AVIS IMPORTAIT
Aux catholiques belges
Nous avons inséré dans la précédente livraison l'appel que MM. les rédacteurs et les actionnaires de Y Avenir viennent d'adresser aux catholiques de France. Ce journal, le principal organe du catholicisme en Europe, le principal défenseur de notre Sainte Religion, nous appartient aussi bien qu'à la France elle-même ; il est notre propriété, la propriété de tous les vrais catho-
liques, et certes l'appui des Belges ne lui manquera point.
Commencé avec un capital trop faible pour une pareille entreprise, dans un pays où la plus odieuse fiscalité pèse sur la presse, il serait bientôt réduit au silence si de nouveaux actionnaires ne se présentaient. Les ennemis de la religion, el ses faux amis surtout, triompheraient d'un pareil malheur et avec raison, car ce malheur arriverait au moment même où le plus brillant succès semble assuré à ce journal. Nos lecteurs auront peine à comprendre la nature et l'étendue des obstacles qu'il a rencontrés. Le libéralisme de 93 et le gallicanisme de Louis XIV se sont ligués avec une égale fureur contre lui.
Le Constitutionnel et la chaire ont retenti des mêmes invectives. Des évêques ont interdit à leurs prêtres, des confesseurs à leurs pénitents la lecture de cette feuille, et enfin les hommes qui avaient juré sa ruine ont poussé l'infamie jusqu'à supposer des lettres, jusqu'à commettre des faux matériels, afin de perdre dans l'opinion publique l'illustre écrivain qui, le premier, a proclamé, de nos jours, la nouvelle alliance entre Dieu et la liberté.
Les fondateurs de Y Avenir ne pouvaient ni ne devaient s'attendre à ces détestables manœuvres. Ils comptaient sur une opposition franche comme leurs attaques, et certes, s'ils n'avaient eu affaire qu'à des gens de cœur et d'honneur, le nombre de leurs abonnés aurait abondamment suffi à tous
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les frais. Mais ces menées ont produit leur effet naturel, et quinze cents abonnés leur ont seul résisté. Ceux-là sont à l'épreuve, ils sont attachés à la vie et à la mort aux doctrines qui sauveront le monde, et si les rédacteurs s'étaient moins fiés à la probité de leurs adversaires, s'ils avaient tout d'abord émis plus d'actions, nous n'aurions qu'à les féliciter de ce résultat. Peu de journaux ont obtenu un pareil succès dans un temps aussi court.
Car les préventions et les préjugés contre lesquels ils avaient à lutter s'affaiblissent déjà. Les mensonges, les impostures, les calomnies dont ils ont été les victimes sont maintenant dévoilés, et comme si la Providence voulait que tout concourût aux progrès de ['Avenir, voici que les royalistes eux-mêmes abdiquent hautement la doctrine du droit divin, se jettent à corps perdu dans les exécrables théories du contrat social, et proclament à haute voix cette souveraineté du peuple qu'invoquaient les complices de Babeuf. Peu leur importe aujourd'hui qui ramènera Henri V, pourvu que ce ne soit pas Dieu, car leur légitimité s'est déclarée athée afin de mieux faire divorce avec cette liberté qui vient du ciel, avec cette liberté qui nous a donné la force de briser le joug impie de Nassau, avec cette liberté qui enflamme les martyrs de la Pologne d'un si noble courage.
Ainsi, à ne considérer l'Avenir que sous le rapport d'une simple spéculation mercantile, peu de
placements de fonds présentent une plus grande chance de bénéfices que les actions de ce journal. Les hommes vraiment religieux, à quelque point que le gallicanisme les ait pénétrés, ne peuvent tenir longtemps contre cette transformation récente du principe royaliste. A mesure que les défenseurs du trône se sépareront davantage de l'autel, les défenseurs de l'autel se sépareront davantage du trône, et bientôt tous les catholiques de France finiront ainsi par se rallier autour de la pierre éternelle. Organe de leurs doctrines religieuses, Y Avenir sera aussi l'organe de leurs doctrines politiques, et un éclatant succès récompensera sa persévérance.
Mais un motif semblable ne saurait avoir d'influence sur l'esprit de nos lecteurs, V Avenir est leur journal, l'expression vivante de leurs opinions, et, à ce titre, ils sont prêts à faire, pour assurer son existence, tous les sacrifices que permettent leurs moyens. Si nous leur disons donc que ce sacrifice se réduira à une simple avance dont ils recevront exactement l'intérêt, c'est afin que ce sacrifice puisse être plus grand; du reste, leur zèle comme catholiques et comme Belges nous est connu, et leur patriotisme autant que leur piété répondra à notre appel.
En effet, un seul journal français comprend les besoins et les vœux de notre patrie, un seul journal français défend la cause de notre indépendance, la cause de notre liberté, et ce journal est en même temps le seul qui soit fidèle à la vieille
voie romaine, au catholicisme de nos pères, à la religion du successeur de saint Pierre, à notre foi, à la foi d'Irlande et de la Pologne. Gomment hésiterions-nous à le secourir de notre argent, lui qui nous a rendu et nous rendra encore de si éminents services.