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CHAPITRE III

Les Trahisons et les Calomnies

L'archevêque de Malines était alors le prince de Méan. Il suivait attentivement les progrès des champions de la liberté religieuse en France. Il était mieux placé que tout autre pour connaître les dangers auxquels cette grande cause exposait ceux qui la voulaient soutenir. Il savait l'opposition lâche et toute-puissante qu'elle rencontrait en haut, et comprenant toute la portée de son acte, il eut le courage d'affirmer ces mêmes doctrines au Congrès national. Il réclama des représentants de son pays la liberté de l'Eglise belge, c'est-àdire la libre communication avec Rome, la liberté de l'enseignement et celle d'association. Il ne différa de Y Avenir que sur la question du traitement du clergé ; mais cette divergence provenait de la situation particulière en laquelle se trouve

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l'Eglise belge. En Belgique, eu effet, la nation étant foncièrement catholique, il importait peu qu'elle pourvût elle-même aux besoins de son culte par uue loi ou par des secours individuels. En France, au contraire, le budget du clergé était un impôt et non un hommage à la religion, un impôt qui affaiblissait l'Eglise, parce qu'on supposait que, sans lui, l'Eglise périrait. Aucun Belge n'avait cette pensée de sa religion, aucun n'aurait osé lui dire : Tu es bienheureuse que je te paye, car tu as faim. L'Eglise belge n'avait donc pas à prouver qu'elle pouvait se passer de l'aumône de l'Etat. Sa force morale lui était acquise, elle n'avait qu'à la garder.

En second lieu, les catholiques beiges avaient une position patriotique dans leur pays. Le gouvernement n'aurait pas profité de leur traitement légal pour les asservir, et néanmoins l'archevêque de Malines voulait que le Congrès donnât au clergé des garanties à cet égard, afin d'à// pêcher que, du chef de ses traitements, aucun agent du pouvoir exécutif ne puisse gêner le libre exercice du culte.

N'était-ce pas assez pour engager plus avant Lamennais et ses disciples dans une lutte si glorieuse ! Les témoignages de sympathie qui leur venaient de toutes parts sous la forme d'adhésion, de secours ou de protestations, les hauts patronages qui semblaient les couvrir n'étaient-ils pas de nature à les encourager, à les confirmer dans la vérité de leurs doctrines et dans la justice de

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leur cause ? La résistance des ennemis ne faisait alors qu'exciter leur ardeur, et leurs mauvais procédés, leurs persécutions lâches, exaspérer leur foi profonde et généreuse.

Cependant la conjuration ourdie dans les basfonds des convoitises inassouvies prenait de plus en plus jour. Le gouvernement et Fépiscopat gallican s'unissaient pour la commune défense de leurs prérogatives et de leur despotisme ébranlés.

Lamennais et Lacordaire comparaissaient au tribunal de simple police correctionnelle au sujet de deux articles qui avaient paru dans l'Avenir, sous le titre : Aux Evêques de France, et qui était de Lacordaire; l'autre sous celui à3 Oppression des Catholiques, et qui était de Lamennais. Lacordaire lui-même soutint la défense; elle lui donna l'occasion de repousser à la fois, et, d'une langue ferme, les calomnies qui, comme des serpents, bavaient à terre, et les insinuations perfides du ministère public. 11 termina par ces mémorables paroles, qui allèrent ranimer la foi engourdie dequelques prêtres attardés dans l'erreur : «Je proteste contre cette idée que les prêtres catholiques sont les ministres d'un souverain étranger. Non, Messieurs, cela n'est pas; nous sommes les minislres de quelqu'un qui n'est étranger nulle part, c'est-à-dire de Dieu.»

rendant que Lea deux illustres prévenus de la liberté et de Dieu sunt assis sur le banc du tribunal correctionnel, la haine basse sème partout

son œuvre de destruction et de défiance. La persécution dont sout l'objet Lamennais et Lacordaire ne la désarme pas. Un instant les coups se détournent du maître pour s'acharner sur son jeune et vaillant disciple. Lacordaire est violemment pris à partie dans l'affaire des aumôniers des collèges royaux de Paris. On cherche à le mettre en contradiction avec lui-même, on épluche ses moindres paroles, on accuse sa plaidoirie d'être un tissu d'erreurs. \'Ami de la Religion, l'organe du pouvoir public et du gallicanisme, se fait remarquer surtout par la mauvaise foi de ses attaques et de ses allégations mensoîigères.

