Lettre XII, p
doute en 1584. — Quant à la quatrième partie, elle ne parut pas avant 1585. — Peut-être la cinquième ne parut-elle pas avant 1588. Nous ne l'avons jamais vue.
Mais ici se présente une difficulté. La Bibliothèque Nationale possède les deux premières et la quatrième partie de Ylsarjoge. Seulement cette quatrième partie porte pour titre ce que nous savons avoir dû faire l'objet de la cinquième, et non de la quatrième. D'après la tabella ajoutée à la fin du Recueil des Opuscules,nous voyons, en effet, que l'ouvrage devait se diviser en cinq sections principales : I. De Deo; II. De Angelis; 111. De Homine ; IV. De Ecclesia; Y. De salutaribus Dei donis erga ecclesiam. Orle vol. de la Blbl. Nat. qui porte Pars quarta traite justement de salutaribus Dei donis erga Ecclesiam. Aussi un ancien possesseur a-t- 11 mis quintann lieu de quarta. — D'autre part, le British Museunt possède un seul vol. de cette Isagoge qui doit être la pars quinta, mais dont l'objet (De Homine) n'était pas celui de la cinquième partie, mais bien de la troisième. — Il faut donc supposer, ou bien des erreurs d'impression, erreurs difficilement explicables; ou bien que Daneau, après avoir suivi pour les deux premières parlies l'ordre qu'il avait lui-même indiqué, le modifia dans la suite, hisa.nt au De Ecclesia Voh']et de la troisième partie; du De salutaribus Dei donis, etc., l'objet de la quatrième; enfin, du De homine l'objet de la cinquième.
Lecatal. de laBibl. de Genève, p. \W, parle d'une éd. de 158-4 en 5 volumes. Ce doit être une erreur. En effet, l'ouvrage ne formait en tous cas pas 5 volumes avant l'adjonction de la quatrième partie qui ne parut qu'en 1585. La dédicace : Clarissiniis viris et singulari tum pietate, tumdoclrinaprœstantissimis S. Theoloqiœ, Jurisprudentice, medicinœ et reliquarum facultatum liberalium arliumin Incbjta et Celeberrima Heydelbergensi Academia Doctoribtis ac Professoribus eruditissimis est datée d'Ortliez, le 1" avril 1585. — La Bibl. Nul. possède, nous l'avons dil, les deux premières et la quatrième parties, cette dernière dans une édition de Genève {apud Haeredes Vignon.), 1591. Ce sont les n"' D - 767 et D^7G8. — Le British }Juseum, enfin, possède la cinquième partie dans une édition de 1588. — Il semble donc résulter de tout ce qui précède qu'en 158o, 1584, 1585, 1588 et 1591, ïlsagoge a été éditée ou rééditée soit en tout, soit en parties. Nous ferons une
dernière supposition. Peut-être les deux premières parties parurent-elles en 1583; les deux premières et la troisième en 1584; la quatrième en 1585 et en 1591 avec ou sans les précédentes; enfin la cinquième, également avec ou sans les précédentes, en 1588.
Nous avons déjà mentionné la préface de Th. de Bèze qui précède tout l'ouvrage. Elle est consacrée à l'éloge de l'auteur et du livre. Si Th. de Bèze l'a écrite, ce n'est pas que des ouvrages venant de Daiieau aient besoin d'une recommandation, mais c'est qu'il n'a pas voulu Jianc muliiœ noslrœ in verUatis doctrina consensionis perpetuœque in Christo conjunctionis testificandœ occasionem prœtermittere, quod poste fis etiam et testimonio et exemple esse ve Uni y etc.
Il eût été naturel de notre part de nous arrêter longuement sur le fond d'un ouvrage qui représente, en quelque sorte, toute la vie théologique de Dancau, et nous l'eussions cerlainemcnt fait, si nous ne devions trouver ci-après (n" QS) un résumé de ce môme ouvrage publié par notre auteur en 1594, et qu'il nous a été possible d'étudier à loisir (Voir note A à la fin de la II" partie).
LU. — Politicori(mAphorisiit.onim Silva, ex optimis quibusrjiie tum Grœcis, lum Latinis scriptorihus collecta, per Lamuertum Dan^um. Est vero Iwrnm Aphorismonini copiitio res ciim pose scitu dignissima, tiiiii vero Principibus ipsis et Rebuspublic. ac vironimijue consiliciriis {qui modo recte et prudenter Rempublic, administrure cupinnt) omnino necessaria. Antverpice, 1583, 8". Bibl. de Date; d'Orléans. ■ — 2^ éd. ApJiorisini Politici et militares ex diversis aucloribus rjrœcis et Latinis per Lambertum Dan^um collecti, nuperis annis ab Everardo Bronchorst exemplis illustrât i : qiiibus modo in hac nova ediiione accessere Sexcenta, fere alia, ex recentioribus historioçiraphis Germanis, Gallis, Hispanis, Italis, Anglis, Belgis excerpta, cum sytlabo Auctorum et locupletissimo rerum in aphorismis et exemplis indice. Lugduni Batavorum, ex offic. Jacobi Marci, 1589, 8°. Bibl. de Bâle.— S'éd. Lugd. Batav. ex offic. Piantiniana, apud Franc. Raplielengium, 1591 , in-16. Brit. Mus.; Bibl.de Leyde. — 4" éd. ex offic. Piantiniana Raphelengii, IG12, in-lC. Brit. Mus. ; P. F. Ces deux dernières éd. sont la reproduction de Va première. — 5'éd. Lugd. Batav. 1620, in-10. Brit. Mus. (rcprod. de la première). — Q'^ éd. Lugd. Batav., 1623,in-12.— 7^ éd. Lugd. Batav., ex offic. Jac. Marci, 1639,in-12,
P. F. — 8' éd. Ultrajecti, 1G52, in-1'2. Bibl. Protestantisme Franc.; Brit. Mus.; Bibl. de Lei/de. Ces trois dernières reproduisent la seconde éd. revue par Bronchorst.
Cette compilation est dédiée : AmpJissimis Flandriœ Nobilissimœ Bclgil Provinciœ membris, Dominis Gandavensis, Brugensis, Yprensis,Franconatensis Conuentas ordinibus. Celte dédicace est du 1^' mars 1583.
LUI. — L.UïBEmiDkyjEi Opuscida omnia Tlieologica, ab ipso anthère recognita, et in très classes divisa. — Quid autem in singulis classibus conlineatur, ea quœ Epistolam dedicatoriam sequitur pagina indicabit. Accesserunt operi Indices duo locupletissimi quorum prior rerum et verborum insignium : poster ior locorum S. Scripturœ ab Authore explanatorum Elenchiim continel. Gcnevse, E. Vignon, 1583. In-fol. Bibl. de Montauban, de Genève, de Zurich, etc. — 2' éd. sous ce titre : Lamberti Dan.'EI,^ >i Acndemia Lugduno-Batava SS. Theologiœ Professoris olim celeberrimi, Opuscula omiiia prout ab ipso authore recensita ac recognita fuerunt. Opus in très classes, etc. Gencvœ, Sumpt. Joan. Antonii et Samuelis de Tournes, 165-4. In-fol. Bibl. Nat. 759.
Ce précieux volume, qui ne comprend pas moins de 1625 pages, sans les pièces liminaires et les Indices, est dédié : Orthesianœ Acadeniiœ in ditione Sereniss. Begis Navarrœ. — Cette dédicace, dont nous avons indiqué ailleurs le sons et la portée, est datée de Blois, le 1" août 1583.
Les ouvrages de Daneau qui y sont contenus sont divisés en trois classes : ouvrages didactiques (n"* 6, 9 (en lalin), 10 (en latin), 12, 13, 18, 25 de notre liste) ; ouvrages exègétiques (n"' 4, 7, 15, 10, 20, 22, 42); ouvrages polémiques (n"* U, 16, 2-4, 27, 28, 31, 32, 33, 3-4, 35, 36, 37, 38, 40, 43, -45, 48, 49). Enfin, on trouve après les Indices la table des matières de l'Isagoge. Elle porte le titre suivant: Locorum S. Theologicc Communium synopsis seu Tabula Per LamdertUxM Dan.eum. Continel universa tractatio locorum communium quinque Jiœc capita prœdpua : {.De Deo; H. De Angelis ; III. De Homine ; IV. De Ecclesia ; V. De salutaribus Dei donis crga Ecclesiam. Il en a été question au n° 51. — Entre les pages 1048 et 1049, se trouve un tableau généalogique des hérésies : Arbor hcereseon, qui est fort cuiieux. Satan est le père de outes les hérésies ; de lui elles descendent, et vont aboutir aux
deux hérésies par excellence, le Papisme el le Mahomélisme.
