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CHAPITRE IV

LS CADRE IlENN AIStBN DES « PASMIËRES MBDITATIOn S »

Le i5 décembre 1819, Lamartine partait pour Paris, fermement résolu à n'en pas revenir sans un poste diplomatique (i). Cinq jours après, le 20 décembre, il descendait rue Neuve-Saint- Augustin. L'accueil le plus enthousiaste l'attendait ; protégé, prôné, porté par l'opinion des gens influents autant qu'il était possible de Tètre, il ne pouvait suffire à sa vogue ; pas de jour où il n'eût quelque dîner ou soirée où on l'invitait pour l'entendre (2). Il cède d'abord à l'espèce d'enivrement et de fascination que produisent en lui ces premières atteintes de la gloire. Mais il s'en lasse bientôt : cette existence mondaine jointe au climat trop humide et trop froid de Paris, eurent vite raison d'une santé toujours délicate ; le 20 janvier, il commençait à se plaindre d'un grand mal de poitrine, de violentes douleurs de tête (3). Le mal fit des progrès ra-

(t) René Doumic, Le Mariage de Lamartine, Revue des Deux-Mondes, i5 août 1906, p. 849. Lettre à la fiancée du 1 5 décembre 1819* (a) Ibid,f i*r septembre 1906, p i55.

(8) Ibid,, p. 157.

pides, et à la fin du mois il devait renoncer à tenir la plume même pour écrire à sa fiancée. Sa mère inquiète accourut ; elle avait quitté Mâcon le 1 2 février ; à son arrivée, un mieux s^était déjà manifesté. Mais cette crise violente et les approches d'une mort qu'il avait cette fois réellement entrevue, avaient eu raison de ses dernières hésitations. « Vous seriez ravie, Mademoiselle, écrivait sa mère à Marianne Birch, de ses admirables sentiments pendant sa maladie... Il a demandé un prêtre, s'est con~ fesséy et est demeuré dans une paix d'âme, une douceur, une résignation, qui a, je crois, beaucoup contribué à sa guérison » (i). Le 19 février, encore très faible, et se jugeant toujours menacé d'une fin prochaine, il écrivait au comte de Yirieu en des termes qui ne laissent aucun doute sur la sincérité et la profondeur de sa conversion : « Je t'écris peut-être pour la dernière fois, pour te dire adieu selon toute apparence, et que je le regrette le plus en ce monde après ma mère... Il y a un meilleur asile que la mort, c'est le sein de Dieu et sa religion ici bas. Il n'y a que cela. Crois-moi et fais comme moi : jette-toi là les yeux fermés, vivant ou mourant. Adieu » (2). C'est la même profession de foi qu'il répète un peu plus tard : u Tes dispositions morales sont les miennes, et Dieu pour tous 1 II n'y a pas de doute, nous ne tombons qu'entre ses mains, et il est le Père universel. Je sais de conviction comme toi que la mort est désirable, et je ne m'en affligerais que pour

(i) René Doumig, Le Mariage de Lamartine Revue des Deux^ Mondes, i®' septembre igo5, p. 160.

(a) Correspondance, t. II, éd. in-i6, p. 96-97, 19 février iSao.

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mol; mais cette séparation n'est rien, puisqu'elle finit aussi » (i). Pendant sa convalescence» il adresse encore à sa fiancée des paroles de résignation chrétienne : « Je me résigne, et je compte, si je dois vivre, sur la Providence qui saura pour nous, comme pour tout, tirer le bien du mal » (2).

Il se livre avec d'autant plus d'abandon à cette inclination pieuse qu'il subit plus directement l'influence de Lamennais. Elle est sensible dans là méditation le Chrétien mourant, qu'il écrit alors en s'inspirant du célèbre passage de Y Essai sur la mort du Chrétien. A l'heure dernière, la Religion élève la voix : « Pars, dit-elle, âme chrétienne ; sors de ce monde... » Et, « au milieu de ses bénédictions, l'âme ravie brise ses entraves... » (3)

Prends ton vol, ô mon âme, et dépouille tes chaînes (4).

(( La mort, si terrible pour l'incrédule, met le comble aux vœux du Chrétien... il la désire pour commencer de

(i) Correspondance, t. II, éd. in-8®, p. 455, éd. in-i6, p. 97, a3 mars 1820.

(2) René Doumic, Le mariage de Lamartine, Revue des Deux-Mondes, I*' septembre 1906, p. 161.

(3) Essai sur F Indifférence, 1. 1, p. a55.

