CHAPITRE IV
« L AVENIR » Et'lA « POLITIQUE RATIO:«NELLE » : LAMARTIT^E
LIBÉAAL M£Nr9AISIE?(
Dès le 19 février i83i, Lamartine, séduit et charmé par les doctrines de l'Avenir y avait remercié Lamennais en termes chaleureux des soucis qu'il avait pris pour lui procurer la lecture des premiers numéros de son « admirable journal. Personne, j'ose le dire, n'en est plusdigne, ajou-> tait-il, car personne n^en saisit mieux la grande et géné^ reuse pensée. Les hommes de conscience et de vérité, les hommes de foi et d'avenir désiraient depuis longtemps un journal où les hautes doctrines des temps modernes s'élevassent au-dessus des misères du jour, où la religion osât prononcer le nom de liberté, où la liberté remontant à sa source osât dire aux hommes de circonstance : je suis chrétienne et suis née avant vous ; où enfin les doctrines fussent sincères et non pas cette arme à deux tranchants ^e s'ari^acheat tour à tour les divers partis pour se com-«
ii!ï LAMENNAIS ET LAiÉAàTlNlS
battre, et les briser après la victoire. Peu de gens vous comprennent encore, mais vous vous créez un public et vous saurez l'atteindre. Vous avez le genre de courage qui manque le plus aux Français, le courage de penser seul et de dire votre pensée tout entière. L'homme qui tremble devant sa pensée ne doit pas l'écrire, comme l'homme qui a peur de son ombre ne doit pas marcher au soleil. » Après quelques réserves, sur lesquelles nous reviendrons, par rapport à Tidée théocratique, Lamartine louait Lamennais d'avoir pressenti la véritable forme théocratique des âges présents et futurs, a la liberté où l'homme n'obéit qu'à sa pensée divine, ne se gouverne que selon sa raison éclairée par son intelligence. C'est cette forme que vous avez pressentie avec tous les hommes d'espérance qui les élève avec vous au-dessus des regrets du passé, des orages du présent, des terreurs de l'avenir ». La restauration n'a pas su accomplir pacifiquement « cette : grande transformation Sociale » ) elle était « le port jeté sur l'abîme qui sépare deux ères de l'humanité. Il s'est écroulé sous ses pas... c'est à vous peut-être et aux hommes qui pensent avec vous de le reconstruire sur deux bases plus solides ; la religion et la liberté » (i).
Lamartine ne devait pas tarder à montrer à quel point il s'était assimilé, combien il avait saisi la généreuse pensée de Lamennais, h* Avenir du lundi 12 septembre i83ï avait inséré le prospectus de la Revue Européenne, continuation du Correspondant ; le journal de Lamennais avait
(i) Annales Romantiques, juillet, octobre 1906, p, 297. Lettré médite àé Lamdttîne û Lamennais^ publiée pftr Léon S^kssdli