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différence d'attitude. Il ne comprenait pas qu'on lui tînt si rigueur pour des imprudences de langage ou quelques erreurs échappées à sa bonne foi, et qu'on le livrât sans plus de considération en pâture à la férocité de ses ennemis, qui étaient après tout les ennemis du Pape. Non, il ne comprenait pas qu'on eût ainsi changé pour lui, alors que lui ne croyait pas avoir changé. Il avait tant aimé le Pape qu'il, ne pouvait se faire à l'idée de n'en être pas aimé. Sans doute, il se trompait : le Pape avait pour lui une affection profonde, mais il ne le voyait pas, les signes extérieurs témoignaient du contraire, car, comme en ont convenu plus tard les historiens les plus attachés à Rome, comme l'affirmait hautement Rohrbacher, on avait usé envers lui de procédés déplorables .
Lamennais ne sortait point des tortures morales que lui causait cette déception, et il répétait toujours : « Mais pourquoi m'en veut-on ?... Quel mal leur ai-je fait?... » On avait beau lui dire qu'on ne lui en voulait pas : il ne pouvait se rendre à cette idée, que les faits, du reste, tendaient à démentir.
Il en était là, lorsque Montalembert vint en secret trouver le Père Ventura, et lui fit part d'un projet mûrement élaboré et dont il l'avait déjà entretenu : « Mon père, il n'est pas bon que l'homme soit seul, c'est le mot de l'Ecriture qui sera toujours vrai. M. Féli est trop souvent seul, et pour lui plus que pour d'autres la solitude est dange-
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reuse. Je n'ai pas sur lui, vous en conviendrez, l'ascendant que vous avez ; ma jeunesse enlève toute autorité à mon amitié ; pourquoi ne prendriez-vous pas, comme vous m'en avez témoigné le désir, notre ami commun dans votre couvent ? Peut-être cette vie nouvelle donnera-t-elle un autre cours à ses pensées. Il a pour vous une affection toute d'estime et de vénération; votre présence presque constante lui sera aussi douce que salutaire. Je vais partir pour Naples ; mon absence de quelques jours vous servira de prétexte à le convier auprès de vous et, dans la situation d'esprit où il se trouve, je crois qu'il acceptera. »
Le Père Ventura qui déjà avait plusieurs fois tenté d'entraîner Lamennais à S. -Andréa délia Valle, afin de l'avoir plus près de lui et de lui consacrer les loisirs que lui pouvait laisser sa charge de général, fut tout heureux de la proposition de Montalembert. Il se rendit aussitôt audeson malheureux ami, L'entoura, suivant son habitude, des plus affectueux témoignages d'amitié et le convainquit ainsi du bonheur qu'il aurait à le posséder sous le toit hospitalier dos religieux théatins.
Montalembert partit pour Naples, et Lamcnsuiviî le Père Ventura, et vinl se reposera Lndréa délia Valle. Il y passa des jours heureux, Les seul.- dont il garda un souvenir reconnaissant Cette vie nouvelle à l'ombre du cloître