(4), Premières Méditations, le Chrétien mourant, strophe 2,

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vivre, pour être délivré du poids des organes, deg lien» matériels qui le retiennent sur cette terre où les pures jouissances qu'il goûte ne sont qu'une ombre légère de la félicité qu'il pressent » (i).

Dissipe ces terreurs : la mort vient d'affranchir I

Déposer le fardeau des misères humaines Est-ce donc là mourir ? (2)

« La mort est le dernier trait de lumière qui le vient frapper : lumière si vive qu'elle rend presque imperceptible le passage de la foi à la claire vision de son objet,.. » (3)

Déjà, déjà je nage en des flots de lumière (4).

Lamennais, si poétiquement traduit^ provoquait alors la nomination de Lamartine comme secrétaire à l'ambassade de Naples. Le poste avait d'abord été attribué au cor« respondant, à l'ami le plus cher de Lamennais, à Benoît d'Àzy, alors attaché à la légation de Francfort. Mais celui-ci, apprenant que Lamartine, qui le sollicitait aussi, avait besoin pour sa santé d'un pays chaud, et connaissant les relations qui unissaient le poète et son illustre ami, se désista en faveur de Lamartine, qui fut nommé le 2 mars (5).

(1) Essai sur V Indifférence , t. I, p. 254.

(a) Premières Méditations, le Chrétien mourant, 3 trophe s.

(3) Essai sur V Indifférence, t. I, p. a55.

(4) Premières Méditations, le Chrétien mourant, slrophe 3;

(5) CEuvréÉ Inédites de LamermaU publiée» par Blàize; 1. 1, p; 394;

En revanche, le poète entrait dans la rédaction du Déjenseur qui se substituait alors au Conservateur finissant. Il l'annonçait à sa fiancée le 23 mars : « J*ai conclu ici une association avec MM. de Bonald, Laménais (sic) et autres, qui me donnerait huit à dix mille francs par an )) (i). Il servait même d'intermédiaire entre Lamennais el Joseph de Maistre. Dès le 28 janvier, ce dernier, en lui envoyant son livre Da Pape, Favait chargé d'un exemplaire et d'une dédicace pour l'auteur de Y Essai : « Vous trouverez ci-jointes trois signatures de moi, lui disait-il... J'espère que vous voudrez bien coller un de ces billets à l'exemplaire qui vous a été remis de ma part. Disposez je vous prie de Tun des deux autres comme vous le jugerez à propos ; mais pour le troisième, mon grand, mon très grand plaisir serait d'apprendre que vous l'avez attaché à l'exemplaire de M. l'abbé de Lamennais, dont je suis très grand admirateur. Le neveu Louis (Louis de Vignet) m'apprend que vous connaissez beaucoup ce grand écrivain, l'honneur de notre parti, dont le superbe lever annonce un midi que je ne verrai pas, mais qui enchantera les contemporains. Présentezmoi à lui comme un homme tout à fait digne de le lire, et votre oncle d'ailleurs, ce qui ne laisse pas d'être quelque chose » (2). L'ouvrage n'était pas, bien entendu, arrivé à destination le i*' février, et Lamennais, prévenu d'autre part, s'en inquiétait : « M. de Maistre a chargé

(i) René Doumc, Le Mariage de Lamartine f Revue des Deux- MondeSi i«' septembre igoS, p. 167. (a) Lettres à Lamartine, p. lô-'iGé

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Lamartine de m'envoyer un exemplaire de son ouvrage sur le Pape, écrivait-il à son frère Fabbé Jean. Je ne Tai pas encore reçu » (i). La maladie du poète dut sans doute retarder Tenvoi ; mais il eut lieu, et bientôt après Lamartine négociait la participation de Joseph de Maistre à la rédaction du Défenseur : « Je suis chargé par des hommes dignes d'être entendus de vous, lui mandait-il le 17 mars 1820, de vous faire une requête respectueuse en leur nom et au mien. Voici ce dont il s'agit. Le Conservateur finit; un journal dans le même sens^ mais dépouillé des rêveries constitutionnelles (le plus possible) lui succède; il &e nomme Le Défenseur; il est rédigé par MM. de Bonald, l'abbé de Lamennais» Saint-Victor, Genoude, plusieurs autres hommes distingués, et quelques autres inconnus, au nombre desquels ils ont bien voulu m'admettre. Ces Messieurs, tous de votre école et selon votre cœur, osent vous prier de détacher de temps en temps de votre portefeuille quelques pages de politique ou de métaphysique, dont ils orneront leur journal, avec ou sans nom, selon vos convenances et vos ordres. J'ai déjà chargé Louis, avec qui je partage mon action, de vous adresser cette prière au nom de tout ce que la France possède d'hommes dignes de vous ; je Tai chargé en même temps de vous faire passer de ma part un petit volume intitulé Méditations poétiques, comme un faible hommage de mon admiration et de tous mes sen-

(i) CEiwres inédites de Lamennais, publiées par Blaiu, t. I, p. 891.

