CHAPITRE VI
Voyage de Rome
Lamennais, Gerbet, Lacordaire, de Favis de tous, partirent le 15 novembre pour Rome. On ne vit tout d'abord que la générosité chrétienne de leur acte, et nul assurément n'en prévoyait les conséquences. Dans le dîner d'adieu, hélus! le dernier, qui réunit tous les disciples à la table du maître, la joie fut complète : elle reposait sur des espérances qui ne voulaient pas être confondues.
De Salinis porta le toast du bon voyage aux trois pèlerins de la liberté religieuse. Lamennais y répondit, avec cet accent plein de tristesse et ce ton lugubre qu'il prenait, chaque fois qu'il se séparait de quelques-uns de ses disciples, car il avait pour eux des tendresses de mère et ne s'en
éloignait qu'avec peine. Il embrassa longuement chacun d'eux, mais surtout Montalembert, po^r lequel il avait une inclination plus prononcée.
La diligence attendait les voyageurs, qui s'oubliaient dans les adieux. Ils y prirent bientôt place et s'éloignèrent sur la route longue et brumeuse, où les regards amis les suivirent jusqu'à ce qu'ils ne fussent plus qu'un point noir qui disparaissait à l'horizon. Qui eût jamais dit, en ce moment, aux disciples qui restaient, qu'ils ne reverraient plus à cette même table leur maître tant aimé et admiré ! Si l'un d'entre eux se fût permis d'en donner le triste présage, les autres se seraient récriés aussitôt et l'auraient repoussé avec indignation. Montalembert nourrissait l'espoir de les aller rejoindre avant qu'ils ne fussent au terme de leur course.
Les trois voyageurs furent acclamés partout sur leur passage. Chaque village qu'ils traversaient voulait les retenir quelques jours. Les curés les attendaient sur la route royale où passait la diligence, et les cloches les saluaient en joyeuses volées. Leur voyage fut une marche triomphale à travers toute la France jusqu'à Marseille. Partout on leur prodiguait de nombreux témoignages d'intérêt et de sympathie : l'admiration et l'enthousiasme leur faisaient cortège, et ils ne savaient comment répondre à ces démonstrations, dont ils étaient vivement touchés.
La santé fragile, les souffrances continuelles gâtaient pour Lamennais et Gerbet les plaisirs et
les joies qu'ils éprouvaient à se sentir ainsi encouragés et soutenus par l'élan populaire. Ils furent obligés de voyager à petites journées et de s'arrêter souvent. A Lyon, les chanoines de ia cathédrale et le clergé presque tout entier étaient accourus au-devant d'eux pour les saluer. Un grand coucours de fidèles avait suivi les pasteurs, en sorte qu'il fallut organiser une sorte de procession pour les accompagner. Lamennais et Gerbes, pâles et tremblant d'émotion et de fatigues, étaient prêts à succomber, mais les cris de la foule, les bras qui leur étaient tendus, les chaudes étreintes qu'ils en recevaient ne leur laissèrent pas le temps de se trouver mal. Lacordaire suppléait par sa vigueur à l'insuffisance de ses compagnons de route, et il se prodiguait avec un charme et une distinction rares. Il parlait et répondait pour eux et priait doucement qu'on les épargnât quelque peu.
C'est dans ce cortège qu'ils durent se rendre à la cathédrale, dont les cloches résonnaient au loin comme aux plus grands jours de fête, et jetaient par leurs strettes joyeuses la joie dans tous les cœurs. A la cathédrale, les portes ouvertes à deux battants laissaient voir dans le fond l'autel illuminé, et lorsque les trois hôtes de Dieu en franchirent le seuil, l'orgue retentit sous ses voûtes sonores, et toutes les poitrines en chœur y répondirent par le chant majestueux du Te Deum . Lamennais s'avançait entre Gerbet et Lacordaire ; sa figure était pénétrée d'une joie intime qu'il
avait peine à contenir. Il se faisait violence pour ne pas éclater et répandre son âme en paroles émues et reconnaissantes : l'effort même qu'il faisait lui arracha des larmes qui coulèrent silencieuses sur ses joues maigres et presque livides de froid. Aussitôt après la prière et le chant, il fallut lui prodiguer des soins et l'obliger à prendre du repos.
