‹ Lamennais et GerbetChapitre 16 sur 56 · L . 1 M E N NÂ1 S E T G E R II E T · texte numérisé non relu

L . 1 M E N NÂ1 S E T G E R II E T

Sur ces entrefaites, Lacordaire arrive à Juilly. C'était le 28 mars 4831; le ministre Montalivet venait de prendre possession du portefeuille du Ministre des Cultes, et comme don de joyeux avènement sans doute, il mande une circulaire à ses préfets. C'était l'époque des circulaires. Sur ses ordres, le recteur de l'Académie de Lyon adresse à tous les curés la lettre ci-jointe :

a Monsieur le curé,

« Le Conseil royal de l'Instruction publique, après avoir pris connaissance exacte du nombre et de la situation des écoles soit laïques, soit ecclésiastiques non autorisées, a statué qu'elles doivent être immédiatement fermées. »

« Nous allons publier cette lettre, dit Lacordaire aussitôt, afin qu'entre le despotisme et la verge delà publicité, il s'écoule le moins de temps possible. Le despotisme se hâte; nous nous hâtons aussi. Quoique partis plus tard, nous espérons l'atteindre et le frapper, jusqu'à ce que la France l'étouffé. »

Lamennais et Gerbet n'étaient pas hommes à calmer l'indignation de Lacordaire. Ils étaient tous du même feu en face des lâches persécutions dont l'Eglise était l'objet.

Aussi, dès le lendemain, Lacordaire publiait la lettre du recteur de l'Académie de Lyon, et l'accompagnait de ce superbe défi :

« Quanta nous, qui venons de signaler ce nouvel acte de despotisme, nous ferons davantage. Il

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faut que la question se décide entre la France et l'Université. Depuis longtemps nous avions le projet d'ouvrir une école sans autorisation, en vertu de la Charte. L'Agence générale pour la défense delà liberté religieuse se charge d'accomplir ce projet, et avant un mois il sera en pleine exécution dans la capitale. Nous verrons si les tribunaux, si la Cour suprême du royaume sanctionneront les violences et les concussions inouïes de l'Université. Nous demanderons vengeance à nos magistrats de cette Babylone qui boit jusqu'au bout le sang de la France.

« Nous la traînerons, non pas dans la honte, cela est impossible, mais au grand jour de la justice. Et que, jusque-là, les catholiques de Lyon, les instituteurs quels qu'ils soient qui aiment la liberté, se liguent par une résistance commune contre les derniers soupirs de cet imbécile féodalité de la science. Qu'ils jettent à la fois contre elle un cri de réprobation devant mille tribunaux, qu'ils fassent pâlir ceux qui n'ont rougi de rien. »

On voit à quel diapason aigu montait la polémique sous les coups renouvelés de la persécution la plus perfide et la plus odieuse. Les croix étaient enlevées une à une de tous les édifices et des places publics, parceque leur vue blessait sans doute l'impiété voltairienne, qui dominait les hautes sphères du gouvernement de Louis-Philippe.

Tous ces attentats contre les libertés de

l'Eglise, qui se renouvelaient à intervalles bien calculés de manière à ne pas trop émouvoir d'un coup l'opinion, portaient la fureur des champions de Y Avenir à son comble. Ils réveillaient la foi là où on la voulait engourdir; ils ouvraient les yeux à ceux qu'on voulait conduire à l'abîme. C'était plus qu'il n'en fallait pour que cette monarchie révolutionnaire, de concert avec quelques évêques, semât la haine et le discrédit contre eux jusque dans Rome même, comme le témoigne la communication suivante émanée de Rome :

« Quelques réfugiés français ont formé ici une coterie gallicane, aussi aveugle qu'intrigante. Ce sont ces mômes hommes qui ont déjà fait tant de mal à la religion parmi vous : vous les reconnaîtrez à ce trait. U Avenir est particulièrement en butte à leur animadversion ou plutôt à leur fureur, qui est bien plus politique que religieuse. Ils ne vous pardonnent pas d'avoir placé vos espérances dans le catholicisme seul, d'avoir répudié le symbole de la légitimité gallicane et vous être rallié franchement à votre nouvelle constitution, votre nouveau gouvernement, sous la seule condition qu'il protège l'ordre et rende à l'Eglise sa liberté.

« Ce fond de leurs pensées est trop visible pour qu'on puisse s'y méprendre, et comme personne ici n'aime à se compromettre h l'égard d'aucun gouvernement, les esprits faibles, que leurs déclamations pourraient ébranler, s'abstiendront eux-mêmes, ne fût-ce que par prudence,

de faire chorus avec eux. Singulière destinée pourtant. Rome a donné un asile charitable aux derniers restes du gallicanisme, ainsi qu'aux débris de la famille de Bonaparte ; l'une vient de conspirer contre elle, l'autre intrigue à la fois dans son propre sein, contre son autorité spirituelle et ses intérêts politiques, que de tels hommes ne pourraient que compromettre, s'ils pouvaient obtenir ici quelque influence. Mais vous pouvez croire qu'on les laissera dans leur complète nullité. »

La diplomatie circonvenait le Pape, mais le Pape, qui voyait clair dans ces agissements, ne se prononçait pas au gré des pouvoirs publics et des évêques gallicans menacés. 11 savait trop bien que, dans un avenir plus ou moins éloigné, le mouvement imprimé parles vaillants rédacteurs de l'Avenir serait suivi pour l'honneur et l'affranchissement de l'Eglise.

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