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timents pour vous » (i). La négociation eut plein succès , et dès le 8 avril 1820, c'est-à-dire dans la première livraison du Défenseur, paraissait une Lettre de M, le Comte de Maistre à une Dame protestante, sur la question de savoir si le changement de Religion nest point contraire à rhon-* neur (2). Peut-être même Lamartine s'était-il mépris sur les intentions de son oncle, car cette publication provoqua quelques protestations de la part de Joseph de Maistre, qui mit Lamennais dans la confidence de son méconten« tement (3). Mais il devait trouver une large compensation dans la série d'articles que Lamennais allait consacrer au Pape dans le Défenseur à partir du 8 juillet, le jour même où paraissait le 21* volume de l'Essai,

Lamartine, qui s'employait avec tant d'ardeur au service du Défenseur, y collaborait aussi directement. Déjà le 8 avril il avait fait profession de se rattacher à l'école catholique et ultramontaine de Lamennais en donnant une Ode au Défenseur selon les conventions passées avec la rédaction du recueil : l'ode sur le Rétablissement de la ftatue de Henri IV (4) ; (et dans la livraison suivante, il fuhlidit Y Ode à Donald, composée en 181 6 (5). A peine arrivé en Italie, il s'ingéniait à rendre à Lamennais quelques services personnels : le 29 juillet, il lui faisait

(i) Correspondance de J. de Maistrb, in-8*, Lyon» Vitteéd., t. VI, p. 36a.

(a) Le Défenseur, t. I, p. 6-1 3.

(3) Correspondance de J. de Maistre, t. YI, p. 227 (1®' mai i8ao].

(4) Le Déjenseur, t. I, i" livraison, p. 45.

(5) Le Défenseur, t. I, a* livraison, p. Qi*

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parvenir dé Rome^ par l'intermédiaire de Qenoude» une dispense de bréviaire i « Je vous envoie, lui disait-il, ce cfue j ai pu obtenir de mieui pour notre cher et illustre ami, M. de Lamennais. Ce payd^i ne vaut guère plus pour les gens comme lui et comme vous, que le quartier Notre-Dame à Paris» Tout se ressemble daûs ce triste monde. Il ne faut s'étonner de rien, et faire son devoir, en dépit de ceux pour qui on le fait. C'est la loi commune de ce siècle ; aussi y aurait-il plus de pures vertus que dans un autre n (i). Le a4 août tSao, Lamennais écrivait à ce sujet de la Chênaie k son frère, l'abbé Jean : c Genoude m'a envoyé une dispense de bréviaire que M. de La Martine a obtenue pour moi à Rome. Il est clair qu'on a.voulu m'acoorder une faveur à raison de mes travaux. Cependant, je ne sais pas si je pourrai user de cette dispense, car l'exposé porte que « je suis aiïligé d'une fièvre lente et continue, et d'une faiblesse de vue qui ne me permet de lire qu'avec peine ». Ce dernier point n'est pas exact » (3)... Du moins ne pouvait -il mettre en doute les sentiments très vifs de Lamartine à son égard,

(i) Corre$p^ndanee, éd. in-8*, t. III, p. 16-17, éd. in-i6) ti U, p. 118 ; ag juillet x8ao.

(3) Œuores inédites de Lamennais, publiées par Blaize, t. I, p. S90.

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Les Méditations poétiques et religieuses publiées le i3 mars 1820 ne prennent leur vraie signification qu'une fois replacées dans le cadre mennaîsien dont on vient de tenter une esquisse. A défaut de l'étude du texte et de la biographie qui précède, l'examen de la première édition suffirait à montrer qu'en les publiant, Lamartine les plaçait sous le patronage de Lamennais auquel leur inspiration devait tant (i). C'est Genoude, en effet, collaborateur et disciple de Lamennais, qui procura l'édition et écrivit Y Avertissement de F Editeur ; et Touvrage fut publié à la librairie grecque — latine — allemande, chez Nicolle, le libraire de Lamennais. Il faut remarquer surtout que dans cette première édition, trois pièces seulement sont dédiées : VHomme, à lord Byron, la Poésie sacrée, à Genoude, Dieu, à Lamennais. Quant à Y Homme, la dédicace à Byron, que Lamennais ne connaissait pas, s'imposait, puisque seule elle explique Tode dont elle fait véritablement partie. Restent donc les deux dédicaces à Genoude, mennaisien, et à Lamennais. Cette dernière domine tout l'ouvrage.

