L . I M E N NA1 s ET G E R i: E T
Lieux sacrés où l'amour, pour les seuls biens de l'àme,
Sut tout souffrir, En vous interrogeant j'ai senti que sa flamme
Ne peut périr.
Qu'à chaque être d'un jour qui mourut pour défendre
La vérité, L'Être éternel et vrai, pour prix du temps, doit rendre
L'éternité.
C'est là qu'à chaque pas on croit voir apparaître
Un trône d'or Et qu'en foulant du pied des tombeaux, je crus être
Sur le Thabor.
Descendez, descendez au fond des catacombes,
Aux plus bas lieux ; Descendez, le cœur monte, et du haut de ces tombes
On voit les cieux.
Lamennais n'y aurait pas résisté, et sa colère se serait fondue en larmes amères et délicieuses.
Pourquoi donc étaient-ils séparés ? Pourquoi la Providence, qui veille aux destinées des grandes âmes et à l'harmonie de leurs relations, avait-elle permis cette rupture de liens au moment qu'ils paraissaient devoir se renouer avec plus de force et de raison ? Mystère ! Mystère !
Gerbet va retrouver son autre ami, de Salinis, à Juilly, tandis que Lamennais, privé de son appui, se débat parmi les intrigues de Rome. Il avait sans doute Lacordaire et Montalembert auprès de lui, et leur présence, l'amitié qu'il avait pour eux lui rendaient supportables les maux qui l'accablaient ; mais il n'avait pas avec eux cette intimité profonde d'égal à égal. Il y
avait trop de distance d'âge entre eux et lui. Il avait pour eux une amitié dominante, paternelle plutôt. Et puis, il sentait bien que leur jeunesse et leur fougue, loin de le compléter, ne faisaient qu'ajouter à son défaut de mesure. Il n'avait pas eu eux ce calme, cette sérénité, ce conseil sage et modérateur qu'il trouvait dans Gerbet. Il savait que son défaut capital était l'exagération, et Lacordaire et Montalembert, natures ardentes^ toute de feu, ne pouvaient que l'exalter davantage .