Voyez sur cet urbor Itaereseon, au no
Grœcœ, Franciscus Portus : Philosophiœ, Matihœus Beroaldm
Après deux pièces de poésie préliminaires, viennent les Prolégomènes, en 9 chapitres. Daneau y étudie, si l'on peut s'exprimer ainsi, l'hérésie en soi. Au ch. viii, il se prononce en faveur du droit des magistrats de punir les hérétiques, et laisse à leur prudence le soin de déterminer le degré de sévérité et la nature de la punition. Suit le commentaire sur la préface et sur l'ouvrage de saint Augustin, en 97 chapitres. La méthode est la même que pour XEnchirkUon. Les ch. 93-97 ont pour titre subsidiaire li/rtereses a nobis additae. Enfin l'ouvrage se termine (sans parler des Indices, naturellement) par un Tmdatus de Ecdesla, précédé de la courte préface suivante: Ut mUemmelms intelligerelur quibussensimgmdibus iii tantam tum doctrinae, tum morum sanctorum calamitatem Eœlesia Bel Apostolorum jiraedicatlone tam féliciter et diligenler plantata inciderit, adjunximus pro colophone et coronide totius hajus argument i appositum pii cujusdam viri scriptum, quod ille nobis, vobisque liberaliter coimnnnicavit, ex quo tanti Ecclesiae lapsus ratio et ruinae gradiis facillime colligentiir. — Ce traité n'est donc pas de Daneau.
XYL — Tractatus de Antechristo : Recens editiis, inquoAntichristiani regni locus, tempus, forma, ministri, fulcimenta, progressio et tandem exitium et interitus ex Dei verbo demonslratiir, ubi eliam aliquot difficiles antea etobscuri tum Danielis, tumApocalypseos lociperspicuejam explicantur. — Addidimiis in calce operis quaedam vetustissimorum Episcoporum, Monachorum et aliorum scripta jampridém adversns Antichristi Romani tyrannidem édita, per Lambertum Danaeum. Accessit triplex index. Genevae, E. Vignon, 1576, S\ Bibl. de Baie; de Gand; P. F. — 2» éd. Ibid., 1582^' 8°. Bibl. Nat. lU;BibL d'Amiens. — 3" éd. dans le Recueil des Opuscules. — En français : Traité de V Antéchrist reveu et augmenté en jjlusienrs endroits en ceste traduction Françoise par Vadvis de Vauthcur. Auquel est montré par laparoUc de Dieu, le lieu, le temps, la forme, les ministres, Vappuy, le progrès et finalement la ruine d'iceluy. — A très illustre Prince Monseigneur Jean Casimir comte Palatin du Rhin, Duc de Bavières, etc. — Noîis avons adjousté à la fin de Vœuvre certains vers et sentences d'aucuns anciens Evesques et Moines qui ont escrit contre la Tyrannie de F Antéchrist romain, et mis les vers françois
vis-à-vis des latins. — Composé premièrement en latin par Lamdert Danneau et traduit nouvellement par J. F. S. M. — Avec trois tables très utiles. Genève, E. Vignon, 1577, 8°. Bibl. de Lunel; Brit. Mus.; Bibl. du Protestantisme Franc. ; P. F. — La France Prot. cite une 2" éd. le 1579, 8". Nous ignorons si ce renseignement est exact. — Peut-être faut-il lire sous les initiales du nom du traducteur : Jean François Salvard, Ministre. Mais ce n'est là qu'une conjecture, et nous avouons n'avoir rien trouvé de précis sur ce point. — En anglais : A treatise touching Antichrist; wherein the place, the time, the forme, the worhnen, the iiphoulders, the proceeding, and laslly, the ruine and overthroio of the kingdome of Antichrist, is plainly laid open out of the word of God. Translated 6^ John Swan. London, Th. Orwin, 1589, 4^ Bibl. Bodléienne, à Oxford.
Dans la dédicace, Daneau parle tout d'abord de la difficulté que présente la question : qui est l'Antéchrist? Elle provient des divergences d'opinion des anciens Pères et docteurs sur ce point. Car les uns n'ont pu voir les marques de l'Antéchrist réalisées dans le Siège romain; les autres ont été éblouis par l'éclat de ce Siège au point de ne pouvoir se persuader qu'il s'agît de lui ; d'ûutres enfin, qui ont mieux vu, ont été « soudain non seulement condamnez des autres en pleins conciles, comme schismatiques : ains qui plus est cruellement occis par les Magistrats, comme les plus abominables hérétiques qui eussent jamais esté au monde. Et par ainsi estoient contrains de s'en taire du tout par la crainte qu'ils avoient d'estre rigoureusement punis. » Pourtant Ililaire, évêque de Vienne en Dauphiné, Arnold de Brescia, qui fut réfuté par Bernard de Clairvaux; en Orient, quelques évoques comme Nilus, de Thessalonique, ont su voir et dire la vérité. En attendant, l'Antéchrist grandissait en Occident, en sorte que le Pontife Romain « qui (comme dit le proverbe) n'estoit auparavant qu'un petit lièvre, est devenu finalement un géant semblable à Briareus, que les poètes feignent avoir eu cent bras et cinquante ventres : c'est-à-dire est devenu si grand et si puissant qu'il a osé non seulement ravir par violence et dévorer toutes les dignités et richesses des rois et princes terriens, voire de toute la Chrestienté, ains aussi s'opposer et faire tout ouvertement la guerre à Dieu. » — Il n'a donc pas été ébranlé par les champions de Christ, Arnold, Wiclef,IIuss, Jérôme de Prague. Mais
enfin Dieu, dans ce temps, a « suscité entre ses serviteurs des vaillants etvertueux capitaines pour combattre cl matter l'Antéchrist. )> Ainsi Martin Luther, Jlenri Bullinger, Rodolphe Gaultier, Calvin, Th. de Bèze, Jérôme Zanchius et autres. Tous ceux-là a ont merveilleusement csbranlé, voire en grande partie renversé les fondemens de ce règne Antichristien. Mais d'autant qu'il restoit encor quelques reliques et masures de cest édifice, engravé au cœur de plusieurs, je me suis bien voulu aussi employer selon mon petit pouvoir, à les pousser par terre, voir à les subvertir de fond en comble si je le pouvois, par une machine très forte, assavoir par la sacrée parolle de Dieu, » — Cette tache est rendue nécessaire par les Jésuites « qui peuvent estre à bon droit appeliez les frailons de tous les moynes estans comme les plus vils excrémens de la Papauté, ou le dernier fruit et enfantement de l'Esprit satanique, » et qui font leur possible pour « réparer.... les ruines et le dommage que ce règne de l'Antéchrist a enduré jusqu'ici. » Cette dédicace est du 1" août 1576, et elle est signée Lambert (V Anneau.
Ce qui vient d'être dit montre suffisamment que Daneau partageait, au sujet de l'Antéchrist, et par conséquent des passages de l'Ecriture y afférents, les idées de son temps. Nous ne le suivrons donc pas à travers les XL chapitres de son œuvre. Nous nous bornerons à citer les dix points sur lesquels porte toute sa discussion en réponse à la question : Que c'est de V Antéchrist ? Les voici : I. Qui sera cest antéchrist, c'est-à-dire si ce sera un seul et certain homme tant seulement, ou plusieurs et divers hommes ? II. En quel lieu et de quel pays il sera ? III. Quand ou en quel temps il doit venir? IV. Quel il sera, c'est-à-dire, de quelle qualité ou condition? V. De quelle doctrine ou religion? VI. Par quels moyens et degrez il s'insinuera au monde ? VII. Quelle sera la puissance et vertu par laquelle il se maintiendra en estât florissant? VIII. Quels seront ses ministres et suppôts ?IX. Qui sont ceux sur lesquels il exercera sa puissance et domination ? X. Et finalement, comment il sera détruit ou anéanti ?
Au reste cet ouvrage, comme tous les ouvrages de Daneau, est plein d'une grande érudition. Il y a parfois des idées originales, comme par exemple celle de chercher l'explication du nombre 666 non plus dans l'addition des lettres d'un nom quelconque considé-
rées au point de vue de leur valeur numérique, mais dans une période de temps de 666 années, en partant soit de la nativité, soit de la mort de Christ ; soit encore du temps de la prophétie pour aboutir (Daneau l'établit) au triomphe du Siège Romain ou de la doctrine papistique.
Le traité de l'Antéchrist se termine par différentes poésies latines anti-romaines de Bernard, moine de Gluni et autres. On y trouve aussi le fameux sonnet de Pétrarque : Fonlana di dolore, alherga d'iro, etc. Après l'index, encore deux poésies, l'une du traducteur, l'autre de B. de Loques à Daneau, .toutes deux faisant un éloge pompeux du livre. — Nous rapprocherons de l'ouvrage dont nous venons de parler le suivant, bien que d'après sa date il ne dût venir que plus tard. Mais il semble en être une suite ou un appendice. Nous le- citons d'après la France Prot., ne l'ayant jamais rencontré nous-môme.
XVIL — Explicalio aliquot loconun difficilium Danielis in tractatu de Antichristo. Gea., 1578, 8°. — Peut-être est-ce une réponse de Daneau à des objections soulevées par son interprétation antérieure de ces passages.
XVIIL — Ethices Chrisllanœ libri très. — In quibus de veris humanarum actionum principiis agitur : atqiie eliam legis Divinm sive Decalogi explicalio, illiusque cum scriptis Scholaslicoruniy Jure naturali sive PhUosophico, Civili Romanorum, et Canonico collatio continelur. Prœterea Virtutmn, et Viliorum, quœ passim vel in Sacra Scripliira, vel alibi occurnint quœque ad singula legis Divinœ prœcepta revocantur, definitiones. Lamb. Danaeo authore. — Accessit operi Index locupletissimus et utllissimus. — Genevaî, E. Yignon, 1577, 8". Blbl. de Genève, P. F. — 2° éd. Ibid., 1579, S". Bibl. de Zurich. —S' éd., dans le Recueil des Opuscules. — 4-° éd. [S''], Ibid., 1588, 8°. Bibl. de Leyde, P. F. — 5-^ éd. \^'i^'\,Genevœ,Ap.Hœredes, E. Yignon, 1601, 8^ Bibl. de Bah, P. F. — 6" éd. [5^], Genevae, Joan. Yignon, 1614, 8". BibL de Bâle, de Grenoble. — 7'= éd. [6'=], 1640, 8°. Walch.
L'Éthique est dédiée : V. clariss. atque pielate et doctrina prœstantissimis, fideliss. vigilantissimisque Eccles. Tigurinœ Pastoribus, et eruditiss. celeberrimœ cjusdem inclytœ civitatis Academiœ Doctoribus, fratribus et Symnystis sibi plurimiim observandis. La dédicace est du 1" mars 1577 ; elle est pour ainsi
dire consacrée tout entière à faire l'éloge de rp]glise et des pasteurs ou professeurs passés ou présents de Zurich.
V Éthique est sinon le plus important, du moins le mieux connu des ouvrages de Daneau. Il est le seul, que nous sachions, qui ait été dans les temps modernes l'objet d'une étude spéciale. Certainement, il y avait des droits, ne fût-ce que parce qu'il est le premier essai, comme l'a établi Schweizer dans l'étude à laquelle nous venons de faire allusion * , d'un système de morale distinct delà dogmatique. Calixte, le célèbre théologien luthérien, a publié le second essai de ce genre er 1634 (près de 60 ans après Daneau) sous le titre : Epitome theologiœ momlis, dont la première partie seule a paru. — Nous devons donc exposer son système.
xMais auparavant nous voudrions faire une remarque préliminaire. Après avoir constaté que les réformés ont précédé les luthériens en matière d'études morales, Schweizer se demande quelle peut bien être la raison de ce fait, d'autant plus surprenant, pense-t-il, que ce sont justement les partisans de la prédestination — et Daneau en était — qui ont été les premiers et les plus importants moralistes. Faut-il expliquer ce fait en supposant avec Staeudlin et de Welte que les réformés obéissaient, sans le savoir peut-être, à un sentiment de réaction contre leur propre dogmatique, de sorte qu'ils n'auraient été moralistes que parce qu'ils étaient prédeslinaliens? Schweizer, pour sa part, pense qu'il doit y avoir une raison plus profonde ; mais il n'en donne aucune. Pour nous, nous l'avouons, notre opinion est juste l'inverse de celle de Staeudlin et de Wette. Nous pensons, en effet, que les réformés ont été prédestinatiens parce qu'ils étaient moralistes, et non pas moralistes parce qu'ils étaient prédestinatiens. La réforme du xvi^ siècle a été une protestation de la conscience réveillée par la Bible. Elle a été, s'il est permis d'employer cette ccrmparaison scripturaire, la rencontre du péager priant et de Dieu. Or le péager ne discutait pas: il constatait ses démérites et son impuissance. — Mais quoi ? cette impuissance ne nécessitait-elle pas que ce fût Dieu lui-même qui vînt toucher le cœur ? Evidemment. Et comment expliquer alors que les uns vinssent à l'Evangile tandis^ qu'il restait pour d'autres lettre close, sinon en supposant que Dieu avait jugé bon de ne
i. Dans les Tlieol. Studien und Kritiken. an. 1850, p. 1 et suiv.
pas faire ce premier pas pour les uns, tandis qu'il l'avait fait pour les autres ? Et s'il en était ainsi, comme en Dieu il ne saurait être question de déterminations successives, comment ce choix n'aurait-il pas été fait de toute éternité? Rien n'était plus logique. — D'autre part, comment cette impuissance avait-elle été constatée? parla constatation antérieure des démérites. Or, nous trompons-nous en l'affirmant ? la morale n'est pas autre chose que la réaction méthodique contre les démérites; ou, pour parler plus clairement, n'est-ce pas par l'étude des péchés, qui sont, qu'on arrive à établir, au moins relativement, le bien, — leur contraire, — qui devrait être? Les mauvaises mœurs, a dit quelque part Calvin, ens'appropriant un proverbe de son temps, et de tous les temps, ont précédé, ont inspiré les bonnes lois. Nous dirions donc : les réformés ont constaté les démérites ; par là, ils sont devenus moralistes, ou, s'il est permis de parler ainsi, théoriciens du bien. En comparant les démérites au bien, ils ont conclu à l'impuissance radicale de l'homme, non seulement à se sauver lui-même, mais à désirer le salut offert. De cette impuissance, corrigée en quelque sorte, et en dehors de tout effort initial de leur part, chez un certain nombre d'hommes, ils en sont venus à l'idée que Dieu avait de toute éternité choisi les élus, laissé les réprouvés : c'était le décret éternel, la cause primaire du salut, comme diraDaneau, De là à la prédestination, ou appropriation des moyens nécessaires au but, il n'y avait qu'un pas, et il a été fait dès le début. Mais la prédestination était un résultat, non un point de départ ; un effet, non une cause. Encore une fois donc, les réformés ont été prédestinations parce qu'ils étaient moralistes, et non l'inverse. Ce qui le prouve (et Schweizer en a fait la remarque), c'est que rien, dans la morale de Daneau, par exemple, ne ressemble à une apologie de la doctrine de l'élection.
Ces observations faites, et faites à cette place à cause de la remarque de Schweizer, qui précède également son étude de la morale réformée, venons-en au système de notre théologien.
L'éthique de Daneau se divise en trois parties. La première traite des principes et des causes des actions humaines; la seconde des préceptes qui doivent les régir; la troisième nomme et étudie les différentes vertué et les différents vices. Nous nous occuperons principalement de la première de ces parties.
La philosophie se divise en trois branches principales : la physique, réthique, la logique. C'est la division traditionnelle et normale. Mais pour le chrétien, l'éthique est de beaucoup la plus importante des trois, puisqu'elle enseigne la pureté des mœurs et la sanctification de la vie. L'éthique chrétienne, en particulier, qui puise les règles les plus sûres et les plus sages dans le décalogue, et qui est la doctrine de la vie chrétienne intérieure et extérieure, la science de bien régler ses mœurs.
Les légistes et les philosophes prétendent aussi faire une morale. Mais qu'on la compare à la morale chrétienne, qu'on cherche leurs rapports et leurs différences, et la supériorité de celle-ci deviendra évidente. En effet, les philosophes et les juristes, au lieu de chercher l'origine du bien et du mal dans la parole de Dieu et dans la conscience éclairée par elle, l'ont cherchée dans la conscience obscurcie par le péché. Aussi n'ont-ils jamais pu s'entendre. — En second lieu, lorsqu'il s'agit d'apprécier la fm (but) des biens et des maux ou de déterminer le souverain bien, seuls les théologiens chrétiens pensent à la vie future. Enfin, sur la matière même des vertus et des vices, les philosophes et les juristes, se plaçant au point de vue de l'utile, ne peuvent arriver à la connaissance de la vraie nature des uns et des autres. Il faut donc étudier la morale à la lumière de la parole de Dieu.
La première question que se pose Daneau est celle-ci : Qu'estce qu'une action? En général, dit-il, c' est lomniscorporisanimive motus et agitatio. — Donc, les choses inanimées n'en font pas. Même, à proprement parler, pour qu'une action soit vraiment telle, elle doit être provoquée par une intention {consilio) ; ce qui ne peut guère s'appliquer qu'à l'homme, soit qu'il parle, soit qu'il pense, soit qu'il fasse. — Il y a des actions de l'esprit; il y a des actions du corps il en est de communes aux deux. — D'un autre côté, il est des actions communes aux plantes, aux animaux et à l'homme; d'autres aux animaux et à l'homme seulement; d'autres, enfin, purement humaines. Ainsi la vie {corpus alere, augcre, propagare) est du premier genre ; le sens {sensus : rei alicujus extra nos positœ perceptio) et l'appétit {alicujus rei extra nos positœ persequutio vel fuga ex judicio sensuum excitata) du second. Mais il y a gradation ascendante de la plante et de l'animal à l'homme, d'autant plus que chez ce dernier la raison doit tou-
jours intervenir. Enfin, les actions vraiment et seulement humaines sont celles où interviennent l'intelligence et la volonté, en d'autres termes, celles de l'âme. C'est l'étude de ces dernières qui constitue la morale.
