‹ Lamennais et GerbetChapitre 37 sur 56 · I. I M I A A I / > / i I ' I ti I; E I · texte numérisé non relu

I. I M I A A I / > / i I ' I ti I; E I

Nous sommes toujours les jouets des intrigues qui se trament contre nous. Le Pape n'aura pas lu. j'en suis sûr, votre mémoire ; d'autres soins le détournent de nous. Eh bien, mes amis, rentrons en France et reprenons la lutte. Alors peut-être on aura moins de dédain pour nous et l'on se décidera à nous répondre.

— Rentrons en France, s'écrièrent Lacordaire et Montalembert. »

Ils étaient tous les trois dans cette commune pensée de revenir en France, lorsqu'un billet très court du cardinal Pacca vint retourner leur décision. « Le Pape, disait le billet, persiste à vous désapprouver, quanta vos doctrines, on procédera ultérieurement à leur examen. » Ce fut une consternation parmi les trois pèlerins qui touchaient au sommet de leur calvaire. « Gomment, se disaient-ils entre eux, le Pape nous désapprouve, mais en quoi et pourquoi ? Il nous désapprouve et nos doctrines ne sont pas seulement examinées ! Sur quel fondement, sur quelle base repose son jugement ?

— Comment, s'écria Lamennais, on va juger nos doctrines et notre conduite sans nous entendre, mais un procédé aussi monstrueux révolterait, même en Turquie. Eh! quoi, on ne nous admet pas a expliquer nos actes et nos paroles, au moment où nos adversaires les travestissent patleurs menson^e< et les tournent en sens contraire

notre pensée ' Je ne comprendrai jamais que

la justice autorise une forme de jugement sans accusation précise communiquée à L'accusé, sans enquête, sans débat, sans défense aucune ». Ventura, averti de ce qui se passait, intervint et obtint du Pape qu'aucune suite ne serait donnée à la censure qui pourrait être portée contre les doctrines de Y Avenir. Lacordaire et Montalembert, écœurés de tout ce qu'ils avaient vu et entendu, résolurent de partir. Lamennais, au contraire, se répandait en récriminations et s'obstinait à rester à Rome, jusqu'à la décision du

Pape.

v II faudra 'bien qu'on m'entende, disait-il, avant de se prononcer sur moi». 11 ne gardait plus aucune réserve dans l'explosion de sa colère; ce qu'il écrivait à Gerbet montre bien ce qu'il devait dire autour de lui : « Ceux qui mènent les « affaires sont ambitieux, cupides, avares, lâches « comme un stylet, aveugles et imbéciles comme « les eunuques du Bas-Empire. Voilà le gouver- « nement de ce pays-ci. Voilà ceux qui conduisent « tout » . Quelques-unes de ces paroles, qui sentaient déjà la rupture finale, arrivèrent jusqu'au cardinal Pacca. Le saint et vénérable vieillard, qui aimait Lamennais, en fut ému jusqu'aux larmes, et d'une plume inspirée par l'amitié la plus dévouée, il lui écrivit pour l'engager, au nom du Pape, à quitter Rome et à rentrer en France, pour y attendre, avec une sainte patience, une décision que la sagesse de l'Eglise voulait différer encore, afin que le temps, ce dompteur de toutes les pas-

LÀMENNÀ is /•; r GERBE T

sions. couvrît de ses plis les rédacteurs del'^4^/^'/', leurs doctrines et leurs actes.

C'est Lacordaire qui reçut cette lettre. Il la porta aussitôt à Lamennais, qui la lut froidement, puis la rejeta sur la table, avec ces mots : « Ils veulent maintenant que je m'en aille, sans me laisser le loisir de me justifier. Eh bien, non, je resterai ; j'attendrai ici la décision pour laquelle je suis venu. Tout cela, c'est de bonne guerre. Mes ennemis ne veulent pas que je sois là pour me défendre. Ils veulent me faire frapper par derrière quand je n'y serai plus. »

C'était le commencement de la révolte.. Lacordaire le comprit, et se dressant devant le maître, il lui dit avec fermeté : « Eh bien, moi, j'écouterai l'avis de ce vieillard aux portes de la tombe, qui. après tout, nous aime ; je m'en irai, car de deux choses l'une : ou bien il ne fallait pas venir, ou bien il faut nous soumettre et nous taire.

— Non, répondit Lamennais, je veux hâter et provoquer une décision immédiate et je veux l'attendre à Rome, après quoi j'aviserai. »

Lacordaire baissa la trie Dans sou âme, il y ivait les plus tristes pressentiments, <l .Luis son cœur les plus tristes adieux.

« Maître, reprit-il, le silence est, après la parole, la première puissance du monde. .le pars! adieu ! »

lui, il rencontra Montaleinbert

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qu'il voulait entraîner après lui, mais le jeune homme se souleva indigné.

« Comment, partir, abandonner le maître au moment où il a le plus besoin d'être soutenu et encouragé,, mais c'est une lâcheté ! Oh ! non, je ne ferai jamais cela, et malgré toute l'amitié que j'ai pour vous, je vous laisserai partir seul, et je partagerai avec lui les maux et les persécutions qui l'attendent encore.

— Charles, ajouta Lacordaire, tu es plus jeune que moi ; par cela même, lu te trompes plus souvent.

