Croquis du même sujet
8. La sainte Vierge et l'Enfant Jésus, sainte Elisabeth avec saint Jean accompagné d'un agneau; cinq autres figures de femmes entourent le groupe principal.
9. Deux dessins, formant une seule composition allégorique assez étrange. Quatre figures de patriarches sont mises en regard de femmes qui symbolisent des Vertus. Patriarches et Vertus sont entourés d'enfants qui se groupent autour d'eux. Voici les noms inscrits au-dessus des figures 3ios Matusaîe Seth Henos
DUigentia Jusiitia Frudentia Fides
10. Au centre de la composition une jeune femme parait allaiter une femme plus âgée. Un soldat, la lance à la main, s'approche de ce groupe avec un geste d'admiration et d'étonnement. On voit six hommes drapés à droite de la composition et deux femmes à gauche; fond de ruines. Esquisse à la sanguine et à la plume.
11. Multiplication des pains. Au centre le Christ près de la margelle d'un puits est entouré d'apôtres, dont l'un agenouillé lui présente un poisson; une corbeille avec d'autres poissons est à terre. Au fond un paysage avec des constructions dans le lointain. Dessin lacéré en partie et fort endommagé ; au bas se trouve la date Anno 1560. Un second dessin, répétition de celui-ci, mais beaucoup plus arrêté, achevé à la plume et au lavis à lencre de Chine, comme pour la gravure, se trouve dans la même cpllection.
12. Le Christ en croix. La croix est placée de manière à faire voir le Christ à peu près de profil. Un ange planant dans la région supérieure recueille dans un calice le sang qui s'échappe de la plaie du côté droit. Devant le divin supplicié, la Sainte Vierge et saint Jean debout ; derrière, au pied de la croix, sainte Madeleine est à genoux tenant le vase au parfum. Au-dessus de la croix apparaît Dieu le Père entouré d'une gloire d'anges. Beau dessin, contours légèrement esquissés à la sanguine, fini délicatement à la plume et au lavis; ensemble très étudié.
Des carreaux tracés légèrement à la sanguine prouvent que le dessin a servi à un agrandissement (i).
13. Israélites recueillant la manne dans le désert. Très joli dessin au bistre et à la plume, reprenant le thème du dessin conservé à l'Académie de Dusseldorf. De même que dans celui-ci, la forme en hauteur et fort étroite, ainsi que la perspective des groupes superposés, dénote une composition destinée au volet d*un triptyque. — Hauteur 0^35, largeur 0m21.
14. La sainte Vierge et sainte Anne, avec TEnfant Jésus et le petit saint Jean. Deux femmes et deux vieillards entourent le groupe. Dessin à la plume, lestement enlevé.
Cette collection contient très peu de dessins dans lesquels on reconnaisse des études faites d'après nature pour les peintures du maître. Voici cependant ceux que l'on peut, à la rigueur, classer dans cette catégorie :
1. Deux femmes vues du dos, assises à terre. Croquis rapide à la plume avec masses d'ombres au bistre. On y lit la date de 1553.
2. Deux groupes sans relation entre eux. L'un, composé d'une femme assise tenant un enfant sur ses genoux ; l'autre, formé d'une femme également assise, avec une âllette à côté d'elle qui semble vouloir l'embrasser.
Croquis esquissé rapidement à la sanguine et à la plume, avec masses d'ombres lavées à l'encre de Chine. Étude rapide d'après nature, dont le^faire rappelle beaucoup le dessin représentant la famille de Lombard, conservé à l'Académie de Liège.
Voici les dessins de la même collection qui nous paraissent des compositions dessinées par Lombard en vue de travaux à exécuter par d'autres artistes :
1. Job sur le fumier. Au centre de la composition Job est assis sur un tas de fumier. A sa gauche deux amis — le troisième fait
(i) li existait à la cathédrale de Saint-Lambert, chapelle des Oranus, un triptyque dont le panneau central représentait le Crucifiement. V. p. 52.
défaut — cherchent à le consoler. A sa droite, sa femme lai reproche sa résignation et sa piété. Au haut du dessin apparaît Dieu le Père, entouré d'un groupe d'anges. Dans le fond, on voit la foudre tomber sur les troupeaux et les pâtres qui le» gardent.
