoutés à la 2* édition.

L'ouvrage est dédié Omnibus Sacrae Theologiae candidatis adolescentibus. La dédicace est datée de Gien, le l"" janvier 1573. — Voici maintenant quel en est le but. Tout enseignement, dit Daneau, doit se composer de deux parties : l'affirmation, avec preuves à l'appui; la réfutation des erreurs contraires. Mais comme les erreurs, c'est-à-dire, dans l'espèce, les hérésies sont infinies en nombre, et que ce serait une tâche immense de les réfuter toutes et sous toutes leurs formes diverses, il faut chercher un moyen général de les combattre, une méthode qui soit la même et également bonne dans !ous les cas. Daneau croit avoir trouvé ce moyen et cette méthode dans une saine dialectique. D'où proviennent les hérésies? de faux raisonnements, de sophismes. Il faut donc, par une interprétation exacte de l'Écritiire Sainte, percer à jour ces sophismes, les corriger ou les réduire à néant. C'est ce que fait Daneau, en s'appuyant, si l'on peut s'exprimer ainsi, quant au fond, sur l'Écriture simplement et sainement interprétée; quant à la forme, sur le traité d'Aristote Tztpi i/Eyj^wv ao^is- Twwv, qu'il suit pas à pas. Telle est sa méthode, et Ton ne saurait méconnaître qu'elle ne manquait ni d'originalité ni de valeur.

Hoornbeck (Summa controv. Relig., p. 4i) en faisait grand cas. Elle supposait orthodoxes et hérétiques également convaincus que l'Écriture Sainte est la règle de la vérité; ce qui pouvait être vrai alors. Aujourd'hui, où cela même est contesté, la méthode de Daneau ne paraîtrait qu'une pétition de principes.

Vif. — D. Aîirelii Augustini Enchiridion ad Laurentium, Sive Summa et praecipua totius Christianae religioniscapita. Liber ul.ilissimus lis omnibus qui brevissimam Augustinianae doctrinae epitomen ex ipso Augustino,et quidem jam sene^ habere desiderant, multis mendis et glossematis, quibus antea scatebat, ex veteri mamiscripto repiwgatus et commentariis illustratus. Per Lambertum Danaeum.

La dédicace : Nobilissimo alque generosissimo D. Edzardo totius Frisiae Orientalis comiti ac Principi potentissimo, etc., est du !''■ février 1573. L'ouvrage fut donc publié dès cette époque. C'est ce que confirme indirectement la phrase suivante d'une lettre (n° 29) de Daneau à Simler, du 23 mars 1576 : Itaque eadem illa temeritate, qua super ioribus annis smnmam doctrinae Christianae inEnchiridio Augustini proponere sum ausus, etc. Lai" édition doit donc être de Genève, 1573. Nous ne l'avons jamais vue, ni vu citer. — Il ne paraît pas exister, comme le voudrait la France Protestante, d'édition de 1575. — 2' éd. [Aucta et ab ipso auctore recognita], Genevae, E. Vignon, 1579, 8°. P. F. — 3' éd. dans le Recueil des Opuscules^. (Voyez note A à la fin de la IV partie.)

Dans cette même dédicace, Daneau expose que dans des jours troublés comme ceux que traverse l'Église, et où la foi a besoin d'être confirmée, aucun ouvrage'he lui a paru plus propre à concourir à ce but que VEnchiridion, qui est un ré^^umé de toute la doctrine chrétienne orthodoxe, écrit par Augustin à la fin de sa vie, c'est-à-dire, après toutes les luttes qu'il avait eues à soutenir contre les diverses hérésies. Vient ensuite une sorte de chapitre préliminaire intitulé : De inethodo librorum Augustini et de coruiu evolvendorum ratione. Il commence par diviser les écrits de saint Augustin en non théologiques et en théologiques. Ceux-ci, à leur tour, sont divisés en ouvrages didactiques, polémiques, et exé-

l. Le vieux manuscrit dont il est (lucstioii dans le titre de cet ouvrage était très probablement un manuscrit de l'abbaye de saintBenoit (voy. Lett. 22). L'ouvrage aurait donc été composé à Gien, et la première édition peut très bien être de 1573.

