CHAPITRE XIV
Fécondité de la souffrance
Ilien de grand ne se produit dans l'humanité qu'à la condition de la soudrance, et comme aucune œuvre n'égala jamais celle du Christ, les souffrances du Christ ont aussi dépassé toutes les autres souffrances. Il savait que c'était là ce qu'il devait attendre; il avait tout prévu, et la haine de ceux dont il venait renverser le pouvoir, et leurs trames secrètes, et leurs violences publiques, et l'ingrat changement de ce peuple dont il guérissait les maux, que, dans le désert de la vieille société, il nourrissait du pain céleste de sa parole, et la croix, et la mort, et l'abandon des siens, plus douloureux que la mort même.
Cette pensée est devant lui sans cesse, sans cesse il la rappelle, mais cela ne larrêtc pas un instant. Si la nature repousse ce calice, une volonté plus forte l'accepte sans hésiter.
Et, en cela, il donne à tous ceux qui continueront sa mission, à tous ceux qui viendront comme lui travailler au salut dos hommes, les affranchir du joug de l'erreur et du mal, les guider dans la route éternelle du progrôs, il leur donne un exemple qui leur doit être éternellement pré-' sent.
Car s'ils veulent arriver au même but que le
ItKFLEXIO.NS SLU LES ÉVAXGILES ^23
Clirist, il faut ([u'ils marchent dans la môme voie que le Christ. On ne sert les hommes qu'à ce prix.
Vous voulez qu'ils soient vraiment frères, vous les rappelez aux lois de leur commune nature, vous combattez toutes les oppressions, toutes les iniquités^, toutes les hypocrisies; vous appelez sur la terre le règne de lajustice, du droit, du devoir, de la vérité, de lamour : et ceux dont le pouvoir se fonde sur le contraire de toutes ces choses, ne se soulèveraient pas contre vous! Ils vous laisseraient sans opposition détruire leur temple, et en rebâtir un autre, non plus un temple fait comme le leur de la main des hommes, mais le temple éternel, dont nieu lui-même a posé le fondement!
Quittez cet espoir, si vous l'eûtes jamais. Vous boirez le calice, vous l'épuiserez jusqu'à la dernière goutte. On vous prendra comme des voleurs, on cherchera contre vous de faux témoignages, et sur celui que vous rendrez de vous-même, un cri s'élèvera : « Il a blusjihriiu'; et les juges diront : // est di'jite de mort.
Lorsque ceci arrivera, ayez confiance : c'est le dernier signe, le signe que le Père vous a véritablement envoyé.
CUA PITRE XVI Signes auxquels on reconnaît les vrais Apôtres
On avait vu plusieurs fois des hommes, poussés par cet instinct divin qui porte l'humanité toujours en avant, fonder des sociétés particulières ou les réformer, mais jamais rien de semblable à la mission que Jésus donne à ses apôtres. Il leur ouvre le monde entier, sans distinction de peuples ni de races. Il veut que sa parole soit annoncée à tous, promettant le salut à quiconque croira et sera baptisé.
Le baptême, en effet, c'est la marque extérieure de la foi, de la profession qu'on en fait, c'est l'initiation à l'universelle confraternité établie par le Christ entre tous les hommes.
Et comment celte foi ne sauverait-elle pas? Qu'est-ce que le salut, si ce n'est la connaissance et la pratique de la vraie loi du genre humain, si ce n'est la vérité qui éclaire, l'amour qui vivifie, et cela sans iin, sans terme, sur la terre et au delà?
Mais comme il y aura de faux christs, il y aura de faux apôtres. Les apôtres véritables devront donc être séparés d'eux par de visibles caractères, et se faire reconnaître à des signes certains. Jésus leur dit quels seront ces signes. Us chassent les démons, les puissances mauvaises qui oppriment et tourmentent l'humanité.
REKLEXIONS SUK LtlS EVANGILES
Us parleront des langues nouvelles, et ce fut, certes, une langue bien nouvelle que la langue de Jésus, foudroyant de ses malédictions les séducteurs, les dominateurs, et proclamant l'égalité d'oîi devait sortir, avec l'abolition de la servitude de l'esprit et de la servitude du corps, tout un monde nouveau dont la charité, le devoir, le dévouement, la fusion de chacun en tous, et de tous en chacun, serait la loi suprême.
Ils toucheront les serpents, les hypocrites gonflés de venin; ils boiront des breuvages mortels; ils seront comme lui persécutés jusqu'à la mort, et rien ne leur nuira, et, le lendemain du supplice, ils seront plus forts, plus vivants que jamais; ils guériront les malades, ils ramèneront au bien les pécheurs^ ceux qui s'égaraient; ils détruiront peu à peu les maux de la-société, les soufirances sous lesquelles succombe la plus grande partie de la famille humaine, substituant l'esprit fraternel de miséricorde et d'amour à l'esprit d'égoïsme, à l'esclavage la liberté, à la guerre éternelle, ([u'enfante l'iniquité, la paix qui naît de la justice.
Apôtres de Jésus, voilà les signes ({ui vous accompagneront : allez et enseignez tous les peuples.