Ou était à la fin de novembre, le froid était intense, et Lamennais y était fort sensible. D'ordinaire, à cette époque, il ne quittait jamais son foyer, il s'y tenait blotti tout l'hiver, avec une petite table à portée, et en tisonnant avec ses pincettes, il composait ses articles. Quand sa pensée avait atteint sa maturité et qu'il en avait trouvé la forme adéquate, il tirait sa table vers lui, et il écrivait.
Il lui fallait du courage et de l'énergie pour rompre ainsi avec ses habitudes et entreprendre un voyage si long et si pénible à l'époque de l'année où il avait le plus besoin qu'en veillât sur sa santé. Il dut donc s'arrêter à Lyon, et attendre quelques jours avant de reprendre la course interrompue.
Je laisse à penser de quels soins délicats, de quelles prévenances attentives aux moindres détails de la vie les trois pèlerins furent entourés, et comme enveloppés, pendant ce séjour. Lyon paya largement la dette de reconnaissance qu'il avait contractée envers Lamennais. Il s'était souvenu avec quelle énergie Y Avenir avait dé-
fendu la cause de ses libertés religieuses, protesté contre la fermeture violente de ses maîtrises et écoles paroissiales, et les poursuites iniques intentées contre les curés et chanoines de la métropole. « Je n'oublierai jamais, répétait Lamennais à Gerbet, l'accueil que Ton m'a fait à Lyon. » Aussi c'est avec une émotion profonde, et des regrets qu'il témoigna hautement qu'il s'en éloigna pour descendre le Rhône.
A Valence, il reçut aussi des témoignages spontanés de l'admiration et de la sympathie des catholiques. Mais il ne voulut pas s'y attarder; et, après une journée de repos, il continua sa marche vers Avignon. Là, il s'arrêta plus longuement. Gerbet et Lacordaire étaient d'avis de visiter l'antique palais des Papes.1 Ils en voulurent admirer les magnificences qui éclataient malgré les dégradations, les mutilations que le vandalisme y avait faites.
Les trois voyageurs, toujours entourés du cortège obligé des prêtres et fidèles accourus pour les voir et les saluer, évoquaient les souvenirs de l'histoire et ranimaient par la pensée ces voûtes et ces lambris chargés de splendides ornements. L'imposant aspect de ce palais les frappa : il offrait à leurs yeux un mélange de château féodal et de couvent, quelque chose du moine Hildebrand et du somptueux Bertrand de Got. « Ce passé triste, mais non sans grandeur, écrivit plus tard Lamennais, remplit d'une émotion profonde l'àme de celui qui traverse ces silencieux débris, pour
aller au loin chercher d'autres débris encore palpitants de la même puissance. »
Bientôt ils arrivèrent à Marseille, qui tressaillit à leur approche, et se répandit en joyeux cris d'allégresse. Avec cet excès de transport que donne le beau soleil, cette exubérance méridionale qui les caractérise, les Marseillais s'abandonnèrent à tous les témoignages de leur admiration et de leur joie. Quand je parle des Marseillais, j'entends cette partie intellectuelle de la population qui s'intéressait aux questions religieuses et aux libertés de l'Eglise. Il fallut ici encore subir l'assaut des réceptions et des compliments de bienvenue.
Le soleil du Midi réchauffa l'âme de Lamennais, qui ne se sentait plus d'aise et de contentement. Gerbet se trouvait aussi beaucoup mieux, et Lacordaire était débordant d'allégresse. Il semblait que la vie devînt plus intense, plus épanouie, dans les trois voyageurs, à mesure qu'ils avançaient vers le ciel d'Italie. A Marseille, ils voulurent tout voir ; ils allèrent saluer Notre-Dame de la Garde, pour se recommander à la Vierge des marins. Ils cheminaient eux aussi sur les flots de la mer semée d'écueils, de troublantes pensées, et il leur fallait lutter contre la tempête qui menaçait sans cesse la nacelle où leur foi était assise. Notre-Dame de la Garde veille sur le nautonier las de la lutte, et sur les deux marins qui raccompagnent.