(jétlques. On doit prendre d'abord les ouvrages didacliques, notamment le de Doctrina chrisliuna, VEnchirkllon, etc. ; puis passer aux polémiques, et, parmi ceux-ci, les ouvrages contre les Manichéens, les Ariens et les Donatistes doivent tout particulièrement arrêter l'attention. Enfin, on en viendra aux écrits exégé tiques: ici, la première place devra être donnée aux commentaires sur saint Jean et au de Consensu Evangelistarum; viendront ensuite les commentaires sur la Genèse, etc. Il faudra comparer tous ces ouvrages à la parole de Dieu, et les contrôler par elle, comme saint Augustin lui-même le demande et l'a fait.

Dans les prolégomènes, Daneau étudie les ({uestions suivantes : quel est l'auteur de VEncJtiridion'! quand lut-il écrit? enfin, qui est ce Laurentius à qui il est adressé? Il fait en un mot ce que nous appelons aujourd'hui une Introduciion. 11 reproduit ensuite VEnchlridioiihù-mèmQ, fragment par fragment, ajoutant à chacun des commentaires assez étendus, où il déploie l'érudition la plus sûre et la plus vaste. Mais il faut avouer qu'il a les défauts de ses qualités, et que le désir d'être complet l'amène parfois à dépasser les bornes. C'était le goût du temps; mais celte érudition nous étonne, bien souvent, plutôt qu'elle ne nous captive, et c'est l'étendue des développements, bien plus que leur richesse, qui nous frappe. Inutile d'ajouter qu'au point de vue des idées dogmatiques le corametaire de Daneau est une greffe calviniste sur un tronc augustinien. Ce n'est pas là, du reste, le moindre intérêt que présente cet ouvrage.

VIII. — Harnionia seii Tabulae m Proverhla et E cales las le n. — ■ Imprimé avec l'ouvrage suivant de .1. Mercier : Commenturli in JohumctSalomonis Proverhia, Eœlesiaslen, Canlkum Canlicorum. Genevac,E. Vignon, 457o. — Il fut édité par Th. de Bèze, et Daneau contribua pour sa part à "rendre cette édition le plus irréprochable possible. Cf. France Prot. VII, 370.

IX. : — Les Sorciers. Dialogue très utile et nécessaire pour ce temps; Auquel ce qui se dispute aujourd'hui des Sorciers et Eriges est traité bien amplement et résolu. Par L. Daneau. S. 1. [Genève] De l'Imprimerie de Jacques Bourgeois, 1574,8". British Mus. P. F. — 2" éd. Deux Traitez nouveaux très utiles pour ce temps. Le premier touchant les Sorciers, auquel ce qui se dispute au jourd'huy sur cette matière est bien amplement résolu et augmenté de deux pro-

ces extnùclsdes greffes pour Veschùrcissemenlet con/irination clecel argument. Le second contient une brève remonstrance sur les jeux de Cartes et de Dez. Reveu et augmenté par Vautheur, M. Lambert Daneau. s. L. [Gcn.] Par Jaques Baumet, 1579, 8^ BUd.Nat. de Genève; Blbl. Bodléienne d'Oxford. — En latlx : De vene/icis,qH0'i olîm sortilegos, nunc autem vulgo sortiarlos vocant : Dialogus, in quo quœ de hoc argumento quœri soient, breviter et commode explicantur. Tractatus proptcr varias et controversias de hac quœstinne hominum sentent ias ulilissimus, et rerum capitalium Jîidicibus maxime necessarius, per Lambertum Danaeum, Genevœ, E. Vignon,1574.,8". Brilish Mus.— ^' éd. Col. Agripp. Ap. J.GyninicLim, 1575,8°. Bibl. Faculté de Montauban; Bril. Mus., P. F. — 3^ éd. Gen.,E. Vignon, 1581, S\ Bibl. de Genève; Bibl. Nat., 762. — 4' éd. à la suite du Flagellum haeretlcorum fascinatorium, aut. F. Nlcolao Jaquerlo, ord. fr. prcedicalorum, et olim hccreticce pravitatis Inquisitore, Francof. ad. M., 1581, 8". Bibl. de Gand ; de Leyde; Brit. Mus. — 5" éd. dans le Recueil des Opuscules. — 6'éd. Col. Agripp., Ap. J. Gymnicum, 1597. Bibl. Nat., 764; Brit. Mus. — En anglais : A dialogue of ivitches in foret ime named Lotlellers,and nowcommonly calledSorcerers. Wherein isdeclared breefely and effectually whatsoever may be recjuired, touching that argument. A trecttise very profitable, by reason of tlie diverse and sundry opinions of men in this cjuestion, and right necessary for Judges to understande, which sit upon lyfe and death. Written in Latin ?<// Lambertus Danaeus, and now franslated into English. S. L. Printed by R. W. 1575, 8°. Bril. Mus.— Nouvelle Iraduclion anglaise par Th. Newton, London, 1586, 8". — Peut-être n'estce qu'une réédition de la précédente, qui serait alors de Th. Newton. En tout cas la traduction de 1575 parut anonyme. — En allemand : I. Von den Zauberern, Hexen und Unholden, drei christliche verschiedene,und zu diesenunsern ungefaerlichen Zeiten notwendige Bericht, aus Gottcs Wort, geistlichen und weltlichen Rechten, und sunst allerley bewerten Historien gczogen, durch die hoch und wolgelehrte Herren Lambertum Danaeum, Jacobum Vallick und Ulricum Molitoris. Viler unglcicken fragcn und mcynungen halben so in diser matery vorfallen niuegen, allen Voegten, Schultheissen, Amptleuten oder Ampts verwaltern, Regenten des veltlichen Schiverdts und Régiments, hochnuetzlich