Ce dessin, arrondi par le haut en forme d'accolade, est l'un des plus achevés de la colleclion; traité très âuement à l'encre de Chine et terminé par des hachures, il parait préparé pour la gravure.
2. Groupe supérieur de la composition représentant le Christ descendu de la croix (i). Très joliment dessiné à la sanguine et arrêté comme pour la gravure. Il y a de petites variantes avec le dessin précité, notamment à la jambe gauche de l'homme qui porte le corps du Christ. Ce dessin ne semble pas de la main de Lombard; il est peut-être exécuté d'après la peinture de ce maître, par Suavius.
3. Une école. De nombreuses figures s'étagent sur deux plans; dessin à la plume et au lavis à l'encre de Chine. Quoique traité habilement, ce dessin est d'une authenticité d'autant plus douteuse qu'il est signé avec des surcharges Z. Lombar.
4. Croquis à la plume un peu confus dans le contour; paraît une réminiscence de la composition de Eaphaël représentant la vision d'Ezéchiel. Dieu le Père apparaît entouré d'anges et des emblèmes des Êvangélistes, parmi lesquels le taureau ailé occupe une place très en évidence.
5 . Allégorie, Esquisse sommaire à la plume et à l'encre de Chine. Dans la zone supérieure Dieu le Père, entouré d'anges, montre un livre ouvert. Dans la région inférieure, un homme et une femme auprès de laquelle on voit un globe.
6. Une sainte, vêtue et armée à Tan tique, avec un casque à ses pieds, tient de la main droite une crosse abbatiale et dans la gauche le modèle d^une église. Dessin habile qui paraît être le projet d'une statue.
7 . Les frères de Joseph recevant le prix de la vente de ce dernier (?). Cinq jeunes gens reçoivent des mains d'un homme âgé des bourses ou des pains (?). Le vieillard a un panier à côté de lui. Esquisse très sommaire sur papier gris, lavis à l'encre de Chine avec rehauts de blanc.
(i) V. notre planche III de ce dessin décrit p. 84.
8. Croquis sommaire. Une multitude de figures croquées à la plume en quelques traits, sur une place publique. Des tables semblent dressées; un escalier conduit à gauche à un portique; fond d'architecture. Peut-être le premier jet d'une composition représentant la parabole de la multitude appelée au banquet du fils du roi (?).
Tous les dessins de cette collection portent au dos la mention : Eœ collée. H. Hamal. Parfois le nom de Lombard s'y trouve écrit de la main du collectionneur liégeois.
La bibliothèque de FUniversité de Liège possède également plusieurs dessins de Lombard, parmi lesquels on remarque quelques figures d'apôtres qui semblent avoir fait partie d'une série destinée à la peinture sur verre. Les autres dessins, de qualité inférieure, ne donnent pas lieu à des remarques intéressantes pour notre étude.
Les gravures exécutées diaprés les dessins de Lombard.
Lombard n'a pas manié le burin ; quoi qu'on ait pu écrire à cet égard, il n'existe pas le moindre essai de gravure à l'eau-forle, pas le plus infime cuivre gravé à la pointe sèche qui puissent lui être attribués avec une apparence de probabilité.
Mais un certain nombre de ses dessins ont été reproduits par la gravure et il semble qu'il y a eu des graveurs formés dans son atelier ; comme d'autres maîtres de la renaissance, il a dirigé quelques élèves dans l'étude d'un art dont il ne possédait pas lui-même les procédés techniques. Il est probable que Lambert Suavius, son beau-frère, graveur de grand talent, après avoir fréquenté son atelier comme peintre, l'aura secondé très eflScacement. Suavius a gravé
d'ailleurs plusieurs dessins de Lombard ; il en a reproduit notamment un représentant la Charité. C'est une femme drapée, tenant sur chaque bras un enfant qu'elle élève à la hauteur de ses épaules ; l'un des bambins lui passe la main sur les joues. Urt grand nombre d'enfanis nus prennent leurs ébats autour de la figure principale dans la partie inférieure de la composition. Cette gravure est peu achevée et d'une exécution assez médiocre. On lit au bas Lambertus Lombardus inventor, Suavius a gravé de meilleures planches d'après Lombard, notamment la sainte Cène, le Christ lavant les pieds des apôtres.