ÉVANGILt; SELON SAl.NT LUC
CIIAPITRK l'RlilMIlîR Avènement du Christ
Saint Luc, dont l'Évangile ne lut écrit (lu'ai)iès celui de saint Matthieu et de saint Marc, raconte avec des circonstances nouvelles la naissance de Jean et celle de Jésus, suivant les traditions qui avaient cours parmi les premiers chrétiens...
Le ciel est en mouvement pour préparer la venue de Celui qui doit sauver le monde. Les anges montent et descendent l'échelle mystérieuse de Jacoh qui joint la terre aux suhlimes hauteurs qu'habite Jéliova.
Quelque chose d'inouï va s'accomplir. Oue sera-ce? Nous le savons aujourd'hui!... mais à l'origine, on n'en avait, on n'en pouvait avoir qu'un pressentiment vague, que celle espèce de vision lointaine, vive, infaillible, et obscure toutefois, qu'on appelle prophétie. Zacharie prophétise, Marie prophétise : et, dans leurs cantiques où se trouve l'esprit (pii animait au temps de saint Luc les disciples de Jésus, leurs pensées et leurs espé-
iu:klexions sir les i:va.ngtles ±lt
rances, on voit ce qu'à leurs yeux était la mission de leur Maître et quels en devaient être les effets.
A l'Orient se lève une grande lumière qui montera comme l'astre du jour, éclairant peu à peu les hommes plongés dans les ténèbres et lombre de la mort.
Voilà le Christ, voilà sa mission : une effusion de lumière et de vie. Devant la lumière fuira le péché et avec lui les maux qu'il entraîne 1 De là le salut et la paix, de là le développement de la vie dans l'humanité.
De durs fléaux pesaient sur elle, une injuste inégalité d'où sortaient les dominations injustes, l'oppression du pauvre par le riche, et tous les genres d'iniquité.
Dieu ne souffrira pas plus longtemps ces désordres, il l'a dit en son coeur: Les superbes seront dispersés, les puissants jetés bas de leurs trônes, les allâmes remplis de biens, les riches renvoyés vides. Car il faut que la vieille société, le royaume de Satan, disparaisse, pour que s'établisse le loyaume de Dieu, la société nouvelle; et comme Us fils de Satan opposeront aux enfants de Dieu une résistance désespérée, ils ne succomberont que sur d'immenses ruines.
Ce sont là les guerres qu'annonçait .lé^us. Mais r/il annonçait le combat, il annonçait aussi le triomphe. Comballoz donc san?; crainte, comliatlez
•2zH APPENDICES
avec foi : vous êtes tous soldats dans l'armée à qui la victoire est promise,
Que vous faut-il de plus? Et qu'importe que le jour où elle arrivera vous trouve veillant sur le champ de bataille ou endormi dessous?
CUAPITRE m Esprit de renoncement
Avant Jésus, Jean-Baptiste : la pénitence avant la régénération. Vous avez à remplir une tâche laborieuse; il faut des hommes forts pour balayer les décombres du vieux monde ; et les hommes forts, ce sont les fortes vertus qui les font. Si vous n'avez pas et la volonté et le courage de les acquérir, dormez sur votre fumier, vous n'êtes point de la race de ceux par qui le salut s'accomplira.
Lorsqu'un ordre nouveau doit se produire, il s'opère, au sein de la dissolution générale, un secret travail qui est le commencement de la guérison. Quelques-uns se détachent de la masse corrompue, rentrent dans les voies du bien, d'autres les suivent ; il se forme comme un peuple qui, ayant cessé d'être aveugle et sourd, verra la lumière, écoutera la parole, et en qui elle fructifiera.
Car la parole qui sauve ne germe qu'en un sol
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préparé. Comment croitrait-elle, si d'abord Ion n'arrachait ce qui l'étoun'erait; si, par celte sorte de labour de l'âme, qui en extirpe les plantes mauvaises, on ne la disposait à recevoir la divine semence?
Rien de possible sans la conversion du cœur. Dieu ne verse son vin nouveau que dans des outres neuves, dans des vases puritiés.
Serait-ce l'iniquité qui établirait la justice? la cupidité, la dureté qui fonderaient le règne de l'amour fraternel ?
Donc, premièrement le repentir, premièrement la réforme intérieure de chacun, l'esprit de dévouementà la place de l'esprit d'égoïsme.
Afin de substituer à ce qui est ce qui doit être, n'aurez-vous pas à combattre, à combattre longtemps, à combattre pour autrui bien plus que pour vous ? Car le terme du combat, vous ne le verrez point.
Qui vous soutiendra? Où puiserez-vous le courage de persévérer, si vous vous regardez, vous recherchez vous-même, si le juste n'est pas votre seul but, le devoir votre seul aiguillon?
Aucun bras n'est fort, aucune œuvre n'estféconde (jue par l'oubli de soi.
La terre est sèche et nue, et vous vouleziiu'clle reverdisse; faites comme le soleil qui donne sa chaleur, comme la nuée qui épanche ses eaux, sans demander aux herbes des champs ce qu'elles leur rendront en échange.