Après Marseille vint Toulon, puis le petit golfe de Cannes. Lamennais voulut pousser jusqu'à Lérins, cet asile de paix, où lorsque Fépée des barbares démembrait pièce à pièce l'empire romain, s'abritèrent, comme l'alcyon sous une fleur marine, la science, l'amour, la foi, tout ce qui console, enchante et régénère l'humanité. Bonum est hic esse, se dirent les trois voyageurs en admirant l'azur du ciel et de la mer, nous pourrions bien dresser trois tentes, ou plutôt uue tente commune où nous serions à Taise tous les trois. La vie nous y serait plus douce et plus abondante, et loin du commerce des hommes, dans la paix féconde de la nature, nous y pourrions penser et écrire à loisir...
Ils traversèrent dans l'enthousiasme de l'admiration continue toutes les villes du littoral, écloses comme des fleurs sur les rives de la Méditerranée, puis ils pressèrent leur marche vers Rome. Ils virent encore Lucques,Pise,FlorenceetSienne. A chaque contour de la route d'où il pouvait apercevoir la mer dentelant de ses flots d'azur les collines et les falaises du rivage, Lamennais s'arrêtait le front méditatif, et l'œil longtemps fixé ne s'en détachait qu'à regret, comme si une part de son âme y demeurait suspendue! Ah! c'est qu'il se rappelait les côtes de l'Armorique où son enfance avait été bercée...
Après les fatigues d'une longue traite, ils furent accueillis dans le couvent d'Assise. Ils y passèrent
quelques heures, les plus douces peut-être de leur voyage, les plus bienfaisantes. Elles laissèrent dans rame de Gerbet un impérissable souvenir. Plus tard, dans le deuiL de l'amitié brisée, sa pensée y reviendra; l'ami pleurera l'ami en des pages immortelles, comme celles que Platon écrivit sur la mort de Socrale. Il écrira les conférences d'Albéric d'Assise que nous avons retrouvées. Ces entretiens admirables sur les questions qui divisent encore aujourd'hui les hommes, lui ont été inspirés par ce séjour enchanteur dont il a rendu la beauté reposante et ineffable.
Nous publierons ces pages ignorées du public, et nos lecteurs y trouveront le charme indicible que l'on éprouve a voir la poésie et la philosophie marcher en cadence, et dans une harmonie parfaite, comme deux sœurs jumelles nourries aux mêmes sources. Le repos dans l'oasis des franciscains d'Assise avait réconforté nos voyageurs. Ils y avaient pris courage et force pour le reste de leur pèlerinage. Ils cheminèrent, cette fois, l'esprit préoccupé par les souc^is de leurs luttes : c'est qu'ils touchaient au terme de leur course. Ils étaient à Rome.
Le voyage avait duré vingt-cinq jours. Partis de Paris Le 15 novembre, les trois pèlerins de Dieu et de la liberté arrivèrent à Rome le 10 décembre. Les amir, fidèles les y attendaient avec impatience, et parmi eux, au premier rang,
le bon Père Ventura qui, par son empressement et ses prévenances, voulut faire oublier à Lamennais sa lettre, cette lettre qui fit tant de mal à l'Avenir.