Il n'entre pas dans nos vues de décrire ces gravures qui n'auraient de relation directe avec notre étude que si elles reproduisaient des peintures de Lombard aujourd'hui disparues, ou si, faisant connaître ses compositions particulièrement remarquables, elles montraient le talent du peintre sous un aspect nouveau. On ne peut dire qu'il en soit ainsi des gravures exécutées d'après Lombard. Ces planches ne font que reproduire et interpréter — souvent d'une manière peu avantageuse — les dessins de l'inventeur. Ce serait nous écarter de notre sujet que d'étudier celui-ci dans ses interprètes de deuxième et de troisième ordre.
Nous venons de voir que les dessins originaux de Lombard existent en très grand nombre ; il est assurément plus rationnel d'y étudier le génie de l'artiste manifesté par son propre crayon qu'au moyen des copies plus ou moins fidèles du burin de ses graveurs. Les gravures d'après Lombard ont d'autant moins d'intérêt à ce point de vue, que très probablement elles sont exécutées d'après des esquisses peu achevées que donnait le maître, laissant à ses interprètes le
soin d'arrêter et de compléter ces dessins. Lombard, jugé d'après les gravures qu'il a inspirées, parait inférieur à luimême (i).
Jérôme Gock est le graveur qui s'est le plus attaché à reproduire les inventions de Lombard ; voici, daos l'ordre chronologique, les planches que Ton doit à son buriia. La sainte Gène, avec l'indication Lambertus Lombardus îfwentor, Hieronimus Cock excud., 1551. Esther devant Assuerus, H, Cock excud. y 1553. Moïse frappant le rocher, Lambertus Lombardus inventor^ Bieronymus Cock excudébai, 1555. Une Descente de la croix, Lambert Lombard, invent. H. Cock excud. ^ 1556. Un Christ en croix, Lambertus Lomb. inventor, Cock excud. ^ 1557. La Résurrection de Lazare, Lamb. Lombard' inven. H. Cock excudebat (2). Le Lavement des pieds; L. Lombardus inven. Cock excudebat . Cette planche est dédiée à Robert de Bergues, prince de Liège, 1557-1564.
D'autres graveurs ont interprété les dessins de Lombard : Baltazar Bos a gravé, d'après lui, la Femme adultère, et Pierre Myricinus, un Christ en croix; cette pièce porte la date de 1555. Enfin, on a de Corneille Yisscher, le Christ et les onze Apôtres^ signés Lambertus Lombard inv. C. Vissers excudebat.
(1) Alfred Micbiels, en examioaDt les diverses gravures exécutées d'après Lombard, se livre à des critiques qui aboutissent à un véritable débordement d'invectives à Tendroit de ces plancbes. Quelque médiocre que soit la confiance que mérite cet auteur comme historien et même comme critique en matière d'art — surtout quand il ne s'appuie pas sur les recherches d'autrui, qu'il donne généralement comme siennes — on ne peut cependant contester que, malgré ses intempérances de plume et des exagérations évidentes, les impressions de Micbiels, en ce qui touche la plupart des gravures faites d'après Lombard, ont quelque chose de fondé.
(t) Le dessin de cette gravure se trouve k l*Âcadémie de Dusseldorf. V. p. S^.
Lambert Lombard, architecte.
