‹ Lamennais avant l'"Essai sur l'indifférence" d'après des documents inédits (1782-1817): étudeChapitre 12 sur 45 · BLA12B, I · texte numérisé non relu

BLA12B, I

sécutions, l'Eglise dut faire front aux héréliques, unis dans leur haine commune du souverain Pontife. A la mort de Pie VI, les adversaires de la religion, servis par les armes de la France, croyaient triompher, quand par un concours merveilleux de circonalances, les ennemis ordinaires du Saint-Siège protégèrent l'indépendance du conclave, qui plaça sur la chaire apostolique le Pontife le plas digne de l'occuper. La situation de l'Eglise paraissait alors très grave : en France, à côté des incrédules qui se réjouissaient da schisme constitutionnel, il se trouvait des hommes politiques qui voulaient pour le peuple une religion, quelle qu'elle fût, peu leur importait laquelle. Et tandis que les auteurs de la Tradition, exaspérés sous Napoléon, désiraient une persécution ouverte et aspiraient au martyre, Lamennais déclare à présent que si « Bonaparte se fût lié avec les constitutionnels, ou qu'il eût embrassé le protestantisme, comme il parait en avoir eu un moment le dessein, c'en était fait en France de la religion catholique (1) ».

Le 9 novembre, Féli écrivait : « Si j'ai le temps, je ferai sur le Guide un petit article qui nous sera utile de deux faqons (2) w. Cet article parut à la Sn du mois (3). DeuxcAlés très différents du génie de Lamennais s'y trouvent unis et comme fondus; car le petit livre pieux de Louis de Blois devient une arme entre les mains da polémiste : constatant la pauvreté des écrits ascétiques dans les sectes séparées, notamment chez les protestants, il en trouve la raisoa dans rinfériorilé de leur doctrine purement humaine, en face de la féconde « doctrine du sacriOce qui fait le fonds de la religion catholique ».

En décembre(4), Lamennais rendait compte de l'ouvrage suivant:

[1] L'Ami de ta Religion, III, 151.

(2) Blaize, I, 137. « Je donnerai, dit-il dans la même lettre, ces jour»> cl à Picol, un article sur l'IIoiversité, à propos des deux brochures en sa faveur que tu as lues ici. L'article n'est pus merveilloux. Il est sur le ton ironique. Il y a deux ou trois traits assez mordants. » {Ibidem) Je n'ai pas retrouvé cet article dans l'Ami de la Religion.

(3) L'Ami de la Religion, III, 209-214.

(4) Ibid., 257-267.

Réflexions sur quelques parties de notre législation civile, envisagée sous le rapport de la religion et de la morale, le mariage, li divorcé, les enfants naturels, F adoption,! a puissance paternelle, etc. par Ambroise Rendu, avocat à la Cour royale de Paris, inspecteur général et conseiller ordinaire de t Université royale de France. Il reproche à l'anleor de ne pas conclure conformément à ses principes, en n'arfirmanl pas que la loi doit déclarer le sacrement nécessaire à la validité du mariage civil. Mais, « entraîné par Fesprit de son siècle, il cherche à composer avec les erreurs et les passions, et il ne s'aperçoit pas que leur abandonner un seul point, c'est prendre l'engagement de leur céder sur tous les antres. Âli! repoussons loin de noas ces doctrines énervées, ces systèmes mitoyens, où l'on s'efforce de rapprocher les extrêmes, de concilier les contradictoires, d'allier ie bieu et le mal, et où l'on osa proposer à la religion, à la morale, à Dieu même des capitulations (1) ».

La publication de l'article intitulé Du droit de joyeux avènemen avait été retardée (â) : une note de la rédaction laisse entendre que l'article ne lui semble pas juste de tout point (3), Picot était trop gallican pour accorder h Lamennais que ce prétendu droit était un abas. n dut lui en couler de laisser imprimer cette phrase : u Le clergé tenta inutilement de secouer le joug qu'on lui imposait, et la servitude des brevets fut ajoutée à tant d'autres qu'on appelait des libertés (4). »

Dans les Mélanges qui parurent en 1819 à la suite des Réflexions sur fétat de FEglise, Lamennais ne recueillit ni cet article, ni ceux relatifs au Traité sur la fin du monde, non plus que les Considérations sur le Pontificat de Pie Vil.

Désormais, il cesse de collaborer avec Picot, tâche qu'il avait ac. ceptée à contre-cœur, et sur les instances réitérées de Teysseyrre.

(1) Premiers mélanges, 271.

(2) Vami de la neligion, III, 337-346, il no parut qu'en Janvier 1815.

(3) Ibid., 337, note, (i) thid., 3*1.

Dès lors il faisait peu de cas de Picot, comme le prouve la lettre suivante :

« Dans les temps ou les bêles parlaient, me disait ma vieille gouvernante, (ille de mérite, fille rare, qui savait sur le bout da doigt tous les contes de m^re l'Oie, je ne me lassais point de l'entendre ; elle mettait tant de vérité dans ses récits que je me croyais, malgré que j'en eusse, au temps où elle avait établi la scène. C'était proprement un charme. "Voua qui savez combien sont vives les impressions de l'enfance, combien elles influent sur nos affections, nos goûts dans le cours tout entier de la vie, jugez avec quel inexprimable plaisir je lis aujourd'hui l'Ami du Roi. Que de doux souvenirs il me rappelle ! Que d'aimables illusions il réveille en moi ! Le bon M. Picot, la bonne Thérèse se confondent, s'identifient tellement l'un avec l'autre dans tout mon esprit que souvent je ne sais pas où les distinguer. Et pourquoi chercberais-je après tout à dissiper le prestige ? pourquoi voudrais-je séparer ce que la nature môme a uni ? N'est-il pas d'ailleurs trop heureux aujourd'hui que l'amour de la nouveauté tourne la plupart des têtes, qu'au moins, dans ce délire universel, les anciennes traditions aient conserve' un fidèle interprète. Sans lui, sans M. Picot, la gent humaine serait trop fière de son partage ; elle finirait par s'approprier l'ennuyeux don de la parole comme un privilège exclusif; il y aurait prescription contre les amis de ma bonne Thérèse, et je ne m'en consolerais jamais. Lisez donc, mon cher, l'Ami du Roi, relisez sans cesse, afin de pouvoir un jour avec cette autorité que donne l'expérience répéter à vos enfants : Dans le temps, dans l'beareux temps, et le reste, que vous savez et que tout le monde sait (i) >.

L'admiration que M. Picot éprouvait pour les La Mennais, sans les admirer assez au gré de Teysseyre, n'était donc pas réciproque (2).

(1) Lettre do 22 décembre 1814 à Querret. Roussel, Hevue du monde catholique, 1" août 1001.

(2) Réponse de Teysseyre à une lettre du 19 septembre 1814. Roussel, 1,52.

— l'Jo —

A mesore qne Picot s'afifermit dans ses principes gallicans, Féli ne se contenta plas de relever nombre de bêtises (1) dans ses écrits, mais il perdit ponr lui toute estime (2) ; car, passionnément épris de la vérité, il la trouve si belle qu'il lui semble que c'est l'offenser qne de ne pas la voir, et, dans son ardeur à la venger, il ne distingue plus ceux qui l'aiment, sans la connaître, de ceux qui la nient parce qu'ils la craignent.

(1) Roussel, 1,51.

(2) Féli à Bruté le 9 octobre 1831. Godrnerie, 170.

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