Cette fois l'abbé Gerbet n'y tient plus. Lui, l'homme de réserve et de prudence, le sage qui ménage sa parole pour ne la placer qu'au bon moment et au bon endroit, se révolte. Le soir même il tient conseil avec le maître, à Juilly. Lamennais, penché sur Lacordaire, le regardait avec une tendresse de mère ; il le consolait et cherchait à lui faire oublier les blessures dont son jeune front était meurtri, parles douceurs de ses témoignages d'amitié. Cet homme d'ordinaire si froid, si austère, s'effondrait en tendresse comme une femme, quand il voyait souffrir autour de lui. 11 embrassa Lacordaire avec effusion, puis le regardant dans le fond de l'œil comme l'aigle regarde l'aigle, il lui dit d'ineffables choses qui restèrent jusqu'à la mort attachées à son âme. Et pendant que le maître berçait ainsi le disciple

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sur son cœur, Gcrbet écrivait d'une main

ferme :

« Lettre de Vabbé Gerhet à Z'Ami de la Religion, sur son compte rendu du plaidoyer de Vable Lacordaire. . a . . .W1

« Pans, 23 janvier 18«H,

« Monsieur, u Le compte rendu du discours de M. l'abbé Lacordaire devant la Cour royale, que contient votre numéro du 22 janvier, est dans son ensemble (je me sers de suite du mot propre) une calomnie. Le but évident de cet article est de jeter des nuages sur rattachement de M. Lacordaire aux principes du catholicisme. Vous savez bien pourtant, en votre âme et conscience, qu'il y tient plus que vous, car votre gallicanisme ne peut lui faire d'autre reproche que d'être trop attaché à Rome. Mais cela même révèle le mystère que recouvrent ces imputations calomnieuses. Elles se rattachent à un plan que vous suivez depuis longtemps, Monsieur, avec une triste fidélité et qui consiste a présenter ceux qui ont le malheur de professer une soumission sans bornes au vicaire du Christ comme des hommes qui cachent, sous une apparence trompeuse, la révolte et le schisme. Vous poursuivez dans M. Lacordaire un nom plus grand encore et quelque chose aussi de bien autrement respectable que ce nom. Alors même que vous paraissez n'attaquer au grand jour que les personnes, la doctrine romaine est là, dans l'ombre, comme

l'éternel et invisible ennemi que cherchent vos coups.

« Ne vous étonnez donc point si je me fais un devoir de vous répondre. Uni à M. l'abbé Lacordaire par les liens de la plus élroite amitié, j'ai à défendre contre vous ce qu'il y a de plus sacré dans la réputation de mon ami, la foi d'un bon prêtre. Mais bien plus dévoué encore à ia cause du Saint-Siège, je viens vous demander compte des injures que vous avez prodiguées à ses défenseurs. Je veux dévoiler, dans une seule, la valeur de toutes les autres, et faire enfin retourner la lumière sur six ans de déceptions. Prenez-y garde, Monsieur, il s'agit ici beaucoup plus de votre réputation, à vous, que de celle de mon ami. Je le défends bien moins que je ne vous accuse...

« Ce prêtre, Monsieur, va paraître dans huit jours devant la Cour d'assises, pour avoir poussé le cri d'alarme à la face des dangers qui menacent le catholicisme, et qui vous ont effrayé vousmême, pour des paroles brûlantes d'amour pour l'Eglise, pleines de la soumission la plus profonde à son chef, de la vénération la plus tendre pour nos premiers pasteurs. C'est ce moment que vous avez choisi. C'est lorsqu'il est en butte aux persécutions du pouvoir que vous essayez de lui ravir l'estime de ses frères !