C'est particulièrement dans l'œuvre de l'archilecle que Lombard se montre l'apôtre des idées nouvelles, le disciple intransigeant de la renaissance italienne. Dans les inspirations de son crayon et de son pinceau, la rupture avec l'art traditionnel de son pays et de sa race est moins sensible. Souvent même, il semble hésitant dans le parti à prendre. Nous venons de voir, par une lettre dont la traduction a été mise sous les yeux du lecteur et par plusieurs dessins, que non seulement les monuments du moyen âge avaient pour l'artiste un intérêt historique, mais qu'il savait en reconnaître la valeur comme expression du sentiment et de la pensée. On a vu, d'autre part, que Lombard professait une sympathie particulière, une vive admiration pour le contemporain de sa jeunesse, Albert Diirer. Ce grand maître, tout en suivant, avec toute la supériorité de son puissant génie, les voies ouvertes par l'imitation consciente et sincère de la nature, n'en reste pas moins artiste foncièrement germanique, préoccupé de revêtir des formes d'une réalité saisissante et intense les conceptions d'une imagination rêveuse, avide d'idéal. Diirer, en effet, malgré son séjour prolongé à Venise, malgré ses rapports avec quelques maîtres italiens, n'a guère été atteint du soufiBe qui venait de par delà les monts. De ces influences diverses qui se sont exercées sur Lombard, dont la carrière témoigne, nous l'avons démontré, d'un esprit studieux, réfléchi, préoccupé aussi d'un certain idéal qui n'est pas celui de la beauté des formes extérieures; d'un
idéal de son temps qu'il espère atteindre par la science et l'étude de l'antiquité, on retrouve les conséquences dans les peintures et les dessins. L'artiste n'y manifeste pas une conviction arrêtée, absolue ; il ne parvient pas à se créer une méthode sûre, une manière originale reflétant de tout point son tempérament personnel. C'est assurément ce besoin de chercher toujours qui ne lui a pas permis de donner aux créations de son pinceau ce caractère fortement exprimé et la saveur particulière qui, à première vue, accuse le faire des grands maîtres.
Pour ses travaux comme architecte, il n'en est plus de même. Lorsque Lombard manie l'équerre et la règle, il n'est plus l'artiste des bords de la Meuse, ou plutôt il est le preniier d'entre eux qui y apporte les fruits d'un apprentissage fait en Italie. Si, pendant son séjour en Zélande, inspiré par ses causeries avec le greffier Zagrius et son commerce avec Jean de Maubeuge, il s'est épris déjà des beautés de l'architecture classique, il semble avoir laissé à Rome tout son bagage des traditions natales. Nous savons que Lombard a lu avidement Vitruve et qu'il professait une vive admiration pour les dix livres du traité de l'architecte romain; mais comme les dessins qui accompagnaient cet ouvrage sont perdus, l'utilité pratique du traité parait assez problématique. Encore convient-il de ne pas oublier que c'est seulement en 1547 que Jean Martin, secrétaire du cardinal de Léoncourt, et Jean Goujon entreprirent de traduire et de commenter Vitruve.
Lombard aura tiré meilleur parti des monuments de Rome qu'il a mesurés et dessinés, à ce que nous apprend son biographe; ce fut sans doute sa principale initiation avec
le livre des Cinq Ordres de Vignole, son contemporain, dont l'ouvrage exerça bientôt une grande influence grâce à la clarté qui y règne. Quoi qu'il en soit, Lombard en revenant au pays natal devait jouir déjà d'une certaine réputation comme architecte, puisqu'on le chargea d'ériger plusieurs constructions considérables, d'un goût entièrement nouveau, lesquelles formaient même un contraste absolu avec le palais des princes-évèques qui s'achevait alors, et avec tous les autres édifices de la ville.
Lombard a construit pour le patricien hollandais Jean Oems de Wyngaerde, chanoine écolâtre de Saint-Lambert, une demeure somptueuse située dans le voisinage de la cathédrale, vis-à-vis du « Beau Portail » , et qui fut seulement démolie en 1830. C'était un hôtel d'ordre corinthien composite, assez grand de lignes, orné de sculptures et des armoiries du propriétaire encastrées dans Tattique de la corniche. On en a conservé quelques dessins pris avant de commencer la démolition; mais, déjà alors, comme cela est inévitable a la suite des changements qui s'opèrent dans les conditions de l'existence, dans les mœurs et dans les modes, la disposition intérieure de l'hôtel et même la façade avaient subi de regrettables altérations.
Il en est de même pour l'hôtel bâti dans la même ville par Lombard, dans le goût de la renaissance italienne, pour Liévin Vanderbecke (Levinus Torrenlius), vicaire-général du diocèse, fort connu de son temps comme poète.
Il s'agit ici d'une habitation magnifique construite sur le versant de la colline que domine l'église Sainte-Croix, et dont les façades s'étendaient sur une longueur de 25 mètres. On avait accès à la cour d'honneur par une porte monu-
mentale, et Tune des ailes communiquait avec un jardin plus élevé; un élégant perron avec fontaine y conduisait. L'étage était de plein pied avec une grande terrasse. Des fontaines, des jets d'eau, des grottes, des statues, des peintures venaient animer et prolonger la vue et les perspectives (i). L'ensemble de ces constructions se groupait avec l'église Saint-Michel aujourd'hui démolie, et formait assurément Tun des coins les plus attachants de la ville, alors si riche en aspects pittoresques.