L'intelligence contemple et cherche le vrai ou le faux; elle discerne entre ce qui est bien et ce qui est mal, entre ce qu'il faut faire ou laisser. Elle cherche la vérité soit dans les choses célestes, soit dans les choses terrestres, pour arriver à une connaissance théorique, ou à une connaissance pratique. Si cette connaissance pratique reste dans le domaine général, elle se nomme (jw-cipr^oiz (observation des principes du juste et de l'injuste); si elle entre dans le détail, elle se nomme ffuvstS/îcrt,- {conscientia); enfin, si elle cherche les moyens d'agir honnêtement, elle devient la ^p6-j-^<jiç {prmlenlia).
Quant à la volonté, en voici la définition : whm^as esl animce ratione prœdilœ motus et concitatio,quœ ex seipso, non necessitate, illud qiiod apparat illi honum vel honestum spontanée sive libère expetit. — Cette volonté est naturelle. Elle a survécu k la chute. Seulement, depuis le péché, elle est devenue mauvaise. La bonne volonté vient de la grâce. — Nous aurons lieu de revenir sur cette distinction en exposant (n° 63) le système Ihéologique de.Daneau. Nous n'y insisterons donc pas quant à présent. — Enfin on peut agir voluntate inconsiUta, ou voluntate consulta, suivant que le choix est spontané ou médité .
Ne quittons encore ni la connaissance, ni la volonté. Nos actions peuvent en effet se diviser en actions faites en connaissance de cause, ou en actions faites sans connaissance de cause. De même, en ce qui concerne la volonté, on peut agir soit volontairement, soit par force. Parmi les actions volontaires, les unes sont spontanées, les autres ne le sont pas, tout en restant volontaires, comme celles, par exemple, qu'on fait par crainte d'un mal pire. Celles-ci ne peuvent pas être dites sans péché, mais peuvent être plus îacilement pardonnées. Parmi les actions faites par force, on distingue entre celles qui sont laites par suite de la violence, de la contrainte (Daneau trouve cette distinction subtile) et de la nécessité. 11 y a contrainte, si le principe d'action est extérieur à l'agent, sans aucune inclination ou aucun désir de celui-ci. La nécessité peut être de trois sortes : la nécessité naturelle, qui est
celle qui provient, par exemple, des lois de la natarc : ainsi le feu brûle; la nécessité hypothétique, qui découle des prémisses accordées : si on se promène, on est en mouvement; la nécessité éternelle, résultat du décret de Dieu : Christ devait mourir et ressusciter pour donner le salut aux élus. — Quant à la diftërence entre la contraihte et la nécessité (sur laquelle nous aurons plus d'une fois à revenir), un exemple la fera comprendre : il était nécessaire que Christ mourût : on ne peut cependant pas dire qu'il ait été contraint à mourir, puisqu'il est mort le voulant bien, et non malgré lui.
Passons maintenant aux principes et aux causes des actions humaines (de l'àme rationnelle) en général. L'homme n'en est pas lui-même le principe; Dieu est le principe des bonnes, le diable des mauvaises. — Nous avons vu que l'àme rationnelle contemple et agit. L'éthique s'occupe de l'action, non de la contemplation, bien que celle-ci doive précéder celle-là. Notre raison doit nous diriger dans le sens du bien. Ce bien n'est ni l'agréable, ni l'utile : c'est l'honnête. La morale chrétienne, s'appuyant sur la sainte parole de Dieu, sait que le bien ne réside pointailleurs. Non qu'un certain bien ne puisse se trouver dans l'agréable ou dans l'utile; mais la morale s'occupe d'un bien supérieur (car l'honnête, c'est le saint), du bien voulu.
Quand peut-on dire qu'une action est bonne ? quand peut-on dire qu'elle est mauvaise? — Après avoir cité et critiqué certaines définitions de l'action bonne, Daneau s'arrête à celle des scolastiques, mais en la complétant. Bonltas cujmlibet rei, disaient-ils, comistit ni conforuiilate ad snaiii regiilam. Mais cette règle, ils avaient le tort de la chercher dans la raison cœca et depravata, tandis qu'il faut la chercher dans la parole de Dieu. Ex qiîo fit ut jam bonum et honestum sit onine illud definiemliim, quod est dirinœ lerji et justitiœ nobis iiieadescriptœ, tanqiiam stiœ uerœque regulœcongniens, comentiensy et ut ita dicani, proportionatiim sive adœquatum. En d'autres termes, une bonne action est ea quœ cuni legis Dei prœceptis plane consentit; une mauvaise, au contraire, ea quœ a lerjis Dei prœscripto, vel in totuni, vel in parte tantum dissenlil. Il nous arrive parfois d'appeler bonne une action qui n'est que partiellement conforme à la loi de Dieu. C'est un tort. Tant les actions intérieures que les actions extérieures ne sont
vraiment bonnes que si elles sont en fous points conformes à la loi de Dieu.
De la cause efficiente des actions bonnes ou mauvaises. — Cette cause est en nous et hors de nous. S'agit-il des actions bonnes, la cause efficiente est Dieu; des actions mauvaises, le diable. Mais si nous n'avons plus la volonté bonne, nous avons toujours la volonté. Et c'est en cela que consiste notre part dans nos actions, et ce qui fait que leur cause efficiente est hors de nous cà la fois et en nous. Si, en effet, Dieu se sert de nous en quelque sorte comme d'instruments, il s'en sert conformément à notre nature qui est rationnelle. — Dans foutes nos actions, il y a deux conditions nécessaires : vouloir et pouvoir. En outre, il en est de plus directes : la raison et la volonté. Celle-ci est dirigée par celle-là. Mais pour bien diriiïer la volonté, il faut que la raison-soit elle-même dirigée et éclairée ])ar Dieu. Sinon la volonté ne voudra que le mal.
Daneau examine ensuite les explications pélagiennes ou semipélagiennes du bien et du mal ^n nous. Les uns, dit-il, pensent que nous naissons bons; d'autres que nous ne péchons que par ignorance, et que si nous savions ce qui est bien, nous le ferions naturellement; d'autres que nous ne naissons ni bons ni mauvais, mais que suivant le milieu, l'éducation, etc., nous devenons l'un ou l'autre. D'autres enfin, tout en reconnaissant la réalité de la chute disent que nous avons conservé pourtant la volonté intégrale; que pour l'ensemble nous sommes restés bons, n'étant corrompus que quant aux sens, et n'étant pas dépouillés de ce qui est nécessaire pour parvenir à la vie éternelle. Ces derniers se rapprochent de la vérité. Il faut donc examiner les objections qu'ils font à la vraie doctrine chrétienne (d'après Daneau). — I. Dieu serait un tyran cruel et non un père, et la nature une marâtre (Daneau leur reproche de distinguer ainsi entre Dieu et la nature), s'ils n'avaient laissé ou donné à l'homme ce qui est nécessaire pour arriver à la vie éternelle. — Il répond : Dieu l'avait donné, en effet; la chute l'a enlevé. De plus il reste aux hommes l'intelligence et la volonté, sans cela il n'y aurait plus de personnalité : mais elles ont besoin d'être éclairées et régénérées. — II. Il y a des hommes, même non chrétiens, qui ont eu une vie vertueuse. — Oui, répond Daneau, à moins que vous ne la considériez à la lumière de la parole de Dieu. Alors vous verrez ce que vaut cette vertu. — III. On nous dit,
avec Cicéron et les stoïciens, que nous sommes naturellement instruits du bien et faits pour lui. — Daneau ne conteste pas la valeur de la conscience et de ses appels ; seulement notre volonté n'en reste pas moins mauvaise. Mais notre culpabilité en est augmentée. — IV. On invoqvie encore le témoii:;nage de certains Pères, — Onpeut leur en opposer d'autres. — Y. Entîn, on invoque le libre arbitre. Si l'on enlève aux hommes le libre arbitre, c'est-à-dire la volonté de choix, également portée à choisir le bien ou le mal, il n'y a plus de vertu ni de vice dans la conduite. Au contraire le libre arbitre suppose la connaissance du bien, et le pouvoir de vouloir le faire, comme aussi celui de le réaliser. — Daneau reconnaît que l'homme a possédé le libre arbitre : mais il est devenu l'esclave de Satan. D'où la perte du libre arbitre, comme Esaû perdit son droit d'aînesse après l'avoir vendu à Jacob. La Bible est formelle sur ce point : nous sommes morts dans nos péchés. Aussi ne pouvons-nous de nous-mêmes choisir le bien et le faire. Il est vrai que nous avons conservé l'intelligence et la volonté. Mais si nous pouvons, au moins relativement, comprendre et vouloir le bien, nous ne pouvons sans le secours de Dieu traduire ces possibilités en acte. Nous sommes morts dans nos péchés, mais capables dévie; nous pouvons ressusciter, quant à l'homme intérieur, par l'esprit de Dieu. La volonté nous reste, mais non libre. Aussi quand nous faisons le bien par l'action de l'esprit de Dieu, nous ne le faisons pas sans le concours de notre volonté : mais l'empire de Dieu se substitue en nous à celui du péché. Nous n'avons donc perdu ni l'intelligence, — puisque nous pouvons nous élever jusqu'à une connaissance relative du bien, — ni la volonté, — puisque rien de ce que nous faisons ne se fait sans son concours, — mais Satan nous a ravi la bonne intelligence et la bonne volonté.
On fait à ce qui vient d'être dit de la perte du libre arbitre plusieurs objections. Daneau en cite trois. — l. Cette doctrine, on enseignant que les hommes n'ont pas pour faire le bien de forces personnelles, les rend paresseux et lâches. — Au contraire, dit Daneau, c'est une raison de plus pour eux de demander à Dieu la force de le faire. Nous ne disons pas que l'homme est incapable de faire le bien, mais seulement qu'il en est incapable par lui-même. — II. Si ce que vous dites est vrai, les hommes pèchent par nécessité, ne pouvant d'eux-mêmes faire autre chose; les pires scélérats sont
donc excusables et doivent être excusés. — Daneau revient ici sur sa distinction entre la nécessité el la contrainte. L'homme a conservé la volonté. 11 agit donc volontairement. En ce sens il est le principe de ses actes. Sans doute l'homme agit Deo et ordlnante et movente. Mais ce que l'homme fait, il le fait le sachant et le voulant. Puisqu'il le veut, il n'est pas contraint. Mais, dit-on, il péchera nécessairement. D'accord; seulement ce péché qu'il fera nécessairement, il ne l'aura pas moins voulu et désiré. Dieu est nécessairement bon, mais non pas sans le vouloir; l'homme est nécessairement mauvais, mais le voulant. — llî. Dans ce cas, il n'y a aucun choix, aucune délibération possible. Nous serons nécessairement entraînés au mal. — Daneau répond qu'absolument parlant, c'est-à-dire s'il s'agit d'un choix entre le bien et le mal, c'est vrai. Mais que nous avons par-' faitement la liberté de choix entre un mal moindre et un mal pire.
En résumé, Daneau fixe à nos actions une cause éloignée, Dieu; deux causes rapprochées, la raison et la volonté. Celles-ci, oblitérées par le péché, mais non anéanties, ne peuvent, sans la régéné-^ ration, nous indiquer ou faire faire ce qui est vraiment bien, c'està-éire conforme à la parole de Dieu. — Mais elles sont rélbrmables par l'esprit de Dieu. En attendant, et comme elles n'ont pas été anéanties, elles suffisent à nous permettre de choisir entre un mal et un autre, qui peut nous paraître moindre, et de vouloir ce que nous faisons, même par nécessité. Donc elles suffisent à nous rendre responsables. Le libre arbitre a existé; dans l'état de non-régénération, il n'existe pas. Nous nous sommes faits en Adam esclaves du péché.
De Dieu comme cause efficiente de nos actions. — Daneau résume sa pensée sur ce point en disant que les bonnes actions sont faites par l'homme nouveau, dépouillé du vieil homme et régénéré par l'esprit de Dieu. Cet homme nouveau est celui en qui Christ vit et agit. Cette union ne peut cependant être parfaite sur la terre. — L'éthique doit donc s'occuper de notre union avec Christ comme principe de toutes nos bonnes actions, car nous ne faisons le bien que par la foi en Christ. Il est vrai qu'il y a des hommes qui ont fait un bien relatif et n'ont pas pu connaître Christ, ni par conséquent croire en lui : ainsi un Aristide comparé à un Néron, par exemple. Mais Dieu n'en est pas moins la cause du bien qu'ils ont fait. Il a réprimé en eux l'esprit mauvais pour empêcher qu'il ne dominât. Cependant, n'ayant été ni renouvelés, ni régénérés, ils
restent inférieurs à ceux qui le sont par Christ. — Cette action réti'énératrice est produite soit directement {extraorclinarie) par la grâce, comme chez un saint Paul; soit par l'ouïe {ordinarie), par la prédication de la parole.
Nos actions ont en outre des causes extérieures, dont les unes sont primaires, comme la douleur, la volupté, auxquelles on pourrait joindre l'utilité ; et les autres secondaires, comme une bonne ou une mauvaise éducation. 11 en estausside moins générales, comme Tamilié, la crainte, etc., mais elles se rattachent aux précédentes.
Dit sujet, de la matière et de Vohjet des actions humaines proprement dites. — Le sujet n'est pas seulement l'àme, mais l'iime et le corps, suivant que les actions sont internes ou externes. Mais les actions internes sont multiples et de nature diverse. Aussi leur sujet, l'àme, est-il divisé en deux parties principales, le loyu&j pÉooç
et 1 aXoyov.
La première se sert de la raison; la seconde n'en a pas l'usage : ce sont les appétits. La raison intervient pour les réprimer ou les modérer : d'où ces vertus qu'on nomme la fortitude et la tempérance. — La partie rationnelle se divise à son tour en deux parties : une première, tout à fait telle, à laquelle correspondent les vertus «0(vor,Ttx«t ; une seconde partiellement rationnelle et partiellement irrationnelle, qu'on nomme aussi èTrtOupyjTixov, et à laquelle correspondent les vertus oor/aî. — En ce qui concerne la matière ou objet des actions, et pour le fixer, Daneau divise nos actions en actions naturelles et en actions morales, suivant que la raison et la volonté y ont ou non une part. S'occupant de ces dernières — in quibus honestas vel turpitudo aliqua versatur — il dit que leur matière ou objet est triple : la pensée, la parole, l'action. Toute action morale porte sur ces trois points. Seulement, pour apprécier la moralité réelle de cette action, il ne faut pas en envisager l'objet sans tenir compte des circonstances de temps, de lieu, de personne, de manière et d'instrument ou de moyen ; sans cela on n'aurait pas la prudence.
Mais ce qu'il faut surtout pour bien apprécier une action, c'est en connaître le but et l'intention. Suivant l'intention et le but, l'action est bonne ou mauvaise; en effet, si par rapport au commandement il y a des actions indifférentes, par rapport au but, il n'y en a pas. Aussi ne peut-on vraiment juger une action qu'en
connaissant son but. Non virtus, dit saint Augustin, sed causa vir. tutis apud Deum mercedem habet. — Ergo, aJQut<e Daneau, non ex objecta et materia, sed fine, virtutes aviliis secernuntur : alque adeo ex eodem fuie virtutes ipsœ inter se propriè distinguuntur. Or c'est la conscience qui nous permet de juger du vrai but de nos actions. Mais il faut qu'elle soit retrempée dans la loi de JDieu et éclairée par elle.
Quelle est la vraie fin, le vrai but des actions humaines? Daneau examine et réfute toutes les théories aboutissant à l'eudémonisme individuel ou collectif, c'est-à-dire toutcequi transformerait le juste en l'utile, ou tout ce qui rendrait rhoiiime lui-même la fin de ses propres actions. Puis il passe à l'explication de la vraie fin des actions morales. Finis, dit-il, est cujus gratia fit et suscipitur aliquid. Toute action a un but. Ce but peut être le plus élevé, 'primaire, prochain; ou bien inférieur, accessoire, plus éloigné. Le premier est le souverain bien ; les autres les moyens d'y arriver. Le souverain bien est dit prochain, parce qu'il est celui que nous devons désirer d'abord. Le souverain bien est un; les autres sont multiples; il doit dominer notre vie; à lui doivent se rapporter les autres. Ce souverain bien est la gloire de Dieu. Plus nous aurons, en agissant, ce but en vue, meilleures seront nos actions, et inversement. Ce but est celui de toute la création. Il doit être recherché pour lui-même, et non pour le bien que les hommes ne peuvent relirer. Et cependant, en soi, il est également le souverain bien pour nous, parce que notre intelligence est alors éclairée par Dieu, nous ne désirons que ce qui est juste, et l'ordre règne en nous. — Mais ce souverain bien, c'est-à-dire ce but prochain de toutes les bonnes actions, cette recherche de la gloii'e de Dieu pour elle-même, nous ne le connaissons et ne le comprenons que par la foi, et nous n'y tendons que par l'action du Saint-Esprit. Aussi, les élus seuls peuvent-ils le connaître et y tendre réellement.
