‹ Lamennais et GerbetChapitre 39 sur 56 · LAME X NA1 S E T G E E H ET · texte numérisé non relu

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impressionna vivement son âme. Il s'y sentit à Taise et, pour la première fois depuis son arrivée à Rome, un rayon de joie traversa ses pensées sombres et les illumina, comme le soleil perce la nue grosse d'orage, l'empourpre, la dore ou la dissipe.

En entrant dans un couvent, on éprouve une grande paix. Il semble que le monde est détruit, et que les cieux à peine voilés, sans canicule et sans tonnerre, enserrent une terre nouvelle (I). Ce silence mystérieux que Ton y garde, ces religieux qui rentrent et sortent de leurs cellules comme des abeilles de leur ruche, ces murmures de la prière qui montent comme un encens d'agréable odeur vers Dieu, ces chants qui ondulent sous la voûte sacrée, vous remplissent d'un saint recueillcment,etvous font éprouver une sorte d'ivresse de paix et de joie discrète dont rien n'approche ici-bas. Lamennais fut longtemps sous cette impression douce, et il en garda l'impérissable souvenir : « Je n'oublierai jamais, dit-il luimême, les jours paisibles que j'ai passés dans cette pieuse maison, entouré des soins les plus délicats, parmi ces bons religieux si édifiants, si appliqués à leurs devoirs, si éloignés de toute intrigue. La vie du cloître, régulière, calme, intime, et pour ainsi dire retirée en soi. tient une

(1) Phrase empruntée aux belles pages do Lacordairo dans Volupté, de Sainte-Beuve.

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sorte de milieu entre la vie purement terrestre et cette vie future que la foi nous montre sous une forme vague encore, et dont tous les êtres humains ont en eux-mêmes l'irrésistible pressentiment. Espèce d'initiation à la tombe et à ses secrets, elle a pour les âmes contemplatives une douceur qu'on soupçonne peu.

« 11 se trouve aussi dans les monastères de remarquables intelligences qui comprennent d'autant mieux le monde qu'elles observent de plus loin et ne sont offusquées ni par ses passions ni par ses intérêts; et, par le même motif, c'est là que se développent le plus naturellement les nobles instincts de l'humanité, et les sympathies qui la consolent. Le vrai moine est peuple et ne peut être que peuple, ne fût-ce qu'à cause de sa pauvreté, au moins individuelle. Quant aux moines ambitieux, aux moines de cour, serviteurs et flatteurs des grands, il n'est point de pire race dans le monde.

« Lorsqu'après les courses de la journée, je revenais le soir partager la frugale collation du Père Ventura, les heures s'écoulaient inaperçues eu des entretiens où son âme aimante, a mi esprit actif, fécond, pénétrant, savaient répandre un charme inépuisable Doué de qualités éminentes, propreà la pratique des affaires comme ;iii.\ spéculations de la science, jamais personne ne fut animé d'un plus ardent amour du bien. De pareils hommes sonl rares partout. Nous

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avons eu le bonheur d'en rencontrer plusieurs à Rome.

« Près du palais Barberini, sur une petite place plantée de quelques arbres par les Français, je crois, s'élève un couvent de pauvres capucine. C'est là que, dans une cellule meublée d'une couchette, d'une table, de deux mauvaises chaises, et dont l'étroite fenêtre est close, au lieu de vitres, avec un morceau de canevas, continue de vivre, selon toute la rigueur de la règle de saint François, le cardinal Micara, que ses hautes vertus, son austérité sans rudesse, sa vive et populaire éloquence, ont rendu l'objet d'un respect bien au-dessus de celui qu'on accorde àla dignité. Aussi le peuple ne s'y trompe-t-il pas; et le Capucin, comme il l'appelle avec un délicat sentiment de vraie grandeur, est incomparablement plus à ses yeux que leporporato.

« Je ne saurais m'empêcher de nommer encore le savant Père Olivieri, dominicain, homme antique par le caractère, la droiture incorruptible, la sage et modeste liberté. Proclamé par l'opinion publique le premier théologien de Rome, membre de plusieurs congrégations dont il est la lumière, il ne laisse pas, malgré les nombreux devoirs de ses charges, de suivre attentivement, dans l'Europe et au-delà, le mouvement de l'esprit humain et le cours des événements qui modifient de jour en jour l'état de la Société et tendent à le changer complètement : forte et vaste tête, unie à un cœur simple et bon.

