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CHAPITRE II

l^'ÉLABORÀTION DE LA DOCTRINE LIBERALE. LAMENNAIS

ET l'hymne au christ

La foi de Lamartine, pendant la période que nous étudions, est toujours aussi vivante, véritable foyer où s'alimente sa pensée et d'où jaillissent ses poèmes. Mais elle est toujours obscure et voilée de ténèbres. La religion positive est chez lui chose de volonté et, maintenant, de raison, plus encore que de sentiment : il lui manque la lumière, il ferme les yeux et prie Dieu. Car il n'est qu'un seul remède : prière et souffrance volontaires ( i ) . Encore la prière apparaît-^Ue, prononcée, misérable, à côté de ce qu'on a rêvé : ce qu'il envie aux anges, ce n'est pas leur vie immortelle, leur destin glorieux.

(i) Correspondance, éd. in-8«, t. IV, p. 36, é4, în-.i6, t. III, p. 2g^3o, 6 juin 1827.

C'est la lyre, c'est l'organe Par qui même un cœur profane Peut chanter l'hymne sans fin (i).

Il dit dans le Désir, cet^ ^pgoisse de l'homme qui pense, impuissant à rendre en paroles les extases et les élans de son cœur :

Quelque chose en mol soupire Aussi doux que le zéphyre Que la nuit laisse exhaler, Aussi sublime que Tonde Ou que la foudre qui gronde, Et mon cœur ne peut parler (2).

Et lorsque son ami Virieu, enthousiasmé, lui demande la permission de montrer le Désir à Lamennais, il lui répond, désenchanté de n'avoir pu traduire qu'imparfaitement son rêve : « Tu peux faire voir à l'abbé de Lamennais le Désir, mais franchement j'aimerais mieux non, car je ne trouve tout cela guère bon » (3).

Les sentiments chrétiens qu'il exprime dans les Harmonies sont de plus en plus profonds, parce qu'ili sent plus étroitement mêlés aux souvenirs de son pays natal ; ils l'unissent étroitement k sa terre et à ses morts. A Lucques, à la villa Buovisii, il écrit Pensée des morts^

(i) Harmonies, Désir, strophe 9. Pour la date de cette Harmonie, cf. Correspondance, éd. in- 16, t. III, p. 87, i" juillet 1827. (a) Ibid>, stropbq 10.

(3) Correspondance, éd. in- 16, t. III, p. 87, i*r juillet ^827,

lAMâNIfÂU ET LAMÀfiflirB 17I

qu'il appelle alors de Profanais (i) ; et c'est sous le ciel d'Italie, révocation attendrie du sol natal, et de tous ceux qui l'ont quitté. Toutes ses pensées sont à Milly, Monceau, Péronne, Saint-Point et Montculot, où il installe un prêtre à ses frais, afin de remoraliser le pays (2). Il donne cent écus à Tabbé Dumont et le prie de dire des messes à son intention (3). Le 22 mars 1828 il adresse à Guichard de Bienassis VHarmonie intitulée Souvenirs d enfance ou la Vie cachée (4). En novembre, s'il revient de Paris malade et accablé, il retrouve un autre homme en lui en rentrant dans ses solitudes. Jl est pleineinent heureux alors ; et son bonheur, comme tout à l'heure sa mélancolie, s'achève en adoration, en gratitude envers Dieu : « Je suis plus religieux, dit-il, quand je suis coipme ici solitaire et content » (5).

Cette piété profonde et vécue se traduit dans trois Harmonies religieuses au commencement de 1820 (6). Jéhovah, le Chêne, suite à Jéhovah, V Humanité, nouvelle suite à Jéhovah, Il y montre après Lamennais l'humanité tout entière, à tous les âges et sûu$ tous les cieux, cher-

(i) Correspondance, éd. in-8<*, t. IV, p. 67, éd. in-i6, l. III, p. 5i ; i3 septembre i%uj.

(2) Ibid., éd. in-8% t. IV, p. 77-78, éd. in-i6, t. III, p. 56 ; 23 octobre 1827.

(3) Ibid., éd. iii-8o, t. IV, p. 84; 17 novembfa 1827.

(4) Ibid., éd. in-i6, t. III, p. 87 ; 22 mars 1828.

(5) Ibid., éd. în-8», t. IV, p. 2o4-2o5, éd. in-i6, t. III, p. 126- 127; II décembre 1828.

(6) Saint-Point, le' janvier 1829. Ms. VI, fol. 23 y\ Bib, mt.

chant et confessant Dieu (i). a Les fantômes séduisants auxquels nos vœux prêtent une réalité imaginaire, a dit Lamennais, s'évanouissent au milieu de notre cœur. Dieu ne Ta fait si grand que parce qu'il y voulait habiter. Il s'est préparé en nous comme une demeure immense où tout ce qui n'est pas lui se perd et disparait (2). » Lamartine montre donc

Le cœur épris de cette grande image

Toujours vide et trompé si Dieu ne le remplit (3).