und dienlich. Gedruckt zu Coelln, diirchJ. Gymnicum, 1576, 8°. Blhl. de Baie. Le traité de Daneau va de la page 3 à ia page 155.

IL Zwey Gesprech : Bas erste von Zaubereni, welche man Lateinlsch Sortilèges oder Sorliarios nennet, In welclwn knerzlich und gruendUch erklaeret wirdtwas von dieseni gantzem handel der Zauberey disputiret wirdt, vormals durch Herrn LAMBEti- TUM Danaeum Lateinlsch an taggehen, jetst aujfs neuw verleutschel;

Bas ander von Ulrico Molitoris jetst auffs trcuivHchst

verteutschet durch Conradum Lautenbacli, Pfarrhern zu Hunaweyler. — Gedruckt zu Frankfuri am Mayn, 1576, 8°. Brit. Mus.

III. Theatrum de veneficis : Bas ist : von Teuffcls gcspemt Zauberern und GIfftbereitern, Schwartzkaenstlern, Hexen und Unholden, vieler fuernemmen Historien und Exempel, bewaerten glaubwlrdigen, Allen und Ncwen Scribenlen, was von solchen jeder zelt dispuiicrl und gchallen luorden mit sondern Flciss (derer Verzeichnuss am folgenden Blat zu finden) an Tag geben. — Sampt etlicher hlngerichten Zauberischer Weiber gethan. Bekantnuss, Examination, Prob, Urgicht und Straff,elc., Vieler ungleichev Frage und Meinung Jtalben so in dieser Materi furfallen, jetst auffs neuiv zusammen in ein corpus bracht. — Allen Woegten, SchuJdtheissen, Amplleulen des Wellllchen Schwerdts, etc., sehr nuetslich und dtenstUch zu ivissen, und keines ivegs zu veracht0)i. — Gedruckt zu Franckfurt am Mayn, durch N. Basseum, 1586, in-fol. Brit. Mus. — S'agit-il de trois traductions différentes, ou bien d'une même traduction trois fois reproduite sous des titres divers? Nous l'ignorons, n'ayant pu en étudier aucune, ni, par conséquent, les comparer entre elles. Toutefois les n°' II et III nous paraissent n'être qu'une seule et même traduction.

Cet ouvrage, on le voit, jouit d'une grande réputation. Il avait été composé à Gien et devait être imprimé dès 1572 (cf. Lelt. 24). La Saint-Barthélémy en retarda sans doute l'impression. Il est dédié à Malstre François Daniel, licentié es loix, Bailli/ des terres et justices de Saint-Benoist sur Loire, et cette dédicace, écrite peutêtre dès le 25 juillet 1572 (cf. LettM), est datée du 28 mai 1571. En voici le début, qui indique le motif de la composition de l'ouvrage : «Très cher ami, tu me demandes mon advis sur quelques poincls, qui pour le jourdhuy sont mis en dispute entre toutes sortes de gens sur la matière des sorciers qui courent en France,

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et pour mieux peser mon opinion lu l'as volue avoir par escril. Or pour le lien de la sainte amitié qui est entre nous deux, dès les premières lettres et escoles, je ne te puis rien desnier. Et combien que j'eusse désiré que quelque autre de ces bons esprits que nostre aage void et nourrit en eust le premier dit et escrit quelque chose, loutesfois, etc. »