Le père Ventura était aussi une grande intelligence et un grand cœur. Il avait eu ses illusions généreuses et avait versé de bonne foi dans l'erreur du traditionnalisme, qu'il partageait avec de Bonald. Dès qu'il vit descendre Lamennais de la diligence, tout poudreux, brisé de fatigue et grelottant de froid, il se jeta sur lui, l'enveloppa de ses longs bras et le tint longtemps pressé. Lamennais était si faible qu'il faillit s'effondrer sous l'étreinte où il disparaissait. « Mon ami. lui disait le père Ventura, noble héros de la cause de Dieu, oublions le passé, n'est-ce pas..., oublions le passé. Pensons à l'avenir ». Et Lamennais, claquant des dents, lui répondit d'une voix presque étouffée : « Oui, oublions le passé et ne songeons qu'à l'avenir. »
Tout à coup, comme il sortait de la vigoureuse étreinte du religieux théatin, il aperçut Montalembert qui l'avait suivi de près et sans qu'il s'en doutât. Cette vue électrisa son àme, que la fatigue du voyage avait alanguie. Ses yeux gris, devenus ternes, se ranimèrent, sa tête se redressa, et les deux bras écartés pour l'embrasser, il s'écria : « Gomment! toi, ici! Oh! je savais bien que tu ne supporterais pas longtemps mon absence. Oh ! que tu me rends heureux, mon
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Charles ; donne-moi ton bras, mon fils, donne-moi ton bras, c'est le plus sûr appui de ma faiblesse. » Ce disant, il s'avançait vers ses autres amis, et se sentant plus raffermi, il se prodiguait en paroles douces et pleines d'espoir. La présence de Montalembert lui avait délié la langue, et son esprit s'y épanchait en joie.
Cependant, Gerbet, qui se dressait derrière lui, pâle et silencieux, comme l'image de Minerve, ou plutôt comme l'ombre voilée du grand homme, souffrait horriblement. La fatigue du voyage, les émotions vives qu'il avait ressenties, les soucis du lendemain, les incertitudes qui flottaient en sa pensée, avaient briséson corps. Lacordaire le soutenait tout en souriant. Lamennais, qui était tout entier à son bonheur, ne s'aperçut pas d'abord de l'état de son ami, mais dès qu'on se fût écarté de lui, pour lui donner la pleine jouissance de ses compagnons de route, il vit Gerbet qui souffrait visiblement, et, oubliant sa joie et ses propres souffrances, il s'empressa auprès de lui. Il fallut se rendre incontinent à l'hôtel ; le maître, le frère d'armes exigeait que ses camarades prissent du repos. Quant à lui, il voulut se rendre à Saint-Pierre, et, accompagné du P. Ventura, il alla prier longuement sur le tombeau des Apôtres.
Les premiers jours que Lamennais et ses disciples passèrent auraient été pleins d'attraits, n'était l'état de Gerbet, qui devenait de plus en
plus alarmant. Le séjour de Rome ne lui était pas favorable : les fièvres le tourmentaient, et dès qu'il se sentit la force de reprendre le voyage, il dut rentrer en France. Cet éloignement de Gerbet, dans un moment si décisif, fut aussi cruel que fatal pour Lamennais. David s'en allait, avec sa harpe et ses doux chants, et laissait Saùl aux prises avec ses colères.
Désormais, Lamennais, jouet des impressions les plus mobiles, ne trouve rien qui l'enchante dans Rome. « On peut venir là, dit-il, pour y « mourir, mais non pas pour y vivre ; car de vie, « à peine y a-l-il une ombre. Nul mouvement, * si ce n'est le mouvement caché d'une multitude « de petits intérêts qui rampent et se croisent au « sein des ténèbres, comme des vers au fond d'un « sépulcre. »
Un peu plus tard, le 10 février 1832, il écrira à la comtesse de Senfft : « J'ai besoin d'air, de « moîcvement, de foi, d'amour, de tout ce qu'on « cherche vainement au milieu de ces vieilles u ruines, sur lesquelles rampent, comme d'im- « mondes reptiles, dans l'ombre et le silence, les « plus viles passions humaines. »
Il avait perdu avec Gerbet, le chantre de Rome, celui qui, seul, assis sur ces ruines immortelles, y faisait germer des fleurs et chanter les oiseaux, celui qui charmait tout pour lui, même la mort ; Gerbet emporte sous son aile la poésie de Rome, la chanson de Rome, la vie de Rome, et Lamen-
nais n'y voit plus que reptiles, fange et tombeaux.