Mais un jour l'âme découvre Dieu : « Avec quel ravissement, quels transports, s'écrie Lamennais, ne devonsnous pas voir cette magnifique et resplendissante idée se lever tout à coup sur l'horizon du monde intellectuel enveloppé d'ombres épaisses, et répandre la lumière et la vie jusque dans ses profondeurs les plus reculées (4) I » Lamartine voit aussi

cette idée éternelle luire sans cesse au-dessus de l'âme qui pense, Gomme une étoile aux feux constants (5).

S'il existait « une vérité universellement crue, unanî-

(i) Cf. Essai sur V Indifférence^ t. III, p. 4 et wq.

(2) /6W., t. II, p. ii4-ii5.

(3) Harmonies, Vidée de Dieu, suite de Jéhovah, strophe i.

(4) Essai sar VIndifférence, t. II, p. 106.

(5) Harmonies, Vidée de Dieu, siiite à Jéhomh, stropbe Ç.

LAMENNAIS ET lABIARTINE l^3

mement attestée par tous les hommes dans tous les siècles ».

Lui seul ! Lui partout ! Toujours lui (i) !

« Cette vérité souveraine, manifestement investie d'une puissance suprême sur notre entendement viendrait se placer en tête de toutes les autres vérités dans la raison humaine. La nier, ce serait détruire la raison même. En définissant les caractères de cette vérité sublime, universelle, absolue, j*ai nommé Dieu... Otez Dieu de l'univers et Vunivers n'est plus qu'une grande illusion, un songe immense, et comme une vague manifestation d*un doute infini. Mais Dieu connu, tout change, et l'univers, expliqué par sa volonté et sa toute-puissance, s'attache pour ainsi dire à sa cause, et s'affermit sur cette base inébranlable (â)*.. »

Unique clef du grand mystère Otez cette idée à la terre Et la raison s'évanouit (3).

En effet

Elle est la science du sage (4)»

« la science véritable, car il en est une, la science qui vient de Dieu et qui conduit à Dieu » (5).

(i) Harmonies, Vidée de Dieu, suite de Jéhovah, strophe 6.

(2) Essai sur V Indifférence, t. II, p. 10Ô-106.

(3) Harmonies, Vidée de Dieu, suite de Jéhovah, strophe 8.

(4) Ibid.

(5) LAMBinfAis, De la Religion, etc., i'^* partie, p. 33.

I74 LAMENNAIS BT LAMART0<E

Les Harmonies sont les sûrs garants de la foi du poète en même temps que de la persistante influence de Lamennais sur sa pensée religieuse.

Aussi, sa pensée politique évolue-t-elle régulièrement dans la même ligne. Il rejette rancièri régime avec une énergie de plus en plus gratide. « Appelles-tù rancièri régime un temps institué ? C'est le temps le plus corrompu, le plus plat, le plus nul que jamais un empire ait vu » (i). Il croit aux hommes plus qu'aux institutidns, et c'est dire qu'avec Lamennais il fait de la question sociale une question morale : « Tu dis que je ne croîs pas assez aux institutions et trop aux hommeè. Et qui est-ce qui fait, conserve et ravive les institutions^ si ce n'est les hommes ? » (2). Il attend le salut d'une réforme complète, dans le sens de la charte et des institutions libres : k On ne peut pas faire remordre un peuple à ce qu'il ne veut plus, sous la même forme, sous les mômes noms ; on peut le faire monarchique et religieux d'une nianière tout opposée » (3). Il reproche à la Gazette de Lyoti à<6 « ra-

(i) Correspondance, éd. in- 16, t. III, p. 47. éd. 8*, t. IV, p. 60* 61 ; 20 août 1827.

(2) Ihid.

(3) Ihid.

LAXBNiilAIS BT bAMARTINB 175

bâcher avec talent des doctrines mortes à jamais. Je n'entends pas par là son esprit religieux qui est le nôtre, ditil au comte de Virieu. Mais il y en a un bon et un mauvais rt (i)... Le mauvais, c'est le gallicanisme, le catho-» licisme à l'usage du gouvernement et qui cherche son appui dans la force publique ; le bon, c'est déjà lé catholicisme libéral que Lamennais commence à prêcher 2 « Si je veux la liberté quelque part, c'est en fait d'intelligence et de prière ; je n'ai en ceci jamais changé. . 4 Je suis bien plus libéral en religion qu'en politique, et je trouve que cela est conséquent^ car la force matérielle n'est rien stir l'intelligence » (a), .«a Mais son Ubéralisme naissant n'est pas le jacobinisme ni l'anarchie ; il est chrétien par son respect de la loi fondamentale de l'unité et du pouvoir, si souvent défendue et démontrée par Bo* nàld et par Lamennais su Je vois clairement qu'il y £1 dans la sociabilité une loi pareille à celle que Newton a trouvée dans les sphères : c'est la loi de l'unité et du pouvoir. Remuez les nations tant que vous voudrez^ elles retombent toujours et nécessairement d'aplomb, comme un dé qui est carré sur toutes ses faces, et qui^ dès que le mouvement cesse, reprend son assiette, et retrouve sa base » (3). Il n'est pas jusqu'à son opinion sur les Jésuites qui ne soit la reproduction fidèle de celle de La-

(i) Correspondance, éd. in-8<>, t. IV, p. i45, éd. in-i6, t. III, p. 88; i« avril 1828.