Le traité des sorciers, on l'a vu, est un dialogue. Le.^ deux interlocuteurs se nomment Antoine et Tlténphile. Celui-ci répond aux questions posées par Antoine. Le dialogue est divisé en sept chapitres ou poinds. l. Que signifie ce mol de sorcier en nostre tangue franco ise? Les sorciers, répond Daneau, sont ceux qui- « par la suggestion, connoissance et paction qu'ils ont avec le diable, tuent ou blessent hommes ou bestes, ou corrompent quelque autre créature. » — IL S'il y a des sorciers au monde et gens tels? Daneau n'en doute pas, et prétend le prouver par la Bible, l'autorité des hommes, l'expérience et la raison. — IIL Sur ijnelles choses les sorciers ont puissance? Ils ont puissance sur, ou [ilutôt contre les hommes, et encore plus, l'homme leur étant supérieur, contre les bêtes et objets. A ce propos, et pour en donner des preuves, Daneau raconte les choses les plus étranges. — IV. Par quel moyen les sorcier^i hcsongnent et empoisonnent? \oici : en premier lieu, c'est par l'alliance et instinct, et puis par l'instruction^ suggestion, ministère et opération du diable. En effet, tout sorcier a un pacte avec le diable; aussi en porte-t-il la marque (du diable) soit sous la paupière de l'œil, ou entre les fesses, ou dans la bouche « pour estre plus cachée»; mais toussent marqués. Voilà pourquoi les juges « bien instruits » les font raser sur tout le corps. — Or, Satan leur donne ensuite des drogues, poudres, racines, pour tuer ou empoisonner tout ce qu'ils veulent, homme, bête ou objet, par exemple les sources. Pour cela il leur apparaît sous forme d'homme ou de bouc. — Tout cela, Daneau le sait pertinemment par les réponses des sorciers dans leurs procès. A la lin de ce chapitre Antoine s'écrie : « Certes, Théophile, lu m'as tout persuadé de ce que tu m'as dit. Et maintenant je croy qu'il y a des sorciers, et cognoy que ce sont gens meschans et exécrables : et te prie de me dire de quelle peine et punition tu les estimes dignes. » — V. Quels passages et authorile: condamnent les sorciers, et de quelle peine ils sont dignes? D'après Daneau, les sorciers sont dignes de

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mort comme empoisonneurs, meurtriers et apostats (reniant Dieu pour le diable). — VI. S' il est licite de s'aider des sorciers en sa maladie? Non, et cela surtout pour deux raisons. La première parce que c'est un mal, et une sorte de connivence avec eux; la seconde, parce qu'ils n'ont pas sur les maladies la puissance qu'on leur attribue. — VII. Quel moyen il y a pour se pouvoir garder des sorciers? Entre autres moyens l'auteur indique les suivants : ne point les appeler en cas de maladie, mais appeler de bons médecins. Puis recourir, par la prière, à la constante protection de Dieu. Enfin, dès qu'une personne est quelque peu suspecte, rompre toutes relations avec elle. — Quant aux deux procès qui suivent (éd. de 1579), nous avons le regret de constater qu'ils sont ineptes, et parfois grotesques et scandaleux. Il suffira, pour en faire comprendre la nature et la portée, de dire qu'un des points sur lequel il y est insisté est celui-ci : c'est que le diable, « un renard rousset», qui profitait des femmes et commençait par là, « luy bailla (à une malheureuse interrogée en novembre et décembre 1573, et aussi à sa fille, inter. en janvier 1574-) un baston blanc, et luy dit que quand elle voudrait l'aller trouver en la Synagogue, qu'elle dist : Baston blanc, baston noir, porte-moy là où tu dois, de par le diable. » Ce qui arrivait, naturellement.

Tout commentaire nous paraît inutile. Daneau partageait les idées courantes de son temps ; peut-être môme, si nous en jugeons par les restes de cette superstition au milieu de noiis, les devançaitil en blâmant le recours aux sorciers en cas de maladie. Soyons justes, d'ailleurs. Si certaines erreurs des siècles passés nous font gémir (car qu'y a-t-il de plus lamentable que ces procès en sorcellerie !) ou sourire, les siècles prochains traiteront sans doute de même le nôtre. Et puis, la superstition n'est-elle pas de tous les siècles ? Certes, si cela ne devait fatalement nous entraîner hors de notre sujet, il nous serait facile de montrer qu'elle est aussi du nôtre.