1! nous reste à examiner quelle est la forme de nos bonnes actions. Pour rechercher ce qu'est cette forme, Daneau divise nos actions en deux catégories : celles qui sont en nous, in habilu,; celles qui sont réalisées, hors de nous, in nctu. Voici ce que notre auteur entend par la forme des premières : Quamobrem ut rem totam in pauca conferam, hœc forma, de qua quœritur, est animi nostri nova excellensque qualitas, a Sipiritu Dei propter nostram
cum carne Chrisli communicationem impressa, quce dicitur Renovatio, sive lilnminalio, quœque sanclitate etjuslilia constat. Sanctitas autem hœc est, animi voluntatisque nostrœ ah omnibus viiiosœ illius et nativœ concupiscent iai inquinamentis purcjalio. Justitia est ejusdem- animi et voluntatis nostrœ instilutio, quœ in perfecla omnium Del prœceptorum observatione atque rcptwsentatlone poslta est. Ex quojam inlelllqllur, in llla sanctltale sum- 7num animorum nostrorumnitorem et pnritatem Inesse : In justitia vero cxactlsslmam eorumdem ad Del voluntatem sunUltudlnem et reformat lonem. Il s'agit donc des dispositions de l'esprit. Ces dispositions sont le fruit de la grâce. Seulement l'idéal qu'elles comportent ne sera pas réalisé sur la terre à cause du péché, qui existe malgré notre résistance. Son règne finira avec ce monde, et durera par conséquent autant que lui. Il n'en sera donc point ainsi dans la vie éternelle. En deux mots : ici-bas nous ne pouvons pas ne pas pécher; là, nous ne pourrons pas pécher, bien que notre sainteté et notre justice ne doivent jamais atteindre celle de Dieu etde Christ. ^ — -Ajoutons quemêmedans le relatif où nous sommes, cette forme comporte des degrés. Et enfin, que la sainteté et la justice des élus ne peuvent pas se perdre entièrement : fides enlm, nnde llla tumsanctltas, tum justitia scatnrlt et émanât, nunquam in Dei electls prorsus jjerllssepotest.
Quant à la forme de nos actions réalisées, in actu, en voici la •définition : forma vero actlonum nostrarum, quatenus in, Ipso actu et opère versantur, est exacta quœdam et ad anmsslm exœquata ipsius operls nostri ad prccscrlptam a Deo normam, ratio et administratlo. Les noms qu'on lui a donnés ont varié : justice, prudence, juste mesure (medlocrltas), etc. Daneau l'appelle la vertu.
La vertu (vlrtus, de vlr) a été définie différemment par les Philosophes, les Scolastiques et les Pères. Daneau examine et discute ces définitions, et donne la sienne : la vraie vertu n'est autre chose que la conformité (exœquat lonem) de nos actions avec la loi de Dieu, -qui est la vraie raison. — De même après avoir posé la question: y a-t-il une vertu ou plusieurs? et étudié les différentes manières dont les vertus ont été divisées par les Platoniciens, les Scolastiques, etc., il divise lui-même la vertu en vertu héroïque et vertu humaine, celle-ci ayant à son tour deux formes : la iorniQ parfaite, et la forme Imparfaite.
g, La vertu héroïque est celle qui dépasse le niveau humain commun. Elle est comme toute vertu un don de Dieu. Mais elle est, de plus, un don spécial pour une charge spéciale : ainsi la loi d'Abraham. Cette vertu héroïque s'exerce dans toutes les vertus : toutes, en ■effet, peuvent être portées à l'état héroïque. — Les païens n'ont pas eu cette vertu ; ils n'en ont eu que l'ombre. Daneau montre par des exemples que toutes leurs actions dites héroïques ont eu un point faible.
La vertu humaine diffère de la précédente en valeur. Elle se trouve chez les hommes bons et honnêtes. Elle a deux degrés : l'un, plus parlait, où le bien est devenu une habitude (é'^t?) ; l'autre, moindre, qui est l'état de lutte. A proprement parler, le premier degré seul mérite le nom de vertu. Sa perfection n'est que relative. Elle suppose seulement la défaite, soit pour une seule vertu, soit pour plusieurs, du ou des vices contraiies. Unde fil ut é'Çtç, altéra quœclam tuitura in nobis et sit cl merilo appelletur. Son contraire se voit lorsque le vice est accepté et commis sans remords aucun. — Christ seul,, parmi les hommes, a eu cette é'^iç. Les autres hommes ne peuvent y atteindre; ils ne peuvent dépasser le second degré, celui de la lutte. Par contre, ils peuvent arriver à l'habitude du mal, car, en perdant la volonté du bien, l'homme a acquis la volonté du mal. Et si, même avec l'Esprit de Dieu, source de toute vertu, nous ne pouvons nous élever, sur la terre, au-dessus de l'état de lutte, c'est qu'il faut que nous sentions toujours notre péché, et que, d'ailleurs, la perfection n'est pas de ce monde.
Nous en restons donc toujours à la vertu humaine imparfaite. Si cette lutte se termine par la victoire du bien, c'est VèyY.p(xTzt(x; si, au contraire, elle se termine par la victoire du mal, c'est Vày.py.zeLK. — Bien que cette lutte existe chez tous les hommes dans une certaine mesure, à bien prendre les choses, elle règne surtout chez les hdèles on qui agit l'Esprit de Dieu. Les non-convertis n'en ont que l'ombre. De plus, les chutes des élus ne sauraient être aussi profondes que celles des réprouvés, parce que le don de Dieu ne peut se perdre entièrement. — Cette lutte entre l'esprit et la chair ne cesse jamais; elle porte sur tout. Partout et toujours, la vertu doit résister à nos mauvaises habitudes, à nos mauvais penchants, bref, à tout ce qu'il y a de mauvais en nous
par suite du péché, afin de rendre le plus possible toutes nos actions conformes à la loi de Dieu. C'est dire qu'il y aura progrès ou recul, suivant que l'esprit de Dieu nous soutiendra davantage ou que nous serons davantage livrés à nous-mêmes.
Quels seront maintenant les vices à combattre, les préceptes à observer, les vertus à avoir? Où trouverons-nous indiqués à la fois le but à atteindre et les règles d'une bonne vie? En un mot, si nous passons de l'éthique théorique à l'éthique pratique, où trouverons-nous le meilleur et le plus sûr des guides? — DansleDécalogue.
La seconde partie de l'éthique sera donc consacrée à une étude approfondie du Décalogue, et la troisième à une nomenclature, commandement après commandement, des vertus qui y sont prescrites et des vices contraires qui y sont condamnés. — On nous pardonnera de n'en point donner ici l'analyse. En un sens, ce n'est pas nécessaire. La méthode de Daneau est indiquée suffisamment dans la 1" partie, et c'est surtout sa méthode qu'il était essentiel de faire connaître. On nous pardonnera également de nous en tenir à l'exposition, et de n'y joindre aucune discussion ou commentaire. Nous craindrions d'outre-passer les limites dans lesquelles nous voulons et devons rester.
XIX. — In D. Pauli prlorem Epistolam ad Timotheum Commeniarius. In quo non solum ipsius Epistolae doctrina et artificiiim simjulonunque argmnentorum loci explicanlur : sed eiiam vera Disciplinae Ecclesiasticœ forma, tum ex Dei verbo, atque ex ipso PaïUo, tum ex veterihus synodls repetita atque restituta est, ut légitima et Apostolica regendœ Dei Ecclesiœ ratio et norma hodie in usum revocari jiossit. Geneva?, E. Yignon, 1577, 8°. Walcli. — 2« éd. dans le Recueil des Opuscules. La France protestante place la b^ éd. de cet ouvrage en 1578. Nous préférons l'opinion deWaich, à cause delà date de la dédicace, 1" août 1577.
Cette dédicace fort longue est adressée : Illustrissimo et potentissimo Principi ac Domino D. Guilielmo Principi Auriaco Comiit Nasscevaeo, etc. Christi gloriœ assertori in Hollandia et Zelandia fortissimo. — Elle a été traduite en anglais sous le titre suivant : L. Danaeus. His judgement touching certaine points now in confroversie, containcd in his préface hefore his commcntary upon the first epistle to Timolhy : translated into English for the behofe and comfort of ail those ivho {not understanding the
Latine (ongue) are désirons to knoiv tlieiruelh in those 'points. S 1. n. d. 4°. Bihl. Bodl. à Oxford.
Ce commentaire est rédigé d'après les règles exposées dans la Methodus Sacrœ Scripfurœ.... tractandœ (n" /p). Nous aurions donc pu renvoyer le lecteur à ce que nous disons de cette méthode elle-même, si Daneau, tant dans sa dédicace que dans son commentaire, n'avait poursuivi un but spécial, celui d'indiquer ses vues sur la Discipline ecclésiastique. Nous en dirons donc quelques mots.
Daneau pose d'abord en fait la nécessité d'une discipline. Partout l'ordre règne; partout, en tous cas, il doit régner. A fortiori doit-il régner dans l'Eglise. Cet ordre est basé sur la discipline ecclésiastique ; il est cette discipline elle-même. Il y avait une discipline sous l'Ancienne Alliance; il y en a une sous la Nouvelle. Dieu l'a révélée aux Apôtres.
L'auteur distingue deux parties dans la discipline ecclésiastique : la partie essentielle, qu'il n'est permis de modifier à aucun égard, en aucun lieu et sous aucun prétexte; la partie non essentielle, qui dépend des temps, des lieux et des circonstances. Exemple : le gouvernement de l'Église est un gouvernement aristocratique; il n'est donc permis nulle part, ni à personne, de le transformer en un gouvernement monarchique. Ou encore : la Cène doit être célébrée dans toutes les églises chrétiennes suivant les indications de la parole révélée. On ne doit donc, en aucune mesure, modifier ce que dit la Bible. Mais les églises évangéliques de France ont jugé plus commode pour elles de ne célébrer la Cène que tous les quatre mois? Du moment qu'elles ne modifient point l'essence même de la Cène, il leur est parfaitement loisible de fixer et le nombre et fépoque des communions.
Quant à ce qui est essentiel, c'est-à-dire biblique. Dieu seul, qui l'a révélé, peut le modifier, comme il l'a fait de l'Ancienne à la Nouvelle Alliance. Les rois de la terre n'ont aucun droit à cet égard, car ils ne sont, après tout, que des membres de l'Eglise dont Dieu seul est la tête et le chef. Tout ce qui concerne la conscience ne relève que de Dieu. Même les conciles qu'on nomme œcuméniques ne peuvent que sanctionner ce qui est essentiel, et tout le mal dans FÉglise est venu de ce qu'ils se sont permis de le modifier.
On voit par là quels seront l'esprit et le but de ce commentaire.
Nous ne pouvons suivre Daneau dans le détail, car il sérail impossible de condenser, dans le court espace auquel nous devons nous restreindre, un commentaire qui s'arrête, avec de longs déve^ loppemenls, à chaque mot du texte. Bornons-nous à quelques observations générales. Tout d'abord ce que nous appelons la critique du texte n'existe pour ainsi dire pas dans ce commentaire. Le texte est accepté en bloc tel quel. Par contre, les deux caractères fondamentaux de presque tous, sinon de tous les commentaires de cette époque, y occupent une large place. Nous voulons parler de l'édification et de la controverse. Le temps comportait ce mélange et le rendait possible : la controverse même édifiait alors. Cette controverse portait tout d'abord, cela va sans dire, contre le catholicisme. Mais les autres hérésies anciennes ou modernes n'étaient point oubliées non plus.
Daneau fait volontiers des incursions dans des domaines qu'à première vue nous jugerions étrangers à ce dont il s'occupe. C'est ainsi qu'à propos des devoirs des" femmes et du silence qu'elles doivent garder dans l'église, il examine la question : si une femme peut régner et en général exercer de hautes fonctions? et il conclut à la négative. Au xvr siècle, toutes les questions se traitaient ainsi par la lîiblc.
En général, sur toutes les questions de discipline, Daneau a les idées de son temps, et rien ne nous a frappé comme étant particulièrement original. Ajoutons toutefois que ce commentaire est intéressant, justement parce qu'il est une sorte de tableau des vues des théologiens réformés du xvi* siècle sur la matière.
XX. — In Pauli Epistolam ad PliUemonem Lamberti Dân^i Commentariiis. Genevie, E. Vignon, 1577, 8°. Nous n'avons jamais vu cette édition. Nous la supposons d'après la date de la dédicace (1577). — 2^ éd. Genevi^, E. Vignon, 1579, S\ Bill. Nat., 760. — Voy. en outre ci-dessus le n° 4.
XXI. — Respome chrestienne aux calomnies el renouvellées faussefez de deux Ajwstats, Matthieu de Launoy, Prestre, cl Henri/ Pennetier, naguères ministres, et maintenant retournez à leur vomissement. Livre par lequel se verra le juste jugement de Dieu, aveuglant au double ceux qui abusent de ses grâces. I Tim. V, -24-; I Jean II, 20. — S. L. [Genève] 1578, 8». Bibl. Prot. Franc. — 2-= éd. S. 1. 1580, 8".
Cet ouvrage, en réponse à la Défense de Launoy tant pour lui que pour Henri Pennetier contre les fausses accusations et perversescalomnies des Ministres (Paris, 1578), est de Daneau. Voici, en effet, ce que nous lisons dans une de ses lettres à Zanchius du 1" février 1578 : Quod vero ad te non scripsi citius, id duplici de
causa, vir ornatissime, accidit. Primuni Deinde nova quocpie
occupatio mihi pêne invito oblata est, certe aliud argumentunt mihi dari optanti, quœ rébus aliis omnibus sepositis, me per unum aul allerum mensem totum detinuit. Ea autem est ejus tnodi. M. Lanoius quidam et H. Pannetarius inter nos loco ministrorum verbi Dei, et inter pastores, aliqiiandiu, et certe nimium diu vixerunt. Hi vel afflictionum acerbitate vel longinquitate fracli, non modo a recta (ide et Evangelica doctrina fœde et perfide defecerunt : sed etiam adversum nos Gallice libros Ires scripserunt, illos quidem calumniarum plenos et accusalionum doctrince nostrce. Etsi vero nobis eas ipsas fèces revomunt quas jampridem doctis et justis réfutât ion ibus explosimus : ita tamen astute et callide (sunt enim isti ex eorum mtmero, qui cum sint spiritus Satan ce, se in Angelos lucis transformant) ut nova quœdam argumenta esse videri possinl indoctae plebecubc : mnltos certe istorum scripto commoveri intelleximus\ adeo ut Lutetiani fratres id a nobis postularint, ut iUi aliquod responsum nostrum opponeremus. Quœ mihi provincia cum esset a fratribus demandata, fuit exequendum axhauriendumque mandatum. Hcec me occupatio plures dies retinuit, nihil aliud quam Papas, Papislas, 3fissas et Missiflcatores et hujusmodi alla, etiam canones ipsos Pontificios^ cjuibus maxime in istis refutandis uti volui, cogitantem. »
Cet ouvrage de controverse, comme le xvr siècle en produisit un si grand nombre, n'a rien qui le distingue spécialement de ses congénères. Voici la table des matières. — I. Des divers assauts
J. Nous avons trouvé une preuve de cette influence clans VEpistreà Messieurs de la Religion prétendue réformée de Gien, par Jean Bruneau (p. 30, n" il, p. 37, où, après avoir raconté toutes les études qu'il avait faites pour arriver à voir et à savoir on était la vraie Église, il ajoute : Et sur les poincts de ceste difficulté, tomba entre mes mains le livre des ministres Launay et Panetier, gens doctes et de bon nom, comme j'ay entendu, quelque calomnie et imposture qu'on leur impose, lequel livre j'ay leu fort entenlivement, etc. Il serait donc possible que des frères de Gien aient fait des instances personnelles auprès de Daneau, outre celles des O'éresde Paris et de Genève.
par lesquels l'Eglise est assaillie dedans et dehors. — IL De la justification par la foy. — III. Des images. — IV. Du vray Dieu et faux Dieu. — V. Du sacrifice de la messe. — VI. Des cérémonies de l'Eglise romaine. — VII. Des prières pour les trespassez, de l'invocation des Saints morts, et des habillements sacerdotaux. — VIII. De l'usage de la langue latine au service de l'Église romaine. Dans VAdccrlissemeut au lecteur, les Pasteurs de Genève, après avoir constaté qu'il y a eu dans ce temps, comme dans tous les autres, des scandales dans l'Église, ajoutent : Nous avons donc estimé que ceux ausquels de nostre temps Dieu a ouvert les yeux pour avoir cognoissance de ces choses ne seroyent point cstonnez de voir en ces dernières secousses quelques uns tomber par les pertuis du crible, entre lesquels après du Rosier*, ayant commis un acte que n'ont trouvé trop estrange ceux qui aboient cogneul'humeur du personnage, voyent maintenant ces deux hape-lopins, assavoir Panetier et de Launoy, l'un abatu par défiance et pour n'avoir peu supporter jusques au bout le fardeau de la croix, l'autre se voyant quant à ceux de la religion romaine en certain danger d'estre bruslé ou autrement massacré s'il ne faisoit quelque acte insigne d'apostasie : et quant à ceux de la vraye religion s'estant tellement porté qu'il ne lui restoit plus que d'estre pendu en personne, après l'avoir esté en figure...» Pensant donc que la chute de telles gens n'ébranlerait personne, on avait laissé assez longtemps cet écrit sans réponse. Mais à la nouvelle que ce livre n'était pas resté sans influence et « surtout que Launoy, ce prestre renié, marié, adultère, pendu et jésuite tout ensemble et bientost futur abbé, ce dit-on (fort beaux bénéfices et compatibles en telle religion sans aucune dispense), se vante d'avoir fermé la bouche aux fidèles serviteurs de Dieu : il s'est trouvé quelqu'un d'assez bon loisir pour y respondre, le labeur duquel ayans trouvé utile en toutes sortes, nous avons esté d'advis de te mettre en lumière (lecteur chrestien) ceste responsc au premier livre, auquel se traite des points de doctrine, attendant que la response aux deux autres livres parlans de l'Église et de la vocation, soit achevée d'impri-
1. Voy. France Protefitante, IX, 3-29. Sureau du /Josier avait abjuré en 157-2. Ayant réussi queli[ucs mois après à sortir île France, il fit reconnaissance i}ubli((ue de sa faute, et [lublia une Confession et recognoissance... touchant sa cheuteen la papauté et les horribles scandales par lu>j commis, etc.
mer, le tout pour vous vrais fidèles et membres de N. S. J. G. qui estes faibles ou qui n'estes pas encore éclairés. »
Nous ignorons si cette suite a paru, et n'osons, par conséquent, ni le contester, ni l'affirmer. Toutefois nous ne pensons pas que Daneau, qui n'avait été occupé à cette Réponse qu'un ou deux mois (me per unum, dit-il, aiU alterum mensem totum detimùt), ait composé plus que cette première partie.