(2) Correspondance, éd. in-8S t. IV, p. i45-i46^ éd. in-i6,

(3) I6W., éd. in^o, t. IV, p. 147, éd. in-i6, t. 10, p. S§,

mennais : il ne veut pas de privilège pour eux, mais simplement la liberté, et n'admet pas « ce monopole de religion par un seul corps, fût-il d'élus tout entier », qu'il trouve contraire « au sens commun comme à la religion bien entendue » (i). Ainsi donc, à cette époque où le baron de YitroUes mande à Lamennais : « M. de Lamartine... se rappelle vos bontés pour lui » (a), nous constatons qu'il garde aussi quelques autres souvenirs non moins précis et vivants de leurs mutuels entretiens^ de leur correspondance, et de la lecture de ses ouvrages.

Gomme Lamennais aussi, et au cours d'un voyage à Paris où il l'a sans doute rencontré, il pressent la révolution qu'il voit de plus en plus menaçante, et s'il n'aperçoit pas encore d'intentions révolutionnaires proprement dites, du moins découvre-t-il « de la folie ultra-libérale dans la jeunesse pensante, et du bonapartisme dans la population agissante » (3). Aussi croit-il à la possibilité de revoir la révolution face à face en 1829 (4). H adopte même, à cet égard encore, tout en l'adoucissant dans la forme, l'opinion de Lamennais. Il est vrai qu'avant d'avoir lu l'ouvrage sur les Progrès de la Révolution et de la

(i) Correspondance, éd. in-8**, t. IV, p. 166-167, éd» in-i6, t. III, p. loa; 6 juillet 1828.

(2) Correspondance^ inédite entre Labibriiais et le baron de Vitrolles, publiée par Eug. Forgueb, i vol. in-8^, Paris, Charpentier ; p. 169.

(4) Correspondance, éd. in-8», t. IV, p. 1941 éd. in-i6, t. IIT, p. 119 ; 28 octobre 1828.

(3) Ibid., éd. in-8^ t. IV, p. 196, éd. in-i6, t. III, p. 120 ; 28 octobre 1828.

guerre contre l'Eglise (i), qui venait d'être publié à Paris le 21 février 1829, Lamartine écrivait de Saint-Point, le 25 février, à M. de Marcellus, ministre plénipotentiaire k Lucques, à propos du conclave qui allait suivre la mort de Léon XII, et de l'élection du nouveau pape : « Choi* sissez-le bien doux, bien prudent et bien patient. Ce furent les seules armes du christianisme naissant : ce doivent être celles du catholicisme éprouvé. Il triomphera par elles. Il se compromettra avec celles de Tabbé de Lamennais et consorts » (2). Cependant la critique ne portait pas sur les idées de Lamennais, qu'il faisait siennes, mais sur la manière de les présenter. Dès le mois d'avril, Y Hymne au Christ, où se fondent, en une langue admirable, les doctrines religieuses et sociales auxquelles il s'est progressivement élevé, VHymne au Christ « écrit avec foi et amour » (3), dédié à l'ami de Lamennais, Manzoni, l'auteur des Promessi Spozij que traduisait alors une amie de Lamennais, M"* Yemeniz(4)f VHymne au Christ, dis-je, porte le témoignage évident que la lecture des Progrès de la Révolution et de la Guerre contre VEglise n'a pas été stérile, et qu'une fois encore, au souffle de Lamennais, le génie de Lamartine a vibré.

(i) F. Làkeniulis, Des Progrès de la Révolaiion et de la guerre contre VEglise, i vol. in-8^ Paris, Belin^ Mandar et Devaux, 182g.

(2) Correspondance, éd. in-8', t. IV, p. 225, éd. in- 16, t. III, p. i4o.

(3) Ibid., éd. in-8«, t. IV, p. 23i, éd. in-i6. t. III, p. 144.

(4) Cf. Les lettres de Lamennais à Af"** Yemeniz, publiées par G. Latrkillb» Revue de Paris, i5 mai et i*' juîa igo5.

178 UOfBNNAIS ET LAMARTINB

Os

C'est en effet le libéralisme chrétien tel que, pour la première fois, Lamartine vient d'en développer avec élo* quence les principes dans son célèbre pamphlet, qui anime ces strophes ardentes et leur donne leur flamme. A côté et en face du libéralisme jacobin, à la fois tyrannique et anarchiste, en face aussi des tendances réactionnaires et tyranniques d'un gouvernement aveugle, esprit prophétique, Lamennais affirme la seule liberté véritable, la liberté soumise à la loi morale qui n'est rien sur les cœurs, rien sur les consciences et les actes sans la loi religieuse. C'est l'idée qui domine V Hymne au Christ dans lequel Lamartine montre l'état du monde avant le Christ, ce qu'il est devenu après lui, et l'action bienfaisante du Christianisme sur la pensée, sur la morale et sur la politique de l'humanité. Il constate d'abord avec Lamennais l'affaiblissement de « cette grande action du christianisme sur les gouvernements », action qui avait été « croissant durant plusieurs siècles », mais dont « de funestes circonstances arrêtèrent plus tard, pour le malheur des peuples et de leurs chefs, le salutaire développement » (i). Le mal en est venu au point qu'on peut se demander si la voix du Christ

(x) Lambrhais, D^ Progrès de la /{^IcUion, p, 6,

...d'âge en âge entendue N'a plus pour nous guider que des sons impuissants (i).

