F. AI
— Je vous envoie, mon cher ami, le livre italien dont je vous ai parlé. Il vous intéressera. N'oubliez pas l'article que vous m'avez promis, et faites-le de manière qu'il puisse être entendu un peu par tout le monde. Je vous embrasse de tout mon cœur.
La lettre suivante, du même au même, date vraisemblablement de 1S1 j, comme semblerait l'indiquer le passage relatif à Wellington que la bataille sanglante et indécise de Toulouse (10 avril) empêcha de pénétrer plus avant sur le territoire français. Elle a pour suscription : 8 A
M. Querret, professeur de mathématiques à St- Malo. »
— Enfin, mon cher ami, me voilà : ce n'est pas grand chose, comme vous voyez ; mais c'est quelqu'un qui vous aime bien et qui est tout honteux d'avoir tardé si longtemps à vous en assurer de nouveau. Je ne dirai pas que si je ne vous ai point écrit, vous ne m'avez point écrit non plus ; mauvaise excuse que cela. Je sais très bien dans ma conscience que vous pouvez à peine disposer d'un moment, et je plaiderai votre cause quand vous voudrez. La mienne ne serait pas tout à fait si aisée à défendre ; une belle et prompte retraite serait peut-être le plus sage parti, d'autant plus que les retraites sont de mode cette année. Que vous seriez aimable, si vous en veniez foire une à la Chesnais (J) : allons, mon ami, imitez à votre tour le grand Wellington. Je ne dis pas que vous veniez à reculons, mais je voudrais qu'il ne tint
(i) Féli écrivait, le plus souvent, Chcnaic, et Jean, Cbesnaie ; mais
ils n'étaient guère plus fixés là-dessus que sur leur nom même qu'ils transcrivaient tantôt d'une façon, tantôt d'une autre, comme on le verra. Nous les imitons un peu, sans trop nous en douter.
d'après des docc
qu à mot, que VOUS ne puissiez vous en retourner que comme cela.
Qu'est-ce que ce traité des probabilités, par M. De Laplace ? L'avez-vous lu ? Comme il est extrêmement probable que je ne le lirai point, je serais bien aise d'apprendre de vous ce qu'il en faut penser, et surtout si sa théorie peut avoir quelque application utile. Je m'imagine qu'il aura essayé de soumettre au calcul les probabilités morales et historiques, et peut-être même les faits surnaturels, en sorte que son livre, ou ses formules, seraient comme le symbole de la foi géométrique. Il me semble que son sujet le conduisait jusque-* là : s'il s'est arrêté en route, c'est plus de sagesse qu'à lui n'appartenait. Je regrette que les journaux ne nous fassent point connaître les ouvrages de sciences. On aimerait à suivre l'esprit humain dans toutes ses démarches, et même dans tous écarts ; à l'observer sous toutes les formes qu'il prend, bien qu'il y en ait quelquefois de fort droit enfin, c'est, à mon avis, un spectacle extrêmement curieux que ses grands efforts et ses pet:: ruses pour déguiser son ignorance profonde et sa
profonde impuissance. On rit alors, ou au moins on sourit, et l'on dit avec le poète : Homunculi quanti sunt citm recogito Vale et me ama.
— Je ne vous écris que deux mots, mon cher ami, parce que je suis fort souffrant et fort occupé. Au reste, je ne tarderai pas à me rendre en Bretagne. L'objet de ce billet est de vous prier d'engager Mlle votre nièce à suspendre la traduction de Spedalin, ayant renoncé à ma collection. Je paierai, bien entendu, ce qui est traduit ; mais il serait inutile d'aller plus avant. Mille amitiés bien sincères et bien tendres.