XXII. — Paratitla in D . Atirelii Augustini Tomosduosprœcipuos, nimirum sextum et septimutn, in quihus illius contra Manichceos Priscillianistas, Arriano^, Jovinianistas, Donatistas et Pehigianos ■jToXepiîxà sive certamina continentur. Hic vero non tcintum ciuid insingulis llbris, sed quid in singulis lihrorum capitibus agatur, breviter et methodice comprehensum est. — Liber utilissimus Us,
■quicum ali<iuo fructu in Aiigustinilectione versari cupiunt. — Prœfatio cuiqiie prœcipuœ hœresi prccfixa est, ubi illius ortus, progressus, et hypothèses ex ipso Augustino traduntur. — Genevœ, Jac. Stoer, 1578, 8% 2 vol. Bibl. de Genève; Bibl. Nat., 761. — 2" éd. dans \e Recueil des Opuscules.
Cet ouvrage, qui n'est en somme qu'une table des matières longue et détaillée, ou, si l'on veut, qu'un résumé très succinct des tomes VI et VII de saint Augustin, est dédié : Generoso ac Nobili Edouardo Baconio, Amplissimi et Illustrissimi Viri Nicolai Baconii,Serenissimce Anglorum Reginœ Elisabethce Cancellarii Filio. — Parmi les raisons qu'indique Daneau comme l'ayant mû à dédier ce livre à Edouard Bacon, nous signalerons la suivante : c'est que n'osant le dédier ni à la reine, ni même au chancelier, et voulant montrer cependant sa reconnaissance au gouvernement anglais pour la protection accordée aux réformés de France, il a pensé au fils du chancelier, qu'il avait connu à Genève.
XXIII. — Commentarius in Jo'élem, Amosum, Michea.m,Nahumum, Habacukum, Soplioniam, Haggceum, Zachariani et Malacliiam. Genevse, 1578, 8°. Walch.
Cet ouvrage fut complété plus tard et parut sous le titre suivant : Commentariorum Lamberti Dan.ei in prophetas minores, Tomus primus. Continet autem : Jonam, Amosum, Oseam, Micheam, Nahumum, Joëlem. Haie tomo adjecta sunt Prolegomena, ex quitus tum ordo proplietarum minorum, ium aetas intelligitur,
reliquave quai siuU ad facilem omnium Prophetarum intelligentiam necessaria. ii Pier. i. 19, Genevce, E. Vignon, 1586,8". — Comment ariorum, etc. Tomiis secundns. Continet aulem : Sophoniam, Ahdiam, Habacukum, Aggœum, Zachariam^ Malachiam. Ibid., 1580, 8". Bibl. de Genève; Frey-Gryn. Bibl. à Baie; Brit. Mus. Ces deux tomes n'ont pas de pai^ination séparée, et comptent ensemble 1 031 p. — 2' éd. Genevœ, 150i, 4" : Walch. — En anL;lais A fruitfull Commentarieupon the twelve small Propheis Briefe, Plaine and Easie, going over thesame verse hy verse and shewing everyivhere the metJiod, points of doctrine, and figures of Bhetoricke to the no small profit of ail godly and ivell-disposed Beaders whith very necessary fore-notes for the understanding bot h of thèse, and also ail other the Prophets. — The text of thèse Propheis togetherivith that of the quotations ommitted by the Author faithfiUly supplied by the Translatours, and purged of faults in the Latine coppie almost innnmerable, ivUh a table of ail the chiefe matters herein handled, and marginall notes very plentifull and profitable ; so that il may in manner be counted a new Bocke in regard of thèse additions. — Written in Latin by LambertusDan.eus, andnewly turnedinto English 6?/ JohnStockwood, Minister, and Preacher ai Turnbridge. ii. Pier. i, 19. Printed by John Legate, Printer to the Universitie of Cambridge, 1594, 4-". Brit. Mus.
L'ouvrage est dédié (au moins dans l'éd. de 1580) : Generosis simo ac midtis virtutibus ckirissimo viro Domino Antonio Baconio, Ampllssimi et Illustrlssimi viri Nicolai Baconii Angliœ Cancellarii filio. — Il s'agit, comme on le voit, du frère de celui auquel était dédié l'ouvrage précédent. La dédicace se termine ainsi : Vale. Orthesii, quod est oppidum Bearnensis regionis, sub ipsis Pyrœneis montibus, Ilispaniœ. vicinum, ubl a Clementissimo Navarrenorum Bege Henrico II Academia instituta est. Cal. Mali [1"maiJ. Awwo temporis ultimi CIOIOLXXXV. T. D. dédit issiîmis Lam. Dan.eus. s. Theologlœ professor.
XXIV. — Ad novas Guilelmi Genebrardi Doctoris Parisiensis calumnias, qulbus tum orthodoxam Evangelicorum omnium de S. Trinitate doctrinam traducit : tum etiam horrendum Valcntini Gentilis crrorem tuetur, ac rénovât, Lamberti Dan.ei Besponsio. — Addita est tabula uniuersas pêne in hoc argumento hœreses
complectens. — Genevœ, E Vignon, 1578, 8°. Bibl. Nal., 760 el 765. — 2^ éd. dans le Recueil des Optiscules.
Daneau indique dans ses Prolégomènes les points sur lesquels Génébrard a taxé les églises de France, de Berne et de Zurich de sabellianisme. Nous allons citer ce passage dont notre auteur dit lui-même :ergo hicfutiirœ dlsputationis status esto, atque snmma. — Genebrarbus Joanni Calvino M. P. vlro, nostrisque omnibus Ecclesiis Gallicis{quibiis solisnon contentiis cotivitiari, Bernenses etTigurinasaddidit) quatuor in disputât ione de S. Trinitateobjicit in tribus illis libris quos de S. Trinltate nuper edidit, in quibiis graviter a nobis errari, amplisslmamque Sabellianorum hœresim renovari clamose dicit. Primum, quod adversus Valentinum, nomine GentUem agens Calvinns negaverit, Patrem esse, dicique debere Filii, et SpiritusSancti essentiatorem. — Secundum, quod hanc dicendi phrasin, qua tamen Patres in primo illo -Niceno Concilia usi sunt Deus de Dec, duriorem esse Calvinus dixerit. — Tertiuni, quod hanc quoque alteram veterum Patrum locutionetn Sancta Trinitas unus Deus, quanquani tamen quandani redolere idemscripserit. — Quartum deniqueet ultimum, quodinepte, imo Sabellianice,ut loqueris, dicamus, trespersonas in una et eadem divina Essentia esse ac subsistera : curn potius unam divinam Essentiani in tribus personis subsistere sit ex te dicendum.
C'est sur ces quatre points que roule toute la réponse de Daneau. L'ouvrage de Génébrard dont il parle paraît être le suivant : De S. Trinitate libri très contra hujus cevi Trinitarios, Antitrinitarlos et Antitlieanos. Le troisième livre portait comme titre spécial : Symbolum S. Athanasli exposUum, et a contumeliis Yalentini Gentilis vlndicaium. Nicéron cite deux éd. de cet ouvrage. L'une de Paris 1569; l'autre de 1585. Peut-être y en eut-il une intermédiaire. — Il répondit plus tard (d'après Nicéron seulement en 1581) à Daneau par un écrit intitulé : Ad Lambersum Danccum, Sabellianismo doctrinam de S. Trinitate inficienteniResponsio. Paris, 1581, 8°.
Nous avons dit ailleurs pourquoi l'ouvrage de Daneau est dédié : Amplissimis ac Magnilicentisslmls Dominis, Dominis Inchjtce Civitatis Bernœ Conmlibus ac Senatoribus (1=^ août 1578), et comment le Sénat de Berne témoigna sa gratitude à l'auteur (cf. Lett. 33 et 35).
XXV. — Tractatus de amicitia christiana, omphilol : Jonathan, sive de Amicitia vera et Clirisliana, fjiue est Charitatis maximus effectm. l. d.vn^o aulore. Ad clariss. V. Petnim Haltœum Damberoniitm Régis Gallianim secretarium. — Gcnevaî, E. Yignon, 1579, 8". Bihl. d'Amiens; de Genève; P. F. — '2" éd. Dans le Recueil des Opuscules. — A la page 929 da calalogue de laBibl. de Genève, il est question d'une édition de 1578. Nouspensonsque c'est une erreur, puisque la dédicace est du [" janv. 1579. — Ce court traité (28 p.) ne paraît pas avoir jamais été imprimé seul, mais avec le De ludo aleœ, sous le titre suivant .• Tractatus duo : Primus de Amicitia christiana. Secundus de ludo aleœ. — En anglais, les deux traités également réunis: True and Christian Friendshippe ivith ail Ihe hraunches^ laemhers, parts and circumstances thereof, godly and learnedly described. Wrilten first in Latine by that excellent and learned man Lambertus Dan.eus, and now turned intoEnglish byT.N. — Together alsowith aright excellent invective of the same author, against the wicked exercise of Diceplay, and other prophane gaming. Imprinled atLondon, for Abrahame Ucale, 1586, 8°. Bril. Mus. — En allemand : Hanoviœ, 1614,8°.
Cet opuscule; dont nous avons déjà parlé (ch. Ill) pour indiquer dans quelles circonstances il fut composé, comprend sept chapitres. I. Du fondementde la vraie amitié chrétienne. C'est Vadmiratiovirtutis et alicuju^ Dei doni in alio : cujus laus et usus vel Denm ipsnm, vel homines spécial. — II. Entre qui peut-il exister une vraie amitié ? Elle ne peut exister qu'entre fidèles. — III. Qu'est-ce donc que la vraie -amitié ? En voici la définition : Pactum inter duos, Deo teste, jfactum, de sese, suisque mutuo diligendis, fovendis et omnino conservandis actuendis, quatenus ilkcsa Dei majestate et gloria id facere licet. — Daneau examinera en conséquence : Quis scopussit amicoriim ? Quœ effecta amicitiœ ? Denique qui fines et termini constituendi ? Mais avant cela : — IV. Si l'amitié est en contradiction (itirwmj3Mr/Bei) avec la loi de charité ? — V. But de l'amitié, multiple : utilité, plaisir, honneur, louange. — VI. Des effets de la 11 est viaie amitié. Les voici : Mutua in Deo dilectio. Consensio sancta animorum. Mutuapï 0 viribusconservatio tuitioque. — VII. Des limites de la vraie amitié. Quant au temps, elle doit durer autant que l'un et l'autre des amis sont dans le monde, à moins que l'un des deux ne devienne Turc ou païen. L'amitié doit même survivre à
l'ami et se reporter sur tout ce qui le rappelle. Quant à l'intensité, elle doit aller jusqu'au point où la majesté, la gloire ou la volonté de Dieu seraient lésées. Car Dieu doit passer avant les amis. — Le type de la vraie amitié est celle qui unissait Jonathan et David.
XXVI. — Traité des danses, auquel est amplement résolue la question, asavoir s'il est permis aux Chrestiens de danser. Nouvellement mis en lumière. I. Pier. IV, 7. — S. L. [Genève] par François Estienne, 1579, 8^ Bibl. de Genève, P. F. — 2^ éd. S. L. 1580,8°. Brit. Mus. — 3" éd. S. L. 1582, 8". Brlt. Mus., P. F. — Nous n'en connaissons pas d'autre édition. Une note msc. sur notre exemplaire de l'éd. de 1579, note non signée, porte ce qui suit : Cette édition et celle de 1564 sont les mêmes, et il n'y a de différence que quelques mots sur le titre de la première. — C'est à cela sans doute que répond la France Prot. lorsqu'elle dit : De Bure a confondu cet ouvrage avec celui de F. Estienne sur le même sujet.
Après un 5onei au verso du titre, vient la dédicace Au Boy de Navarre; puis un nouveau Sonet (deux, dans la 3' éd.), puis le TVa^^é lui-même en 20 chapitres. A la fin se trouve encore un Sonet. Cet ouvrage est à notre avis un des plus intéressants qu'ait écrits Daneau.
La dédicace au roi de Navarre d'un pareil traité, dédicace signée : Vos très humbles et très obéissants serviteurs N. N. Ministres du sainct Évangile es Églises Françaises Béformée», était déjà d'autant plus hardie qu'elle paraissait plus directement appropriée à celui qui en était l'objet. Mais que dira-t-on des lignes suivantes qui la terminent : Aussi est-il du tout nécessaire. Sire, que vous y regardiez de près, considérant quel avantage ou désavantage peut apporter à l'avancement ou à la diminution du Royaume de Dieu l'exemple bon ou mauvais de vostre maison royale : quelle louange ce vous sera devant Dieu et devant les hommes si vous suivez le formulaire que le grand Roy des Rois vous prescrit Jos. I. 8, au Psaume CI et ailleurs : et au contraire quel reproche est appresté à ceux qui ayant commencé par l'esprit, comme dit l'apostre Gai. III, 3, achèvent par la chair.
L'ouvrage est adressé à ceux qui, au sujet de la danse, sont < rebelhis aux admonitions de leurs Pasteurs, et à l'ordre et disciphne des Églises de Dieu. » L'auteur, qui dit toujours nous, comme
parlant au nom des Ministres des Éiiiises françaises réformées, prendra donc « encore ceste peine de leur proposer par escrit les fondemens de nos remonstrances : afin que plus à loisir ils y pensent, et recognoissent comment ce n'est pas sans bonne et juste cause, que nous condamnons les danses et désirons de les bannir entièrement du milieu de nous. »
Ce n'est pas que tout amusement, toute récréation soit interdite. Mais il faut faire choix de ce qui est licite. Or, la danse ne l'est pas. En effet, que sont les danses? « Les danses donc, desquelles nous parlons, sont sauts et mouvements mesurez de cent façons diverses, en assemblées d'hommes et de femmes, au son de choses vaines et prophanes, et non à autre fin que de prendre et donner du plaisir. » — Ces danses sont condamnées, et l'auteur énumère différents arguments qui motivent cette condamnation. Yoici le premier : « les danses ont toujours esté effects, suites el dépendances de très grands vices, comme d'idolâtrie, d'yvrognerie, de paillardise, entre personnes qui avoient rejette les liens de la droite cognoissance et crainte de Dieu, pour s'esgayer en insolences et dissolutions avec toute licence. » — Le second : « le sauteler et gambader est une chçse de soy desja par trop folle, voire, et mal convenable ; » et puis on a mieux à faire qu'à passer son temps à sauter. On doit, en effet, travailler, et particulièrement chercher à connaître de mieux en mieux le vrai Dieu. — Le troisième : c'est être profane que de ne se proposer rien que le plaisir dans les récréations qu'il est licite de s'accorder. Or, c'est le cas dans la danse, où, après un banquet, on lâche « les resnes à la chair ». On le voit bien par l'exemple d'Hérode. La danse n'est donc point convenable au chrétien. Et le ch. VI corrobore cette affirmation, en prenant l'un après l'autre les différents âges, sexes et positions, et en répondant aux objections. — Le quatrième argument est tiré de la fin (but) de la danse, qui n'est pas seulement de prendre plaisir, mais aussi de donner du plaisir aux autres; en d'autres termes, c'est « le mestier de bouffons et basteleurs : lequel mestier a esté noté d'infamie es bonnes républiques : avec ceste présomption, que telles gens devoyent avoir perdu toute honte et tout honneur, qui faisoient monstre de leurs personnes en telles folies, pour amuser les autres ». Le cinquième : « ceci est encor de l'essence des danses, qu'elles se font au son de choses
sottes, dissolues ou vaines.... ce seront chansons et vaudevilles de choses de néant, seulement pour rire, » et où, par conséquent, l'âme n'a aucun profit. Non que la musique doive être condamnée; mais elle doit être rapportée aussi «^ à la fin commune de tous les dons de Dieu, asavoir à sa gloire. » — ■ Le sixième : « mais entre tant de fautes qui se trouvent ensemble en la danse, le comble du mal est que les hommes y sont meslez et les femmes tout ensemble, avec des inconvénients si grands, et si certains tesmoignages de paillardises et convoitises mauvaises, qu'on ne peut faire doute que la danse ne soit l'invention propre de Satan. » — Le septième : y a-t-il, dans la danse, « quelques autres bonnes parties qui la puissent excuser? » Pour répondre à cette question, Daneau examine si elle est convenable à notre vocation; si l'édification de notre prochain en peut être aidée; si elle tend à la gloire de Dieu. Car c'est à ces trois marques qu'on distingue si une action est bonne ou mauvaise. Inutile d'insister sur la réponse. — Le huitième : exemples de danses condamnées par l'Écriture, comme celles de la solennité du veau d'or, celles des Araalécites, celles de la cour d'Hérode. — Le neuvième et le dixième argument consistent en « tesmoignages » contre les danses, tirés de l'Écriture (où la danse pour n'être pas nominativement interdite, ne l'est pas moins clairement), des auteurs païens, des anciens auteurs ecclésiastiques, des conciles, des synodes de l'Église Réformée, et des États d'Orléans. — Les ch. XVI à XVIII sont consacrés à répondre à différentes objections. On dit, en effet, qu'elles peuvent être rangées parmi les choses indifférentes; qu'on pourrait en réformer les abus sans en interdire absolument l'usage; que la chose est en coutume. On veut encore excuser la danse sur ses « proufits et utilitez )>, à savoir : que c'est un exercice propre à la santé; qu'elle développe la souplesse et l'agilité du corps, et surtout « que c'est l'acheminement et préparatif cà beaucoup de mariages. » — De toutes les réponses qui sont faites à ces objections, n'en citons qu'une : « Si les danses se devoyent défendre à raison de tels proufits, ce seroyent celles de la fille d'IIérodias, laquelle pour une seule gaignala promesse de la moitié d'un royaume. » Au ch, XVIII sont citées les objections tirées de certains exemples de l'Écriture, comme David devant l'arche, les femmes Israélites après Marie, sœur de Moïse, etc. Pour répondre à ces objections.