Il va de soi que, pour cette habitation qui existe encore, l'ordonnance intérieure a subi de notables atteintes. Les fenêtres du rez-de-chaussée de la façade principale ont été agrandies, dépouillées de leur encadrement et adaptées aux exigences de la banalité moderne. Mais le tracé de cette façade, longeant la rue qui porte le nom de « Haute Sauvenière », suit les sinuosités de la voie avec le dédain pour la régularité et pour l'alignement que la première renaissance avait hérité de l'archileclure gothique. Les six fenêtres de l'étage et la corniche simple et énergique qui en forme le couronnement, ont été heureusement conservées. Chaque fenêtre a un encadrement largement mouluré, avec deux colonnettes engagées qui portent le fronton d'un dessin aussi simple que bizarre. La base de la colonnette pose sur un renflement dont la saillie va s'amortir sur un mascaron (2). L'aspect de l'étage, un peu massif, ne manque pas de grandeur; il n'a rien de commun assurément avec les construc-
(*) Lettre de Lombard à Vasari, p. 44. Nous respecterons Tanonyme de Tauteur de cette étude, tout en sachant qu'il était particulièrement en situation de connaître l'hôtel qu'il décrit.
(») V. notre gravure.
tioDS qui s'élevaient alors dans la ville et dans les régions des bords de la Meuse ; aujourd'hui encore le touriste ne serait pas surpris de trouver cette façade au détour de l'une des rues de Florence ou de Padoue; il a peut-être lieu de s'étonner de la voir se dresser dans l'une des artères de la ville de Liège.
Cette construction, au dire d'Ortelius; fit grand honneur à son architecte (i).
De toutes les constructions attribuées à Lombard avec le plus de raison, selon nous, la façade du portail nord de l'église Saint-Jacques, à Liège, est celle qui fait le plus d'honneur à son talent, sinon à son goût. Aucun docunoent contemporain ne lui en attribue la paternité, à la vérité ; mais les circonstances dans lesquelles cette façade a été érigée et sa date, ne permettent guère de doute à cet égard. Le portail forme un ressaut considérable, une sorte de cloître devant l'église, et a été bâti, comme celle-ci, dans le style dégénéré mais hautement pittoresque de la décadence du style ogival. Commencé immédiatement après l'avènement de l'abbé Rave, en 1851, aux frais de l'évèque Corneille de Bergues, il fut, quant à la façade, achevé en 1858, date
(i) Cuius quidem rei vel solœ (idem faciant, pulchrœ illœ œdes quas Dn. Lœuinus Torrentius vir eximius, et nostro hoc sœculo Lyrici princeps carminis. sua sumptu estruxit^ in quibusy vt loco ab omni ea parte aperto^ quœ ad salubritatem requiritur, adiutus : ita singulas eamm partes congrue disponendo {vt in eo Lamberti Lombardi pictoris quondam et philosophi celeberrimi inter Eburones, felicem in architectura manum agnoscas) singulisque sua aptando omamenta, est adsequutus, vt his amœnius nïhil esse possit, nec quamuis non ita amplo in spatio laxitatem desideres.
Itinerarivm pernonnvllas Gallise Belgicae partes, Abraham! Ortelii et lobannis Viviani. P. 20. MDLXXXIV.
Cette maison appartient aujourd'hui à M. De Soer deSoUères.
encore lisible et qui marque proprement l'introduction du style nouveau dans la principauté. La Révolution en a haché les bas-reliefs et arraché de leurs niches les statues formant le décor plastique de cette élégante devanture. Si Ton se rappelle les rapports que Lombard avait eus antérieurement avec Tabbaye, et si Ton se souvient également qu'il a été le seul architecte de la principauté gagné au style de la renaissance italienne, on ne saurait chercher ailleurs le dessinateur de ce frontispice. On est d'ailleurs en droit de demander qui, si ce n'est Lombard, aurait osé accoler une façade de style exotique à un édifice construit entièrement selon les traditions nullement affaiblies encore de l'art gothique liégeois; et quel artiste, résolu à tenter cette aventure, s'en serait tiré avec autant de succès?