— Je le sais, mais s'éloigner de M. Féli en ce moment, c'est une infamie, c'est le laisser seul aux prises avec les passions les plus abjectes, avec les intrigues les plus habilement ourdies. Non, je ne m'en irai pas.

— Charles, toute ma vie, je défendrai la liberté. . . Avant que M. de Lamennais eût dit un seul mot pour elle, la liberté était le fond de mes pensées, déjà toute ma vie. S'il exécute son nouveau plan, souviens-toi que tous ses plus anciens amis et ses collaborateurs l'abandonneront, et que, traîné par les faux libéraux dans une action sans possibilité de succès... il n'y a rien dans le langage d'assez triste pour dire ce qui arrivera.

— Oui, mais pour le moment nous n'en sommes pas là, et nous devons tout tenter pour détourner de lui de si funestes conséquences.

— Charles, écoute bien ce que je vais te dire,

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n'enchaînons pas nos cœurs à nos idées. Les idées de l'homme, semblables aux nuages que traverse le soleil, sont lumineuses et fugitives comme eux. Suis-moi. Fuyons Forage afin d'éviter la foudre.

— Non ! je reste.

— Adieu. »

Le départ brusque de Lacordaire ne lit qu'accroître le ressentiment et la colère de Lamennais. Il tomba dans une sorte de mélancolie sombre et taciturne, d'où ni les encouragements affectueux de Montalembert,ni les fréquentes visites du Père Ventura ne le purent tirer. Il sentait lui-même si bien son état, et de quel poids il devait être pour ceux qui l'aimaient, qu'il s'efforçait sans cesse à les éloigner : « Laissez-moi, leur disait-il souvent. Je veux dévorer ma peine sans témoin, ainsi je serai seul à la souffrir, et je n'aurai pas du moins celle d'affliger ceux qui m'entourent de leur affection. Va, Charles, va; éloigne-toi d'ici, conserve tes illusions généreuses et ta foi. Tu ne sais pas quel bien l'on perd en les perdant. Moi, vois-tu, je n'ai plus rien à perdre que la vie, cette vie qui m'est plus cruelle que la mort. »

Malgré ces pressantes instances, Montalernbert ne voulait jamais l'abandonner. Il faisait en sorte môme que son maître ne fût jamais seul. Gonnaisint .-mii affection profi mde pour le Père Ventura, il utendait avec lui pour faire autour du maître accablé de douleurs La garde de L'amitié. A peine faisait-il quelques promenades Unis les environs

de Rome, cherchant partout des sujets nouveaux pour distraire Lamennais, l'entraînant parfois avec lui, sur les bords du Tibre, à Frascati, dans les catacombes, et toujours entretenant sa pensée de mille choses diverses, cherchant à y rallumer la flamme de l'enthousiasme.

Les catacombes semblaient attirer davantage Lamennais, parce que, sans doute, cette promenade était plus conforme à l'état de son âme. Il s'arrêtait avec complaisance devant ces galeries profondes où tant de chrétiens avaient fait la veillée du combat et dormaient dans la victoire : « Heureux sont-ils, ceux-là, s'écriait-il, ces morts plus vivants que nous. Leur poussière repose doucement et n'est point tourmentée par les pieds des voyageurs. Ils ont donné leur sang pour affranchir l'Egiise du joug des empereurs romains, et puis ils s'y sont couchés glorieux, et ils dorment dans la paix.

« Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur ! Ils ont passé sur cette terre comme les chevaliers du Christ, en combattant pour sa gloire et en proclamant son nom. Et tout ici chante leur victoire.

a Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur ! »

Le soir, la veillée se prolongeait dans des confidences et des entretiens intimes et affectueux, où l'àme du maître passait tout entière dans celle du disciple.

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Montalembert, si pur, si élevé, était comme Fange protecteur du génie. Sa jeunesse pleine de charme, sa causerie remplie d'illusions et de poésie berçaient Ta me ulcérée du maître et y répandaient, à défaut de joie, le baume consolateur de l'espérance; mais rien ne relevait les ailes pendantes de l'aigle, qui traînaient désormais dans la fange des dégoûts, du désenchantement et de la tristesse. Ah ! c'est que ce second séjour à Rome lui rappelait par un contraste cruel celui qu'il avait fait en 1824. Alors tout était à la joie, au transport ; les intrigues ne s'étaient pas encore nouées les unes aux autres pour franchir les Alpes et envelopper la (Jour romaine. Le Pape l'avait accueilli avec empressement, l'avait comblé d'honneurs; il se complaisait à le voir et à l'entendre, et, pour l'avoir plus près de lui, Léon Xiî le suppliait d'accepter un logement au Vatican môme. Il était heureux alors, sous la protection et les encouragements du père commun des fidèles, et le souvenir qui lui en revenait, parmi ses amertumes présentes, ne faisait qu'en accroître l'étendue et la cruauté.

Les temps sont, en effet, bien changés; aux complaisances paternelles de Léon XII ont succédé les froideurs, apparentes du moins, de Grégoire XVI. Autant il était en faveur sous le premier, autant? il es1 en suspicion sous le second. Lamennais, quine croyait pas avoir changé -le l'un à L'autre pontificat, qui avait encore plus fait pour le Pape, ne pouvait pas se résigner a cette

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