C'est là ce qu'aurait révélé aux plus înattentifs le Co/iservateur rendant compte des Méditations par la plume de

(i) C*esi ce que semble ftvoif entrevu Deschanel, âans soil Lamùf' iînêt 3 vel. in»ia, Ptrii» Galmann-LéTy» 1893» i. I, p» 86-87.

en

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Genoude qui s'appliquait à en faire sentir la véritable signification morale : à qui savait lire et comprendre, et trouver la vie palpitante sous les enchantements du rythme, ne racontaient- elles pas les étapes qu'on a voulu décrire, du poète en quête de la foi ? Genoude le laissait discrètement entendre. Il montrait Lamartine opposant partout dans son œuvre, ainsi que Lamennais, aux principes de Tathéisme, destructeur des individus et des sociétés, ceux du christianisme, véritable fondement du bonheur individuel et social : « Aujourd'hui, disait-il, tout a été ébranlé ; la société tout entière est occupée du grand combat du bien contre le mal ; les deux doctrines qui ont toujours partagé le monde semblent se disputer l'univers comme la lumière et les ténèbres : un vrai poète, pour plaire aux esprits, doit donc leur parler de ce qui les agite ; il faut qu'il ait été frappé de ce qui frappe toutes les âmes. Mais malheur à lui s'il entre dans la voie des ténèbres 1 si, comme lord Byron en Angleterre, il appartient aux doctrines du mal ». Et après avoir montré que chez le poète Anglais domine le système de la fatalité, que le ciel y est d'airain, et qu'on peut dire « à ceux qui ouvrent ses ouvrages : Lasciate ogni speranzay laissez toute espérance », Genoude ajoutait : « Plus heureuse que l'Angleterre, la France voit aujourd'hui s'élever dans son sein un poète qui puise ses inspirations dans la religion, véritable source de lumière et de vie. Ce poète est M. de La Martine, auteur des Méditations poétiques que nous annonçons. L'épitre à lord Byron, qui est le second morceau du recueil, exprime en vers admirables le sys-»-

tème magnifique du christianisme, réponse éternelle au désespoir de l'athée ». La vie « est, dans le christianisme çt dans la poésie de M. de La Martine, une épreuve ; et la couronne est le prix de la résignation. Qu'on lise les Méditations sur Dieu^ sur V Immortalité de tâmcy sur la Prière, c'est là le vrai sublime... Le calme qui accompagne toujours la religion a passé dans Tâme du poète... M. de La Martine est une preuve de plus à quel point se lient les saines doctrines en religion, en poésie et en littérature... » (i).

Bientôt, le compte rendu enthousiaste des Méditations par Saint-Victor dans le Défenseur du 22 juillet 1820 (2), achevait d'éclairer vivement aux yeux du public le port auquel, à la suite de troubles intérieurs dont il n'était pas malaisé de découvrir la trace dans son œuvre, le poète était arrivé. Après avoir rappelé les vains efforts des poètes du siècle précédent pour se débarrasser du merveilleux païen sans lui substituer le merveilleux chrétien, l'auteur montrait une génération pieuse s'élevant au milieu des ruines amoncelées par l'athéisme, rendant à la poésie son véritable caractère avec tout le charme des inspirations religieuses. c( Ainsi s'explique, ajoutait-il, le triomphe éclatant que viennent d'obtenir les Méditations poétiques de M. de La Martine... Tous les trésors de l'imagination, de l'intelligence et du langage, sa muse chaste et passionnée tout à la fois semble ne s'en servir que pour

(i) Le Conservateur t i, VI, 76* livraison, p. 5o8 et seq. (a) Le Défenseur, t. I, p. 3&4 et seq. et t. II, p. 106.

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former un oantiijfue d'adorations continuelles au vrai Dieu, que pour célébrer la grandeur de ses bienfaits et les merveilles de sa miséricorde. Dieu, la religion, la foi, l'amour^ les immortelles espérances, se mêlent sans cesse, dans ses chants, à la peinture des faiblesses de l'homme, purifient ses affections les plus mondaines, sanctifient en quelque sorte ce qu'il y a de profane dans ses vœux et dans ses pensées. Ainsi s'explique, je le répète, un succès que l'auteur des Méditations était loin sans doute d'espérer » (i).