X. — Brière Remonstrance sur les jeux de sort ou dehazard,et principalement de De: et de Cartes. En laquelle le premier inventeur desdits jeux, et maux infinis cjui en adviennentsont déclarez. Contre la dissolution de ce temps, par l. daneau. S. l. [Genève]. De l'imprimerie de Jacques Bourgeois, i574, 8" Bihl. de Grenoble. P. F. — "l" éd. Genève, Baumet, 1579, 8% avec le n" IX. — En

latin : De ludo aleae. Libellus adversiis comiptissimos hujusseculi mores omnino necessarius, per L. Danaeum. Ad collegium Posthimelissaeiun. Imprimé avec le n° XXV. Genevi;c,E. Vignoii, 1579, 8°. P. F. — • 2" éd. dans le Recueil des Opuscules. — En anglais, avec ce même n° XXV, où le titre sera donné, ainsi que les autres renseignements.

11 y a dix « poincts traitiez en cesteRemonstrance. » Nous allons les examiner rapidement. — I. S'il est permis à V homme chreslien c^ejo^te/'^Daneau distingue. Ily a desjeux permis; d'autres sont illicites. Une honnête récréation est certainement permise. — II. S'il est permis de jouer de V argent pour einbourser? Nullement, car « gagner au jeu est autant que desrober ». De sorte queDaneau voudrait que gagnant etperdant fussent punis par le magistrat. En effet, il y a tant de pauvres à secourir, « tant de petits enfans demeurans à instruire faute de moyens », que le chrétien doit leur consacrer son argent, et non le dilapider au jeu. — III. Touchant les jeux publics, et prix qui s'i/ font. Il s'agit de jeux organisés par le magistrat, auxquels il est permis de prendre part, et dont le gain devient licite par conséquent. Ainsi : « le jeu de harquebouse, le jeu de l'arc et de l'arbaleste. » — IV. De ceux qui jouent pour boire. Daneau jiermet de jouer la consommation (comme on dit), pourvu qu'elle soit modérée. — V. Qui sont les jeux illicites? — a. Ceux qui sont condamnés par les lois et coutumes du pays où l'on est; b. ceux « où il y a propos ou attouchemens lascifs, dissolus ou deshonnestes, soit en elfect, soit seulement en

paroles ou en apparence Tellement que tous cessales jeuxdc

tonnebris et autres semblables doivent estre deschassez loin de la compagnie des chresliens : car ils sont allumetes, ou plustost gros llambeaux et approches d'une vilaine et secrète paillardise; » c. les jeux de sort : « c'est-à-dire, où on use du sort })our obtenir ^e gain et victoire de tel jeu. Sous ceste espèce sont principalement compris les jeux de cartes et de dez. » — VI. Qui sont les jeux de sort etdehazard dL'fendus?lc[encoreBancix\i dislingue. Tout jeu où la victoire dépend entièrement du sort est défendu. Mais on peut être moins sévèrepour ceux « où l'industrie du joueur l'adresse ». — \ll. Que les jeux de hazard sont condamnez par les payens mesmes. — YIII. Item par les saints Pères anciens. — IX. Ilem par VEscriture sainte. — X. Resjjonse aux objections

de ceux qui mainliennent tels jeux. Ainsi l'objection tirée de la liberté chrétienne; ou encore l'objection tirée du fait qu'on peut jouer « sans jurer, sans se courroucer et sans avarice », et par conséquent sans mal, le jeu n'étant pas mauvais en soi; ou enfin l'objection tirée de la nécessité de jouer pour être courtois. Daneau répond à toutes ces objections, et il ajoute : « et pour conclure ceste remonstrance je veux alléguer le dire de ce bon père saint Cyprian, qui en son livre escrit contre ces jeux, dit : Que le jeu de cartes est invention du diable : laquelle il inventa et forgea, pour tousjours mieux mettre l'idolâtrie en plus grand usage et recommandation entre les hommes. Car les rois et images que nous voyons peints aujourd'hui dedans les cartes estoyent anciennement idoles et images d'idoles que les hommes qui depuis se sont nommez Chrestiens ont changées et appellées Charlemagne, Lancelot du Lac et d'autres noms semblables, pour ne sembler ici eslre idolâtres : retenant toutesfois le mesme jeu et la mesme invention du diable, etc. »

