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le passé, des mérites qui montent vers lui comme une prière, et la mémoire de Dieu est miséricordieuse. Rien ne nous est aussi consolant que cette pensée, rien si ce n'est le désir que Dieu lit aussi dans le fond de notre âme, de donner, s'il le fallait, tout notre sang pour obtenir à Tertullien tombé la grâce d'une seule larme.
« Nous devons accorder à notre douleur particulière les premiers mots de cet écrit; mais nous sentons qu'elle ne doit pas se répandre ici en de longs discours, et qu'il lui sied bien de s'ensevelir dans une douleur plus sainte, dans la commune douleur de l'Eglise. Les gémissements de cette mère divine sont grands; toutefois, ce n'est point sur elle qu'elle gémit. Depuis dix-huit siècles, l'épouse adorée de Jésus-Christ est endurcie aux persécutions et aux apostasies, et elle use, avec ses genoux, la pierre du scandale à force de s'y prosterner en faveur de ses ennemis. Depuis le renoncement de saint Pierre, nulle défection, nulle chute ne l'étonné. Elle sait qu'à toutes les époques de tribulations, il se rencontrera des disciples infidèles qui diront aussi : je ne V ai pas connue, non novi, et qui la renieront à la voix d'une servante passionnée et turbulente, qui prend presque toujours le nom de liberté.
« Celui qui, dans son zèle emporté, aura tiré l'épée pour en frapper Malthus, celui qui aura souvent blessé de sa dure et sanglante parole le front de ses adversaires, tombera ; il tombera sous le coup de ses propres malédictions, afin que tous
comprennent que la charité est la meilleure sauvegarde de la foi.
« A l'aspect de cette chute, une douleur profonde consterne les cœurs fidèles, mais ils n'en sont pas troublés. Plus cet esprit sera tombé de haut, plus vivement ils sentiront que leur foi a d'autres bases qu'un respect superstitieux pour la changeante et chétive chose qu'on appelle le génie de l'homme ; dans les âmes catholiques, il n'y a pas de fétichisme envers le talent. Si une étoile s'éteignait dans le ciel, aurions-nous besoin pour cela d'être rassurés dans notre foi à l'ordre du monde ?
« Lorsque ces grands scandales viennent contrister l'Eglise, il arrive presque toujours que l'apostasie présente certains caractères qui, indépendamment du fond des choses, établissent des préjugés légitimes contre elle et prémunissent les faibles contre la séduction. Dieu force la nouvelle hérésie à imprimer elle-même sur son front et sur ses mains, suivant l'expression de l'Ecriture, le signe de l'aveuglement et de la chute.
« Ainsi, d'abord, M. de Lamennais déclare que jusqu'au dernier moment il n'avait pas compris ce que c'était que le catholicisme. Il avait passé sa vie à l'étudier ; il avait écrit un livre sur la tradition de l'Église, il avait traité dans d'autres écrits les questions les plus fondamentales sur l'origine, les caractères et l'étendue du pouvoir spirituel : et il avait fait tout cela sans se douter au fond de quoi il parlait, sans savoir à quoi l'en-
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gageait la profession de la foi catholique. Il disait pourtant alors que la doctrine catholique était un fait palpable, éclatant comme le soleil, que rien n'était plus facile que de la connaître, qu'un catéchisme et du bon sens suffisaient pour cela. Eh bien ! ce fait palpable lui avait échappé ; ce soleil, il ne Favait pas vu ; ce catéchisme, il ne l'avait pas compris. Si cela est, quel aveuglement inouï dans sa vie passée ! Si cela n'est pas, quel aveuglement prodigieux que de se persuader à faux qu'il a été aveugle ! Aveuglement pour aveuglement, lequel des deux est le plus probable? Est-ce lorsqu'il confiait à ses notes sur Y Imitation de Jésus-Christ de si humbles et de si touchantes prières pour être préservé de l'orgueil, père des ténèbres, est-ce alors que Dieu le frappait de cécité ? ou bien les écailles ne sontelles tombées de ses yeux que lorsqu'au moment de sa condamnation, dans ce terrible combat intérieur entre l'humilité et la révolte, il a laissé entrer dans son cœur cette parole : « Je n'obéirai « pas : Nonserviam, »
« En général, on croit peu aux aveugles qui n'auraient commencé à voir clair qu'à l'instant même où la foudre les a touchés.
« M. de Lamennais déclare aussi que le premier et principal mobile de la résistance a été son attachement à des idées politiques incompatibles avec la doctrine proclamée par Rome.
« C'est pour retenir ces idées, qui aboutissent en dernière analyse à présenter la République
comme le seul gouvernement légitime, c'est pour cela qu'il s'est décidé à rompre avec l'Eglise catholique. Sa propre expérience aurait dû lui apprendre pourtant à ne pas s'appuyer, avec une confiance aussi absolue, sur ses opinions politiques du moment. Je ne dis point ceci pour le blesser, Dieu m'en est témoin ; je le dis, parce que, dans un aussi grand scandale, il faut tout dire. M. de Lamennais a été le Juif-Errant de la politique. Il a été tour à tour monarchique comme M. de Bonald et la Chambre de 1815, bourbonnien comme M. de Chateaubriand, ultra- royaliste comme le Drapeau Blanc, ligueur comme le duc de Guise, et démocrate comme Clarrel. Il n'y a pas, sur le terrain des questions sociales, une pierre solide ou un vain tas de poussière, sur lequel il ne soit monté successivement , en criant à haute voix : Voici le fondement du monde ! Et, chaque fois, c'était la même confiance dans son opinion, le même ton tranchant, le même mépris pour ses adversaires assez stupides ou assez vils pour ne pas répéter avec lui : voilà le fondement du monde! Après tant d'inconstances, il lui siérait bien d'être moins hautain envers ce qui n'a jamais varié : les vagabonds doivent être humbles. Dieu avait permis tout cela afin que, le jour où M. de Lamennais renierait l'Eglise, au nom d'une théorie politique, il fût dépouillé de toute autorité personnelle, précisément en cette matière même, et que ses convictions nouvelles fussent discréditées d'avance par ses perpétuelles variations.