‹ Lamennais et GerbetChapitre 21 sur 56 · L . I M E .V 2V 'A i S £ r 6 E /•' B ET · texte numérisé non relu

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fôrmément à notre déclaration, continuer notre œuvre, et user jusqu'au bout de nos droits.

A ces mots, le commissaire, las de discourir, procéda à l'action suivante, et s'écria : « Au nom de la loi, je somme les enfants ici présents de se retirer. » Et Lacordaire à son tour : « An nom de vos parents dont f ai V autorité, je vous ordonne de rester. » Et les enfants : « Nous resterons. » Et le commissaire répéta : « Au nom de la loi, je somme une troisième fois les enfants ici présents de se retirer. » Et Lacordaire : a Au nom de vos parents dont j'ai l'autorité, je vous ordonne de rester. » Et les enfants : « Nous resterons. »

A ces trois sommations, les dix-huit enfants réunis demeurant immobiles, deux sergents de ville entrèrent en uniforme et en armes et les expulsèrent de force. Lacordaire restait toujours, malgré les ordres donnés et renouvelés, « Je suis ici chez moi, vous violez mon domicile, voici mon mobilier et le lit qu'on m'apporte. Je ne céderai qu'à la force, afin que l'on sache bien que vous violez le domicile d'un citoyen. » Alors le commissaire donna ordre de ne laisser monter aucun meuble dans l'appartement du haut. Puis il dressa procès-verbal. Sur la fin, il somma nommément MM. de Coux, Lacordaire et Montalembert et toutes les autres personnes présentes de se retirer.

Lacordaire, s adressant à ses amis, leur dit : « Messieurs, je suis ici chez moi ; je vous remercie d'avoir bien voulu me prêter le secours de

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votre présence, de in'avoir aidé à défendre vos droits et les miens, tous violés dans ma personne. Maintenant que ce devoir d'amitié est rempli, je vous prie de céder à la sommation qui nous est faite, et de me laisser seul avec la loi et mou droit. » Sur ce, tout le monde se retira, à l'exception de Lacordaire, Le commissaire somma une dernière fois Lacordaire d'abandonner l'appartement. Et Lacordaire lui répondit : « Je proteste que c'est ici mon domicile, que j'ai loué cet appartement, que j'ai l'intention d'y passer la nuit, et que la force seule pourra m'en faire sortir. » A ces mots, le commissaire enjoignit à un agent Tordre de saisir Lacordaire par le bras et de le mettre deiiors. Puis la porte fut fermée à clef et les scellés apposés dessus.

Pendant que ces violences étaient commises rue des Beaux- Arts, Lamennais et Gerbet atten* daient anxieux, rue Jacob, l'issue des événements. Toute la famille s'y réunit immédiatement, comme elle avait accoutumé de le faire aux jours d'épreuve et de tempête. On y discutait sur les conséquences de cette lutte dont toute la gloire revenait à Lacordaire.

Dès que ce dernier entra dans les bureaux de rédaction de Y Avenir, deux mains fermes et frémissantes s'abattirent sur ses épaules, l'attirant fortement, vers des yeux illuminés de joie, et une tête qui s'abandonnait à la sienne : c'était Lamennais qui, dans une chaude et vigoureuse étreinte d'amitié, lui exprimait sa reconnaissance.

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