XI. — [? Pelri Fabrl Responsio ad Pelri Carpentarii famellci Rahtlœ sacrum de relinendis armis etpace repudianda Cnnsiliun/ ad V. C. LomanmmTerridœ,etSeremaciBawnem.Neus[d.di, 1575. — En français : Traitlé duquel on peut apprendre en quel cas il est permis à Vhomme Chrestien de porter les armes, et par lequel est répondu à Pierre Charpentier, tendant à fin d'empescher la paix, et nous laisser la guerre; par Pierre Fahre, à Monsieur de Lomanie, baron de Terride et de Sérlniac, 1570. ]

Dans sa Dissertation sur le livre de Junius Brutus, Bayle {Dicl. Hist. éd. 1730, p. 29-46) dit à propos de cet ouvrage : « Pierre Charpentier eût-il écrit contre les guerres civiles l'an 1590 ce qu'il écrivit peu après le décès de Charles IX? On lui fit une réponse bien verte, intitulée : Petrl Fahri Responsio, etc. » — Et plus loin : « Il a été nécessaire que je rapportasse ce titre françois ; car le latin n'eiit jamais fait croire au lecteur que Charpentier animoit les peuples à poser les armes, et qu'il ne leur proposoit que la soumission évangélique. » — Et à la marge : « Le titre françois n'exprime pas clairement la thèse que Charpentier avoit soutenue. » — Nous attribuons cet écrit à L. Daneau. D'un côté, en effet, il paraît infiniment probable que Pierre Fahre est un pseudonyme opposé au nom réel de Pierre Charpentier ;el de plus, nou6 savons qu'en 1575 Daneau

écrivit une réponse à une lettre de Pierre Charpentier. Mitto tibl, écrit-il à Josias Simler, le 2:] septembre 1575 (Lett. 27), mumisculum, nempe Responsum meum ad Carpentarii parricidœ Epistolam. Nous pensons donc que c'est Daneau qui composa cette réponse bien verte. Toutefois, n'étant pas sûr que ce soit justement la réponse dont parie Bayle, nous en avons mis le titre entre crochets, et l'avons fait précéder d'un point d'interrogation.

XII. — Physica Chrislia)ia,slve de rerum crealarum cognitlone et tisii, dispnialio e sacrœ Scripturœ fontibiis hausta et decerpta, per LAMBERTUM DxVNAEUM. Lugduni, ap. P. Santandreum, 1570, 8". Bibl. de Bâle. — 2^ éd., Genevae, 1580, 8" . Bibl. Nat., 763 ; Brit. Mus. — 3° éd., dans le Recueil des Opuscules * . — A" éd. [3"J Gen. E. Vignon, 1588, 8". BIBL de Bâle, P. F. —5*' éd. [A"] Gen. ex. offic. Vignon., 1602, 8". Bibl. de Garni, P. F. — 6'= éd. [5^] Ibid. 1606. £/6L de Bâle. — En anglais : The ivonderfull Workmanship of the world ivherein is conteined an excellent discourse of Christian naturall Philosophie concernijng the fortune, knowlcdcje nnd use ofall thingcs crealed : spjeciaUi/ gathered oui of the Foiuitaines ofholy Scripture, brj Lambertus Danaeus : and now Englished by Thomas Twyne. — Imprintcd at London for Andrew Maunsell, 1578, A\ Bvlt. Mus.; Bibl. Bodléienne,k Oxford.

L'ouvrage s'ouvre par quelques pièces de vers en l'honneur de l'auteur, et par [\ivis au lecteur suivant, qui vaut la peine d'être reproduit : thypograpiius lectori. Ne cuiquam fortasse videatur nova et a veterum patrum sententict aliéna hœc Pltysices Christiance tractatio, placuit aliquot eorum auloritates afferre, ut hanc esse optiniani de rébus Physicis Philosophandi rationem, quœcjue in Christianis scholis oblinere débet, nempe si non ex prophanorum Philosophoruni scriptis, sed ex ipso Dei verbo liane arleni didiccrimus. Suivent en etlét des citations de Basile, d'Amliroise et de Cyrille. — La dédicace, du 1" déc. 1575, est adressée : Generoso Domino Friderico a Nacliod Domino in Danovitz et Besko, etc. Dans celte dédicace, Daneau expose son but. Il veut faire un ouvrage correspondant au ^crÀ àpy^z-j d'Origène, et aux Hexamera de