Les doctrinaires du Globe le prétendent. Ils posent « dogmatiquement pour base du nouvel état social » qu'ils veulent « substituer à l'état social chrétien, l'indépendance universelle de chaque raison » (2). Selon Guizot, cité par Lamennais, « les intelligences se sont proclamées souveraines chacune de leur côté » (3).

Autrement dit, « une voix plus souveraine », comme le constate Lamartine, « la voix de la parole humaine » , se vante d'étouBer à jamais les accents du Christ icibas (4). Prétention insensée, si la raison humaine n'est rien sans Dieu. Lamennais l'a cent fois répété : « La raison manifestée de Dieu positivement, est le principe et la base de la raison humaine » (5). Celle-ci « dérive d'une raison supérieure, éternelle, immuable » . Et a aucune raison créée ne peut être qu'un écoulement, une participation de cette raison première et souveraine, mère et maîtresse de tous les esprits » (6). Or, le Christ est le logos, la raison même de Dieu : a Le Verbe substantiel est la raison de l'Etre infini (7)... Il est la vérité, puisqu'il est la raison,

(i) Harmonies, V Hymne au Christ, strophe i.

(2) Progrès de la Révolution, p. 8.

(3)/6i(i., p. II.

(4) Harmonies, Hymne au Christ, strophe i.

(5) Lamennais, Défense de VEssai sur V Indifférence, éd. Garnier {Essai sur V Indifférence, t. IV), p. 25 1.

(6) Essai sur VIndifférence, t. Il, préface, p. 49*

(7) Ibid., p. 139, .

l8o LAMENNAIS ET LAMARTINB

la Sagesse vivante engendrée par le Père, son verbe consubstantiel (i)..., souveraine raison, Verbe éternel revêtu de notre nature (2)... Notre raison n'est que -sa raison» (3). « La raison, c'est toi », dit aussi Lamartine s'adressant au Christ: et « cette raison même )), cette raison humaine.

Qu'était-elle avant l'heure où tu vins l'éclairer (4) ?

c'est-à-dire avant que le Verbe divin eût généralisé la raison individuelle en y déposant la lumière du vrai ? L'homme voulait substituer la raison, la science à la foi, « et une nuit éternelle » couvrait son entendement (5).

...L'esprit humain ne savait plus où se prendre. « Dépouillé de ses croyances et de ses opinions mêmes, dit Lamennais, il nageait au hasard dans un Océan d'incertitudes et de doute (6). »

Nuage, obscurité, doute, combat, système, Flambeau que notre orgueil portait pour s'égarer I

Le monde n'était que ténèbres.

Les doctrines sans foi luttaient comme des flots^ Et, trompé, détrompé de leurs clartés funèbres, L'esprit humain flottait, noyé dans ce chaos (7).

(i) Essai sur Vlndifférenee, t. III, p. 181.

(a>I6id., t. U, p. a45.

(4) Harmomes, Hymne aa Christ, strophe a.

(5) Essai sur V Indifférence, t. IV, p. 86.

(6) Ibid., t. I, p. 5i.

(7) Harmonies, Hymne au Christ, strophe 3.

LAMENNAIS ET LAMARTINE l8t

Les « rares vertus » qui « apparaissaient encore dans la société, semblaient ne briller que pour éclairer les naufrages qu'elles auraient dû prévenir. Et ces vertus elles-mêmes examinées de sang-froid, qu'étaient-elles, après tout, que le facile courage de mourir, disons mieux, de se dérober à la fatigue de vivre (i) ? » Tout leur éclat n'était qu'apparence : la populace, à la fin de l'Empire, « voulait que les vices qu'elle adorait sous des noms empruntés offrissent, au moins dans leurs emblèmes, quelque chose de divin » (2).

Et les vertus les plus sublimes N'étaient que des vices dorés (3).

« Tel était l'état du monde lorsque Jésus- Christ parut » (4). Mais dans ce monde en perdition, le pilote divin surgit, et tout change. Il vient « guérir la raison humaine, plus infirme que les malades qu'on apportait de toutes parts à ses pieds )>. Il vient « ranimer les esprits mourants » (5). Il est donc véritablement la

Parole qui guérit le monde (6).

Cette « parole du Christ » fonde « une société nouvelle » (7)» en promulguant des dogmes, et « ses dogmes

(i) Essai sur V Indifférence, t. I^ p. 5i«

(2) Ibid., Introd., p. 11.

(3) HarmomeSy Hymne au Christ, strophe 4*

(4) Progrès de la Révolution, p. 2-3*

(5) Esstd sur V Indifférence, t. II, préface, p. 69.