Dans l'avis au lecteur, reproduit par nous au n° 54, il était question de la publication d'un second tome in-fol. Nous ne pensons pas qu'il ait jamais été publié.
LIV. — Confirmatio verœ et orthocloxœ dodrinœ quod Chrisius sit veriis Deus et Patri ôpoûTto? et œqucdis, contra Genehranlum. Genevœ, E. Vignon, 1583, 8". Bihl. de Zurich. —2^ éd. Ibid. 1585, 8. Bibl. Nat. 765.
LV. — Commentarius in Matthœum. Genevœ, 1583, 8". Nicéron, qui mentionne cette édition, nous paraît se tromper de date. D'après nous, il faudrait lire 1585. Ce qu'il y a de certain (voy. lettre 55), c'est que le 10 mai 1585, Daneau écrivait d'Orthcz à Antoine Bacon, fils du chancelier d'Angleterre : Je vous en envoie encore un aullre [livre] et d'aultre façon... Ce sont les Commentaires sur S. Mathieu, etc. On ne voit pas trop pourquoi si ces commentaires avaient été imprimés dès 1583, Daneau ne les aurait envoyés qu'alors. — '2" éd. Quœstionum in Evangelium Domini nostri Jesu Christi secnndum Matthœum, lib. I, Orthesii, Lud. Rabirius, 1588, in-18. — Cette 2" éd., — si toutefois ce n'est pas un nouvel ouvrage au lieu d'être une reproduction du commentaire, — est la première imprimée à Orthez. En effet la délibération des États de Béarn au sujet de l'ouvrage sur S. Matthieu est de 1588. — 3' éd. In Evangelium secundum Matthœum Commentarii brevissimi, Genevœ, 1593, 8". Bibl, Bodléienne. — [Voy. note G à la fin de la Bibliographie.]
On trouve dans le Bulletin de la Société de VHistoire du Protestantisme françnis les indications suivantes sur cet écrit: « C'est un petit volume in-18, écrit à la lin de 1587, et imprimé l'année suivante à Orthez, chez Louis Rabier, l'imprimeur du roi... Une épitre dédicatoire fort étendue, adressée aux divers ordres du pays, ouvre le volume*. Daneau y présente son Commentaire, tout à la fois comme un hommage aux États, et. comme un spécimen de la docrine enseignée à TAcadémie. Puis il traite au long la question des origines et de l'indépendance de la souveraineté de Béarn, Suit le commentaire en forme de questions. Il est écrit dans un style très
1. Si nous nous trouvons en fare d'un seul et même ouvrage, il est évident que la dédicace seule est de 1587. Tout au plus poiirrait-on supposer une refontr de l'ouvrnge primitif.
correct, révèle une grande érudition etabonde en cilalions empruntées aux Pères, aux théologiens du moyen âge et aux auteurs contemporains des réformateurs. Parmi les questions traitées dans le livre, il en est qui accusent l'éducation encore par trop scolastique des écrivains de cette époque, tous issus du catholicisme'. L'auteur se propose moins d'exposer l'enseignement évangélique d'une manière directe et complète que de concilier des passages en apparence opposés. Cette forme ne lui permettait guère de développer systématiquement ses doctrines. Toutefois il est évident qu'il est irréprochablement orthodoxe, et môme calviniste rigide. Au reste Daneau ne pouvait professer d'autres doctrines dans ce temps et dans ce pays. Ceci me fournit l'occasion de faire remarquer qu'il ne put y avoir de développement théologique dans l'Académie d'Orthez. Elle fut trop agitée par les troubles qui désolèrent le Béarn, et elle dura trop peu. » (Lourde-Rocheblave. Didletin, III, 287.)
Il fut question, comme on l'a vu ailleurs, de traduire cet ouvrage en béarnais. 11 est probable que cette traduction ne fut jamais faite, ou tout au moins jamais imprimée.
LVI. — Commenlarius in Joannis Eviwgelium. Genevœ, 1585, 8Mffl^c/i,t. IV, p.640.
LVII. — Assertio, quodhumaua Chrlsli natura neqneinunione personali, neqiie per unionem personalem ciim Deilate lôyov sit et evaserit Deus, contra postremum Jac. Smidelhii scriptum de adoràtione carnis Christi. Gencvœ, E. Yignon, 1585, 8". Bibl. Nat. 764. Bibl. Bodlèienne.
Cet ouvrage de 04 pp. 8" se termine par ces mots : Vale. Ex Pyrensis Montibus,quo sew admodiim ad me tuum scriptum pervenit, simt enim vicini Hispaniœ. Orthesiiex Academia a Clementissimo Henrico secundo Navarrcnornm Rege recens erecta. Cal. Sept. Anno temporis ultlml CIOIOLXXXIIII. — C'est une réponse à l'ouvrage de Smidelin indiqué au n^iO, et qui avait paru en 1583. C'est aussi le dernier des écrits polémiques de Daneau contre la doctrine ou les docteurs luthériens. Il avait été dix-huit ans sur la brèche (Cf. n»14).
LYIII. — In très Divi Joannis Evangelistce et unicam Judce épistolam brevis commenlarius, in quo tum summa doctrinœChris-
1. M. Lourde-Rocheblavc cite, en note, l'exemple suivant -.Quœst. VII. Cur Maria fiUiun, id est mareiu, nonaulem filiain, id estfœminam, Cliristum parit.
tiance :tumetiam Methodus harum epistolarum perspicue et accurate tradita est per Lambertum Dan^um. Genevee, E. Vignon, 1585,8°. Bibl. Bodléienne.
LIX. — Si/mholi ApostoHci explicatîo, Quatuor Thesihus, earumque expositione, partim ex verbo Del, partim ex Patrihus Orthodoxis et contrariarum objectiomim refutatione. Genevœ, E. Vignon, 1587, 8°. Walch, 1. 1, p. 303 et 308. — 2' éd. emendatior eut accesserimt Orthodoxorum Patrum ac Coticiliorum quorumdam Symbola, et in eadem notœ. Genevœ,ap. Hcéredes E. Yignon, 1592, S\Bibl.Nat.7m.
Dans sa préface : Omnibus Christianum nomen profltentibus, Daneaii dit qu'il a cru bien faire, au milieu des discussions infinies du temps entre catholiques et protestants et entre protestants, en publiant une étude sur le symbole des Apôtres. Elle montrera la vraie foi de l'Église ancienne, et pourra servir de point de ralliement à tous les chrétiens. C'est un présent qu'il a voulu faire tous les fidèles. Aussi sa préface se termine-t-elle par ces mots : Valete fratres,virique milti charissimi omnes qui Christianum nomen profUemini. Anno Domini 1587, qui Xeniorum dies est.
Voici les 4 thèses : 1. Nihil contineri in hoc Si/mbolo, qaod verlssimum non slt^ quodque vel exverbis ipsis,vel ex mente S. Scripturœ probari non jwssit; II. Nihil esse in hoc Symbola quod sibi contradicat, sed neque in loto verbo scripto, quod huic doctrinœ repugnet;\l[.Nihil de eodem argumento diciin S. Scripturaquod non facile et intelligcnter ad hoc symbolum revocetur : et nihil quaeri de eodem argumento posse, quod ex hoc Symbolo explicari et ad quod responderi non possit, si modo bene et sane intelligatiir; IV. Nihil denique ex prophana Plcilosopihia objici posse, quod non solide ex hujus doctrinœ principio et fundamento refutetur.
LX. — Deux Traitez. Uun de la Messe et de sesparties. Vautre de la Transsubstantiation du pain et vin de la Messe. — A Messieurs de La Rochelle, Par Lambert Daneau. A La Rochelle, 1589, 8°. Bihl. Mazarine, 26208; Bibl. Prot. Franc.; P.F.