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« Les Théatins ont à Frascati, un peu en dehors de la ville, une maison d'où la vue s'étend au loin sur la campagne de Rome. Elle est d'ordinaire habitée par un seul religieux qui dessert la chapelle ouverte au public, et par un frère. Un jardin, ménagé sur une pente assez abrupte, ajoute à l'agrément de ce lieu solitaire, où le Père Ventura me permit d'aller m'établir. On y eut pour moi les mêmes bontés qu'cà S. -Andréa ; et si ces lignes arrivaient jamais jusqu'au Père Bonini, je serais heureux qu'il y vit une preuve que le temps n'a point affaibli la gratitude que je conserverai toujours de sa cordiale hospitalité.

« A quelques milles de Tivoli, un groupe de montagnes volcaniques forme, dans la plaine inhabitée, une espèce d'oasis. Sur un des revers de ce plateau, dont la fraîche verdure contra- te avec la nudité du désert voisin, Frascati, Marino, Albano, rattachent à ces lieux charmants les souvenirs de l'histoire : difficilement l'imagination parviendrait à se représenter un pays plus pittoresque.

« Une magnifique végétation y embellit des sites perpétuellement variés. La pureté de l'air, L'abondance des eaux, el aussi ce charme mystérieux de La nature auquel nul homme, quelque besoin qu'il se soil fait de La \i<i factice des cités, . trait jamais entièrement, attirenl ["iudant L'été l<i- riches familles de Rome, qui, au

temps de leur splendeur, ont semé ces montagne d'élégantes villas et d'immenses palais, tels que Mondragone, aujourd'hui presque en ruines, tandis que l'esprit religieux y fondait de nombreux couvents presque tous situés en des positions d'une beauté ravissante. Il en est de même de fortifiés à la manière du moyen âge, comme Grotta-Ferrata,bâti tout auprès de l'ancien Tusculum. Ceux des Capucins et des Gamaldules nous ont surtout frappés par la profonde paix qu'on y respire, et par l'admirable grandeur du passage dont ils font partie. Les Gamaldules occupent chacun une petite maison séparée et composée de plusieurs pièces. Nous arrivâmes chez eux vers le soir, à l'heure de la prière commune : ils nous parurent tous d'un âge assez avancé, et d'une stature au-dessus de la moyenne. Rangés des deux côtés de la nef, ils demeurèrent après l'office à genoux, immobiles, dans une méditation profonde ; on eût dit que déjà ils n'étaient plus de la terre ; leur tête chauve ployait sousd'autres pensées et d'autres soucis : nul mouvement d'ailleurs, nul signe extérieur de vie : enveloppés de leur long manteau blanc, ils ressemblaient à ces statues qui prient sur les vieux tombeaux.

s Nous concevons très bien Le genre d'attrait qu'a pour certaines âmes, fatiguées du monde et désabusées de ses illusions, cette existence solitaire. Qui n'a point aspiré à quelque chose de pareil ? qui n'a pas, plus d'une fois, tourné ses

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regards vers le désert et rêvé le repos en un recoin de la forêt, ou dans la grotte de la montagne, près de la source ignorée où se désaltèrent les oiseaux du ciel ? Cependant telle n'est pas la vraie destinée de l'homme: il est né pour l'action ; il a sa tâche qu'il doit accomplir. Qu'importe qu'elle soit rude, n'est-ce pas à l'amour qu'elle est proposée?

« Il est néanmoins des temps où le courage semble défaillir, où l'on se demande si, en voulant le bien dont tant d'obstacles souvent imprévus empêchent la production facile en apparence, on ne poursuit point une chimère, où à chaque inspiration, la poitrine soulève le poids d'un immense ennui. J'ai toujours éprouvé qu'en ces moments la vue de la nature, un plus étroit contact avec elle, calmaient peu à peu le trouble intérieur. L'ombre des bois, le bruit de la source qui Lombc goutte à goutte, le chant de l'oiseau dans le buisson, les bourdonnements de Tinsecte, l'éclat, le parfum des fleurs, l'ondoiement de l'herbe, que la brise agite; toutes ces choses, surtout l'intarissable exhalaison de vie, de celle que Dieu verse à torrents au sein de son œuvre perpétuellement jeune, perpétuellement ordonnée, pourl'ensemble desêtres et pour chaque être particulier, à une visible fin de félicité mystérieuse, raniment l'âme flétrie, L'abreuvent d'une sève nouvelle, lui rendenl sa vigueur qui s'éteignait

il Affax

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Lamennais attendit à Rome, dans le couvent de Frascati, la décision du Pape, jusqu'au mois de juillet : il y passa donc sept mois. Grégoire XVL malgré toutes les instances faites auprès de lui, ne se prononçait toujours pas.

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