1. Nous ferons remarquer ici que nous avons toujours compté comme une ('dition de ch.Kiue ouvrage sa réimpression dans le Pxecueil des Opuscules. Il ressort de lu manière dont les éditions de la Pliysica Christiana, par exemple, sont indiiiuées, que Daneau ou ses éditeurs ne comptaient point ainsi.

certains eiutres Pères. Cet ouvrage sera consacré à corriger, à l'aide des données bibliques, les erreurs commises par les philosophes. Nous ne le suivrons pas dans cette étude, qui, si elle devait soulever des objections du temps de son auteur, — et il n'hésite pas à le reconnaître, — en soulèverait encore bien plus de nos jours, même parmi les plus croyants. Nous ne serons pas plus explicite sur l'ouvrage suivant, que, par suite d'une dérogation à l'ordre des dates suivi jusqu'ici, et que nous reprendrons ensuite, nous rapprocherons de celui-ci à cause de la conformité de leur objet, et du fait qu'ils ont été souvent réunis, bien que leurs éditions soient indépendantes.

XIÎI. — PJnjsices Christianœ pars alter^, slve de Berum Creatarumnatura.Quœin sex tractatus pro diermn, qulbiis Deus ipse operatus estmimero dividitur. Quot aulem et quam varia rerumrjenera contineat ex Indice capitum, quem Epistolœ dedicaloriœ suhjecimns apparehit, per Lamdertum Danaeum. Psal. 104. 24. Genevœ, 1580, 8°. — 2'' éd. Gen. E. Vignon, 1582, 8". Bibl. de Baie.— 3' éd. dans le Recueil des Opuscules. — A" éd. [3"=] Gen. Ap. hœredes E. Vignon, 1589. 8\ P. F. — 5^ éd. [A'] Joan. Vignon, 1606, 8". Bibl. de Baie.

Cet ouvrage est dédié : Illustri ac Magnifico Yiro D. Petro Sbo-

rovio a Sborow : Palatino et Generali Capitaneo Cracoviensi

Senatori Regni Poloniœ Primario. Cette dédicace nous servirai déterminer le but de l'auteur et sa méthode. Quant au but, il est sensiblement le même que celui de l'ouvrage précédent. Saint Paul, lorsqu'il a dit : les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité se voient comme à l'œil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages, de sorte que les hommes sont inexcusables, puisque, ayant connu Dieu, ils ne Pont point glorifié et ne lui ont point rendu grâces (Rom. 1,20, 21); saint Paul, disons-nous, a parfaitement montré quel doit être le but de toute physique chrétienne. C'est aussi celui que poursuit Daneau . Pour l'atteindre, il examinera les choses créées, d'après la division des six jours, en s'inspirant d'abord de tout ce que la Bible contient sur chacun des objets créés ; puis il s'inspirera des Pères ; enfin, il s'inspirera également des écrits des philosophes, mais en les contrôlant pur la parole de Dieu.

L'ouvrage se divise, en effet, en six traités; chaque traité, à son

tour, en plusieurs chapitres. Il est rempli d'indications intéressantes, et l'on sait que Tycho Brahé parle avec éloge des écrits de notre auteur sur les questions de physique. Nous n'avons pas, naturellement, à discuter ici la valeur de sa méthode. Mais nous rappellerons qu'environ un siècle plus tard, le célèhre Sam. Bochart écrivait son Hierozoicon, sive de animalihusS. Scriptune, où il prenait pour base les donneesbibliques.il avait été devancé dans cette voie par Daneau, qui n'a pas écrit moins de 53 chapitres sur la matière.

XIV. — ArticuH de Cœna dominica, Ministris Ecclesiarum et Scholarum MarcJiiticarnm, mandata acjussu Illustrissinil Principis ac Domini D. Joannis Georgii, Marchionis Brandebwgensis, Eledoris, etc.,proponendi, ut fide cordis et oris confe&sioneeos approbent, ac niajoris confirmationis gratta manimm subscriptione addant : et ad eosdem brevis et necessaria piorum et orthodoxoriimvirorum Responsio. Genevse, 1576, 8°. — 2^ éd. Genevic, 1582, 8°. — 3' éd. Dans le Recueil des Opuscules.