Ces deux traités sont dédiés à Messieurs les Maire et capitaine, conseillers, Eschevins, Pairs, Bourgeois, manans et habitans de la ville de La Bochelle. Cette dédicace, presque entièrement consacrée à exalter les mérites de la ville et de ses habitants, est datée « d'Ortès, ce 20 jour d'Aoust 1589 ».
Le premier traité comprend trois livres : le premier traite des choses accidentales de la Messe « qui sont principalement six », soit les vêlements, la voix et le langage de celui qui la dit; le lieu et le temps où elle se dit; le nombre de ceux qui y assistent; le nombre qu'un prêtre en peut dire. — Le second livre est consacré aux choses essentielles de la Messe : l'introït, l'offertoire (obkition, consécration, communion) et l'action de grâces. — Le troisième livre est consacré à trois questions nécessaires touchant la Messe, soit : que c'est que la Messe? pour quelle raison la Messe est estimée nécessaire en l'Église? enfin, quelle différence il y a entre la S.Gène de Jésus Christ et la Messe Papale ou Romaine?
Quant au second traité, il se divise en sept chapitres : I. Que c'est que la Transsubstantiation, et pourquoi elle a été ainsi nommée; II. Sa première origine et ses progrès; IIL Comment elle est manifestement réfutée par la parole de Dieu; IV. Item, par les écrits des saints Pères; Y. Qu'elle est pareillement impugnée par les livres et dits exprès des scholastiques; VI. Qu'elle ne peut estre soustenue ne prouvée par les canons qui sont au décret, ne par leurs glosses : ains plutost est renversée; VII. Qu'elle est aussi abolie et anéantie par les Philosophes et par toute raison naturelle et bien concluante. — Que si quelqu'un, ajoute Daneau, ne se contente de toutes ces raisons et réfutations, certainement il est bien difficile à contenter, ou plustost desraisonnable.
Au reste cet ouvrage, où Daneau se montre, comme toujours, fort érudit, ne nous a pas paru différer essentiellement des nombreux ouvrages du même genre qu'a produits le xvf siècle.
LXl, — Yeti(stissima)'umprimimundiantiquitatiu)isectiones,seu lib. IIIl, tumexsacris,tu}nnliisauto7'ibus.PerL\MBERTmiDMSJEVU. Ad viriim cienerosumAvnoJdum VertidUum\\)omm\\\T\ Romefortii, Fullatii, Sanlobesii, etc.] Fallatium. — Accessit operl Index locuplelissimus. Orthesii, Excud. L. Rabirius, Régis Typographus, 1590, (S». Bibl. de M. Herluison, d'Orléans. — 2" éd. [Genevse] Joan. le Preux, 1596, 8". Bibl. de Baie, de Leyde, Brit, Mus., P.F.
La dédicace à Arnold de Vertueil est du 1*" oct. 1590. Elle ne présente rien de saillant. Rappelons seulement qu'il était le parrain de Josias Daneau.
Voici le plan de l'ouvrage lui-même. Pour Daneau, ces premiers
ÛL^es du monde se divisent en A périodes : I. De la créa.iion{ab exordio) à la chute ; IL De la chute inclus, jusqu'à la profanation publique du nom de Dieu (Gen. VI, i ss.); III. De cette profanation jusqu'au déluge; IV. Le déluge. D'où quatre parties ou livres. Chaque partie est l'objet de 4 chapitres : I. Les faits {hislorica) ; IL Les questions soulevées à propos des faits {disputata et arjitata); IIL Les vestiges des faits dans les auteurs profanes; IV. Enfin, ce qu'était l'état ecclésiastique et l'état politique dans chaque période.
LXIl . — Qiiœstionum et scholiorum in Evangelium Domini nostri Jesu Chris ti secmulum Marcum. Liber unus. Autore Lamberto DantEO. Cum Indice locnpleiissimo. [Genevœ] Joan. le Preux, 1594, 8". Bihl. de Genève, Bodiéienne, P. F.
Ce n'est pas plus que le n" 59 un commentaire. Ce sont des questions que pose et résout Daneau à l'occasion de certains faits racontés par saint Marc. Ces questions sont au nombre de 75. Eu voici quelques-unes prises au hasard. ()?ws^. b : Car spirilus impunis Christu m pnrd ico ns jtibetur obmutescere. Marc I, 24, 25. — Quœst. 11 : Quomodo Chrishif; dicat Sabbalhum esse factiim propter homnem. M'vc H, 27. — Q. 19 : Quomodo CJirislus dicatur dormivisseesuruisse, defatigatus fuisse, etc. , IV, 38 ; XI, 12. — Ç. 29 : Quomodo, Apostoli in prima Cœna ederepoluerinl corpus et sancjninem bibere. XIV, 22, etc., etc.
En somme cet ouvrage est tout à l'ait de même nature que le n" 59, et nous ne pouvons que renvoyer le lecteur au jugement porté sur ce dernier.
LXIII. — Compendimn sacrœ Théologien seu erolemala Théologien, in cjuibus totius verœ Théologien' Chrisliancr su mma breviter coynprehensa est. Per Lambertum Dan.eum. AdEcclesiam Evangelicam Monspeliensem. — Monspelii, Joan. Giletus, 1595, A". Bibl. de Montauban.
Ce Compendium est dédié, comme le titre l'indique, à l'Eglise de Montpellier. A la suite de la dédicace (du 1" juin 1.")95), toul entière à l'éloge de l'Église et de la ville de Montpellier, se trouve l'avis au lecteur suivant : Ad Lectorem. Anlestatur, precaturque Lamberlus Danceus author hujus Libelli, ne quis in hune commentarios scribat. Quod si quid hic obscurius aut brevius dictum appcirebit, illud suppléât ex ejusdem Danaei Isagoge Christiana ab Eustathio Vignonio jmn œdita, pro ratione loci et argumenti, in
quo hœrehit. Quemadmodum enim illa huic Libello supplemen. tum affcret : sic Libellus iste Isagorjœ methodum ac lucem, facemque prœferet. Bene vale, pie Lcclor.
Nous nous trouvons donc en présence d'un résumé de VJsagoge, et à ce ùtvele, Compcudiiim donne la pensée théologique de Daneau sous une forme abrégée. Cet ouvrage présente donc pour nous un inlérêt tout spécial, et mérite une étude quelque peu détaillée. Cet intérêt est encore augmenté par le fait suivant dont nous devons la connaissance à M. le professeur Nicolas. On lit dans le procès-verbal du synode du Bas Languedoc tenu à Montpellier en 1590 *, que Jean Gigord annonce à cette assemblée « que, à la sollicitation de l'Eglise et du colloque de Montpellier, il a commencé à lire en théologie en exposant le Compendium Tlicologicum de M. Daneau ». Il ne sera donc pas exagéré de dire que le Compendium ne donne pas seulement un résumé de la pensée théologique de Daneau, mais encore, en quelque sorte, un résumé de l'enseignement théologique réformé à la lin du xvf siècle.
L'ouvrage se compose, outre la dédicace et l'avis au lecteur, de Prolégomènes, qui résument tout l'ouvrage et en donnent la table des matières méthodique, et de six livres dont voici les titres, déjà connus du lecteur, puisque, à la réserve du dernier, ils sont les mêmes que ceux des diffi-rentes parties de VIsagoge : I. De Deo;U. De Angelis; ïll. De Homine; IV. De Ecclesia; Y. De salutarihus Del donis erga Ecclesiam; YI. De vero veri Dei cultu. En tout, 62 chapitres. On lit à la fin : Laus Deo. Absolvi Casserone Ann. Domini CÏOIO XCIIÏI, die XI. Mensis Novemhris.