« Ceux qui liront son discours et votre compte

rendu, Monsieur, auront à comprendre d'où peut venir tant de haine contre des efforts tentés av< c une bonne foi si publique et avec un dévouement pour lequel la justice criminelle sera peut-êtremoins rigoureuse que la vôlre. Il y a longtemps que cette haine se révèle par les mêmes insinuations, et qu'on s'acharne à prédire le jour où nous tomberons dans le silence et dans l'hérésie. Dix ans de patience et d'un catholicisme éprouvé n'ont pas touché nos persécuteurs. Le jeune homme qu'ils poursuivent aujourd'hui s'attendait au même sort, et il le portera avec une constance qui ne désarmera pas l'orgueil des opinions blessées, mais que Dieu et ses amis consoleront à Tenvi jusqu'au jour où la haine se tait devant la mort.

« Je suis, Monsieur, etc.

« P. Gerbet. »

Il est vraiment touchant de voir l'union qui existait et faisait battre à l'unisson des mêmes sentiments toutes ces âmes. Combien de fois durent-ils terminer leurs veillées en chantant : « Oh ! qu'il est bon à des frères de vivre ensemble. » Quant bornent et quant jucundum habitare fratres in ununt. Il faut remonter bien haut au temps des mœurs primitives, et des amitiés monastiques pour retrouver un tel accord de doctrine, de pensée et de sentiment.

D'ordinaire, quand de grands esprits s'unissent pour travailler à une œuvre commune, ils ne s'entendent qu'à condition de suivre chacun sa pente

et sa nature. La communauté de vie est une source de division et souvent de rupture, parce qu'elle découvre à la longue les travers que la distance tient voilés, et provoque des froissements et des heurts. Ici la bonne entente était telle qu'aucun ne pouvait se passer du commerce de l'autre. Les disciples recherchaient sans cesse le maître, et le maître recherchait ses disciples. Ils ne disaient, ils n'écrivaient rien qui ne fût éclos de leur cerveau commun. Aussitôt qu'une nouvelle peine affectant l'àme de l'un arrivait, elle se répercutait dans l'âme de l'aulre. Ils s'aimaient tous, en toute simplicité et droiture, et se comprenaient de môme. Aussi trouvaient-ils, parmi tant de querelles et d'injures du dehors, la paix et le repos au dedans.

Cependant, rien ne désarmait l'envie meurtrière des uns, et la colère haineuse des autres. Les procès succédaient aux procès, les calomnies s'accumulaient sur les calomnies. On ne pardonnait pas aux rédacteurs de Y Avenir d'avoir quelquefois raison. Lacordaire, jeune encore, d'une àme sensible et peu trempée dans les luttes déloyales d'adversaires qui n'attaquaient jamais de front, se sentait fort abaîtu. Lamennais, qui le voyait, s'empressait davantage autour de lui, et il l'entraînait, au sortir des bureaux de la rue Jacob ou de la rue Saint-Germain-des-Prés, vers la diligence ,cette petite diligence de Paris à Juilly qui fut, en ces jours de tempête, la confidente de leurs souffrances, et souvent, de leurs angoisses.

Gerbet joignait ses tendresses à celles du maître, pour retenir, le plus longtemps possible, le jeune disciple à la campagne aimée qui délasse l'esprit et quelquefois soulage le cœur. Malgré la sévère et admirable réponse de l'abbé Gerbet, Y Ami de la Religion continuait ses attaques contre le plaidoyer de Lacordaire ; il en falsifiait le texte, en dénaturait le sens, y mettait surtout les erreurs qu'il désirait y trouver, et qu'il ne pouvait y découvrir. Cette mauvaise foi dans la discussion révoltait ces âmes droites et pures, qui manquaient même de cette souplesse rampante que réclame la fourberie. Les choses allèrent à tel excès, que Lacordaire, n'en pouvant plus, adressa cette lettre sèche de colère et de dédain à la rédaction de Y Avenir :

« A Monsieur le rédacteur de Y Avenir.

« Paris, 6 février 1831.

