‹ Lamennais et GerbetChapitre 2 sur 56 · L . 1 M E N NÀ1 S È T < ) E RBBT · texte numérisé non relu

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les brûlures et les plaies que la parole enflammée du maître pouvait faire, quand il se débattait dans la lutte. Au temps de la grande gloire, on les comparait, l'un à Bossuet et l'autre à Fénelon. Oui, Lamennais était un Bossuet, moins le calme, la sérénité, et cette pleine possession de soi dans les hauteurs qu'il atteignait.

Bossuet plane comme l'aigle dans le sublime : Lamennais n'y arrive que par bonds, et ne s'y maintient que par l'éclat de l'invective. Bossuet est toujours le même; Lamennais, jamais. Gerbet a plus d'unité, mais aussi moins de vigueur. C'est un Fénelon moderne, mais un Fénelon plus philosophe, un Fénelon plus mâle, si je puis m'exprimer ainsi. On sent qu'il a moins sacrifié à l'élégance de la forme. Le cygne de Cambrai s'était plus nourri d'Homère et de Virgile que d'Albert-le-Grand et de Thomas-d'Aquin. Gerbet avait fait de Platon et de saint Augustin ses maîtres de prédilection. Son style s'en ressent ; il a plus d'énergie et dit davantage.

Joseph de Maistre, comparant quelque part Bossuet et Voltaire pour leur incomparable clarté, « l'un et l'autre, dit-il, sont simples, clairs et limpides », avec cette différence néanmoins que Bossuet est clair, limpide comme le vin, et Voltaire comme l'eau. L'un a des pensées sublimes et profondes, sous une forme de cristal, qui les rend visibles et simples ; l'autre exprime des riens sous la forme légère et pure aussi, qui les fait entrer sans effort dans les esprits.

(i LAMENNAIS ET GERBET

J'avais donc raison de dire que Lamennais et Gerbet se complétaient l'un l'autre. Dieu les avait unis pour l'honneur et le bien de l'Eglise. Ils s'aimaient d'une amitié profonde et pure que rien n'avait pu troubler pendant de longues années. Ils se comprenaient admirablement, et se comprendre, pour deux êtres qui s'aiment, c'est le bonheur, c'est la possession de l'àme l'un de l'autre dans la communion des pensées et des sentiments, c'est la garantie de l'avenir.

Pourquoi faut-il que ces liens si doux et si élevés aient été rompus ? Qui donc a pu troubler l'harmonie de ces deux âmes si bien faites l'une pour l'autre ? Gerbet va nous le dire, dans des pages aujourd'hui ignorées et qui sont peut-être les plus belles de ce siècle. Nous les voulons tirer de l'oubli, et les offrir à nos amis comme le chant du cygne du poète et du philosophe, du Platon chrétien pleurant la mort de Socrate, du maître aimé, de l'ami le plus cher et le meilleur :

« Ces dernières années ont vu un fait bien rare dans les annales de l'Eglise. En s'exilant loin d'elle, M. de Lamennais n'a été accompagné par aucun de ceux qui avaient partagé ses travaux. Tous se sont rangés à la droite du vicaire de Dieu et ils n'ont suivi que de leurs regards tristes celui qui s'engageait à gauche, dans une route qui conduit on ne peut dire où.

« Est-ce là comme une scène du dernier jugement ? Nous devons garder, nous gardons avec amour une espérance meilleure ; Dieu voit, dans

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