Daneau montre la différence de ces danses et de celles qu'il a condamnées, et quant à la manière, et quant au but, et prouve qu'il ne peut y avoir de comparaison entre elles; de sorte que les premières ne sauraient aucunement excuser les secondes. — Gh. XIX. Déclaration de quelques circonstances qui rendent les danses encor 'plus énormes. Elles se font généralement le dimanche; elles sont les plaisirs ordinaires des compagnies et assemblées de parents et amis. Or comme d'après l'auteur on se réunit : « ou en temps d'alfliction pour se réconforter et consoler mutuellement, ou en l'occurrence de quelques grâces et bénéfices de Dieu pour se réjouir ; dans le premier cas, c'est une « stupidité extrême » de « s'eslever et gambader avec un front sans honte en plaine salle », au lieu de pleurer, de gémir et de s'humilier; dans le second, si on danse au lieu de rendre grâces et de chanter les louanges de Dieu, « il ne se peut dire une ingratitude plus énorme, et un abus plus détestable des bénéfices de Dieu. » « Mais ce qui rend les danses encor plus abominables devant Dieu, est de les avoir introduites aux nopces et solennitez du mariage, «au lieu de procéder « saintement . dès la première entrée, afin que les commencements et com!T:c les fondemens estans saincts, le reste suyve de mesme. » Daneau entre sur ce point dans une foule de considérations qu'il résume, en quelque sorte, dans cette sentence de Ghrysostôme : là où sont les ménestriers et les danses, Jésus-Christ n'y est point. — La conclusion finatb (ch. XX) se devine aisément. Il faut « chasser et reléguer ces vilaines coustumes aux enfers, dont elles sont venues, aux solennitez des idoles, à une court d'Hérodes, bref aux bordeaux. » Et l'auteur termine par un coup d'œil sommaire sur l'ensemble et des adjurations aux fidèles.
Tel est ce Traité des Danses sur lequel nous avons à dess.'in longuement insisté comme nous insisterons tout à l'heure sur un autre Traité du même genre. Il ne nous déplaît pas de montrer combien les Réformés étaient ric^oristes en matière de morale pratique. Le respect auquel ils ont droit ne peut qu'en être augmenté. Ajoutons que ce rigorisme paraît naturel lorsqu'on lit les descriptions des danses, telles qu'elles étaient pratiquées au xvf siècle. On n'en tolère plus aujourd'hui de pareilles que là où toutes choses sont tolérées.
XXVll. — Ad Nicolai Selnecceri librum qui inscribitur : Neces-
sariaet brevis repetitio doctrinœ de Cœna Domini, in quo Exegesis Saxonica oppiignatur : Brevis, modesta et necessaria Responsio. GenevLe, E. Vignon, 1570, S\ Bibl. iVai., 7G0 et lU;Bihl. de Bàle. — 2^ éd. dans le Recueil des Opuscules.
Cet ouvrage est daté de Genève le 17 juin 1579. Il rentre dans la série des écrits polémiques de Daneau contre la doctrine luthérienne de la Cène. Nous profiterons de cette circonstance pour dire en quelques mots, et sans entrer aucunement dans le fond d'un débat aujourd'hui sans intérêt, de quoi il était question.
Pour trouver l'origine des discussions sur la Cène, il faut remonter aux premières années de la Réforme, plus exactement au schisme de celui qui le premier prétendit la réformer elle-même, Carlstadt. Trouvant que Luther n'avait pas été assez radical, il voulut l'être davantage. Sur la question de la Cène, en particulier, il nia toute présence réelle. — Jusqu'alors Luther n'avait pas eu d'opinion bien arrêtée sur ce point. L'opposition de Carlstadt l'amena à affirmer positivement, non pas une transsubstantiation, mais une présence réelle du corps et du sang de Christ dans, sous et avec les symboles du pain et du vin.
Mais il se trouva qu'en affirmant cette présence réelle contre Carlstadt, ill' affirma du même coup contre Zwingleet ses disciples. D'où le commencement de querelles tantôt très vives, tantôt apaisées en apparence, mais sans cesse renaissantes. — Zwingle voyait surtout dans la Cène une commémoration du sacrifice de Jésus-Christ, destinée à nous servir de vivant témoignage des grâces que ce sacrifice nous avait procurées. Sans nier une certaine présence de Christ, il pensait que hoc est corpus meum devait s'entendre /loc significat corpus meum. Et lorsque Luther lui reprochait de n'avoir plus que les seuls signes, il répondait que le corps de Christ, corpg glorifié, corps assis à la droite de Dieu ne pouvait être au Ciel et sur la terre, et dans un million de lieux à la fois.
C'est en réponse à cette objection de Zwingle que Luther émit pour la première fois l'idée de l'ubiquité du corps de Christ, ou présence simultanée de son humanité en tous lieux, et spécialement dans les espèces de la Cène, où il avait dit lui-même que son corps et son sang se trouvaient. Christ est assis à la droite de Dieu, disait-il, on l'accorde. Mais la droite de Dieu ne doit pas
s*entendre dans un sens matériel ; elle est partout, comme Dieu lui-même, donc aussi Christ. De sorte que le corps de Christ se trouve ipsû facto dans les éléments delà Cène. — Zwingle lit alors ressortir la manifeste confusion des deux natures que commettait le réformateur saxon. En effet, ou le corps de Christ n'était pas un vrai corps, et la nature humaine était sacrifiée ; ou bien il était un vrai corps, et dans ce cas il n'avait pas le don d'ubiquité ; ou bien, enfin, et c'est ce que Luther disait, il avait quoique corps humain le don divin de l'ubiquité, et il y avait mélange et confusion des deux natures.
C'est pour répondre à cette nouvelle objection que se forma peu à peu la théorie de la communicatio icliomatiim, sur laquelle nous aurons à revenir tout à l'heure.
Tandis que la lutte était ainsi engagée entre les deux familles protestantes, Calvin parut à son tour sur la scène, et formula sa propre manière de voir sur la question. Il est d'autant plus nécessaire de la donner ici, que ce fut celle que Daneau défendit dans toutes ses luttes, et qu'il professa jusqu'à la fin de sa vie (voy. n" Go).
(( Calvin, dit un auteur qui nous paraît avoir bien résumé sa doctrine S soutint avec Zwingle que Luther ne s'était pas assez séparé du catholicisme, et, avec celui-ci, que Zwingle avait outré son opposition, en réduisant la Cène à une pure commémoration.
« Le réformateur de Zurich avait trop considéré le sacrement avant tout comme un acte de profession extérieure, Calvin lui rendit sa vraie signification en l'envisageant essentiellement comme un moyen de grâce. Le grand reproche que Luther faisait toujours à Zwingle, était de n'avoir que de purs signes à la S. Cène, de
nier la présence du Christ Calvin la tira de cette obscurité et la
mit sur le premier plan. Dès lors il n'y eut plus de contestation sur la présence réelle, mais seulement sur son mode... , « Mais si Calvin s'éloigne ainsi profondément de Zwingle, il ne s'élève pas moins au-dessus de Luther.
« Calvin n'admet pas que le corps sacré soit avec, dans et sous le pain, mais seulement avec. Selon lui, la grâce du sacrement n'est
1. L. Thomas, La confession helvétique. Etudes hislorico- dogmatiques sur le xvr siècle (Genève, Béroud, 1853), p. 95, 96.
pas i-nhérente à ses éléments, et provient d'une action spécifiquedu S. Esprit. Celui-ci est le grand intermédiaire entre la chair de Clmst et l'âme du croyant... Le pain et le vin gardent toujours leur caractère symbolique, et ce n'est qu'au moyen de ce caractère qu'ils deviennent un moyen de grâce. Luther unissait d'une manière trop immédiate et nécessaire^ par trop physique, le pain et le corps de Christ, comme le donnait naïvement à entendre sa comparaison du fer rouge. Pour Calvin, leur union était conditionnée par la foi et n'avait rien d'objectivement nécessaire.
« Une seconde différence, qui résulte de la première, c'est que tandis qu'au point de vue luthérien la manducationdu corps sacré estor«^e, bien qu'incompréhensible, la manducation calviniste est essentiellement spirituelle, la foi étant la bouche de l'âme. Mais cette manducation n'en est pas moins réelle. Christ ne descend pas dans la Cène, mais l'âme s'élève à lui, car,corporellement, il est éloigné d'elle.
« Enfin Luther devait admettre que les incrédules recevaient aussi le corps de Christ, bien qu'à leur perdition, tandis que Calvin affirmait de la manière la plus décidée que pour eux le pain et le vin étaient de purs signes, tout en apportant avec eux la condamnation. »
Telles étaient les trois opinions en présence. Ne nous occupons que de la première et delà dernière, de celle des luthériens et de celle des calvinistes. En somme, et tout bien pesé, leur opposition peut se réduire à ceci : d'un côté la présence corporelle, de l'autre la présence spirituelle; encore celle-ci est-elle conditionnelle, puisqu'elle n'existe que pour le croyant. Daneau sera donc l'adversaire de toutepréscnce corporelle, et aussi, par conséquent, de tous les arguments invoqués pour l'établir. 11 sera le défenseur de la doctrine calviniste, prendra fait et cause pour ses adhérents, qu'ils soient nettement calvinistes, ou qu'ils appartiennent à ce parti modéré que les luthériens extrêmes crurent flétrir en liii donnant le nom de crypto-calvinisme, et dont le vrai chef fut Mélanchthon.
Nous ne raconterons pas toutes les luttes dogmatiques qui suivirent la mort de Luther et surtout celle de Mélanchthon.
Mais comme Daneau se montra l'adversaire résolu de l'ubiquité, et qu'il fut en butte aux attaques les plus vives des ubiquitaires,
tels que Selneccer, Andrése, Miisculus, L. Osiander et autres, et même à une persécution passablement puérile de leur part lors de son passage à Strasbourg (ch. IV, § ÏI), il ne sera pas superflu d'ajouter quelques brèves observations sur ce point spécial.
Nous avons vu tout à l'heure Luther soutenant l'ubiquité du corps de Christ. Cette ubiquité, bien qu'illimitée virtuellement, n'avait lieu réellement que dans la Cène. Il s'appuyait, pour l'affirmer en général, sur la raison que nous avons indiquée, et pour l'affirmer dans la Gène, sur les paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps, etc. Plus tard, cette théorie de l'ubiquité fut appuyée par Brenz sur l'union hyposiatique des deux natures, et sur Veffusion des qualités essentielles de la divinité (t/eito) dans l'humanité du Christ. On ne pouvait donc plus invoquer contre la présence réelle les arguments tirés de la nature d'un corps. La nature humaine devenait, ou pouvait devenir divine. Jac. Smidelin(Andréœ) ajouta à cette effusion, le majestaticum corpus, c'est-à-dire un corps d'un genre particulier, ni naturel, ni glorifié, répandu et présent partout avec le Xôycs, ce qui était, en somme, égaler l'un et l'autre. André Musculus adopta cette idée, ainsi que Martin Chemnitz. Celui-ci, après avoir condamné le point de vue de Brenz (l'effusion), adopta l'idée d'une communication réelle des propriétés essentielles du W70? dans la nature humaine, de sorte que les deux natures, sans pourtant se confondre, n'auraient qu'une même vie, qu'une même puissance, qui passerait en quelque sorte de l'une à l'autre. Ainsi chacune des deux natures participerait des attributs essentiels de l'autre. La différence entre Brenz et Chemnitz résidait en ceci que le premier admettait on tous cas une ubiquité absolue, tandis que le second la faisait dépendre de la volonté de Christ. L'ubiquité devenait, suivant un mot barbare et créé pour la circonstance, une multlvoliprœsentiam.
Mais, quant au fond, Chemnitz croyait à la présence réelle, employait les mômes arguments pour l'établir et aboutissait, grâce à cette communicatio idiomatum à dire avec tous les uhiquitaires que le corps de Christ était in, cunl et sub signis S. Cœnae, essentiali et reali corporis et sanguinis sui prcesentia, sine Iropo, non autem, fidei tantum prœsentla, id est sacramentali.
Ce fut la théorie de Martin Chemnitz qui réunit les suffrages des luthériens extrêmes. En effet, la formule de concorde paraît s'être
plutôt inspirée de lui, en ce qui concerne la Cène et particulièrement l'ubiquité volontaire, que des théories des autres théologiens : en tous cas elle n'affirme pas l'ubiquité absolue.
Cette Formule de Concorde, dont il avait été question dès 1569, et qui fut péniblement élaborée de 1574 à 1577, marque le triomphe du luthéranisme. Elle fut solennellement publiée à Dresde le 25 juin 1580, cinquante ans, jour pour jour, après la publication de la Confession d'Aiigsbourg.
Ce triomphe pouvait-il être durable? L'a-t-il été? Le dogme de la présence réelle a-t-il persisté à travers les âges parmi les protestants de toute dénomination? Autant de questions auxquelles il serait intéressant, mais hors de propos de répondre ici. Disons cependant d'un mot que le point de vue zwinglien nous semble l'avoir emporté de plus en plus.
XXVIII. — Antloslander, sive Apologia Christiana simul et necessaria, inquatuniHelvetiœEcclesiœ, et quœ cumiisin Fidei confessione consentiunt : tum etiam earum vera de S. Domini Nostri Jesu Christ'i Cœna sententia defenditur adversiis injûstam Lucae Osiandri condemnationem. — Genevae, E. Yignon, 1580, 8°. Bibl. Nat., 761 et 765, et de Belle. — 2" édition dans le Recueil des Opuscules.
Composé à la fm de l'année 1579, cet ouvrage était imprimé avant le 20 mars 1580 (Lettres 39 et 41). Il rentre dans la même catégorie que le précédent. Nous ne nous occuperons donc, pour le moment, que des circonstances qui amenèrent Daneau à l'écrire, en renvoyant en outre, sur ce point, aux notes de la Lettre 39.
Une polémique s'était élevée entre le professeur strasbourgeois Pappus, et son collègue Jean Sturm. Le premier avait publié un ouvrage intitulé : de Charitale Christiana quœstiones duœ, où il défendait les opinions des luthériens et leur manière d'agir visà-vis de leurs adversaires théologiques. Le second, défenseur du calvinisme, répondit par ses trois Anti-Pappi. Pappus répliqua d'abord par un ouvrdige inlïlu\é : Defensiones duae, etc., puis par suDefensio lertia, etc. Sturm rie resta pas en arrière, et composa un nouvel ouvrage : Qiiarti Anti-Pappi partes, très, priores, etc. — Mais tandis que ces deux théologiens discutaient ainsi, un théologien luthérien allemand, Luc Osiander, s'était mis aussi de la partie contre Sturm. 11 composa son Anti-Sturmius, où naturellement le
calvinisme ne fut pas moins attaqué que Sturm. Celui-ci ne laissa pas cette nouvelle attaque sans riposte. Mais de même que L. Osiander s'était mêlé à la lutte entre les deux premiers adversaires, de même Daneau y prit part pour lui répondre. C'est alors qu'il composa son ii?i^i-Oi"m?irf(?r. (Voyez sur tous ces ouvrages, Nicéron, art. Stunu. t. XXIX, p. 205 ss. Cf. ci-dessous. Lettre 39.)
XXIX. — Geographiœ Poeticœ, Ici est Universœ Ten-œdescripliouis ex optimis ac vetustissimis quibusque Latinis Poetis libri quatuor : Quorum, Primiis Eiiropam; Secundus, Africam; Tertius, Asiam; Qaarlus, Mare universum et Maris Insulas continet. — In singulis auteni libris hic ordo dlllgenter est observatus, ut eujusque Orbis partis Regiones, Populi populoriimque mores, Urbes, Fliimina, et Montes illustriores ex iisdem Poetis in certa capita distribuantur atque describantur. Lamberti DANiEi opus. Accessit operi Index locupletissimus. S. 1. [Geneva3] lac. Stocr, 1580, 8\ Prit. Mus. ; Bibl. de Genève, de Leyde, de la Haye, P. F. — 2° éd. Ibid., 1589, 8°, à la suite de l'ouvrage de Pierre d'Airebaudouze : Orbis terrarum synoptica epitome una cum geographia poetica, etc. (Cf. France Prot., 2^ éd., 1, 68.)
Cette compilation, dont le titre indique assez la nature et le but, ne compte pas moins de 322 pages, sans les pièces liminaires et la table. Il est vrai qu'elle commence au chaos, avec Ovide. — Elle est dédiée: Ad Illustrem et Gêner osum Dominum, Dominum Philippum SydneiumHenrici Hyberniœ proregis Filium, Comitum Warivici et Leycestriœ nepotem, Elizabethœ serenissimœ Anglorum Reginœ apud Ipsum Imperatorem Rhodolphum, et alios principes Legatum, etc. — Cette dédicace, non datée, est en vers. Viennent ensuite deux courtes pièces de poésie latine sous le titre : Liber ad eundem illustrem et generosum Do. Philippum Sydneiiim, et Liber ad Lectorem. Nous allons reproduire ces derniers pour donner une idée de la manière dont Daneau composait les vers latins, comme nous avons donné ailleurs un échantillon de ses vers français (n" 5).
Liber ad Lectorem.
Si quis in hoc nondiim populo lustraverit Orbem,
Me "légat, et leclo carminé doctus eat. Haec via nec gravis est, trepidis iiec dira periclis,
Cantaiido poteris carpere tutus iter.
Mille tibi refera Populos, et Flumina, etUrbes,
Et Maria, et siqua est Insula digna legi. Gadibus extremospossum te duceread Indes,
Sive salo mavis, elige, sive solo.
Nulla tibi, duce me, pelagi metuenda procella est :
Frausve, vel ambages, asperitasque viae.