Ces deux hommes n'auraient jamais dû se séparer, car ils se complétaient l'un l'autre, et, partant, quand ils ne se voyaient pas, il leur manquait quelque chose ; il leur manquait une moitié d'âme, climidhim animœ.
Lamennais ne serait jamais tombé s'il avait toujours eu l'amitié sûre de Gerbet, présente, parmi ses luîtes et ses défaillances d'humeur. On rapporte que, chaque fois qu'il avait une résolution importante à prendre, il errait partout, comme une âme en peine d'elle-même, répétant : « Où est Gerbet? Où est Gerbet?» Oh ! que cette séparation dut être cruelle à ces deux grands cœurs ! Ils devaient sentir l'un et l'autre qu'ils se perdaient peut-être à jamais. Se séparer sous un ciel serein, quand les flots qui vous portent sont tranquilles, c'est se séparer sous l'égide de l'espérance ; mais se séparer au sein de la tempête et parmi les flots en furie, c'est se dire un éternel adieu.
Que les destinées auraient été différentes si, au moment où la foudre grondait sur leur tête, les deux amis, pressés l'un contre l'autre, s'étaient agenouillés au pied de la même croix, pour invoquer Celui qui commande à la mer et qui tient la foudre dans ses mains ! Si, au moment où Lamennais recevait le billet poli, mais froid, du cardinal Zurla, lui refusant une audience promise, si parmi les intrigues, les vexations quoti-
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diennes qui envenimèrent la douloureuse attente d'une décision, si, dis-je, pendant ce long mois qui précéda l'audience du Pape, où l'irritation ne faisait que croître, Geibet avait été là, tous les soirs, pour calmer les amertumes du jour, il aurait attendu le maître et ami, il aurait guetté les soupirs de son âme, et comme autrefois à la Chesnaie ou à Juilly, il se serait assis près de lui-, il aurait arrêté l'explosion de sa colère, et au moment découragé, où il l'aurait entendu se plaindre de ce grand sépulcre de Rome où il se mourait d'ennui, avec cette jolie voix dont il le charmait, il lui aurait chanté, sur l'air du Fils de la Vierge, de Scudo, ces vers qu'il avait composés dans une autre circonstance :
Hier j'ai visité les grandes catacombes
Des temps anciens.
J'ai touché de mon front les immortelles tombes
Des vieux chrétiens, IDt ni l'astre du jour, ni les célestes sphères,
Lettres de feu, Ne m'avaient mieux fait lire en profonds caractères
Le nom de Dieu.
Un ermite au froc noir, à la t<He blanchie,
Marchait d'abord, Vieux concierge «lu temps, vieux portier de la vie
Et de la mort, * Et nous l'interrogions sur les saintes reliques
|)u grand combat, Comme on aime écouter sur les exploits antiques
Un vieux soldat.
Un roc sert de portique à la funèbre voûte.
Sur ce fronton Un artiste martyr, dont les anges, sans doute,
Savent le nom, Peignit les traits du Christ, sa chevelure blonde
Et ses grands yeux D'où s'échappe un rayon d'une douceur profonde
Comme les cieux !
Plus loin, sur les tombeaux, j'ai baisé maint symbole
Du saint adieu !
Et la palme, et le phare, et l'oiseau qui s'envole
Au sein de Dieu, Jonas, après trois jours, sortant de la baleine
Avec des chants, Comme on sort de ce monde après trois jours de peine
Nommés le temps.
C'est là que chacun d'eux, près de sa fosse prête,
Spectre vivant, S'exerçait à la lutte, ou reposait sa tèlc
En attendant !
Pour se faire d'avance, aux jours des grands supplices,
Un cœur plus fort, Ils essayaient leur tombe et voulaient par prémices
Goûter la mort.
J'ai sondé d'un regard leur poussière bénie,
Et j'ai compris Que leur àme a laissé comme un souffle de vie
Dans ces débris ; Que dans ce sable humain, qui dans nos mains mortelles
Pèse si peu, Germent pour le grand jour les formes éternelles resque un Dieu !