En parlant (n" -4) de la méthode de Daneau pour étudier la Bible, nous avons eu l'occasion de donner aussi sa définition de la théologie. Pour lui c'est la simples divinœ Scriptnrœ tmctatio. Aussi sa théologie est-elle essentiellement, disons mieux, strictement biblique. Tout y part de la Bible; tout doit y aboutir. C'est Là ce qui fait sa force, et c'est là aussi ce qui en rend l'étude si profitable encore. En un sens on peut dire que la théologie du xvi" siècle n'a pas plus vieilli que la Bible d'où elle émane. Sans doute certaines interprétations ont pu se modifier ou s'atténuer
1. Recueillies Synodes du Bas Languedoc, msc. appartenant au consistoire de l'Église réformée de Nîmes.
dans le cours des âges; mais le fond a conservé, du moins aux yeux de ceux qui croient à l'inspiration de la Bible, la même vérité. Ce qui était excessif est tombé; ce qui était réellement biblique est resté debout, et il n'y a pas de proportion entre ce qui est resté debout et ce qui est tombé. Telle a été, du moins, notre impression après avoir étudié le Compendlum.
Si la théologie en tant que science est la -S. Scripturœ tractaiio, en soi, elle est la connaissance du vrai Dieu, telle que l'Ecriture nous le révèle. Elle n'a donc d'autre fondement que la Parole de Dieu. Son but est double : d'un côté la gloire de Dieu; de l'autre, notre salut. Son objet étant la connaissance de Dieu, elle prime toutes les autres sciences; mais d'autre part elle restera toujours en devenir. Dieu seul pouvant se connaître lui-même.
De la connaismnce de Dieu. — On peut connaître Dieu d'après ce qu'il dit de lui-même; par son action sur lui-même; par ses œuvres extérieures, c'est-à-dire comme Créateur et comme Rédempteur. Il est cette essence (oysîa) toute-puissante, éternelle, invisible, heureuse, seule sage, à laquelle honneur et gloire doivent être rendus aux siècles des siècles. Il est Celui de qui, par qui et pour qui sont toutes choses. Il ne nous est connu que par ses attributs, c'est-à-dire par ce que l'Écriture lui attribue, soit d'une manière propre, soit d'une manière typique. Ainsi l'Écriture nous dit qu'il est bon, juste, éternel, etc.; ou encore qu'il est un lion, un feu consumant, etc. — De ses attributs, certains sont essentiels; certains sont accidentels. Ainsi Dieu n'est dit Créateur que depuis qu'il a créé. Il est Créateur ad intra et ad extra. Ad intra, son activité se résume dans ces trois mots : gignere, gigui, "procedere. Car si l'essence de Dieu est une, il y a cependant trois personnes dans la divinité. Ces trois personnes sont ôpowotoi et non pas seulement ô|^otoouawt. On les distingue par leurs relations entre elles, qui sont de telle nature qu'elles ne peuvent se transmettre de l'une à l'autre. Le Père engendre; le Fils est engendré; le Saint-Esprit procède des deux comme d'un principe unique. On les distingue aussi par leurs noms; enfin par la diversité de leur action extérieure. Ainsi, dans la Rédemption, par exemple, le Père envoie le Fils; celui-ci est envoyé et s'incarne; le Saint-Esprit est donné et illumine. — De même dans la Création : le Père est Créateur; le Fils Sauveur ou Rédempteur; le Saint-Esprit opérateur
ou sanctificateur. Chacun a donc, dans cette activité commune, sa fonction distincte. La Uicologie doit donc aussi étudier Dieu dans ces trois personnes, dans ces activités diverses, c'est-à-dire comme Père, comme Fils et comme Saint-Esprit.
Le Père est Créateur; non pas privative, mais x«t' i^ox^rj- Le décret et la cause remontent à lui seul. L'Écriture nous apprend ce qu'il a créé (les choses visibles et les invisibles); comment il a créé (ex nihilo); dans quel but il a créé (pour sa gloire et sa louange).
Le Père n'est pas seulement Créateur; il est aussi Providence. Voici ce qu'il faut entendre par là. Ac certe, dit Daneau, Dei providentia est liberrima Dei actio per quam non modo universel, sed etiam singula justissime ah œterno ordinavit, eaque in singulis eoruni actionihus potentissim.e ciet et sapientissime régit ac moderatur. — Dieu n'a donc pas seulement déterminé la fm de toutes choses. Il a aussi déterminé les moyens par lesquels celte fin serait atteinte. Il a donc voulu et veut de toute éternité les actions des anges bons ou mauvais, des hommes bons ou mauvais. — Dieu serait-il donc l'auteur du mal? Nullement, répond Daneau; le prétendre serait un blasphème. Voici la solution de cette difficulté : en somme, le mal réside dans la volonté, dans l'intention, dans le but poursuivi. Or Dieu poursuit toujours un but parfaitement saint et juste. D'autre part l'homme a sa volonté à lui; il n'est ni passif, ni brute. Justement à cause de cela, la volonté mauvaise qu'il a, il l'a de lui-môme, et ce n'est pas Dieu qui l'a mise en lui. Dieu se sert de cette volonté pour réaliser son but saint et juste. Il n'est donc pas plus auteur du mal qu'un juge se servant du ministère du bourreau n'est auteur d'un crime.
Daneau ne pouvait pas ne pas prévoir l'objection tirée de la volonté humaine. Aussi y répond-il en faisant une distinction entre la nécessité et ce qu'il appefie la coaction (contrainte). En effet, si tout ce qui arrive, arrive nécessairement, les agents agissent cependant sans y èli'e contraints et de leur plein gré. Exemple : il est de toute nécessité que les hommes mangent, boivent et dorment pour vivre. Mais tout cela ils le font sans y être contraints, de leur plein gré, parce qu'ils le veulent bien.
Nous avons déjà vu, en parlant de la morale de Daneau, cette distinction entre la nécessité et la coaction. L'importance que
notre tliéologien y attachait nous a amené à nous y arrêter encore, mais nous renvoyons le lecteur, pour de plus amples détails, à ce qui en a été dit alors.
Dieu est tout-puissant. Il a la volonté qui décrète; la science qui dirige; la puissance qui réalise. Cette puissance appartient aux trois personnes de la Trinité; mais il est dit tout-puissant xv.r'i^o-jchv.
— Il ne peut faire ce qui implique contradiction en soi, ou avec sa nature, ou avec sa volonté exprimée. — Cette puissance est infinie; mais Dieu n'en réalise que ce qui est actuellement conforme à son but. Il n'a donc pas pu créer mieux qu'il n'a créé, puisque pour son but, il fallait que les choses créées fussent ce qu'elles sont.
La Rédemption nous fait encore mieux connaître Dieu que la Création, car en elle Dieu se manifeste comme Fils et comme Saint-Esprit. — Toutes les personnes de la Trinité participent à la Rédemption, et c'est seulement x«t'èÇoxv)v qne le Fils est dit Rédempteur.
Le Rédempteur devait être Dieu et homme. Dieu, pour être plus fort que Satan; pour pouvoir donner des dons pareils ou plus grands que les dons perdus; pour n'avoir pas lui-même besoin d'un Sauveur. Homme, parce que l'effacement du péché et l'accomplissement de toute justice (réconciliation et justification) devaient être accomplis dans notre nature humaine qui avait offensé Dieu. Il a donc été Dieu et homme tout à la fois. — Il a eu la nature humaine tout entière, telle qu'elle est depuis le péché, mais avec le péché en moins. Il a été purifié de la souillure originelle.
— Dans cette union, les deux natures restent entières. Christ est vrai Dieu et vrai homme tout à la fois et indissolublement. Il n'est pas une sorte de milieu entre les deux. C'est là le mystère de la piété.
Dieu le S. -Esprit procède également du Père et du Fils. Il est la vertu intrinsèque et extrinsèque qui agit en eux. 11 est saint, car tout ce qu'il fait est saint. Il est appelé Sanctificateur xaTÉ'Çoji^yiv, et fait partie de l'unité divine au même titre que le Père et le Fils.
— Mais tout en n'agissant pas isolément, il a son ivioyutx spéciale. Dans l'économie de la Rédemption cette énergie est la sanctification des élus. Il crée en eux la foi, les pénètre de la force et des dons de Christ et les incorpore à lui. Lorsque par le S. -Esprit les
élus ont revêtu Christ, tout ce qui est nécessaire au salut leur est accordé; par lui, enfin, ils sont régénérés, tant en ce qui concerne la mortification de la chair que la vivificalion de l'esprit. — Et Daneau résume tout ce premier livre en disant : Ex superioribiis autem omnibus apparet, redemptionis nostrae decretum, seu causam efficientem esse pênes palrem; materiam pênes filiiun, seu Christum; efficacitatem et applicationem pênes Spiritum Sanctum.