Facundos, ut lœtus eas, comitesque, ducesque
Adjunxi, secli lumiiia rara sui.
Ergo âge, totque duces mecum, comitesque seculus,
Pergito, quo nulli contigit isse prius.
XXX. — Traité de V estât homieste des Chrestiens en leuraccoiistrenient. Genève, Jean de Laon, 1580,8°. Brit. Mus., P. F.
Dans la dédicace au roi de Navarre du Traité des Danses, les signataires se plaignaient de l'affaiblissement moral des Eglises Réformées. « Nous prendrons pour exemple de cela, disaient-ils, les questions mises en avant aujourd'huy... touchant les jeux de hasard, la dissolution des habits, et les danses.» Notre ouvrage est donc le troisième et dernier de celte série, et de même que nous nous sommes assez longuement arrêté sur les deux premiers, nous insisterons sur celui-ci.
Il se compose d'une sorte d'introduction (Ch. I, Les causes de ce traité), puis de quatre parties formant 30 chapitres, soit, en tout, 37.
Dans l'introduction, Daneau, s' appuyant sur ce que le luxe et la dissolution des habits sont condamnés aussi bien par la Bible que par les lois païennes, établit son droit à vouloir fixer des règles au point de vue chrétien. Au reste, il ne s'adresse qu'aux fidèles, qu'à ceux qui, faisant professionde partager la foi defÉglise, comprennent que la discipline doit exister, être obéie, comme aussi elle doit «commander à tout Testât de nos personnes, et donner une police sainte partout, jusques à une espingie et hardillon, si • possible est ».
I" partie. Ch. ii-x. Le chrétien ne trouve pas dans l'Ecriture de règles précises sur la façon de s'habiller. C'est donc une chose indifférente, et ce qui va être dit n'est point pour enlever cette liberté. Ce que Daneau confirme par une discussion étendue des objections qu'on faisait alors à cette liberté, en attachant par exemple, comme les moines, une idée de perfection à certaines manières de s'habiller, etc. — Mais cette liberté chrétienne ne doit pas a estre un abandon et licence; mais un droit et légitime
usage des créatures de Dieu avec prudence et modération. » Pour cela il faut de bonnes règles et mesures, afin que cette liberté ne soit pas une occasion à la chair et à nos convoitises. Ainsi les chrétiens conserveront leur liberté et en éviteront cependant les périls. — Mais ces règles et mesures sur quoi seront-elles fondée^? Sur deux passages de l'Ecriture principalement, I Tim. II, 9;IPier. III, 1. — Voici ces textes, tels que Daueau les cite, et voici les lignes dont il les fait suivre, et où il indique son plan, sa méthode et son but. ITim. II, 9: Que les femmes se parent (T un accoustrement honneste, avec vergongne et modestie: non point de tresses, ny d'or, ny de perles, ou dliabillemens somptueux : ains (ce qui est convenable à femmes, qui font profession de piété) de bonnes œuvres. — I. Fier. 111,1 : Semblablement les femmes soyent sujettes à leurs maris: afin que mesme s'il y en a, qui soyent rebelles àla parole, ils soient gagnez sans parole par la conversation des femmes: ayans veu notre chaste conversation, cjui est avec crainte. Desquelles Vornement ne soit point cestuy la de dehors, qui gist en tortillemens de cheveux, ou parure d'or, ou en accoustrement dliabits: ains, l'homme, qui est caché, c'est à dire, du cueur,cjui gist en V incorruption de un esprit doux et paisible, qui est de grand pris devant Dieu. Car aussi jadis les saintes femmes espérantes en Dieu s'accoustroient ainsi, en estans sujettes à leurs maris. Et plus loin : « Car je veux suivre pas à pas l'ordonnance de si grands Apostres, afin que je parle avec plus d'asseurance à la faveur de leur authorité.... Ainsi je les tiendrai pour adresse à tout mon propos : et premièrement je desduiray qu'emporte en général ce qu'ils requièrent, que l'accoustrement soit convenable à la profession de piété, et crainte de Dieu : puis je parleray des vertus qu'ils commandent pour règles perpétuelles à cest estât, et des vices par mesme moien, qui leur sont contraires : et pourcc qu'ils spécifient aucunes choses plus particulières, qu'ils entendent devoir estre esloignées de l'accoustrement, j'useray aussi en troisième lieu de ceste façon d'enseigner par exemples, et pour pratique des règles, que nous aurons posées : et finalement, s'il y a quelque chose que l'on ose opposer à leur authorité, je le vuideray afin que leur doctrine nous demeure entière. »
La première considération qu'il en tire est « que tout accoustrement n'est pas propre aux chrestiens, mais celuy tant seule-
ment qui est convenable à leur profession », laquelle « gist en une cognoissance de Dieu droite, et jouissance de la grâce de l'Évangile : d'où procède aux cueurs des croians la révérence et crainte de Dieu, avec une estude assiduelle de pureté. » On se souvient sans doute qu'à l'occasion des danses Daneau avait tenu un raisonnement-tout semblable. Il va maintenant montrer comment les chrétiens ne doivent pas être moins fidèles à ce qui est convenable à leur profession au point de vue extérieur qu'au point de vue intérieur. C'est à cela qu'est consacrée la suite de la première partie.
La deuxième partie (ch. xi-xx) fixe des règles pour Vaccoustrement. Il nous suffira de les indiquer par le titre des chapitres. Les voici : Premièrement que l'habit soit d'un parement honneste et convenable à nature. — Seconde règle, en la sobriété contre les excez. — Troisième règle, en la gravité. — Quatrième règle, en l'humilité contre l'orgueil et l'ambition. — Cinquième règle, en la chasteté. — Sixième règle, en la bienséance selon les circonstances : et premièrement, des personnes; secondement, des temps; troisièmement, des lieux. — Tout cela doit être observé sans superstition, c'est-à-dire sans qu'un prix excessif soit attaché à ce qui n'est et ne peut être qu'extérieur, et sans aucune hypocrisie.
La troisième partie (ch. xxi-xxviii), que nous aimerions pouvoir reproduire in extenso à cause de son intérêt historique — au point de vue des modes et des costumes du xvp siècle, — traite de l'application des règles données aux « accoustremens d'aujourd'huy. » — Et premièrement aux matières, c'est-à-dire aux étoffes, aux couleurs, puis aussi aux façons des habits, desquelles, comme dit Daneau, « il est plus aisé de dire celles qui ne sont point convenables, que d'en prescrire aucunes. » Pour « esclaircir cela davantage, et déclarer encore plus ouvertement les fautes qu'on fait aujourd'huy en cest endroit », notre auteur commence par parler « des desguisemens et façons* estranges et contraires à la nature, comme sont fausses perruques, fards, etc. », qui ne sont que mensonges. — Il parle ensuite de « l'accoustrement de la teste es choses qui sont naturelles, et premièrement de la teste et des cheveux. » A cette occasion il donne des détails très curieux sur les différentes coiffures du temps, et l'on peut y con-
stater une fois de plus que les nouvelles modes ne sont bien souvent que des modes renouvelées. — Ch. xxv. Des autres parties de la teste etde leurs vices. — Daneau s'adresse ici à celles qui «avec des pincettes s'arrachent le poil ou du dessus du front, pour le faire plus ample, ou des sourcils, pour les faire plus cslroits, » ou de celles « qui se percent les aureilles pour y passer des boucles », ou encore des diverses manières de porterla barbe. — Ch. XXVI. Du col, delà gorge et du sein. — Notre auteur condamne toute espèce de nudité, et non seulement en réalité, ma'is aussi dans les peintures. — Ch. xxvii. Des chaînes, carquans, colliers, cottoires et autres choses semblables. — Ch. xxviii. Du reste de l'accoustrement. — L'auteur, on le voit, va en descendant. Dans ce chapitre, il blâme certaines modes de son temps : ainsi celles des « grosses chausses, frezes de pied et demi-pied », ou encore des « vertugades, vertugadins, demi-vertugades; » celle aussi des (( miroirs que l'on voit pendre à la ceinture des femmes », ou enfin celle des « escharpes de livrée », et des « chiffres et devises d'amour. » « Mais que fay-je, s'écrie-t-il, de vouloir poursuivre ainsi par le menu les vices et vanités qui se trouvent es accoustremens des hommes et des femmes? Ce seroit entrer en un gouffre sans issue, d'entreprendre de nommer seulement ce que les curiosités et appétis desréglés des uns et des autres en inventent tous les jours. » — En conséquence, il propose qu'on rapporte le reste aux règles plus générales dont il a parlé auparavant.
La quatrième et dernière partie (ch. xxix-xxxvii) contient les réponses aux objections des partisans du luxe. On y voit que plusieurs des objections faites de nos jours ne sont pas plus nouvelles que ce qu'elles veulent défendre. — La première est tirée de la liberté chrétienne; la seconde, de la coutume; la troisième « qui est des riches prétendans leur estre permise une plus grande magnificence. » A l'égard de cette dernière, Daneau propose qu'on substitue la charité au luxe, et s'en référant à ce qu'il a dit précédemment sur la conformité des habillements avec la position sociale, il se défend de ne vouloir permettre aux riches « que la tiretaine et le bureau ». — La quatrième : « Que la beauté est un don de Dieu, à laquelle nous ostons ses aides et paremens, — et quedeceste rigueur ne peut sortir qu'une incivilité vilaine entre les hommes. » Non certes, répond Daneau, nous ne sommes
pas ennemisdece don de Dieu qu'on appelle la beauté. Nous ne prêchons pas non plus le désordre et la négligence. Mais nous maintenons que toutes ces superfétalions ne font que nuire à la beauté naturelle et vraie, et que d'ailleurs la beauté intérieure doit être préférée à celle du corps. — La cinquième : Qu'il est utile à plusieurs de se parer ainsi, pour être plus désirées et requises en mariage. Daneau le conteste, et établit que des mariages conclus sous de tels auspices sont bien exceptionnellement de bons mariages. — La sixième : « des femmes qui ont leurs maris ausquels elles prétendent vouloir complaire par Testât que nous condamnons. » Comme si, répond Daneau, une femme mariée était au-dessus des règles de « l'honnesteté commune »! Au reste, il est quelque peu incrédule sur la sincérité de cette objection. En eftet, dit-il, si les femmes n'ontpas àsortir de leurs maisons, elles sont fort simples... « Mais s'il est question de trotter et se trouver en compagnie, voilà l'heure que l'on tire des coffres
les joyaux et vestemens plus riches Quand cela se fait, qui ne
croira plustost que c'est pour autres que pour le mari? » Mais admettons. La vraie manière dont une femme plaira à son mari n'est-elle pas l'accomplissement de ses devoirs? Est-il bien sûr que l'autre moyen, « les bravetés, lesparemens et façons de personnes lascives » n'atteignent pas, en somme, un résultat opposé? La septième est tirée de quelques exemples de l'Écriture. Ainsi, celui de Salomon; ainsi celui de Rebecca recevant et portant des bracelets d'or et autres bagues; ainsi enfin, celui de Jésus-Christ lui-même dans sa réponse ta la femme qui a répandu un parfum précieux sur ses pieds. Tous ces exemples ne sauraient, bien examinés, favoriser en rien « les dissolutions et supertluitez de nos mondaines ». — Les deux derniers chapitres sont consacrés, l'un à commenter le chap. m d'Ésaïe, pour montrer que Dieu luimême vient en quelque sorte confirmer par la voix de son prophète tout ce que contient le traité; l'autre à des exhortations.
Tel est ce Traité de Vaccoustrement des Chrestiens, qui est certainement un des meilleurs et des plus intéressants ouvrages de Daneau. Il se lit aisément et n'est point surchargé d'érudition, comme le sont si souvent les ouvrages du xvf siècle ; il est rempli d'aperçus ingénieux et de fines réflexions, et prouve chez son auteur une grande étude et une grande connaissance du cœur hu-
main. Au reste, il ne faut pas l'oublier, Daneau est surtout moraliste, et cet ouvrage, comme le Traité des danses et encore un ou deux autres, mériterait à notre avis les honneurs d'une réimpression. 11 ne serait pas inutile non plus, dans un temps comme le nôtre, oùla dogmatique est mise si au-dessous de sa sœur cadette, la morale, de montrer qu'on est arrivé à l'austère morale par une dogmatique aussi strictement orthodoxe que celle du xvr siècle.
XXXI. — Ad insidiosum'Lucœ Osiandri scriptum, quod Piaet fidelis adGallicas etBelgicas Ecdesias admonitio inscrlbitur l.vm- BERTi DAN.Ei uecessaria responsio, et salutaris prœcautio ad easdem GaUlcas et Delgicas Ecclesias. Genevaî, E Vignon, 1580, 8". Bibl. Nat. 765; Bibl. de Zurich. — 2' éd. dans le Becueil des Opuscules.
D'après la réponse de Daneau, nous voyons que L. Osiander avait adressé aux Églises réformées de France et de Belgique une Admonitio, où, prenant pour base l'affirmation suivante : doctrinam Evangelii repurgatam, etlegitimos Dei cultus a Germanis ad eas pervenisse, il cherchait à les entraîner à repousser les pasteurs calvinistes et à se rattacher au Luthéranisme, notamment sur les graves questions de la Cène (et la plus grande partie de l'ouvrage de Daneauest consacrée à réfuterles idées dogmatiques d'Osiander sur ce point), du baptême et de la prédestination. Un dernier chapitre de V Admonitio d'Osiander avait trait aux images. Ce n'est pas que sur ce dernier point, comme sur les deux précédents, les opinions d'Osiander fussent fondamentalement différentes de celles des réformés. Mais il voulait profiter de cette circonstance pour reprocher aux ministres réformés d'avoir autorisé, sinon encouragé, le bris des images durant les guerres de religion. Il leur reprochait d'avoir été turbulentes, facultatum raptores, et invasores. Nous ne reviendrons pas ici sur la réponse qu'oppose Daneau à ces allégations. Nous l'avons déjà indiquée (Cf. Ch. m, p. 47). — L'ouvrage de Daneau est du 1" sept. 1580.
XXXII. —In Pétri Lombardi Episcopi Parisiensis{qui Magister Sententiarum appellatur) librum primum Sententiarum, qui est devero Deo,essentiaquidem uno,personis autem trino, lx^iberti DAN.Ei Commentarius triplex : Umis, ad marginem ipsius libri, in quo singularum Distinctionum artificium breviter explicatur : Aller, ubi Locormn a Lombardo prolatorum accurata collatio facta est. Tertius, qui Censuram Doctrinœ, Méthodique Lombardi,
tuni ex ipso Del verbo, tum ex veris sententiarum scrihendarum praeceptis habet. — Accesserunt initio quidem operis Prolegomena, ubi Scholasticœ Theologiœ origo, progressiones et œtates ostendnntur. — Item Elenchus Additonim, Detractorum et rimtatorum a Lombardo. — Ad calcem autem, Synopsis, in qua veteres Si/iwdorum, et Sijmbolornm de eodem argnmento Canones certis capitibus describiintur. — Viennent ensuite des citations d'Hilaire, de Jérôme, d'Epiphane, de Platon et de Gicéron. — Genevaî, E. Yignon, 1580, 8°. Bibl. Nat. 762; Bibl. Bodléienne. — 2^ éd. dans le Recueil des Opuscules.
Dédié: Clarissimis et Amplissimis viris, Dominis Prœtorl, Consulibus, Senatoribus ac Secrelario urbis Leydensis : ejusque Academiœ prœfectis, ctc Professoribus eruditisslmis, cet ouvrage valut à Daneau un présent du Magistrat de Leyde (Cf. Lett. 43). Il lui valut aussi les éloges des hommes les plus compétents. .1. Grynée de Bàle l'encourageait beaucoup à continuer à étudier ainsi les autres livres des Sentences (Cf. Lett. 50), et il l'eût fait si les circonstances ne l'en eussent empêché.
Après la dédicace (du l" sept. 1580), vient un premier index des rubriques du premier livre des Sentences; puis les Prolégomènes, formant six chapitres. A la suite des Prolégomènes, un nouvel index sous le titre suivant : Elenchus eorum quce hoc primo libro Sententianmi in citcinda tum S. Scriptura, tum Patruni autoritate sunt à P. Lombardo vel addita, vel detracta, vel commtUata, vel lapsu memoriœ supposita. Enfin, l'ouvrage lui-même, qui est un des plus considérables de Daneau.
La méthode est la même que celle des commentaires sur les ouvrages de saint Augustin, c'est-à-dire que Daneau reproduit fragment par fragment le premier livre dos Sentences, en faisant suivre chaque fragment d'assez longues remarques. Il y déploie son érudition habituelle, et y prouve son énorme lecture. Il est, de tous les docteurs réformés, celui qui paraît avoir étudié de plus près et connu le plus à fond la Scolastique. A ce titi-e les Prolégomènes dont il a fait précéder son commentaire présentent un grand intérêt. Ils se composent, nous l'avons dit, de six chapitres. Dans les trois premiers, l'auteur étudie la Scolastique en général. Dans les trois autres, P. Lombard en particulier. Il suffira, pour donner la preuve de la connaissance approfondie de la Scolastique possédée par
Daneau, de dire que c'est à lui que remonte la division bien connue de la Scolastique en trois périodes, et la caractéristique adoptée depuis pour chacune d'elles. Il est donc probable, — mais nous avouons ne pas connaître assez la question pour oser l'affirmer, — qu'il est le premier à avoir étudié la Scolastique dans son ensemble, et à l'avoir considérée comme un tout accompli et terminé désormais (Cf. Gieseler, K. G., II, ii, 385).
Quant à l'ouvrage, il traite de la trinité, et les idées de P. Lombard y >ont discutées, confirmées ou réfutées, corrigées ou remplacées par les idées de Daneau, c'est-à-dire par les idées réformées orthodoxes.
