‹ Lamennais à La ChênaieChapitre 32 sur 42 · CHAPITRE XXII Nécessité de la souffrance · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII Nécessité de la souffrance

Jésus l'avait dit bien des fois: ilfallait qu'il souffrît. C'était une condition de l'accomplissement de son œuvre; et tout ce qui sauve, tout ce par quoi s'opère l'évolution de l'humanité, son perfectionnement progressif, ne s'établit que par la souffrance, ne prend racine (pi'en elle.

Si le Christ a plus souffert qu'aucun autre, c'est que sa mission était pins élevée, plus grande qu'aucune autre, et quiconque, dans le cours des âges, y devra être associé, sera aussi, suivant la mesure même des devoirs qui lui seront imposés, associé à ses souffrances. Une des plus vives dut être l'abandon des siens, leur ingrate lâcheté. Tous le quittent, tous fuient au moment suprême. Un seul le suit, mais de loin et ne le suit que pour le renier.

Qui ne penserait que tout est fini, que l'avenir qu'aimonçait Jésus va descendre avec lui dans le sépulcre, et y dormir éternellement avec les os du supplicié?

Non, tout n"est pas lini, tout commence, tout naît. Pour que la parole régénératrice germe dans le cœur des peuples, il faut que la mort la féconde.

Est-ce que ce n'est pas ce qu'on vit toujours? Est-ce que ce n'est pas ce que voient vos yeux? N'y a-t-il plus de martyrs dans le monde, plus de prisons, plus de croix, plus de sépulcres, qui se referment sur les fils de Dieu, sur ceux qui s'efforcent d'étendre son règne?

Et à cause de cela même, la bonne doctrine ne se répand-elle pas, la bonne semence ne croît-elle pas, fiuctifiant chaque jour davantage?

Le signe de la condamnation, le signe de la lin, d'une fin prochaine, sur quels fronts est-il? Sur le front des puissances mauvaises, auxquelles la terre est encore livrée, ou sur celui des enfants du Christ qui combattent contre elles^ et dont nuit et jour le sang crie vers Dieu, comme le sangd'Abel, et le sang des prophètes et le sang des Justes qui ont combattu pour la délivrance depuis l'origine des siècles?

Ayez donc foi, quoiqu'il advienne, et que nulle persécution ne vous abatte, nulle défection ne vous trouble?

Malheur à Judas, malheur à l'homme par (pii le Fils de l'homme, l'humanité même, est trahie? Celui-là, comme il est écrit, s'en va en son lieu.

Et ceux qui seront demeurés avec le Fils de l'homme dans ses tentations, il leur prépare des

KKiaEMONS SI T, LES ÉVANGILES 251

trônes où ils soieront pour juger les douze tribus d'Israël, pour proclamer le triomphe de l'éternelle justice, pour constituer le monde selon l'ordre, selon les lois immuables du vrai et du bien.

Ce que vous commencez, d'autres l'achèveront, et ce sera l'œuvre de tous, et tous ne sont qu'an, car ce qui sépare n'aiïectc que le corps, l'enveloppe, le vêtement.

CIlAl'ITItE WIII Doctrine immuable du Christ. Sa vie parfaite

Le plus divin caractère de la doctrine de Jésus estqu'également vraie, également parfaite, quelque soit le développement de l'humanité, le temps n'y peut rien ajouter, rien retrancher. Soumise à la loi du progrès seulement dans ses applications, elle reste immuable en elle-même, différente en cela de tout ce qu'y peuvent joindre les hommes, des conceptions variables suivant l'état de l'esprit et de la science, par lesquelles ils cherchent à l'e.xpli(iuer à la raison. Le dogme, en ce sens, a ses phases, il se modifie, se transforme; la doctrine du droit et du devoir, la doctrine de vie, en dehors de ce mouvement, participe, dans sa sphère immobile, à l'éternité même de Dieu.

Quelles que soient les idées qu'on se fasse des choses et de leurs lois, en tant (|u"objel do l'iiilcl-

2^1 AI'PENDICES

ligence, le précepte d'hier sera le précepte de demain, le précepte de tous les siècles, comme de tous les mondes qu'habitent des ('-très sentants et pensants: car pour tous les êtres, la vie est Tamour, la vie est d'aimer Celui qui est la vie môme, et de s'aimer les uns les autres en lui et par lui.

Mais si la doctrine de Jésus a ce caractère de perfection qui l'élève au-dessus de tout ce que la terre entendit jamais, sa vie non moins parfaite l'élève également au-dessus de tout ce que la terre vit jamais.

Des enfants d'Adam lui seul a pu dire à ses ennemis : Qui de vous me convaincra de pcché? Soit qu'il parle, soit qu'il agisse, essayez de découvrir en lui quelque vue personnelle, quoi que ce soit qui procède d'un autre motif que le bien môme, ce sera vainement.

Il sort de lui comme une vertu de pureté et de simplicilé, (pii, se communiquant à ceux qui l'entourent, s'empare d'eux tout d abord. Chose remarquable! ses disciples mômes n'ont songé nia le défendre, ni à le louer.

On lit dans les Aclcs : Il jtossaen faisant te bien à tous et les guérissant (x, 38). Voilà tout. VA il savait (\ue ceci le conduisait au supplice ; et voyez-le dans le supplice, mettant à sa parole le dernier sceau, celui de la mort volontairement souHerte, signant avec son sang répandu pour ses frères le testament (piil laisse au monde.

HLI-LKXIONS SUR LKS KVANGILKS "lo'.i

Pas un reproche, pas une plainte : la mansuétude et le pardon. Cerlainemenl celui-ci était un homme juste, et le modèle de tous les justes, le type de la justice même et de la sainteté à laquelle est appelée l'humanité quil représentait, et que sauvera sa doctrine, incarnée dans sa vie, fécondée par sa mort.

Page 1