Nous passons sans nous y arrêter par-dessus le II' livre (De Angelis) qui n'est qu'une sorte de recueil méthodique des différents passages de l'Écriture sur ce point, pour arriver au IIP livre : De Homine. Faisons remarquer cependant que soit le 11% soit le IIP livre sont consacrés à l'étude de la Création, et que c'est parce que les anges sont supérieurs aux hommes qu'ils ont été l'objet du W livre, tandis que les hommes ne venaient qu'après.
La théologie s'occupe de l'homme en tant qu'image de Dieu. Cette image, c'est son âme, une image corporelle ne pouvant représenter le Dieu esprit.
Celte âme est un esprit créé par Dieu, vivifiant tout le corps avec lequel elle est unie pour former une seule personne, mais ayant son existence propre et indépendante. Elle est créée de rien, en chaque homme, dès la conception. Elle est immortelle par un don de Dieu, et c'est ce qui la dislingue de l'âme des bêtes. Elle l'est parce que rien de mortel ne pourrait être l'image de Dieu, et parce que sa nourriture (la parole de Dieu) est immortelle. Elle est une, simple, muable et douée de différentes facultés, qu'on peut ranger sous deux chefs principaux : les irrationnelles {oiloyot), les rationnelles {loyimi). Celles-ci sont l'intelligence et la volonté. Daneau insiste longuement sur les unes et les autres, sur leur siège respectif, leur mode d'action, leurs subdivisions, etc. Nous ne le suivrons pas dans ces détails, mais nous aborderons directement l'étude de ce qu'il appelle, suivant les termes alors en usage, la nature instituée, destituée et restituée, de l'homme.
La nature instituée, on le comprend, est la nature primitive, avant la chute. Cette nature primitive, normale, était bonne, tant au point de vue physique, qu'au point de vue de l'intelligence et de la volonté. L'homme ne songeait pas au mal. L'ordre régnait en lui. 11 avait son libre arbitre, et bien que pouvant pécher, toute sa volonté et tout son désir le portaient à ne pas le faire. Il était
volontairement fidèle à sa vocation, et vraiment roi de la création. La chute est venue modifier cet état primitif. Mais il faut distinguer entre ces différents dons, ces différentes qualités, et l'essence même de notre âme. G'e^t cette essence qui est en nous l'image de Dieu. Or, si le péché nous a privés de ces dons et de ces qualités, il a pourtant laissé en nous l'image de Dieu, c'est-à-dire ce qui constitue l'essence même de notre âme. Il est vrai que cette image est obscurcie, corrompue. Mais elle n'a point perdu ses qualités essentielles, telles que l'immortalité, l'indissolubilité, etc. En effet, si nous n'avions plus l'image de Dieu en nous, ou, s'il est permis de s'exprimer ainsi, notre âme en soi, nous n'aurions plus ni intelligence, ni volonté, ni personnalité.
Le péché d'Adam fut une rébellion, un manque de confiance, une perfidie et une ingratitude. La peine a été grave : la mort, et toutes les préparations à cette mort (infirmités, etc.). A l'ancien état, en a succédé un autre tout différent. Il y avait lumière dans l'intelligence, ordre dans la volonté ; il y a maintenant ténèbres dans l'intelligence, et un tel désordre dans la volonté, que celle-ci elle-même est devenue mauvaise, de sorte que nous ne pouvons que pécher.
Adam n'a pas été seul atteint par cette chute. Dès la conception chaque homme est frappé de la lèpre du péché. Seul Jésus-Christ, à cause de sa naissance surnaturelle, a été à l'abri de cette souillure originelle. Dieu a voulu que la racine (Adam) entraînât ainsi tout le reste. La transmission a lieu par la génération; et si les âmes, en tant que créées directement par Dieu pour chaque homme, sont pures en elles-mêmes, en tant qu'humaines, elles deviennent viciées. — Du reste le péché n'est pas moins naturel qu'héréditaire.
Celte nature destituée peut être et est en effet restituée par Christ. Celui-ci ne se borne pas à nous rendre les dons perdus, il nous en donne de meilleurs. Ce n'est pas une nouvelle essence, et comme une nouvelle âme; c'est un renouvellement. Mais si ce renouvellement commence sur la terre, il ne sera accompli qu'aux cieux. Là l'image pleine et vraie de Dieu sera recréée dans les élus.
Dans les élus, disons-nous. En effet, si tous ont participé à la destitution, tous ne participent pas à la restitution. — Cette resti-
tution ne rendra pas aux hommes le libre arbitre qu'ils ont perdu, car ce libre arbitre leur permettait de choisir le bien et le mal. Les régénérés, au contraire, ne peuvent pas choisir le mal. Le libre arbitre est un degré inférieur; les régénérés, comme Dieu luimême elles anges, n'auront que la volonté du bien. La régénération est la délivrance du péché, et l'accomplissemcut du bien ipso facto. Il est vrai que sur la terre cette régénération ne fait que commencer. Mais tandis que les irrégénérés sont complètement esclaves du péché, les régénérés, au contraire, sont proo-ressivement affranchis de son joug. — Est-ce à dire que les irrénénérés soient sans excuse, ou qu'il faille ne point leur prêcher la Parole? Nullement. Ils ont perdu la bonne volonté, mais non la volonté, de sorte que le mal qu'ils font, ils ont bien la volonté de le faire. Et quant à leur prêcher la Parole, on le doit. Car de ce qu'ils ne peuvent pas accomplir leurs devoirs, il n'en résulte pas qu'ils ne doivent pas les conniiître.
Telle est la nature de l'homme régénéré. Daneau va maintenanl rechercher quelle doit être sa vie, intérieure et extérieure; (juellc doit être sa mort. La recherche de ce que doit être sa vie ramène à formuler les trois règles suivantes : Il faut faire ce que la loi de Dieu ordonne : ce sont là les choses vraiment honnêles. — Il faut fuir ce qu'elle défend : ce sont là les choses vraiment honteuses. — Il faut dans ce qui n'est ni ordonné, ni défendu, se laisser guider par un vrai amour pour l'Église et pour l'édification du prochain. — A propos de la mort du lidèle, il s'occupe de l'Extrême-Onctlon, du purgatoire, etc. Enfin le reste du 111' livre est consacré à l'étude des devoirs du régénéré dans les diverses situations où il peut se trouver dans le monde. Sans enirer dans le détail, nous dirons que Daneau permet les seconds mariages, et admet le divorce dans deux cas : l'adultère et la haine du vrai Dieu et de la vraie piété. — En outre, ayant à parler des devoirs des magistrats, il trouve que ces devoirs ne concernent pas moins les affaires religieuses que les affaires civiles. Seulement, si le magistrat ordonne et sanctionne ce que la Parole de Dieu commande, ce n'est pas à lui à le définir. Ceci regarde les pasteurs. Au reste, il doit établir, si elle n'existe pas; maintenir, si elle existe; rétablir, si elle tombe ou est tombée, la vraie foi et la vraie Église, et combattre l'idolâtrie et les hérésies. — Enfin, en parlant des sujets
et de leurs devoirs, il en vient à traiter la question des guerres civiles. Il ne pense pas que les citoyens aient le droit de porter les armes contre leur souverain. Mais ils ont le droit de résister à la tyrannie par tous les moyens légaux. Si ces moyens légaux sont impuissants; si les états, par exemple^ ne sont pas écoutés ou bien deviennent complices delà tyrannie, alors la situation change, et le citoyen acquiert le droit de résister. Les vrais rebelles, les vrais séditieux, les vrais parricides de la patrie, ce sont les défenseurs de la tyrannie.
Avec le IlMivre finit l'étude de ce que la Création nous révèle sur Dieu. Nous avons maintenant à étudier les œuvres de la Rédemption, c'est-à-dire ce que nous révèlent de Dieu les moyens qu'il a employés pour nous sauver. Le IV' livre traitera donc de l'Église, et le Y* des dons salutaires accordés aux fidèles. En effet, dans l'œuvre de la Rédemption, il faut considérer d'un côté les personnes rachetées, ou l'Église et ses membres; de l'autre les dons qui lui ou leur sont accordés.