(6) Harmonies, Hymne au Christ, strophe u

(7) Progrès de la Révolution, p. 3*

l8d lAMENNATS ET LAMARTINE

contiennent toute vérité » (i). Aussi a le Verbe est véritablement et en tous sens, la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, Erat lux vera, qusB illuminât omnem hominem venientem in hune mundum » (2). Il est

Rayon vivant de vérité (3),

Ce rayon est descendu dans notre nuit : « Il a fallu que le Verbe^ se faisant homme, entrât, si Ton peut dire, dans cette nuit pour la dissiper. La lumière a lui dans les ténèbres, la parole a de nouveau manifesté la vérité. . . La réparation de notre nature est l'image de sa création primitive : Tune et Tautre sont l'ouvrage du Verbe..., et la parole qui lui communique originairement la vie, est la même qui la lui rend » (4). Tu parais, s'écrie Lamartine après Lamennais.

Tu parais ! ton verbe vole Comme autrefois la parole Qu'entendit le noir chaos De la nuit tira l'aurore.

Des cieux sépara les flots, £t du nombre fit éclore L'harmonie et le repos (5).

(i) Progrès de la Révolutiorit p. 4»

(2) Essai sur V Indifférence, t. II, p. (4i-i42*

(3) Harmonies, Hymne au Christ, strophe i.

(4) Essai sur VIndifférence, t. IV, p. 86-87.

(5) Harmonies, Hymne au Christ, strophe 5. Cf. Essai d^un système de philosophie catholiquCf p. 76,

LAMENNATS ET LAlIARTlNfi l83

« Jésus-Christ sépara de la doctrine primordiale les cœurs qui l'altéraient, et manifesta les dogmes enveloppés dans la foi des âges précédents. Tout ce qu'il y a de bon, de vrai, de nécessaire et d'utile au genre humain, le christianisme le renferme, où comme principe, ou comme conséquence (i). »

Ta parole créatrice Sépare vertus et vice, Mensonges et vérités (2).

En effet, avant le Christ, la religion catholique, selon Lamennais, « formait au milieu des erreurs qui s'élevaient successivement et des désordres qu'elles enfantaient, la foi commune et la loi générale du genre humain » (3). Les hommes attendaient le Christ ; il paratt, et « leur foi ne change point, elle s'agrandit; leur culte ne varie point, Use Jixe pour r éternité en atteignant sa perfection » (4). Ainsi, dit Lamartine au Christ, « l'ère où tu naquis, toujours nouvelle »,

Luit au-dessus de nous comme une ère éternelle^ Une moitié des temps pâlit à ce flambeau, L'autre moitié s'éclaire au jour de tes symboles (5).

(i) De la Religion^ 2« partie, p. 195.

(2) Harmonies, Hymne au Christ, strophe 5i.

(3) Essai sur Vlndifférence, t. III, p. 173.

(4) Essai svw Vlndifférence, t. III, p. 180.

(5) Harmonies, Hymne au Christ, strophe 16.

l84 LAMENNAIS ET LAMARTINE

Car, Lamennais Ta montré, la vérité chrétienne n'est pas sans cesse mobile et changeante comme l'était ce qui tenait lieu du vrai, « avant Jésus-Christ, chez les diverses nations de la terre ». En ce temps -là, à côté « des croyances générales, partout les mêmes », on voyait a une multitude innombrable de superstitions différentes en chaque lieu et perpétuellement changeantes. Séparez ces superstitions de ce qu'il y avait d'universel, d'invariable et par conséquent de vrai dans les croyances des peuples, il ne restera rien que l'on puisse concevoir sous l'idée de Religion, qui renferme nécessairement celle de loi. Une opinion passagère et locale n'est pas un dogme ; des rites arbitraires ne sont pas un culte ; un caprice n'est pas un devoir... » Donc la vraie religion a toujours formé « au milieu des erreurs qui s'élevaient successivement et des désordres qu'elles enfantaient, la foi commune et la loi générale du genre humain ; de sorte qu'en ce qui concerne les croyances des Gentils, tout ce qu'elles offraient d'universel était vrai, et rien n'était vrai de ce qui n'était pas universel... » Après la venue du Christ, « comme la Religion en se développant n a pas cessé d'être une, elle ne cesse point non plus d'être universelle. Elle existe partout, elle est la même partout... Toute foi vraie est une partie de la foi chrétienne, tout culte pur est une partie du culte chrétien » (i). Lamartine n'en est pas moins convaincu que Lamennais ; s'adressant toujours au Christ, il le loue poétiquement en ces termes :

(i) Essai sur V Indifférence, t. lU, p. 173-174.

LAMENNAIS ET LAMARTINE l85

Ta vérité n'est plus ce prisme Où des temps chaque erreur a lui, L'éclair qui jaillit du sophisme Et s'évanouit avec lui 1 Rayon de Taurore éternelle, Pure, féconde, universelle, Elle éclaire tous les vivants (i).

Que Ton remonte donc « vers les premiers âges du monde, déclare Lamennais ; au milieu des erreurs locales et passagères, vous verrez toujours les mêmes croyances, celles qui sont encore le fondement des nôtres... » (2).

Les lumières de tous les âges

Se concentrent dans ton foyer (3).