« Monsieur,

«J'apprends qu'on attribue la non-publication de mon plaidoyer à la crainte que j'aurais de reproduire devant le public les paroles que j'ai prononcées devant le jury. Gomme il ne faut jamais être lâche, ni laisser croire qu'on l'est, vous aurez demain mon discours, sans qu'il y manque une syllabe. Je vais y donner ma nuit.

« H. Lacordaihe. »

Le plaidoyer parut intégralement le 8 février 1831. Il ne fit que redoubler l'acharnement des adversaires, car ils étaient convaincus de men-

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songe. Lacordaire disait tout le contraire de ce qu'ils lui attribuaient. En voici deux passages qui résument tout le discours:

« Qu'esl-ce donc, Messieurs, qu'un concordat ? Qu'est-ce que cette alliance qui ne trouve sa place ni quand l'homme opprime Dieu,, ni quand Dieu règne sur lui, ni quand la liberté est un bien commun entre l'homme et Dieu ?

« Il faut que je vous le dise, Messieurs, afin que vous compreniez l'amertume et l'indignation qui ont animé ma plume, à la première nouvelle que le pouvoir civil ne renonçait pas encore à nous imposer des évêques, au nom du Concordat, à nous émanciper par le sang de nos concitoyens ; car le sang qui coule pour la liberté profite à tous, fût-ce à des ennemis, et le sang qui ne profite pas à tous n'a pas coulé pour la liberté.

« Mais je dois le déclarer avant tout : prêtre, dont j'ai formellement réservé les droits dans mon article, je ne puis m'élever contre les concordats que dans les limites de ces droits reconnus. En consentant, quoique à regret, à leur établissement, le Saint-Siège a usé d'un pouvoir devant lequel doit fléchir toute conscience catholique. Tout ce qu'd a fait est bien fait ; car il est des époques où de grands maux ne peuvent être évités qu'au prix de grandes condescendances, et l'autorité du Père de tous les chrétiens, sacrée pour tous dans tous les temps, ne nous est jamais plus vénérable et plus chère que lorsque, cédant à la rigueur de circonstances inexorables, elle

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reçoit comme La consécration d'un douloureux sacrifice. Mais je dois me placer dans le seul point de vue que vous [tinssiez saisir, vous qui êtes mes juges, et qui pouvez n'être ni catholiques ni chrétiens. Je vous dirai donc seulement ce qu'ont été les concordats dans les intentions et entre les mains des gouvernements.

« Le concordat n'est qu'une alliance, qu'une convention entre le gouvernement et Sa Sainteté. C'est le titre qu'il porte au Bulletin des Lois. La loi intervenue à son sujet ne change pas sa nature ; elle n'est qu'un accessoire qui suit le sort du fond. Or, un traité est susceptible d'être dissous, lorsqu'une des parties n'y trouve plus les avantages qu'elle y avait cherchés; et dans le concordat, l'Eglise catholique est une des parties contractantes ; l'Eglise catholique n'y a rencontré que l'oppression cachée sous des promesses violées le lendemain par les articles organiques avec une mémorable impudeur. Je n'énumérerai pas ces violations de la foi jurée ; elles sont connues ; elles ont fait de notre législation religieuse un exécrable attentat au droit des gens, et je répéterai ce mot : un exécrable attentat ! Eh bien, moi, catholique, c'était mon droit d'en demander la dissolution, mon droit de la flétrir. »

Les coups furieux un moment détournés revinrent bientôt sur Lamennais, qui les provoquait du reste à merci, par le sarcasme et la mordante invective dont il emplissait sa polémique. Trois fois déjà il avait déclaré sa profonde soumission aux

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décrets du Saint-Siège ; il avait exposé ses doctrines, sans qu'on y pût rien découvrir qui fût contraire à renseignement et à la tradition de l'Eglise,

Il y était revenu souvent, môme dans ses articles, toujours avec la môme vigueur, la même confiance et la même sincérité. Malgré ses affirmations réitérées, ses professions de foi brûlantes d'amour et d'une sainte ardeur, on revenait toujours à la charge, on cherchait la révolte sous les serments d'obéissance, l'erreur sous la vérité.