En ce qui concerne l'Église, quatre questions principales se posent : ce qu'est l'Église en soi ; ce que sont ses membres; quelle doit être sa doctrine; quelle est son autorité. Exaininoiis-les aussi brièvement que possible.
L'Église est l'assemblée des élus, c'est-à-dire de ceux qui connaissent Dieu et lui rendent un culte conforme à sa volonté révélée. Telle est la vraie Église. Plus on s'en rappi'oche, plus on se rapproche de l'état idéal. Mais on peut en être éloigné sans être pour cela hors de l'Église. C'est le cas des Grecs, des Papistes, et en général de tous ceux qui n'ont pas tout à fait rejeté l'Évangile. — Cette Église reste imparfaite sur la terre au double point de vue de la connaissance du vrai Dieu et de la sainteté des mœurs. Mais si elle est militante sur la terre, elle sera triomphante au ciel. — Enfin elle est visible ou invisible. — Quelle est la marque de la vraie Egliso visible? La prédication et la profession de la doctrine du seul vrai Dieu, telle qu'elle ressort de sa parole. La pure administration des sacrements et l'usage de la discipline ecclésiastique ne sont que des corollaires de cette marque principale. A l'Église qui a celte marque, les fidèles doivent se rattacher, malgré ses inévitables impeifections.
L'Église se compose du chef et des membres. Le chef c'est Chri«:.
Il n'a pas sur la terre de remplaçant. — Parmi les membres les uns sont le troupeau, les autres sont préposés au troupeau. Il faut, en effet, qu'il y ait des hommes chargés du ministère de la parole ; de l'administration des sacrements; de l'application de la discipline; du ministère de la charité. En d'autres termes, il y a des pasteurs et des docteurs, des anciens et des diacres. Daneau indique quels sont leurs devoirs respectifs ; s'occupe de leur élection et de leur déposition (qui ont lieu, remarque-t-il très justement, pour des motifs inverses), et à ce propos traite la question de la vocation ordinaire ou extraordinaire.
La doctrine de l'Église est celle qui est contenue dans la parole do Dieu. Même les irrégénérés peuvent reconnaître la vraie doctrine de la fausse. La vraie a pour but la gloire de Dieu, et cherche à nous amener à lui. La fausse cherche la gloire et Is triomphe de la créature. A cette preuve se joint pour les régénérés le témoignage du Saint-Esprit. Seul ce témoignage peut donner la foi. — Cette doctrine est renfermée dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, livres inspirés, car leurs auteurs aDeo dam scriberent, verba seu voces ipsas et rem mutuati sunt. En écrivant, leurs auteurs ont toujours eu la gloire de Dieu pour but, et c'est pour cela que même sans le consentement des hommes, même sans la détermination de l'Église, leur autorité n'en serait pas moins fondée et ne s'imposerait pas moins.
Quant à l'autorité, ou au pouvoir de l'Église, il est double. Elle a le pouvoir de lier et de délier; elle a le pouvoir d'ordre. Le premier n'est pas donné à un seul homme, mais aux corps ecclésiastiques. Il s'exerce sur tous les membres de l'Eglise indifféremment, les rois mêmes, en tant que membres de l'Eglise, devant être soumis à ces corps ecclésiastiques. En matière de salut et de conscience, il n'y a aucune différence entre les hommes. Ce pouvoir s'exerce soit en public, soit en particulier, suivant le genre et la gravité de la faute. Il peut y avoir suspension de la cène ou simplement admonition. La plus forte des censures publiques est l'excommunication qui sépare celui qui en est l'objet du corps de l'Église, mais ne doit pas cependant le priver de l'audition de la parole. — Le pouvoii' d'ordre est celui par lequel les consistoires rejettent les hérétiques obstinés, et font observer l'ordre extérieur, la discij)line. Cette discipline émane des synodes, et ses articles sont toujours révisa-
blés, car les synodes sont composés d'hommes faillibles. — Les décrets ou canons d'un synode ont force de loi dès qu'ils ont été acceptés par le magistrat. Leur violation peut alors entraîner une peine politique (civile), à condition, toutefois, qu'une censure ecclésiastique ait précédé. — Un synode est légitime si le magistrat étant fidèle ou tolérant il est réuni par son autorité et par son ordre. Mais si le magistrat est infidèle, l'Église peut réunir des synodes en dehors de lui. Ainsi firent les apôtres eux-mêmes (Act., XV).
Telle est l'Eglise; voyons maintenant quels sont les dons salutaires qui sont faits à elle ou à ses membres. C'est la seconde^partie de l'œuvre de la Rédemption.
Cette étude se divise en deux sections principales, suivantla double nature des dons faits à l'Église et à ses membres. En effet, certains de ces dons ont été temporaires; d'autres sont permanents. Tous sont de vrais charismes, puisque tous sont absolument gratuits.
Les dons temporaires sont par exemple les vocations extraordinaires, le don des miracles, etc. On a vu de notre temps, dit Daneau, de ces vocations extraordinaires : ainsi, celle de Jean Calvin. Mais le don des miracles n'est plus accordé par Dieu. — A propos de ce don des miracles, Daneau s'arrête assez longuement sur le miracle en soi. Il détermine les diflerences entre les vrais et les faux miracles, entre le miraculeux elle merveilleux. Le miracle vrai est une œuvre surpassant les forces et les facultés de la créature, et qui a lieu, le nom de Dieu invoqué, soit une fois, soit plusieurs, soit directement (par Dieu), soit par le ministère des fidèles, pour confirmer la vraie foi et la vraie doctrine céleste.
Des dons permanents, les uns sont temporels, les autres vraiment salutaires (donnant le salut). Les premiers (santé, fortune, bonne réputation, etc.) sont communs aux irrégénérés et aux régénérés. Même ceux-ci peuvent en être privés tandis que ceux-là les ont. Cette éventualité amène Daneau à parler des afOiclions et de la patience des fidèles. — Les dons salutaires se divisent en deux genres. Les uns sont goûtés sur la terre; les autres ne le seront que dans le ciel. — Les dons qui peuvent être goûtés sur la terre sont eux-mêmes de deux genres : les grâces, les sacrements ou signes visibles de grâces invisibles. Enfin parmi ces grâces, il en est de primaires, comme le décret éternel do Dieu; de secondaires, telles
que Christ médiateur, la prédestination, ou exécution du décret éternel, la vocation efficace, la foi justifiante, dont les deux principaux eflets sont notre justification et notre régénération ou sanctification.
A vrai dire, il n'y a qu'un don primaire, et ce don primaire est à lui seul la vraie cause de notre salut. C'est le décret éternel de Dieu. Si Dieu, dans son infinie miséricorde, n'avait pas jugé à propos de sauver quelques liomiiies, tous auraient péri, puisque tous ont péché. Mais Dieu sauve qui il veut sauver, rejette qui il veut rejeter. Ce n'est pas le mérite qui provoque ce choix ; il n'y a pas de méi ile. En effet, dira plus loin Daneau, ou nos œuvres sont vraiment de nous, et alors elles sont mauvaises; ou elles sont de nous régi'nîrés, et dans ce cas-là ce qu'elles ont de bon est dû à l'Esprit qui agit par nous. Le mérite, s'il y en avait un, ne serait donc pas notre mérite, mais celui de l'Esprit lui-rnème. — C'est donc la volonté de Dieu qui détermine le choix. Est-ce à dire que Dieu réprouve les réprouvés pour qu'il soient damnés? Nullement, Il n'en a pas pitié; c'est tout. Ils sont alors justement condamnés à cause de leurs péchés. Dieu ne les rend pas mauvais; mais il no les fait pas participer aux bienfaits de sa miséricorde. 11 est le vengeur, non l'auteur de leurs péchés. On ne peut même pas dire que Dieu en choisissant les uns rejette les autres. Peut-on dire de nous, par exemple, que nous rejetons ceux que nous ne choisissons pas? Quant à cette parole : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés... elle signifie, non pas que chaque homme sera sauvé, mais que des hommes de tout genre le seront.