XXXIII. — Si/}iopsls sanœ et veteris âodr'mœ de S. Trimlale ex orthodoxis sytiiholis el veterlbus Synodis collecta, atque primo Sententiarum P. Lombardi libro opposita. — Genevaî, 1.580, 8°. Walch, Bibl. Tlieol. I. 239, cite cette Synopse comme ayant été publiée à part. C'est fort possible. On remarquera toutefois qu'elle avait été d'abord publiée avec le n° précédent, et que dans le Recueil des Opuscules, elle ne fait qu'un avec lui. En tout cas c'est un fort court opuscule dont le titre indique suflisaminent l'objet.
XXXIV. — De tribus gravissimis et hoc tempore maxime vexatis qucestionibus. ï. De S. Domini Cœna. ii. De Majeslate Homiriis CJiristi. III. De non damnandis Dei Ecclesiis, nec audilis, nec vocatis. Ad fratres Tubingcnses, et triplex eorum scriptum responsio triplex. Addila est ejusdem L. Daxaei ad N. Selneccerum brevis epistola. — Genevœ, E. Vignon, 1581, 8". Bibl. de Bâle et de Zurich. — 2'' éd. dans le Recueil des Opuscules.
Cet écrit, assez court, est daté du 1'=' janvier 1581. — C'est une sorte de préface aux deux n"' suivants. — Si Daneau l'a adressé aux professeurs de Tubingue en général, c'est qu'ils avaient donné leur approbation collective à iin ouvrage de Gerlach dont nous donnerons tout à l'heure le titre. — Quant au fond, il rentre dans la série des ouvrages anti-lulhé riens de Daneau.
Ajoutons qu'il ne resia pas sans réponse, et que Gerlach, la même année (1581) y répondit par son : Hyperaspistes Anti-Danaei; I; De condemnatiGnc errorum. II. De S. Domini nostri Jesu Chrisli cœna. III. De majeslate Chrislihominis. Scriptus adversus Lamberiuni Danœum a Stephano Ger/ac/iïo.Tubingae, 1581.
XXXV. — Ad Stephamun Gerlachiumet illius Anti-Danaeumne' cessaria responsio. Genevoe, 1581, 8°. — 2' éd., avec les numéros 34, 36 et 38, Genevse, 1581, S\ — 3' éd. dans le Recueil des Opuscules.
Cette réponse de Daneau, datée du 1" janvier 1581, avait été provoquée par l'écrit suivant de Gerlach : Anti-Danaeus, sive Responsio, qua Lamherti Danaei (igmenla et calumniae quas contra Antisturmium D. D. Osiandri, in causa cœnœ dominicœ et, majestatis Chrisli Hominis, impotenter evomuit,exverbo Dei detegunlur et confutantur, per Stephanum Gerlachium, S. Theologiœ doctorem et professorem in Academia Tubingensi. Cum prœfatione Collegii Theologicl Tuhingensis. Tubing-œ, 1580.
Ainsi, de même qu'Osiander et Daneau avaient pris part l'un après l'autre à la lutte engagée entre Sturm et Pappus (Cf. n" 28), de même Gerlach était intervenu dans celle entre Daneau et Osiander. L'ouvrage de Daneau n'est donc qu'un épisode dans la querelle générale. Nous en dirons autant du suivant, également du 1^' janvier 1581.
XXXVI . — Encaustice, et collustralio colorum, quihus injusta omnium orlhodoxorum Ecclesiœ Dei paslorum condemnatio a L. Osiandro et aliis quibusdam facta, prius delineata tantum fuerat inLanib. Danaei Antiosiandro, Adversus LaoniciseuNicodenii Equitis a Stiumeneck inancm, et ut ipse vocat, quatriduanam Spongiam, Genevœ 1581, 8". — 2^ éd. dans le Recueil des Opuscules. — Il serait possible que cet ouvrage et les deux précédents eussent paru ensemble.
C'est une réponse de Daneau à l'ouvrage suivant d'Osiander, dont LaonicusaSturmeneckéliXïl le pseudonyme :Spongia LaoniciAntisturmii, aSturmeneck, equitis Germani^ adversus Lamherti Danœi, Calvinistœ gallicani A ntiosandrum, Pro Luca Osiandro D. Tubingce, 1580. On trouve, dans Baillet, quelques détails sur ces différents ouvrages, ainsi que sur quelques-uns des suivants rentrant dans la même catégorie'.
XXXVII. — Ad Nicolauni Selneccerum deexegesi Saxonica hrevis Epislola, Genevae 1581, 8°. Publiée avec le numéro 34. — 2= éd. dans le Recueil des Opuscules.
I. A. Baillet, Jugem. des Savam, etc. t. VII, p. 159, 100, 181 et 194. — Éd. de l'nris, 1722. — Nous avons utilisé à mesure les renseignements qu'il donne.
C'est une réplique à la réponse de Selneccer au numéro "^7. Daneau relève les objections et surtout les injures que Selneccer a opposées à sa première réponse, telle que celles-ci : si Daneau veut encore une fois répondre, il est prié de ne plus mentir; Selneccer ne s'arrêtera pas à réfuter des niaiseries et des menson<ies accumulés, etc. Citons encore le trait suivant, qui montre que ces discussions ne brillaient pas par l'aménité. Appellas me, dit Daneau à Selneccer, homicklam; furem, malecUclum... alibi Salanam. alibi Diabolicum, alibi etiam Lalronem. Qiiid amplius? Aliquid prœlermisisti. Nam me etiam Mariam Magdalenam appellare debebas,ut in me postea septem dœmonia fuisse probabiliter mentireris. — A la lin de cet opuscule, on lit quelques épigrammes de divers amis de l'auteur contre son adversaire.
XXXVIII. — Demonstratio Anlithesis, seu repugnantiœ Tliesium repetitionis et doctrinœ Jacobi Andreœ de persona Clwisti, ex ipsismet illius thesibus collecta. Lugduni Batavorum, 1581, S^.Bibl. de Zurich. — 2' éd. dans le Recueil des Opuscules.
Courte réponse deDaneau à l'ouvrage de J, Andréae (sur lequel nous donnons ailleurs quelques détails) intitulé : Repetitio sanœ doctrinœ Reverendiss. inChristo Patris D. D. Martini Lutheri, de persona Christi, etc. — J. Andréae prétendait avoir extrait ces thèses des ouvrages môme de Luther. Daneau lui reproche d'induire sciemment ses lecteurs en erreur, car ce sont les idées et jusqu'aux expressions de Martin Chemnitz dans son ouvrage de Duabus Naturis inChristo, etc.
Passant ensuite aux thèses elles-mêmes, il les divise, dans l'examen et les réfutations qu'il en fait, en cinq classes : Thèses obscurœ; thèses falsœ; thèses seipsas evertentes; thèses antithèses, i. e alias evertentes, et enfin, thèses ineptœ.
XXX.1X. — Thèses deoratione dominica,quœlolius argumentide bene precando àvâ^uw breviter ac methodice continent, sireea quce sunt precationis ov(Jw5r), sive avii^jî^yixbrx spectentur, Lugduni Batavorum partim disputatce, partim etiam disputandœ : Per Lambertum DANiEUM. Lugduni Batavorum, 1581, 8°. Bibl. de Zurich.
Dédié -.Magnificentissimis ac amplissimis Ordinibus Hollandiœ /le 25 juillet 1581), cet opuscule ne compte que cinq chapitres :
L Quinam precaridebeant.U.-Quis precandus. IIL Quidprecanduni; de prœfatione; de rerum petendarum doctrina. IV. Cujus
nomine precandum. V. Pro quibus precandum; de iis quœ sunt accidentiaOrationl. — Nous trouverons plus loin(n'' 42) l'occasion de revenir sur ces différents points, car ce n'était là qu'une première ébauche d'un ouvrage plus complet sur l'oraison dominicale.
XL. — Examen libri de duabiis in ChristoNaturis, deearumhypostatica uniotie, et varia quœ ex illa unione seqnitur, communicatione, a Martino Kemnitio conscripti : per Lambertum Dan^um. — Hujus autem examinis hic est nsus, quod praecipuis Doctrinœ Bevfjensis, de Majestate hominis Cliristi nuper in Gennania titulo Formula Concordia^ editœ argumentis respondetur, et Patrum autoritates in eadem Formula jjro/«/ft; explicantur. Genevse, 1581, 8". Walch. — 2' éd. dans le Recueil des Opuscules.
L'ouvrage débute par une ProteslatioL. Dan^i ad Leclorem, où il affirme que c'est le seul zèle pour la vérité, et non le désir de chercher à dénaturer pour la calomnier ensuite la pensée de Martin Chcmnitz, qui l'a poussé à écrire. Vient ensuite une Prœfatio in Examen libri.... ubi or igo harum conlroversiarum et màixxjtq futurœ disputationis proponitur . Cette préface, fort longue, est consacrée à l'historique de la querelle au sujet de la personne du Christ, de la présence réelle, de l'ubiquité, etc. Nous l'avons utilisée ailleurs.
A la suite de cette préface se trouve un extrait d'une autre préface de Th. de Bèze, sous le titre suivant : Ex Theodorl Bezce Vezelii prœfatione in librum qui inscribitur Refutatio dogmatis de fictitia carnis Christl omnipotentia, etc.
Quant au fond, cet ouvrage rentre dans la catégorie des ouvrages anti-luthériens de Daneau. Il est composé delà même manière que la plupart des écrits polémiques de noire théologien, c'est-à-dire, en suivant chapitre après chapitre et presque hgne après ligne l'ouvrage qu'il réfute, en citant des fragments qu'il fait suivre d'observations et de discussions destinées à en montrer les erreurs, pour les corriger ensuite en mettant la saine doctrine calviniste orthodoxe en leur lieu et place.
Ayant déjà exposé le fond du débat, et parlé à cette occasion de la Formule de Concorde contre laquelle cet ouvrage est dirigé, non moins que contre le livre de Chemnitz, nous ne nous y arrêterons plus maintenant.
XLl. — La Physique Françoise, comprenant en XIII livres, ou
traitez, à sçavoir un d'Aristote, onze de saint Basile et un de Damascène , le discours des choses naturelles tant célestes que terrestres, selon que les pliilosoplies les ont décrites, et les plus anciens pères ou docteurs les ont puis après considérées et mieux rapportées à leur vrai but; traduite de Grec en François, par Lambert Daneâu. Genève [K. Vignon], 1581, 8°. — On peut juger par ce seul titre, ajoute Nicéron, à qui nous rempruntons, cjiic cette physique est fort peu de cliose. (Voir note Aà la lin de la II'' partie.)
XLII. — Orationis Dominicœ explicaiio. Ejusdem Thèses, quihus tota de oralione doctrina comprehendilur. Genevcc, E. Vignon, 1582, 8". Bihl. de Zurich. — ih" éd. Genevic, E. Vignon, 1583, 8". Brit. Mus.; Bihl. de Zurich. — 3' éd. dans le Becueil des Opuscules.
Dédié : Amplissimis viris ac Dominis suis, Dominis consulibus et senatoribus Civilatis Gandavensis, quœ est metropolis totius Flandriœ; ejusdemque Urbis vigilantissiniis Pastoribus, frat ribus sihiplurimumobservandis. Cette dédicace, datée du l" janvier 1582, nous a arrèlé ailleurs, aussi n'y reviendrons-nous pas. Par contre nous insisterons sur le contenu même de l'ouvrage, qui esl, pour une bonne partie tout au moins, consacré à une sorte de traité de la prière.
Suivant son habitude, Daneau commence par indiquer ce doni il va s'occuper, et la division de son ouvrage. Son but est d'écrire un traité sur la prière, et l'explication de TOraison dominicale, qui en est l'occasion, en formera une partie. Son ouvrage se divise en deux parties principales : les prolégomènes; l'interprétation elle-même.
Dans les prolégomènes, il examinera : sïl faut priejr Dieu, et à cette occasion il répondra à ceux qui disent que les prières soni inutiles, et à ceux qui tout en les croyant utiles restent froids et glacés en priant. Puis il répondra à ceux qui attribuent aux prières plus ou autre chose que ce que la Bible permet, et changent ainsi la prière en une pratique superstitieuse. Enfin il répondra à ceux qui croient pouvoir demander en priant ce qui doit servir à leur avarice et à leurs passions; qui, par consé([uent, abusent de la prière. — Dans l'interprétation, il exposera ce qu'il faut demander; ce qu'il ne faut pas demander; ce qu'il est pourtant légitime d'ajouter à l'Oraison dominicale.
Daneau aborde ensuite son sujet et montre que la nature, c'està-dire notre jugement et notre conscience, nous poussent à prier Dieu, et proclament l'utilité et la nécessité de la prière. En outre, c'est l'ordre de Dieu. Enfin Jésus-Christ et tous les hommes pieux de tous les temps nous ont donné l'exemple de la prière.
Cet ordre de Dieu ne s'adresse pas seulement aux fidèles, mais à tous les hommes. Il est vrai que l'efficacité de la prière dépend de la fidélité de ceux qui prient, parce qu'eux seuls savent bien prier.
Accessoirement Daneau montre que la prière est la meilleure partie du culte. C'est ici que trouve sa place la réfutation des erreurs sommairement mentionnées plus haut, et notamment de l'erreur de ceux qui ne croient ni utile ni nécessaire de prier Dieu.
Existe-t-il une formule de prière qui doive faire autorité {légitime tradlta precandi formula)'! Daneau montre par des exemples tirés des auteurs profanes que celte formule ne peut être trouvée par les seules lumières de la raison. 11 faut donc la chercher dans la parole de Dieu. En effet, nous y constatons que dès avant le déluge les hommes ont prié; nous y trouvons, par exemple dans les Psaumes, des modèles de prière ; nous y voyons que Jean-Baptiste avait enseigné à ses disciples à prier; et par-dessus tout nous y trouvons la vraie formule de prière, celle que Jésus-Christ a donnée à ses disciples et que l'Evangile nous a transmise. C'est cette formule que Daneau va étudier et commenter.
Mais avant d'aborder l'interprétation elle-même, qui doit former le centre de cette seconde partie, il examine ce qu'est la prièi'c en soi; quelle en est la nature; quels en sont les différents genres. Puis il divise encore son étude en deux parties, ou plutôt, il dit qu'il va rechercher et étudier ensuite ce qui est accidentel ou accessoire.
Ce qui est essentiel se subdivise en cinq points principaux auxquels correspondent les cinq questions suivantes : Qui doit prier? qui doit-on prier? Que doit-on demander? Et comme Dieu, celui qu'on doit prier saurait être prié par les hommes sans un médiateur : au nom de qui faut-il piier? Enfin, pour qui faut-il prier?
C'est à propos de la troisième de ces questions : que doit-on demander? que Daneau aborde enfin l'interprétation de l'oraison dominicale. H la divise en trois parties : la préface; "les six demandes; l'épilogue, et l'étudié avec les plus longs détails, et non
sans de nombreuses digressions. — Après l'avoir ainsi examinée il reprend, s'il est permis de s'exprimer ainsi, le fil de son traité, et commence par se demander s'il est loisible de prier dans d'autres termes que ceux de l'oraison dominicale. Il conclut naturellement à l'affirmative, à condition que ce ne soit pas dans un autre esprit. Puis il répond à ses deux dernières questions : au nom de qui fautil prier? pour qui et quoi {pw quihus sit precandum) il faut prier? Ses réponses sont celles de la Bible. 11 n'y a qu'un seul médiateur, c'est Christ. En son nom, nous devons demander toutes les choses bonnes, justes, honnêtes, etc., et nous devons prier pour tous les hommes, même pour nos ennemis politiques, religieux ou personnels.
La dernière partie de son ouvrage est consacrée à ce qui est accidentel ou accessoire dans la prière. Voici les points examinés ; de la voix de ceux qui prient, y compris le chant religieux; des gestes de ceux qui prient; de leur toilette {cultus); — faut-il avoir les mains lavées, etc. ; — du lieu où il faut prier; du temps où il faut prier,
XLIII. — Sophismatiim Steph. Gerlachii Elenchus, sive adversus Stephani Gerlachii languidum, elumhem et caducum Hypernspistem, Lamderti Dan.vei Clibanarius tutissimm ac firmissitiius. Genevœ, 1582, S>\ Bibl. Nat. 763 et 1136; Bibl. de Zurich. — 2^ éd. dans le Recueil des Opuscules.
C'est toujours la suite de la même lutte. On a vu (n" 34) que Gerlach avait écrit contre Daneau son Hi/peraspistes. Celui-ci réplique par son Clibanarius tutissinius ac firmissimus. Gerlach ne reste pas en arrière. A cet ouvrage de Daneau il répond par : Decertatio cum Lamberli Danaei profana milite, queni ille Chbanariuni vocal. Tubingœ, 1583. — Daneau ne répliqua plus. — Cet opuscule est du 1" janvier 1582.
XLIV. — Antwoort Lamberli Danaei wijlen Professeur in de hooijheSchoole lot Leyden, op drie voorgheslelde vragen, nopende het Ampt cler Overheydl in de regeeringhe der Kercken : wat haer loe-coemi, ofle niel toe-coenit. — 6 pages, — nous écrit M. J.J. van Toorenenbergen, — imprimées avec deux autres pièces sur le même sujet de Arn. Cornelii, pasteur à Delft. — Tôt. Delft, by Jan Andriesz, 1613. — Bibl. d'Amsterdam, de Gand^deLeyde; Bril. Mus. Nous avons raconté déjà les circonstances qui provoquèrent la
composition de cet opuscule. Nous renvoyons le lecteur à ce que nous en avons dit (ch. IV, § ii). Il nous reste à dire, — puisque nous n'avons pas eu l'occasion de voir l'opuscule et d'en étudier le contenu, — pourquoi nous le plaçons ici et non pas le dernier de notre liste.