Ne pouvant s'en prendre aux mots qui flamboyaient comme des glaives au combat, on en contournait le sens : « Mais qu'avez- vous voulu dire, par cette phrase? Elle prête bien à équivoque et à suspicion. Entendez-vous la liberté au même sens que l'Eglise? » Lamennais fait alors une nouvelle déclaration que signent avec lui tous ses collaborateurs. Elle se terminait par ces admirables paroles :

« Si, dans les principes que nous professons, il y a quelque chose qui soit contraire à la foi ou à la doctrine catholique, nous supplions le Vicaire de Jésus-Christ de daigner nous en avertir, lui renouvelant la promesse de notre parfaite docilité.

« A Dieu ne plaise que nous puissions jamais mettre nos sentiments particuliers à la place de la tradition de l'Eglise dont il est l'interprète souverain. Ce qui se passe autour de nous, ce vaste chaos d'opinions ne nous avertit que trop com-

bien chaque homme doit se défier de ses lumières si faibles, si bornées. Pour nous, la soumission, qui est noire premier devoir comme catholiques, est en quelque sorte notre être comme écrivain*. Toute parole de révolte dans notre bouche serait le suicide de toutes nos paroles. Car notre premier principe, le principe vital de nos écrits, l'âme de notre intelligence, c'est que la vérité n'est pas un bien qui nous soit propre, et, depuis notre doctrine sur la raison jusqu'à notre foi en la Chaire éternelle, de toutes parts nous sommes comme enveloppés d'obéissance. Nous finirons, avec la grâce de Dieu, comme nous avons commencé. Après que nous aurons traversé des jours pleins d'épreuves et de combats, lorsque notre dernier soupir aura marqué le terme de nos travaux, on pourra, sans être démenti par aucun souvenir de notre vie, nous en avons l'espérance, on pourra graver sur nos tombes ces mots de Fénelon : « 0 Sainte Eglise de Rome ! Si je t'oublie, puissé-je m'oublier moi-même ! »

Une circonstance particulièrement pénible vint aggraver la situation déjà si périlleuse des rédacteurs de V Avenir. Le Père Ventura, général de l'Ordre des Théatins, dont on connaissait la profonde admiration et le dévouement pour Lamennais, éprouva le besoin de protester contre les doctrines politiques de Y Avenir. Il en approuvait les principes religieux, mais il en rejetait les principes politiques. Il n'en fallut pas davantage pour raviver les attaques déjà fort envenimées :

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« Vous voyez bien que vous êtes dans l'erreur, puisque vos meilleurs amis, les mieux placés pour Le savoir, vous le disent. » Ella Gazette d'ajouter aussitôt : « On verra comment à Rome on juge la direction politique de ce journal. L'auteur de cette letlre partage les opinions ultramontaines de V Avertir, mais il blâme hautement l'alliance de ce journal avec la révolution. »

Notre déclaration est formelle, répond Gerbet : nous sommes catholiques, et catholiques sincères. D'où vient que la Gazette passe sous silence cette déclaration ? Nous croyons devoir répéter ce que nous lui disions hier à bon escient : « Ce n'est pas le tout que de flatter les rois ou quelque parti puissant caché dans l'ombre ; il faudrait pouvoir tromper encore une autorité plus haute et un peuple tout entier, afin de parvenir à étouffer la vérité. Oui, et notre courage ne se démentira pas, maintenant que nous avons déposé notre foi, notre doctrine, nos sentiments, nos peines même et nos inquiétudes aux pieds du Père commun des chrétiens. »

La lettre du Père Ventura jeta la consternation parmi les champions de Dieu et de la liberté, non pas à cause de ce qu'elle disait, mais à cause du parti qu'en pouvaient tirer les adversaires. Le soir même qu'elle parut, Lamennais se retira dans sa chambre, morne, silencieux. Gerbet l'y suivit incontinent. Les deux amis se regardèrent un instant, et brusquement Lamennais avec une colère concentrée s'écria : « Qui nous disait donc

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