« Et à quelque époque que vous en vouliez fixer Tinvention, l'histoire vous démentira... w (4).

Tu guides les yeux de l'histoire Jusqu'à la source d'où tout sort (5).

C'est en ce sens qu'on peut dire du Verbe avec Lamennais : « Toutes les créatures ont au commencement reçu de lui la vérité » (6), commentaire obligé du vers de Lamartine :

(i) HarmonieSt Hymne aa Christ, strophe ao.

(2) Essai sur V Indifférence, t. II, p. 272.

(Z). Harmonies^ Hymne au Christ, strophe r8.

(4) Essai sur Vlndifférence, t. II, p. 272.

(5) Harmonies, Hymne au Christ, strophe 18.

(6) Essai sur Vlndifférence, t. III, p. 181.

l86 LAMENNAIS ET LAMARTINE

Et toute vérité date de ton berceau (i).

Cette vérité est accessible aussi bien à Tenfant qu'au sage, (( et prêtant une force infinie à la raison même de Tenfant... elle le décide irrévocablement sur toutes les grande questions qui font tourner la tête aux philosophes » (2).

Elle manifeste donc, comme le dit Lamartine, la

Sublime égalité des âmes,

Pour les anges foudres et flammes,

Ombre et voile à Tœil de Tenfant (3).

Car « l'enfant simple et docile, à qui l'on n'a pas encore enseigné tous les dogmes, et qui n'a pu dès lors participer à tous les mystères, ne laisse pas, en cet état imparfait et de passage, d'être véritablement chrétien ù (4). Ainsi,

L'humble foi fait la science Des sages et des enfants (5).

Sans doute la connaissance du vrai telle que nous la donne la foi est mêlée de ténèbres ; mais l'homme ici-bas n'est pas fait pour la pleine lumière ; que de fois Lamen-

(i) Harmonies, Hymne au Christ t strophe 16.

(2) Essai sur V Indifférence, t. I, p. 260. Cf. Imitationf trad, La« MEiiNAis, 1. III, ch. XLiii, §a: (c G'esi moi qui donne à l'homme la science, et qui éclaire Tintelligence des petits enfants... »

(3) Harmonies, Hymne au Christ, strophe 20.

(4) Essai sur V Indifférence, t. III, p. 173-174» «^ de la Religion, 2* partie, p. [194-195.

(5) Harmonies, Hymne au Christ, strophe 5.

LAMEKNAIS ET LAVABTINE 187

naîs Ta montré : « La raison humaine n'aperçoit rien avec cette parfaite clarté. Ce qu'elle ignore, obscurcit plus ou moins ce qu'elle connaît... Une faible et vacillante lueur matque à peine quelques contours, quelques légers traits des objets qu'elle considère. Sitôt qu'elle en veut pénétrer la nature intime, d'épaisses ombres arrêtent ses regards » (i).

L'œil humain n'est pas fait pour la pure clarté : Point de jour ici-bas qu'un peu d'ombre n'altère ; De sa propre splendeur Dieu se voile à la terre, Et ce n'est qu'à travers la nuit et le mystère Que l'œil peut voir le^ jour, l'homme la vérité (2).

Mais surtout cette vérité chrétienne, universelle, n'est pas abstraite, elle est positive et vivante, elle est la vie même : « Je vois sur nos autels la Vérité infinie réellement présente en la personne du Verbe incarné, mais cachée sous les apparences du pain, symbole de la vie qu'elle nous communique... ; je le vois, ce Verbe fait chair, se donnant à l'homme qu'il racheta de son sang, et le nourrissant à la fois de son corps immolé pour lui, de sa vérité, de son amour (3)... » Que fait donc la Religion? « Cette vérité infinie, elle la donne, elle la livre à notre ftme, dont elle est l'aliment et la vie, et qui dès ici-bas la possède par la foi, par l'amour ou par l'espérance » (4).

(i) Essai sar Vlndifférence, t. I, p. 382.

(a) Harmonies, Hymne aa Christ, strophe i4.

(3) Essai sur V Indifférence, 1. 1, p. 4oo,

(4) Ihid.^ t. I, p. 249-

igO LAMBNNAIS ET LAMARTINE

nous promettre ici-bas rimmortalité » (i). La vertu du Christ n'est donc plus celle de Fantiquité, elle

N'est plus ce problème.

Rêve qui se nourrit soi-même D'orgueil et d'immortalité (2).

Mais elle devient un véritable culte : « Jésus-Christ, immolé d^ l'origine du monde, ^st tout ensemble, dans son éternel sacerdoce, prêtre et victime ; chaque membre du corps dont il est le chef... associé à sa royauté pour servir, à son sacerdoce pour s'immoler, est également prêtre et victime... La vertu est un culte réel » (3). Et ce culte consiste dans l'immolation, dans l'holocauste de la volonté : le Verbe s'adresse non à la raison, a mais à lavolonté », car « il dépend de la volonté d'aimer le bien, d'obéir aux lois de l'ordre » (4). Aussi n*immole-t-on sur les autels du Christ d'autres victimes que

Nos iniquités, nos crimes, Nos désirs illégitimes (5).

