TROISIÈME PARTIE
La période de la vîo de Lamartine que nous allons aborder maintenant est catactérîsée dans l'ordre de la pensée et de l'action par deux événements capitaux qu'il importe de ne pas confondre, quoi qu'ils aient une source commune et se développent d'un mouvement parallèle : la rupture avec le catholicisme, et la formation d'une doctrine sociale chrétienne. Que celle-ci fût en quoi que ce soit exclusive du catholicisme, c'est ce qu'assurément il n'est plus permis de croire aujourd'hui. Mais rien ne témoigne aussi davantage du curieux empire de la pensée mennaisienne sur l'esprit de Lamartine, que l'obligation où il crut être, pour persister dans le christianisme libéral qu'il avait adopté, et progresser dans le sens du christianisme social, de rompre avec l'Eglise et de suivre fidèlement en cela aussi l'attitude de Lamennais. Non qu'on puisse rendre Lamennais responsable de cette rupture, et qu'il ait rien fait pour la provoquer; mais Lamartine interprète comme lui les deux Encycliques ; il n'y voit pas seulement
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une discipline qu'au nom de Topportunité politique, l'Eglise avait le droit d'iinpoàer alors à ses prêtres : il en fait, bien à tort, un énoncé doctrinal fixant définitivement le catholicisme en dehors des conditions de la vie moderne et de la voie du progrès humain. Il se croit donc, comme Lamennais et pour les mêmes raisons, obligé, pour sauvegarder l'intégrité de sa thèse sociale chrétienne, de se séparer de Rome ; et c'est ainsi que dans le fait se trouvent liées deux attitudes qui sont bien loin de s'impliquer mutuellement en droit.
Il n'en est pas moins vrai que cette période décisive par rapport à l'orientation politique du poète, puisqu'il y adopte des principes dont il ne se départira plus désormais, a tout l'intérêt dramatique que lui confèrent les troubles, les inquiétudes qui accompagnent chez Lamartine une décision si grave et si regrettable. Si une étude approfondie des textes fait raison de la légende jusqu'ici trop généralement répandue, qui attribuait à l'influence de l'Orient la rupture de Lamartine avec le catholicisme, elle n'enlève rien au caractère saisissant de ce renoncement aux croyances traditionnelles, à l'heure même où quelques-uns de leurs fruits sociaux les plus parfaits achèvent de mûrir dans l'esprit du poète chrétien.