Autant que nous avons pu nous en rendre compte d'après les lettres de VV. Helmichius à 4rn. Cornélius, Daneau composa cette réponse à trois questions sur l'autorité du magistrat en matière ecclésiastique à la fm de l'année 1581. Le 30 décembre 1581, Helmichius écrit : Libelhim Danaei recognoverunt et verterunl Amsterdamenses... En effet, Daneau n'avait pu le composer qu'en latin. 11 fut retourné à Daneau soit vers les derniers jours de 1581, soit, mais c'est moins probable, dès les premiers jours de 1582. En tout cas, sous sa forme hollandaise, il porte la date du 4- janvier 1582. — Nous avions d'abord pensé qu'il avait été publié alors, soit en hollandais, soit en latin. Mais M. J.-J. van Toorenenbergen nous écrit qu'il est d'un avis contraire, et qu'il pense que cet opuscule resta manuscrit jusqu'en 1613. Nous acceptons volontiers l'avis d'un homme aussi compétent en pareille matière, d'autant plus que si nous avons connaissance de plusieurs exemplaires de l'édition de 1613, nous n'en connaissons aucun d'une édition soit latine, soit hollandaise, antérieure à cette date. En le plaçant donc où nous l'avons placé dans notre liste, nous avons tenu compte non de la date de l'impression, mais de celle de sa première apparition sous forme manuscrite, le 4 janvier 1582. — Il nous sera permis d'ajouter que nous ne donnons pas les indications qui précèdent comme certaines ; à la réserve de l'existence même de l'opuscule et de la date qui se trouve à la fm, nous ne pouvons rien afhrmer positivement.
XLY. — Ad libellum ah anonymo quodam iibertino recens editum hoc titulo : De externa sen visibili Del Ecclesia, ubi illa reperiri possit, et quaenam vera sit, etc.; seu poilus Adversus exlernam et visibllem Ecclesiam. Utilisac necessaria ad omnium vere piormn ac fideliiim consolationem, fideique con/irmationem Besponsio : in qua exDeiverbo aperte et perspicue docetur^ cui Ecclesiae sese, singuli vere filii Dei adjmigere debeant. Lugduni Batavorum, 1582, 8°. Blbl. de Zurich. — 2' éd. dans le Recueil des Opuscules. Cet ouvrage avait paru en hollandais. Voici, en effet, ce qu'écrit
à Rembert Ackeraa, à la date du 25 juin 1582, Aggaeusde Albada : Suntmihi duo Ubelll transmissi BeUjica lingua conscrlpti; unius titulus est : van der utcrlickc kerckc [Godes], sme nomineauctoris, alterius titulus est : Anhvort opt selve buexken, cujus auctor est Lamherius Danaeus, Theologiae j^ro [essor LeiclœK La version hollandaise avait paru en mars. Tout au moins la dédicace : Clarissimis et anipUssimis vlrîs Dominis Consulihus et Senatorihus urhis Amsteroclamensis, est-elle du P''mars 1582. Au contraire, l'original latin ne parut que vers la lin de l'année (cf. Lettr. 53). — Nous n'avons pu nous procurer aucun détail sur l'édition hollandaise. Il est possible qu'elle ait été imprimée à Amsterdam, par les soins des pasteurs de cette ville, qui l'avaient traduite, après avoir traduit, comme nous l'avons dit ailleurs, l'ouvrage anonyme auquel Daneau répondait.
A ce que nous avons dit de ce dernier, nous ajouterons maintenant quelques indications sur la réponse de notre auteur. Elle se divise en deux parties. Dans la première, Daneau pose des principes; dans la seconde il suit pas à pas son adversaire anonyme et le réfute. Voici ces principes qui seuls nous arrêteront. I... Manet igilur illud quod pyoposuimus firmum et immotum, EcclesiamDei habere ve^^isslmas Dei de sua etiam in his terris perpetuitate ac duratione promiss ionis rationes : in cœlo aulem de sua etiam œternitate et felicitate. — Nous ne sommes pourtant pas papistes, puisque nous ne localisons ni à Rome, ni dans la succession apostolique, etc. II. Alterum est esse certissimas notas ex qiiihus illa vera Dei Ecdesia etiam in his terris visihiliter, perspicue, ac ut ita loquar, oculariter agnosci, dignoscique a cœteris hominum vel prophanorum etprorsus infidelium, vel hœreticorum cœtibus atque congregationibus possit. — Voici ces notœ : Ergo has très notas verœ Eclesiœ etiam visibiliter in his terris agnoscendœ et a reliquis hominum congregationibus dijudicandœ secernendceque luce meridiana clarius jam videmus : Nimirum puram verbi Dei et vocis Christi auditionem ac proinde prœdicationem, puram et ex Christi instituto sacramentorumadministrationem, denique sanctificationis coramendationem cum morum depravatorum in lis qui
\. Briefe des Aggœus de Albada an Rembertus Ackema tind andere (1579-1584) Heraimj. v. D' Ernst Friedlaender au Aurich. Lcuwarden, H. Kuipers, 1874. — Voyez aux dates indiquées.
seChristianosprofitenturi correct ioneconjunctam. llLDeberequemlibel pium ac fidelem sese illi Ecdesiœ adjungere quœ et vera est et visibilis, id est, ex Us notis, quas supra diximus, agnosci etiamin his terris potest. IV. Propter abusum rei, qui ab hominïbus manat, nequaquam rem ipsam esse aut damnandam, aiit tollendam. En effet, l'Église, sur la terre, participe de l'imperfeclion humaine. La perfection ne viendra que plus tard. Ce ne doit pourtant pas être une raison de renoncer à faire partie de l'Église visible. — A l'aide de ces quatre principes, qui lui paraissent évidents, Daneau, nousl'avons dit, réfute une à une toutes les affirmations de l'adver- • saire auquel il répond.
Nous avons cité tout à l'heure le nom d'Aofoaeus de Albada. Nous ajouterons maintenant que comme il était disciple de Schwenkfeld, il jugea à propos d'adresser à Daneau ce qu'on pourrait appeler une réfulation privée. Voici ce qu'il écrit à R. Ackema, le 25 juin 1582 : In utroque (des deux ouvrages indiqués plus haut) multa desidero, sed ad priorem scr ibère non potui, quia nescio cujus sit; ad Danœum epistolam 40 foUorum confeci, in qua omnia, quœ in responso ejus sunt, examinavi. Non piitassem tantos in ea ecclesia errores latere, quantos in illo libello reperi...
Daneau ne réponditpas à cette lettre. Aggaïus de Albadale constate en septembre 1582. Il s'en plaint encore en octobre, même année, et dit à cette occasion, tant à propos de cet ouvrage, qu'à propos de l'un de ceux que nous allons avoir àindiquer : Illis literis [envoyées à R. Ackema] adjmicta fuit epistcla ad Danœum scripta. Hic homo vel non audet mihi respondere, vel indignatur. Hactenus enim talem theologiam non audiverunt. Sic enini ex amico quodam qui adfuit ei ex Antwerpia intellexi, quod non statuer it mihi respondere ob causas, quas pirœtexit, quœ mihi indicatœ non sunt. Venit mihi nudiustertius in manus meas pervitiosissimus ejusdem viri libellus de Adorât ione carnis Christi, quam negat proprie fieri jwsse; adversus hune libellum iterum paro ad eum confutationem et ef/iciam, ut cogatur mihi tandem respondere. — Dans une lettre du même au même, en date du 9 octobre 1582, nous voyons que Daneau trouvait les écrits de A. de Whsida subobscura. Il ne les jugeait donc probablement pas dignes d'une réponse. Cela indigna fort A. de Albarla. Aussi, dans cette même lettre du 9 octobre, il annonce qu'il va envoyer à Daneau une
seconde lettre à propos du de Adoratione carnis Christi. — Hœc epistola, continue-t-il, extorquebit responsum ad ulramque; videt ùhi non esse negotiuni cum crassis Lutheranis, ercjo ad rcspondenduni forte non Ita velox est. Toutes réflexions faites, cependant, il n'envoya pas sa seconde lettre à Daneau. Il le dit dans une lettre à Ch. Utenhove, de Gand, en date du 1°'' mai 1583. Il n'obtint donc, en somme, aucune réponse de Daneau. (Voir note B à la fm de la IP partie.)
XLVI. — Thèses de generali catechlsmi Belgicarum Eccleslarum partitione etordlnis, qui ineo servatur, ratione. — Item de prinm ejusdem Catechismi sectlone, seu die Dominica, qiiœ iisdem his thesihus explicatur. Lugduni Batavorum, apud Andreain Schoutenum, 1582. Dihl. de Zurich. — In fine : Asserebat Joannes Hizenbachius Hessus in Celebri Lugdunensi apud Batavos Academia. Prœside Cl^° vira Lamberto Dan.eo, Sacrœ Theologiœ professore Anno MDLXXXII, Mart. 3, hora a meridie secunda.
XLYII. — Thèses de prima parte catechismi Belgici, ubidehominis miseria et ejus causa agitur : Quœ disputatio Sectione seu Deminica secunda nostri Catechismi et deinceps continetur : hic autem ea tantum quœ secunda seclio habet. — Lugduni Batavorum, 1582. Bibl. de Zurich. — In fine : Asserebat Joannes Crucius Insulanus in celebri Lugdunensi apud Batavos Academia. Prœside clarissimo viro D. Lamberto Dan.^o Sacrcc Theologice Professore. Anno 1582, April. 7, hora secunda pomeridiana^,
XLVIII. — Calxviva,qua Theod. Coornhartii sapo facile consuniitur et in funios evanescit. — Ps. 84, 2. 3. 11 ; ps. 139, 20. 21. — Dans le Recueil des Opuscules, à la suite du n° 45.
A la suite de l'écrit anonyme auquel le n" 45 sert de réponse, se trouvait une lettre, également anonyme, et soutenant les mêmes idées, Daneau l'avait très brièvement réfutée dans quelques notes marginales. L'auteur de cette lettre se fit connaître. C'était Théod. Goornbert, dont nous avons déjà eu occasion de parler. Au contraire, l'auteur de l'écrit principal resta inconnu. Helmichius pensait que c'était Huybert Duifbuys, pasteur à Utrecht^; mais
1. Il pourrait y avoir des opuscules analogues datant du séjour de Daneau à Gand. Toutefois nous n'en avons trouvé aucune trace, ni aucune mention.
2. Werken der Marnix-Vereeniging, Série 111, Deel IV. Lettre 8 (Helmichius à Arn. Cornelii), p. 17.
rien ne le prouve. — Quoi qu'il en soit, Goornhert paraît avoir répondu aux objections de Daneau, et avoir voulu, si le titre de la réplique de Daneau peut permettre cette supposition, savonner celui-ci. D'où cette réplique, où les personnalités blessantes abondent, il faut le reconnaître, plus que les arguments nouveaux. Nous ignorons si cette Calw viva, qui est un opuscule fort court, fut imprimée dès 1582; si elle le fut en hollandais, ou seulement en latin. Mais il nous paraîl probable qu'elle fut composée peu de temps après le n" -45. (Voir noie B à la lin de la l.P partie.)
XLIX. — Apologia seu vera et orlliodoxa orlhodoxae Patrum scntenliœ defensio ac interpretatlo de Adoratione carnis Doniini nostri Jesu Christl. Adversus blasphemam, et vere idolafricam Jacohl Smidelini Andreœ filii haeresin, et sententiam, in libro qui inscribllur Solida admonîtio ad Joannem Slunnlum nuper cdilo. Anlvcrpiœ, 1582, 8". Bibl. de Zurich. — 2" éd. dans \e Recueil des Opuscules.
Cet ouvrage est composé comme les précédents du même genre; Daneau y suit son adversaire pas h pas, cite des fragments du texte (ou plutôt de la traduction du texte, car Smidelin, — J. Andréae, — avait écrit en allemand), et les fait suivre d'une réfutation.
Quant au fond, c'est toujours la même querelle autour de la personne du Christ. Il faut seulement remarquer que Smidelin, tout en écrivant contre Sturm, avait combattu en passant plusieurs afQrmations de Daneau dans son Examen du livre de Martin Chemnitz (n° 40). C'est ce qui provoqua VApologie dont nous nous occupons.
A la p. 14G0 du Recueil des Opuscules, où rApoloriie s'étend de la p. 1457 à la p. 1473 (in-folio sur deux colonnes), se trouve le récit, reproduit ailleurs par nous, de la mésaventure de Daneau ors de son passage à Strasbourg, en 1581.
On a vu (n° 45) que cet ouvrage n'avait pas eu, plus que le n" 45 lui-même, le don de plaire à Aggaeus de Albada, et qu'il en avait écrit une réfutation. Cette réfutation ne fut pas envoyée au professeur de Gand {VApolofiie est datée du 1" octobre 1582, et, h ce moment-là, Daneau n'était plus à Leyde), mais seulement communiquée à quelques amis. Les lignes suivantes donneront une idée du degré d'aigreur où en était arrivé Aggœus de Albada, et de ce
que devait être la réfutation. Il écrit, le i" mai 1583, à Ch. Utenhove, de Gand : Prœcipiia irœ Del causa non allendilnr alque illa in nulla clvitate inagis, quant in vestra viget. Idcirco ab eo tempore qiio Danœus libellum edidit illuni, cui titulus est : Apologia, etc., vehementer civitati vestrœ metuere cœpi. Nam Hbellus magis impius ac rébus nostris pernitiosior nunquani editus fuit. Scripsi contra sententiani ipsius prolixissiniani ad eum epistolam, sed quant non transmisi, quia priori meœ epistolœ respondere noluit, scripsi cfiani alias qunsdant ad alios, in quibus vcra causa maloruin noslroru)n ostenditur, etc.
De son côte, Sinidelin ne l^esta pas en arrière, et, le 1" mars 1583, il publiait à Tubingue, et avec l'approbation des professeurs, ses collègues, une Refiitatio Blasphemœ Apologiœ Lamberti Danœi Galli, de Adorât ione carnis Domini nostri Jesu Christi.
L. — Traité contre les bacchanales ou mardy gras. S. 1. (Paris, d'après J. Gh. Brunct) 1582, 8". Gf. de Bure, Bibliogr. instructive, Théologie p. 293, n" Mi. — Manuel du Libraire, par J. Ch. Brunet, 5- éd., t. H, 1" partie, col. 4-84..
LI. — CJiristianœ Isagoges in Christianoruni theologorum locos communes. Geneva), E. Vignon,1583, 8° . Les deux premières parties — Genevic, E. Yignon, 158Î', 8° . Les mêmes(?) et la troisième partie. — Genevaî, E. Yignon, 1585, 8". Les mômes (?) et la quatrième partie; 2*= éd. de la quatrième partie seule (?), Genevaî, ap. Ilaeredes E. Yignon, 1591, 8". — Genevre, E. Yignon, 1?88, 8". Les mêmes (?) et la cinquième partie.
Nous n'avons pu nous rendre exactement compte du moment où fut commencée la publication de cet ouvrage, qui doit former au moins cinq volumes. 11 ne fut publié que peu à peu; certaines de ses parties paraissent avoir été rééditées à part. Enfin, sur le titre même de certaines de ces éditions ou rééditions partielles, il se pourrait que des erreurs d'impression aient été commises. Yoici ce que nous avons pu recueillir de plus précis sur lui.
Dès 1564, Daneau en avait composé une première ébauche. Il l'écrit à P. Daniel (Lettr. i). En 15G5, dans une lettre au même (Letlr. 7), il se plaint qu'une partie de cet ouvrage, envoyée à Lyon pour être imprimée, ait été perdue. Plus tard, le 8 janvier 1582, il écrit à J.-J. Grynée, de Bàle : Totus in locorum conimunium Isagoge ante annos aliquot a me perturbate chartis illata
Camrecognoscenda versor. Vers la même époque(le iC janv. 1582), Helmichius écrit à Arn. Cornelii que Daneau demande s'il ne pourrait pas avoir un secrétaire aux frais de l'Église de Hollande, pour l'aider à mettre ses Lieux Communs au net\ Ils étaient donc déjà en bonne partie composés, puisque l'emploi d'un secrétaire suppose l'achèvement au moins partiel de l'œuvre de l'auteur.
Ils n'étaient cependant pas achevés, comme le prouve l'avis au lecteur suivant, à la suite de la table des ouvrages contenus dans le Recueil des Opuscules : typographus candido lectori s. Quum statuissem, candide Lector, omnes D. Danœi Tractatus Theologicos, qui hactemis suo qulque tempore séparât im ediii fuerant, in uniim nunc volumen collatos simnl in lucem emittere, justissiniisque plurimorum bonorum virorum jjrecibus ut id facerem incitarer : quod et ego sponte volebam- et illi obnixe pelebant cur longius differrem causa nulla erat. Itaque licet propediem ejusdem D. Danœi Locos Communes Tlieologicos perpolitos absolutosque habiturus essem : ne lamen interea S. Theologiae opérant dantium studia defraudarentur, înalui jam hœc opuscula uno tomo compreliensa prodire , prœsertim quum jam injustam unius voluminis magnitudinem excrevissent, quam tantisper dum illi conjungerentur , imper fecta apud me delitescere. Jllis ergo et aliis aliquot libeUis alterum et peculiarem tomum destinavimus brevique, Deo dante, etiam eos evulgabimus. Ut autem spécimen Locorum habeas, Tabellam hujus operis calci subjecimus^ in qua
quid Us contlneatur , perspicue ob ocitlos ponitur C'est-à-dire,
si nous comprenons bien, que Vignon n'avait pas voulu rééditer dans le Recueil des Opuscules seulement une partie des Lieux Communs, mais qu'ayant l'intention (non réalisée) de faire un second tome des œuvres de Daneau, il pensait les y insérer tout entiers. Us seraient alors complètement achevés.
Ce qui nous confirme dans l'opinion qu' ne partie, ou, pour parler plus exactement, que les deux premières parties avaient déjà paru avant 1584, c'est que la préface générale de Th. de Bèze, qui précède la première, porte la date de 1583, et que la seconde partie, dédiée AmpUssimis viris ac Dominis suis Dominis Consulibus et Senatoribus urbis Rrugensis, porte la date du 1" mars 1583.
La troisième partie, que nous n'avons jamais vue, parut sans