Mais surtout la vie nouvelle dans laquelle Lamartine entrait était la vraie conclusion morale, et comme la dernière page, épilogue à la fois poétique et religieux des Premières Méditations, A peine sa nomination à Naples a-t-elle levé le seul obstacle réel qui s'oppose à son mariage, il le hâte de toutes ses forces et, courant à Chambéry, malgré les résistances de M"® Birch, il lui arrache^ son consentement : « Je te dirai le fin mot à toi seul, écrit-il à ce propos au comte de Virieu : c'est par religion que je veux absolument me marier et que je m'y donne tant de peines. Il faut enfin ordonner sévèrement son inutile existence seloi^ les lois établies, divines ou hu-

(i) Le Défenseur^ t. II, p. xia-ii3.

maines ; et d'après ma doctrine, le$ humi^inea sont di-> vines ». Entendez qu'avec Bonald et Lamennais il considère les lois sociales comme l'expression de la nature des choses» c'est-à-dire, en langage religieux, comme providentielles ou divines : « Le temps s'écoule, contînue-t-il, les années se chassent, la vie s'en va, profitons du reste ; donnons-nous un but fixe pour l'emploi de cette féconde moitié, et que ce but soit le plus élevé possible, c'est-à-dire le désir de nous rendre agréables à Dieu, hors duquel rien n'est rien, ainsi que nous le voyons ». C*est donc en traditionnaliste mennaisien qu'il envisage à présent l'existence : « EnchAssons^nous dans l'ordre établi avant nous, tout autour de nous, appuyons-nous sur les soutiens qui ont servi à nos pères ; et s'ils ne nous suffisent pas totalement, implorons de Dieu lui-même la force et la nourriture qui nous conviennent spécialement, faisons-lui pour Tamour de lui le sacrifice de quelques répugnances de l'esprit, pour qu'il nous fasse trouver la paix de l'&me, et la vérité intérieure qu^il nous donnera à la juste dose que nous pouvons comporter ici-bas i ergo, marions«i nous » (i).

Sous la double influence de son mennaisianisme et de la paix du foyer, qu'il pressent, son cœur, comme il le dit dans Consolation qu'il écrivait alors, son cœur « revient à Dieu plus docile et plus tendre ». Il se voit par la pensée dans cet ordre qu'il avait jusqu'ici méconnu, et d'où naît toute félicité :

(i) Correspondance, t. II, éd. in-8®, p. (ôg-i^o, éd. in- 16, p. io5 5 96 avril i8ao.

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Dieu 1 laisse-moi cueillir cette palme féconde

Et dans mon sein ravi l'emporter pour toujours.

Quand pourrai-je la voir sur Tenfant qui repose S'incliner doucement dans le calme des nuits ? Quand verrai-je ses fils, de leurs lèvres de rose, Se suspendre à son sein comme Tabeille au lys? (i)

Je leur apprendrai ton nom, dit-il, je les verrai croître et cacher mon tronc flétri :

Alors j'entonnerai l'hymne de ma vieillesse.

Et, convive enivré des vins de ta bonté, Je passerai la coupe aux mains de la jeunesse, Et je m'endormirai dans ma félicité (2).

Heure exquise, où tout ce qui nous fait vivre et mérite d'être vécu, fleurit à la fois dans cette ftme : Tamour sérieux d'où le foyer va naître, la foi chrétienne qui en assurera les assises, et ces longs espoirs d'avenir où les plus éteints se raniment. Lamennais l'avait conduit là par des voies trop peu foulées. Depuis le jour où son puissant génie Tavait ressaisi blasphémant et détourné de Dieu, pas à pas disciplinant sa volonté, il l'avait acheminé, par les étapes que racontent les Méditations^ jusqu'à cette aube du bonheur chrétien, plus enchantée mille fois que

(i) Nouvelles Méditations, Consolations , strophes 10- 11. ' (a) Ibid,, strophe 16.

LAMENNAIS ET LAMARTINE ti^

le bonheur lui-même, car la joîe la plus légitime n'est pas sans soucis ni périls. Avant de tourner cette première page de sa vie religieuse, voyons donc maintenant comment, appuyé sur les doctrines mennaisiennes, Lamartine saura supporter son bonheur.

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