Mais ils y sont vraiment immolés, et la vertu est bien

. . . L'holocauste sublime D'une volonté magnanime A l'éternelle volonté (6).

(i) Essai sur V Indifférence, p. 287.

(2) Harmonies, Hymne au Christ, strophe 19.

(3) Essai sur V Indifférence, i. I, p. 4o3.

(i)Ibid„ p. 4o5.

(5) Harmonies, Hymne ou Christ, strophe 5.

(6) Ibid,, strophe 19.

Le sacrifice et la charité sont le sommaire de sa loi morale : (( L'esprit de charité qui lui est propre rapprochait les rangs sans les confondre, et les bienfaits, la reconnaissance, formaient les doux liens qui les unissaient » (i). A son école, tous s'instruisent, tous apprennent,

L'indigent le sacrifice,

Le riche la charité (2).

Cette discipline d'amoui produit un bonheur paisible auquel rien ne peut être comparé sur la terre : « Le cœur du vrai chrétien, écrit Lamennais, est une fête continuelle... Son calme habituel, son inaltérable sérénité, ce je ne sais quoi de pur et de doux qui, s 'échappant du cœur, se répand sur tous les traits » ravit, même les incrédules » (3). S'ils pouvaient sentir une fois cette pleine paix de l'intelligence rassasiée de la vérité infinie dont la foi la met en possession ; cette espérance divine, où tous les désirs de la terre viennent s'éteindre, et qui s'élance sans fin dans les profondeurs de l'éternité ; ce délectable amour dont l'âme s'abreuve à longs traits 1 (4) » De même Lamartine montre la nature humaine épurée et divinisée quand elle se plie au joug de la foi :

Les troubles du cœur s'apaisent, L'âme n'est qu'un long soupir ;

(i) Essai sur V Indifférence, t. I, p. 64.

(2) Harmonies f Hymne au Christ, strophe 5.

(3) Essai sur V Indifférence, t. I, p. 252-254.

(4) Essai sur Vlndifférence^ t. I, p. 252-254*

ig3 LAMENNAIS ET LAMARTINE

Tous les vains désirs se taisent Dans un immense désir.

La paix, volupté nouvelle, Sens de la vie éternelle, En a la sérénité... (i)

Mais surtout, le christianisme a transformé la politique. Sans doute on a plus d'une fois fait servir ses enseignements à justifier la tyrannie ; c'est ainsi que « la déclaration de 1682 établissait à Tégard des peuples un despotisme illimité, en affranchissant les souverains de toute règle et de toute loi extérieurement obligatoire, et en déclarant que ni la tyrannie ni Timpiété, ni la persécution, à quelque excès qu'elles puissent être portées, ne préjudiciaient, selon Tordre établi de Dieu, à la souveraineté, et n'altéraient ce que ses droits avaient originairement de sacré et d'inviolable : que les sujets, quelque injustice qu'ils éprouvassent de la part du prince, n'avaient ni le droit de lui résister, ni le droit de recourir à aucune autre puissance, et que Dieu même leur commandait une obéissance éternelle sous une éternelle oppression » (2). Ainsi (( le gallicanisme établissait l'arbitraire au nom do la religion » (3). Insolence que flétrit aussi Lamartine ;

(i) Harmonies, Hymne au ChrisU strophe 33.

(2) Laueriiais, De la Religion, etc., 2* partie, p. i3i-x32«

(3) Des progrès de la Révolution, p. 61 •

LAMENNAIS ET LAMARTINE ig3

L'imposture a terni la vérité suprême,

Et les tyrans, prenant ta foi pour diadème,

Ont doré de ton nom le joug des nations (i).

Ces tyrans sont aussi bien les démagogues que les rois. Selon l'auteur des Progrès de la Révolution, en dehors du christianisme, deux doctrines sont en présence en France : le royalisme, ou gallicanisme^ et le libéralisme, ou doctrine démagogique. Or, « il faut à chaque peuple un pouvoir extérieur qui le régisse, et il faut de plus que ce pouvoir soit légitime, ou possède la souveraineté de droit » (a). Mais le libéralisme « en niant Texistence d'une Loi commune, immuable, universelle, de justice et de vérité, obligatoire pour chacun..., nie que le pouvoir, quel qu'il soit, ait d'autre règle que sa pensée et sa volonté... (3) D'une autre part, les royalistes, ou plutôt les gallicans, en séparant, comme les libéraux, d*une manière absolue. Tordre temporel de l'ordre spirituel, ne laissent comme eux au pouvoir que sa pensée et sa volonté pour règle, et consacrent ainsi, et à jamais, la tyrannie des rois et la servitude des peuples » (4). Au contraire, selon la doctrine catholique, « il existe une Loi de justice immuable, universelle, obligatoire pour [le souverain] comme pour ses sujets... » (5).

(i) Harmonica, Hymne au Christ, strophe ii,

(2) Progrès de la Révolution, p. 85.

(3) Ihid., p. 87.

(4) Ibid., p. 88.