Le portail, dans le sens de la hauteur, est formé d'un soubassement et de deux étages (i). Le soubassement, aujourd'hui un peu enfoncé dans le sol, lequel, comme on sait, s'élève graduellement autour des édifices, dans les centres de grande circulation, est percé d'une large porte cintrée, entrée principale de l'église. De chaque côté, deux niches contenant autrefois des statues, sont placées entre des colonnes cannelées d'ordre corinthien. Celles-ci, conformément aux lois de l'architecture classique, sont surmontées de l'architrave, de la frise et de la corniche, qui, en établissant une division horizontale nettement accusée, marquent la base de l'étage, dont les divisions et la disposition répondent à celles du soubassement. Seulement, au-dessus de la porte se trouvait, encadré dans une bordure moulurée, un
(i) V. notre planche.
grand bas-relief de forme circulaire représentant le rêve de Jacob. Le marteau révolutionnaire a eu raison du travail du sculpteur, et a remis la pierre à peu près à l'état de nature.
Au-dessus de cet étage, un troisième ordre forme le couronnement; au centre une niche élégante encadrée de deux colonnettes surmontées d'un fronton et s'appuyant sur une console en encorbellement, était destinée à recevoir la statue du Christ, ou bien celle de saint Jacques dont l'église porte le vocable ; aux deux côtés de cette niche centrale, deux petits bas-reliefs carrés, aujourd'hui brisés ; enfin à l'extrémité du fronton se trouvait, avec le même décor et la même ordonnance, mais beaucoup moins hautes que celles de l'étage, deux petites niches surmontées également de frontons. Les statues qui les garnissaient ont naturellement disparu.
Telle est la disposition de ce joli hors-d'œuvre : comme façade de l'annexe d'une église de style très différent, il est à la fois la marque de la grande habileté de l'architecte et un témoignage de son ardeur novatrice qui, brisant avec les traditions du pays, se croyait appelée à tout régénérer.
En dehors des quelques constructions que nous venons d'examiner, l'activité de Lombard dans l'art de bâtir ne paraît pas avoir été bien productive. Son talent comme architecte, très réel, est resté sans fécondité. Il n'a pas fait école et n'a pas formé un seul élève. Comme peintre, son atelier a été suivi par des adeptes venus de l'étranger et des disciples qui ont continué à travailler conformément à son enseignement ; plusieurs d'entre eux sont devenus célèbres et tous ont fait honneur au maître. Comme architecte. Lombard est resté isolé. Il ne pouvait en être autrement. L'art qu'il importait ne répondait en réalité, ni au sentiment national, ni aux
traditions du passé, ni aux exigences du climat. Quelques savants, quelques dilettanti, quelques menabres du haut clergé, déjà habitués, par leur séjour en Italie et leur commerce avec Rome, aux idées qui y régnaient depuis près d'un siècle et au large courant qui partait de là, furent gagnés. Ils applaudirent aux tentatives d'un homme de talent pour acclimater sur les bords de la Meuse un art renouvelé des Grecs et des Romains. Le peuple et les classes aisées de la société restèrent indifférents. Les maisons édifiées par Lombard y sont demeurées les seules tentatives de la première renaissance. Longtemps après lui le Liégeois continua de construire maisons, couvents, églises dans le vieux style, souvent dégénéré il est vrai, mais sincère encore et vivant, adopté par Érard pour son palais, et que bien des patriciens liégeois ne dédaignaient pas pour leurs hôtels. Le bourgeois aussi élevait encore fièrement sa demeure, le pignon sur la rue, posant parfois des étages en torchis, ressautant les uns sur les autres, sur un soubassement en pierre dont les cordons et les moulures, l'encadrement des fenêtres et des portes appartenaient encore au style de ses pères. Sans doute, la renaissance s'infiltra insensiblement dans l'architecture par l'influence du voisinage, où des artistes plus persévérants et plus féconds avaient fini par achever la transformation; elle s'insinua enfin par les mille détails du mobilier et du décor en usage dans la vie domestique, mais l'architecture de Lambert Lombard demeura stérile; elle fut une tentative sans écho au pays de Liège et ne semble avoir eu aucun retentissement en dehors de la principauté.