‹ Lamennais et GerbetChapitre 27 sur 56 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Heures d'angoisse et de triomphe

Cependant Lamennais ne se relevait pas de son abattement. Une tristesse profonde pesait sur son front. La persistance des attaques injustes dont il était l'objet avait gagné le fond de son âme, et tous les soirs, lorsqu'il rentrait à Juilly, il se dérobait à toute rencontre amie et se complaisait dans l'isolement.

A l'heure de la veillée il s'étendait sur le sofa ; il s'y perdait allongé sur le flanc, comme un aigle blessé, l'aile pendante, ne parlant que par la flamme et la vigueur de ses regards, où l'amertume le disputait à la colère. Il avait fait appel à Rome, et Rome ne répondait pas à son appel. Le silence du Pape lui était déjà une déception cruelle ; il avait tant compté sur son appui, il

avait tant fait pour sa cause, tant combattu, tant souffert, qu'un mot d'encouragement lui semblait le moins qu'il pût en attendre. Il avait exposé ses doctrines sociales et politiques, il les avait soumises à l'examen du Saint-Siège, et le Saint-Siège restait muet. Ce silence qui l'accablait faisait la joie des gallicans. Ils y voyaient une condamnation tacite de Y Avenir, et le triomphe de leur cause. Ils ne se lassaient pas de le dire, de s'en faire une gloire et de piétiner le vaincu qui se croyait vainqueur-.

Transportons-nous un instant au milieu de ces luttes aussi franches et courageuses d'une part que déloyales et lâches de l'autre. Mettons-nous en face de ce génie intempérant, dont la force même épuise la frêle enveloppe. Il a tout sacrifié pour le Pape : son repos, son bien-être, son activité, sa santé, sa vie. Il a exposé son front à tous les outrages, il a subi toutes les persécutions, il a épuisé toutes les calomnies. 11 a combattu seul contre le schisme gallican converti en dogme du pouvoir. Il a ameuté, par Tàpreté de ses polémiques, toute la presse à la solde du gouvernement, la justice de son pays, et toute cette partie du clergé qui s'était accommodée à une Eglise nationale. Il avait tout tenté, tout bravé pour la défense du Saint-Siège.

C'est lui, avec Joseph de Maistre, qui le premier avait levé l'étendard de l'ultramontanisme et de l'infaillibilité pontificale en France. C'est lui qui avait le plus violemment attaqué le galli-

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