(b) Ibid,, p. 2o3«

194 LAVBNffAII ST IiAlURTIirB

Ton pouvoir n'est plus le caprioe Des démagogues et des rois ; Il est réternelle justice Qui se réfléchit dans nos lois (i).

Malgré les çflbrts des partisans de la tyrannie, la vérité catholique demeure donc ; elle est toujours amour, liberté, justice ; elle affirme que « du précepte d*aimer son prochain comme soi-même à cause de Dieu découlent toutes les lois de la morale et de la société » (2). Elle soutient de plus « que le souverain ne possède légitimement aucune autorité sur les consciences » , et que la loi de justice est supérieure à ses volontés. Ainsi la puissance spirituelle exerce une double fonction selon l'institution de Jésus-Christ : « elle maintient Tordre, en prescrivant, au nom de Dieu, l'obéissance au Pouvoir qui vient de lui ; elle maintient la liberté, en obligeant ce même Pouvoir à régner selon la justice » (3). Lamartine constate aussi ce caractère indéfectible de la loi chrétienne ; l'homme, dit-il,

L'homme n'a pu souiller ta loi de vérité

Elle est oncor justice, amour et liberté (4)*

C'est bien elle en effet qui, selon Lamennais, a affranchi le genre humain. Le Christ n*a-t-il pas dit : La vérité

(i) Harmonies, Hymne au ChrUt, strophe 194

(2) Essai sur V Indifférence , t. I, p. 4o2.

(3) Progrès de la Révolution, p. 2o3.

(4) Harmonies, Hymne au Christ, strophe I2é.

LAMENNAIS BT LAMARTINE igS

VOUS affranchira ? Nul chrétien ne peut supporter a un pouvoir purement humain, qui ne relève que de lui-même, et n'a de ràgle que sa volonté. Jamais une pareille domination ne saurait s'établir d'une manière durable sur 08UX que la vérité, que Jésm-Christ a affranchis (i)... Car où esi t esprit de Dieu, là est la liberté. Cependant, pour qu'elle existe, il ne sufQt pas que le pouvoir soit légitime : il faut encore que son action ait une règle immuable ; il faut qu'il règne par la justice, et que la justice règne sur lui » (2). Telle est la loi instituée par le Christ: « La justice et la liberté » con stituent « le fondement de la société chrétienne » (3). Le Christ, le « Verbe incréé » est donc vraiment

Source féconde De justice et de liberté (4)>

et par lui

Le maître apprend la justice, L'esclave la liberté (5).

Aussi, partout où l'on supprime ou combat la pensée du Christ, « toutes les vérités sociales disparaissent avec la vérité suprême dont elles émanent. Réalisées par les lois et la constitution, elles produisent l'ordre, la paix, le

(i) De 2a/?a2i^(OR, etc., a® partie, p. 3a-33» (a) Ihid,, p. 4o*

(3) Des Progrès de la Révolution, p. 6.

(4) Harmonies^ Hymne au Christ, strophe 4«

(5) Ibid., strophe 5«

ig6 LAMENNAIS ET LAMARTINE

bonheur, en unissant par des liens d'amour les diverses parties du corps social. Mais quand Terreur les remplace, tout souffre, tout se divise, et la société tombe en lambeaux... ; et l'anarchie existe dans tous les éléments de l'Etat... (i) » Car u l'ignorance du vrai Dieu est pour les Etats la plus grande des calamités ; et qui renverse la Religion renverse le fondement de toute société humaine » (2) ;

Fondement des états tu fléchis, ils fléchissent (3).

Le Christianisme est donc le principe vital de la constitution française .: « Quelle force de conservation ne donna-t-il pas aux gouvernements, dans les pays surtout où, comme en France, le principe religieux avait acquis plus de vigueur et de perfection ? Ce royaume fait par des évéques, selon la remarque de Gibbon, a vécu quatorze siècles, sans que la forme de son gouvernement ait subi aucune altération essentielle (4)--* » Le Christianisme est vraiment la

Racine de nos lois dans le sol enfoncée (5).

Mais il est aussi la véritable source de toute civilisation. Partout où il apparaît, tout change et se perfectionne,

(i) Essai sur V Indifférence, t. I, p. 287-288.

(3) Harmonies, Hymne au Christ, Btrophe 17.

(4) Essai sur VIndiffirence, t. I, p. 333.

(5) Harmonies, Hymne au Christ, strophe 17,

« et les lois, et les mœurs... Partout où s'introduit le Christianisme, il y produit les mêmes effets ; et aussitôt qu'il se retire, la barbarie le remplace » (i). Partout, lui dit Lamartine.

Partout où tu languis, on voit languir les mœurs (2).

V Hymne au Christ porte donc ce témoignage évident que Lamartine, en avril 1829, s'engage déjà, sous la conduite de Lamennais, dans la voie du libéralisme chrétien. L'époque n'est pas loin où, après avoir incliné vers lui et, sous l'influence du livre dé la Religion et des Progris de la Révolution^ lui avoir donné ses premiers gages, il se posera publiquement en libéral mennaisien.

(i) Essai sur VlndifférencCt t. I, p. 332.

(2) Harmonies, Hymne au Christ, strophe 17.

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