CHAPITRE xvii Le royaume de Dieu
Le royaume de Dieu, c'est le règne de sa loi. Or, la loi de Dieu doit régner dans chaque homme individuellement et dans la société; dans chaque homme pour régler son amour et ses actes; dans la société pour que, constituée selon l'ordre véritable, elle soit ce que Dieu a voulu qu'elle fût, une famille de frères, et que, marchant ainsi dans les voies d'une justice toujours plus parfaite, d'une charité toujours plus vive, l'humanité atteigne progressivement sa fin.
En ce qui louche l'individu, le royaume de Dieu ne vient point de manière à frapper les regards : il est au-dedans de chacun, puisqu'il n'est que la soumission intérieure à la loi, la pureté du cœur, la droiture de la volonté d'où naissent, par la fidélité aux devoirs, toutes ces saintes et obscures vertus que personne ne remarque, et sans lesquelles pourtant le monde, livré au mal seul, périrait.
Mais, ù l'égard de la société, rétablissement du
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royaume de Dieu, la venue du Fils de l'homme, ne s'opère qu'au milieu de commotions violentes : elles ébranlent, elles renversent tout, à Tlieure où les hommes s'y attendent le moins.
La veille, ils achetaient et vendaient, ils plantaient et ils bâtissaient, et voilà que soudain la terre tremble, le ciel est tout en feu, les chemins se couvrent de gens qui fuient; partout linondation, partout la destruction, comme aux jours de Lot et de Xoé.
Jésus annonce ces choses à ses disciples, pour qu'ils ne soient pas surpris quand elles arriveront. Et que leur recommande-t-il? De sortir au plus vite, de sortir sans rien emporter de la maison qui croule, du champ qui va être dévasté!
Ce champ, cette maison, c'est la vieille société condamnée à mourir, ce qui n'a plus en soi le souffle qui anime, ce qui doit disparaître à jamais.
N'en emportez rien ; que feriez-vous de ces restes du passé? Quel en serait l'usage dans l'ordre nouveau près de naître? A quoi seraient-ils bons? Est-ce dans les tombes que la vie germe? Est-ce de lambeaux de cadavres que les jeunes êtres sont formés?
Entrez, sans regarder en arrière, dans le monde des vivants, et laissez les morts ensevelir leurs ma ris.
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CUAPITRE XVIII Esprit de détachement
LliisLoire du jeune homme qui demande à Jésus ce qu'il doit faire pour j)0sséder la vie éternelle est pleine d'instruction.
Jésus l'interroge d'abord sur les commandements de la loi : ne point tuer, ne point dérober, et le reste; le jeune homme répond que depuis sa jeunesse il les a tous gardés.
Alors Jésus reprend : « Une chose vous manque encore : vendez tout ce que vous avez et le donnez aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel, puis, venez et suivez-moi. »
Quel est le sens de ce précepte? A quoi obliget-:l? Il faut, pour vendre, que quelqu'un achète, et par conséquent qu'une nouvelle propriété se constitue ; et si vendre était un devoir, il impli<iuerait évidemment celui de ne point acheter.
Ce n'est donc point la propriété que Jésus a voulu abolir, mais la pauvreté, autant (ju'il est possible; car entièremeni, cela ne se peut. ]'uus aurez toujours des pauvres parmi vous.
11 est clair aussi, par ces paroles puis vrurz^ cl suivrz-moi, que Jésus invile le jeune homme à s'associer à sa mission, mission qui impHijuail un plus grand renoncement, un dévouement plus absolu qu'il n'est commandé indislinclemenlà tous.
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Ce qui pour tous est un devoir, un devoir rigoureux, c'est le secours mutuel...
Mais le riche, dominé par une convoitise insatiable, trop souvent est sourd ù ces cris. Il n'a jainaisassez, il posséderait le monde, que le monde ne lui sulïiraitpas. Delà celle sorte de malédiction que Jésus prononce contre le riche, non parce qu'il est riche, mais parce que, endurci par la richesse, elle lui estune cause presque infaillible de perdition.
Soit à l'égard de l'état iutur, soit à l'égard de l'état présent, lorscjue le jour promis de la justice viendra, qu'il est diflicile (ju'un riche entre dans le royaume de Dieu!
Heureux donc les pauvres, comme il est dit encore : Heureux les pauvres en esprit!
CIIACriRE XIX Parabole des talents
On doit se garder de penser que le salut individuel soit le but unique, le but principal des i)réceptcs de Jésus, du christianisme tel qu'il l'a fondé ! C'est le genre humain qu'il a voulu sauver, et le salut de chacun n'est (ju'un moyen, un élément du salut de tous ; autrement, il aurait riq)0ussé les hommes dans l'égoïsme où vit quiconque, faisant de soi son adaire souveraine, ne s'occupo non plus que de soi.
^4S Ai'M'.M.icr.s
Au contraire, les devoirs qu'il impose ont tous les autres pour termes; il ordonne qu'on s'oublie pour eux, qu'on travaille pour eux, se donnant comme lui-même s'est donné ; et, selon sa doctrine, c'est ainsi qu'on travaille avec fruit pour soi.
Malheur à qui s'endort dans la solitude et la quiétude! Malheur <à l'ouvrier paresseux et lâche qui se repose avant l'heure, qui se retire à l'écart et s'assied à l'ombre, pendant que ses frères fatiguent sous le soleil 1
Le repos n'est pas de la terre et le repos absolu n'est pas même du ciel, car le repos absolu, c'est le néant.
Partout il y aura des devoirs à remplir et des fonctions h exercer, Ibnctions seulement de plus en i)lus hautes, de plus en plus faciles, à mesure que tout en nous se perfectionnera.
L'homme est né pour agir, pour creuser son sillon, pour faire valoir la mine qu'il a reçue du Maître, et dont le Maître lui demandera compte lorsqu'il reviendra.
Entendez-le bien, Jésus ne dit pas : Celui-là sera rejeté de la maison du Maître, retranché de sa famille, qui aura dissipé la mine qui lui était confiée; non, mais celui qui l'aura gardée avec un soin fidèlement stérile, et n'aura rien à rendre de plus.
Agissez donc, travaillez donc; que chacun, sans se lasser jamais, accomplisse l'œuvre ([u'il doit
nÉl-'Lli\l;)NS SUR LEi l'IVANCILKS '2W
accomplir. Elles sont toutes égales, quant à leur prix et quant à leur fin.
Le ftoi, l'Apôtre, l'Envoyé de Dieu pour établir son règne sur la terre, était le fils du charpentier.