Telle est la cause primaire du salut. On voit que Daneau n'hésite pas devant le double décret d'élection et de réprobation. Mais il explique cette réprobation de la seule manière dont il pouvait l'expliquer. Tous sont perdus; mais de toute éternité Dieu a voulu, dans sa miséricorde, en sauver quelques-uns. Il lésa choisis ; c'était son droit. Mais il en lésulte que ceux qu'il n'a pas choisis se trouvent ipso fado sous le coup de la condamnai ion. 11 ne les a donc pas réprouvés. Il les a laissés dans leur réprobéition acquise.
La prédestination, ou exécutton du décret, est le juste cl éternel conseil de Dieu, par lequel tous les moyens nécessaires | oiir l'accomplissement du décret d'élection ou de l'éprobalion sonl dis-
posés avant même que ceux qui eu doivent être l'objet existent. Les uns sont communs aux élus et aux. réprouvés (création de l'homme doué du libre arbitre, chute, transmission du péché et par conséquent de la peine) ; les autres sont propres aux élus (vocation efficace, foi justifiante, etc.) ; les autres enfin sont propres aux réprouvés (la masse infinie des péchés actuels, l'obstination et l'endurcissement, aucune vocation efficace; d'où infidélité volontaire, c'est-à-dire malgré la prédication, absence de relèvement, vie honteuse ou mépris du vrai Dieu ; d'où juste condamnation). Nous ne. suivrons pas Daneaudans l'exposition détaillée qu'il fait des moyens propres aux élus, c'est-à-dire de la vocation efficace de la foi jusiifiante en Christ et des bienfaits qui en découlent. Ce sont les seuls qu'il étudie, comme en effet ce sont les seuls qui soient à considérer dans l'œuvre de la Rédemption. Nous passerons donc directement à ce qu'il dit des sacrements.
Il y a quatre conditions pour qu'un sacrement soit vrai ou théologique : 1° le signe doit être différent de la chose signifiée; 2° le sacrement doit avoir été institué par Dieu seul ; 3° le signe visible doit égaleutent être d'institution divine ; 4° il faut que ce sacrement soit pour tous les fidèles de toute l'Église et pour tout le temps que durera l'état actuel de l'Église. L'Église changeant de nature, aussi changent les sacrements. Les sacrements de l'Église actuelle ne sont pas ceux de l'îiiicienne Alliance, et il n'y en aura plus dans l'Église glorifiée. — Il n'y a que deux sacrements qui remplissent toutes ces conditions : le baptême et la sainte Cène.
Bornons-nous sur ces points à quelques indications. Daneau croit que le baptême peut être administré par immersion ou par aspersion. Ce n'est là qu'une question de forme, et l'immersion a précédé l'aspersion. Il pense que le baptême peut être administré aux enfants. Une croit pas à la damnation des enfants morts sans baptême, car le baptême n'est pas une condition nécessaire du salut. Le bon larron fut sauvé sans avoir été baptisé, et la puissance salutaire de Dieu n'est pas astreinte à l'emploi des signes, ni limitée par eux. Ceux que Dieu a élus, ceux-là sont sauvés. Enfin il ne doit y avoir quun seul baptême, car il ne peut y avoir qu'une seule nouvelle naissance.
La Sainte Cène est la nourriture spirituelle. Elle doit donc suivre le baptême. Il y a deux signes. Il ne doit pas y en avoir plus ni
moins, sous prétexte de concomitance. On no doit pas les mélanger. Il n'y a aucune présence réelle d'aucun genre, ni consubstantiation, ni transsubstantiation. Nous avons bien, il est vrai, par les espèces, la communication du vrai et essentiel corps, du vrai et essentiel sang de Christ. Mais il faut entendre ces mots au sens sacramentel. Il ne s'agit pas d'une manducation corporelle ou de bouche, mais d'une manducation spirituelle, par la foi. Cette présence spirituelle n'existe que pour ceux qui croient. Les infidèles n'ont que les signes et non la chose signifiée. De même aussi le baptême n'a d'efficace que pour les croyants, et si l'on baptise les enfants, c'est qu'ils sont considérés comme faisant partie du corps de l'Eglise, de l'assemblée des élus. — Enfin la Cène ne doit être donnée ni aux enfants, ni aux excommuniés.
Il nous reste, avantde quitter ce Y" livre, à dire un mot des dons salutaires après cette vie, qui sont le but de tous les autres. Ils se résument dans la particij)alion à la nature divine et la béatitude parfaite qui en résultera pour les élus. — La vraie image de Dieu sera restituée en nous; il y aura de la lumière dans notre intelligence, de l'ordre dans notre volonté; il n'y aura plus de mort, ni aucune des préparations à la mort; ce sera une vie très sainte, sans fin, et sans souffrance aucune. Les corps des élus sf ron re constitués, et seront semblables au corps de Christ après la résurrection. — Quant aux réprouvés, ils subiront durant l'éternité des peines à la fois physiques etmoi'ales.
Comme le but de toute vraie connaissance de Dieu surla terre est de lui rendre le culte intérieur et extérieur auquel il a droit, nous devons rechercher quel doit être ce culte. Tel est l'objet du Vh livre, le plus court de tous. Daneau y étudie les exigences et les conditions du culte intérieur vrai, le plus important, puisque Dieu est esprit, et du culte extérieur vrai, tant en eux-mêmes que par l'examen de leurs contraires, la superstition, qui cherche son intérêt, et non la gloire de Dieu, — vrai but de tout vrai culte, — et l'idolâtrie, ou culte de tout ce qui n'est pas le vrai Dieu, et n'a par conséquent droit à aucun culte. 11 profite de la circonstance pour protester contre le sacrifice de la messe, le culte des images, etc. — Il faut remarquer, toutefois, que dans tout le Compendium la controverse occupe une place relativement très restreinte.
On voit que Daneau était un vrai calviniste, et qu'il n'hésitait
pas devant les conséquences de la doctrine chrétienne telle qu'il la concevait. Avec Calvin, avec tous les docteurs réformés du xvr siècle, il mettait surtout en relief l'autorité, le droit, la puissance de Dieu. Il lui semblait que ce qu'il aurait accordé à la créature, il l'aurait enlevé au Créateur. Au fond, tout était basé sur Dieu, et l'homme était en quelque sorte effacé. On trouve, il est vrai, dans Daneau, quelques traces d'un désir de faire à l'homme une part. Mais l'ensemble reste le même.
Il faut reconnaître que depuis la tendance a été inverse, et que la part de l'homme a été s'agrandissant, non sans entamer, — si ce mot familier est permis en pareille matière, — la pari légitime de Dieu. Si Dieu était autrefois le point de départ, le centre et le but, aujourd'hui, c'est plutôt l'homme, et l'excès est au moins égal. Ce n'est pas ici le lieu d'exposer nos propres idées sur la matière. Il nous suffira de dii'c que tout en voulant laisser l'empire de Dieu dans son entier, nous ne pensons pas qu'il faille oublier les légitimes exigences delà conscience, à condition pourtant que cette conscience soit éclairée, aiguisée etfortiliée par l'Evangile. Mais si cet heureux milieu était impossible à trouver; s'il était vrai qu'il n'y eût pas moyen d'éviter un excès dans l'un ou l'autre sens, nous n'hésitons pas h reconnaître que nous préférerions celui des docteurs duxvf siècle à tout autre.
LXIV. — I). Pauli vitaexScriplura sacra exerpta. Genevnc, ap. Han^cd! E. Vignon, 1505, 8°. Dibl. Farullè de Montauban. — En français : La vie de Saint Paul. Recueillie lanl de VEscriiure sainte, assavoir de ses Ejrisires, et du livre des Actes des Apostres que des Pères anciens : qui est le propre miroir ou patron d'un vray et diligent Pasteur deV Église de Dieu, hij C interprétation presque de tout h livre des Actes des Apostres et d'infinis passages des Episty-es de Saint Paul y est aussi comprise. Par Lambert Daneau. [Genève]. Par les héritiers d'E. Vignon, 1595, 8°. Bihl.de Leyde ; d'Orlcans; P F.