Ces articles, rédigés par André Musculus en 1572, avaient été imposés aux pasteurs du Brandebourg. Nous ignorons pourquoi il y fut si tardivement répondu. Ce n'est que le 19 décembre 1575 que Daneau en parle (lett. 28) à Josias Simler, Celui-ci, dans une note ajoutée à la lettre, et que nous avons reproduite (n. 5), dit : Responsio hœc nomine jjïorwm et orthodoxorum virorum aliquot, omisso Danœl nomine, ib76 prodiit. — Cet ouvrage est le premier ' d'une assez nombreuse série d'écrits polémiques dirigés par Daneau soit contre le luthéranisme rigide et intolérant d'alors, soit contre quelques-uns de ses défenseurs. Comme nous nous proposons, à l'occasion d'un prochain ouvrage de parler de cette lutte avec quelques détails, nous n'en ajouterons aucun ici.

XV. — D. Aurelii Hipponensis episcopi liber de Hairesibus ad Quodvultdeum. Lamberti dxnxei opéra emendatus,et commcntariis illustratus, a quo eodem additœ sunt hœreses ab orbe condito ad constitutum Papismum et Mahumetismum, etiam eœ qiiœ hic erant ab Augustino prcctermissœ. — Accessit operi quadruplex index, ut non modo Chronologiœ hœreseon ratio, sed etiam qua^ e:c iUisntilitas percipi possit, intelUgerelur, et a quibus in unoquoque Decalogiprcecepto, Symboli Apostolici articulo, itemdisputatione de Sacramentis sil erratum. — In cake operis addila estarbor hœreseon,

ex qua quomoclo aliœ ex aliis natœsint, et jjropagatœ, et ut sœpe una quœdam hydra plura capita produxerit, perspicue cloceturK Per eundem L. Danaeum. — Additus est prœterea tractatus de Ecdesia, ubiquibns sensim gradUms illa tandem in Papisticam tyrannidem inciderit, ostenditur, 1 Cor. XI, 19. Genevae, E. Yignon, 1576, 8". Bibl. de Gand et de Bûle; P. F. — 2" éd. 76ïrf., 1578, 8°. Brit. Mus. — 3' éd . dans le Becueil des Opuscules. — La Franceprot. parle d'éditions de cet ouvrage de 1595, 8% et de 1678, 8°. Nous n'avons pu vérifier ces indications. La confirmation en serait cependant d'autant plus intéressante qu'aucun ouvrage de Daneau, à notre connaissance, n'aurait eu de réimpression aussi tardive que celle delG78.

Le volume est dédié : Clarissutiis et amplissimisviris,etmagni~ ficis Dominis, Dominis suis Syndicis, Senatuique indytcc ui^bis Genevœ. Cette dédicace contient quelques détails biographiques utilisés ailleurs et sur lesquels il est, par conséquent, inutile de revenir. Elle contient en outre des félicitations adressées par Daneau au magistrat de Genève pour le zèle qu'il a déployé contre l'hérésie, et il faut avouer que l'auteur n'est pas tendre pour les hérétiques. Les dernières pages sont consacrées à donner quelques indications au sujet de l'ouvrage, et notamment au sujet des additions que l'auteur y a faites. II n'est pas de ceux qui appefient hérétiques les Wicléffistes, les Hussites, les Picards, les Beghards, les LoUards, les Vaudois, les Albigeois et les Pauvres de Lyon. Au contraire, les Papistes sont hérétiques. Par contre les Anabap-" listes, les Sylvanistes, les Servetains (Servetani) et les Néo-Ariens ne sont pas oubliés. Enfin, après avoir expliqué le système chronologique qu'il a suivi (celui de Funccius), et comme pour donner la preuve qu'il comprend les exigences de l'histoire en matière d'exactitude, il date ainsi sa dédicace : Hœc autem anno a nato Christo et temporisnltimi'SU)LXX\lscribebamus,cum GenevœCal. Jannariis, Syndici sive Consules creati essent M. Bosetns, Jac. Blondetus, Cl. Domonovanus et Steph. Mailletus : Urbi autem esset Prœfectus Amadeus Castelnovanus : Professores autem publici, et magna quidem mundi lumina, hi essent : Theologia\ Theod. Beza, paren in Domino et jirœceptor meus : Juris civiiis, Franciscus Hoto manus : Linguœ Hebraicœ, Cornélius Bertramus : Linguœ

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