‹ Lamennais et GerbetChapitre 46 sur 56 · L . 1 M E 2V NA1 s E T G il E B E T · texte numérisé non relu

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Lamennais, aigri par la persécution, voyait tout au travers de ses troubles et de ses angoisses. La douleur rend parfois injuste ; elle arrache à l'âme qui en est meurtrie le blasphème contre Dieu et des paroles amères envers les hommes.

Lamennais, victime de la politique du gouvernement de Louis-Philippe, jugeait avec sévérité les actes de sa famille, quelque beaux qu'ils fussent. Les actions d'éclat du duc d'Orléans devant Anvers ne firent que lui inspirer des jugements où l'insulte et la dérision suppléaient à la justice. Lacordaire voulut le ramener aux vrais sentiments de l'équité ; mais Lamennais, pour toute réponse, lui imposa le silence d'un ton hautain qui ne souffrait pas de réplique.

Une heure après, Lacordaire quittait seul la Chesnaie, sans que son maître et ami s'en aperçût. On connaît les termes désolés dans lesquels il annonça sa détermination par une lettre laissée sur la table. La situation n'était plus tenable dans le mauoir de la Chesnaie : non seulement les échos des cris ennemis venaient tous les jours en battre les murs, mais les avoués et les huissiers se présentaient à chaque instant et s'y faisaient connaître par leurs exploits. On ne peut se faire une idée exacte des tortures morales et physiques qu'endurait en ce moment Lamennais. Son amourpropre et son cœur étaient soumis à une épreuve telle que peut-être jamais homme de sa considération n'en a subi de semblable. Dans la débâcle de sa fortune et de son influence morale et poli-

tique, ii ne lui restait plus qu'un seul bien sur la terre, c'était l'amitié de ses disciples, qu'il aimait de toutes les tendresses de son cœur, et il se voyait contraint de s'en séparer.

Le départ de Lacordaire, qu'il n'avait pas prévu quoiqu'il l'eût désiré, lui avait fait dans l'àme uneprofondeble3sure.il aurait voulu l'embrasser! Ah ! pourquoi, s'écriait-il, est-il parti de chez moi comme d'une ville assiégée? La vie n'est plus .possible à plusieurs, quand tout manque pour la rendre supportable.

Quand Lamennais quitta Munich, il était ruiné : « Je vais rentrer en France, écrivait-il le 29 août 1832, aussi pauvre qu'on puisse l'être en ce monde, usé de travaux et de chagrius. » L'encyclique qui mettait fin aux luttes de l'Avenir avait brisé l'existence de ses rédacteurs. Il avait fallu liquider, rembourser les actionnaires ; de sorte que Lamennais rentra dans sa solitude sans ressources. Il n'y vécut que de l'aumône de quelques amis fidèles. M. Biaise, son beau-frère, ne le tira pas sans peine de cette gêne épouvantable. Il était réduit aux honoraires de messe, que Gerbet, Lacordaire et Rohrbacher mettaient en commun puur la subsistance quotidienne. Encore leur t-ils défaut au plus fort de la persécution. On Leur refusait même L'aumône du sacrifice, qu'ils offraient au Gîel si complet <it si pur.

Trois mois après sou arrivée a la Ghcsnaie, Lamennais, oblig idre des arrangements avec ses créanciers, ne .-avait plus comment

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