Dans son Advertissement au lecteur, Daneau prévoit les objections suivantes : on dira peut-être que cette histoire de saint Paul a déjà été écrite et qu'elle est bien connue; ou encore que « ce n'est chose de si grande conséquence » de la connaître d'une manière si exacte. A lapremière, il répond qu'il n'est pas vrai de dire que la vie de saint Paul a été écrite d'une manière exacte. Car
ceux qui l'oul écrite « ne se sont souciez ni de traiter par le menu et d'année en année ce que Saint Paul a fait : ni d'observer les choses chacune en son lieu : ni d'accorder ce que Paul escrit de soy-mesme en ses Epistres avec ce qu'en dit Saint Luc au livre des Actes, quoy qu'en plusieurs points ils semblent estre différons : ni de confronter avec la Saincte Escriture ce que les Historiens Romains escrivent des mesmes choses dont Saint Paul et Saint Luc font mention »... etc. D'autres encore ont commis des erreurs en voulant combiner ces événements et les récits scriptuaires... « Somme, il semble que ces bons Pères escrivains de la vie de Sainl Paul se sont contentez de dire quelque chose de luy sans se soucier, ou de l'approuver ou d'accorder avec la vérité, desquels le zèle est plustost à louer que la diligence. » — Daneau énumère ensuite les écrivains qui ont traité le sujet dont il va s'occuper et il ajoute : « Nous avons donc commencé dès la première enfance de Paul, et avons poursuivi jusqu'au jour de sa mort, monstrant par chaque année ce que Paul a fait, où il a presché après sa conversion, quand il a escrit chacune de ces Epistres, etpour quelle occasion. Avons accordé ce qui pouvait sembler ne s'accorder es Epistres de Saint Paul avec le livre des Actes : confronté les histoires Piomaincs avec ce que nous disons : et fondé noslre opinion sur la parole de Dieu mesme pourfapluparL Somme nous avons donné lumière presque à tout le livre des Actes des Apostres et esclairci beaucoup de passages qui sont es Epistres dudit Saint Paul, qui sont ou obscurs ou mal entendus. » — A la 2° objection, Daneau répond que tout ce qui est dans la Bible est de grande conséquence, que Saint Paul aeu sur les destinées de l'Eglise une influence considérable; que les chrétiens doivent lire la vie de Saint Paul avec encore plus de zèle que celle des « hommes prophanes que Plutarque et Corneille Népos nous ont laissées par escrit, » et que la connaissance de la vie d'un grand chrétien comme Saint Paul est bien plus importante et bien plus édifiante que celle de n'importe quel grand homme de l'antiquité ,
La préface est consacrée àétablir certaines bases chronologiques. — Nous ne pouvons, naturellement, entrer dans l'examen approfondi des dates adoptées par Daneau. Il nous suffira de dire qu'i place la première mention de Saul, en l'année S^" de Christ, 19" de Tibère et 28* de Saul lui-même ; et sa conversion aux années 36' de
Christ, 21' de Tibère et 30" de Saul. — A partir de la page 18 {V Advertissement au Lecteur n'est point paginé), commence la vie de Saint Paul décrite par années. Daneau réalise le plan qu'il a indiqué ; il suit Saint Paul pas à pas, année par année, faisant preuve, là comme partout, d'une vaste érudition, tant au point de vue biblique et ecclésiastique, qu'au point de vue des auteurs profanes, soit historiens, soit littérateurs, soit juristes. — Il fait mourir Paul à Rome en l'an 65. — L'ouvrage se termine par des citations d'anciens Pères à la louange de Saint Paul, et par des observations sur la date à assigner aux épltres qui suivent les 13 de Paul, et à l'Apocalypse.
Somme toute, c'est une œuvre remarquable, et si les ouvrages écrits depuis sur saint Paul ont pu apporter quelques éléments nouveaux, et dont nous sommes loin de vouloir atténuer l'importance et la portée; si certaines dates peut-être erronées onX été modifiées; si certains faits ont été élucidés; si certaines difficultés de chronologie ont arrêté davantage et arrêtent encore les critiques qui abordent la vie du grand apôtre; nous ne croyons pas, pour autant que nous pouvons le savoir, que l'ouvrage de Daneau, considéré dans son ensemble, et les réserves que nous venons d'indiquer étant faites, ait jamais été dépassé par aucun écrit de langue française sur le même sujet. A ce titre, il est de ceux dont l'oubli est injuste, et qui méritaient et méritent encore de faire l'objet des études de tous ceux que ces questions intéressent.
LXV. — Ad Roherti Bellarmini DispiUationes Theologicas De rébus in Religione controversis Lamberti Danaei Responsio. Cum Inilicibus locuplelissimis. Deux parties en un volume de 1532 pages. — Genevae, Joan. le Preux, 1596, 8". Bibl. de Montauban. 2^ vol., 1598. Walch.
Cet ouvrage est précédé d'une dédicace de l'imprimeur Le Preux Reverendo in Chrislo Palri,Amplissimoque Domino D. Johanni Whitghi/to, Archiepiscopo Cantuariensi, tolius Angliœ Prijiati. — Dans cette dédicace, Le Preux parle des ennemis qu'a rencontrés l'Église. Aucuns n'ont été plus terribles que les jésuites. Or, le plus grand parmi eux est Bellarmin. Il était donc d'autant plus utile de mettre au jour cet ouvrage de Daneau, bien que la mort Tait empêché d'y mettre la dernière main. Le Preux
prie donc l'archevêque de Canlorbéry, de prendre, puisque Daneaa est mort, son œuvre sous son haut patronage.
Daneau répondait à l'ouvrage suivant de Bellarmin : Dispiitationes de Conlroversiis fuiei, adversus hujiis temporis Hœreticos, qui forme trois volumes in-folio. Ces volumes, parus d'abord séparément, venaient d'être réimprimés tous à la fois à Lyon en 1593. — Suivant sa constante habitude, notre théologien suit son adversaire pas à pas, mais cette fois sans citer les fragments qu'il réfute. Nous ne dirons rien de l'ouvrage lui-môme qui ressemble à tant d'autres du même genre écrits au seizième siècle, et dont la lecture est très laborieuse aujourd'hui. Mais nous en citerons les dernières lignes, qui serviront à prouver une fois de plus la prodigieuse capacité de travail de son auteur, surtout si l'on songe aux autres travaux parallèles auxquels il se livrait, et aux doubles fonctions de pasteur et de professeur qu'il exerçait. Et hwc quidem studio verœ Dei gloriœ, sanœque Evangelli doclrina' propiignandœ gratiâ, scrlpsi, Ego Lambertus Danœus Francus Aurelius, cepi vero scribere Casserone {quod est Gothicanœ Provinciiv nob'dissimum oppklam) sexto die Mail mensis anno Domini cioioxcuii. absolvl axUem, Deo duce et vires suggerente, pridie Cnlendas Jutias^ id est die uUimo Mensis Junii cioioxcv. Qaare mihi quodam celeumate lœtariy et exclamare ex tanta navigatione liceat,
Venimus in portiim libro cuni mense peraclo, Naviget hinc alla jain niihi linter aqua.
Pergere enim, Christo Domino meo duce^ ad alios Dellarmini controversianiui Tomos constitui, si vita suppetat, eosque confntare. Deo Patri, et filio et Spiritui Sancto sit laus, honor et gloria, in secula seculorum, Amen.
Si, comme le dit Walch (t. I, p. CGG), un second volume a paru, il faudrait supposer que Daneau l'écrivit dans les derniers mois de sa vie, et qu'il eut ainsi le grand bonheur de pouvoir travailler jusqu'au terme de sa carrière.
LXVl. — Politices Christianœ libri septem. Lamberto Dan.eo autore. In quibus ea ex Dei verbo primum, post auteni ex atiis quoque scriptis collecta sunt, quœ ad optimam ReipubHcœ administralionem pertinent : quœ definitionibus explicata,
exemplisque variis confirmala, tandem certisy brevibusque Aphorismis in singulis libris sunl comprehensa. De quibits mit em rébus agatuTy seqiiens pagina ostendet. — Additi sunt peculiares Aphorismi de Optimo Principe, et ejus officio, ex C. Plinïi Panegyrico ad Trajanum per eiimdem Lambertum Dan.-eum. — Prov. x. 29. Plus une courte citation de Cicéron ad Attic. et de saint Ambroise. [Genevœ] Ap. hrcred. E. Vignon, 1596, 8°. Blbl. de Baie; de Leyde; Drit. Mus. — 2' éd. [Genevœ] ap. Joan. Vignon, 1606, 8^ Bibl de Bâte.