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CHAPITRE II

LAMBNNAIS BT <r JOGELTH »

Le poème de /oce/yn permet, comme le VoyageenOrient^ de mesurer le chemin parcouru par la pensée de Lamar« tine de 1 83 2 à i835. Commencés en novembre i83i (i), le prologue et la première époque ont été terminés le

1 8 janvier i83a. — Le i^ album du manuscrit original de Jocelyn porte à la page 19 la mention suivante delà main de Lamartine : Jin — 18 Janvier 1832 — 720 vers (2). La 2* époque était achevée avant le départ pour l' Orient, et ce n'est qu'en octobre i834 (3) que le poème fut repris

(i) Et non en 1829. La lettre du i*' aoM 1829 fait, je crois, allusion à Vépiirê à SainU'Betwef plutôt qu'à Jocelyn, Cf. Correipondance^ éd. in-8<», t. IV, !•' août 1829, éd. in-i6, t, III, p. 342-343.

19 octobre 1829.

(2) Manuscrit de Jocelyn, i**^ album, p. 19.

(3) Correspondance, éd. in-8®, t. V, p. 48 ; éd. în-i6, t. III^ p. 342-343 ; 19 oolobM tftS^.

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et continué par Lamartine. Enfin des compléments im« portants furent ajoutés par le poète à partir du 5 septembre i835. Le 10* album du manuscrit original, qui renferme ces compléments» porte en effet, de la plume de Lamartine, la mention suivante au recto de la page i :

Noies de ce qui reste à faire — 5 7bre i835.

V Retour et chien — le Laboureur — L'école — L^hyver — lapluye t isolent.

2"* Fin de la conversation dans la grotte entre Laurence et Josselin — il cède — le vrai amour — la nuit il couche hors de la grotte — ses pensées —

3* Sépulture de Laurence — Retour et description de Vétat de la grotte — en tout 650 vers à faire (i).

Les deux époques de la composition de Jocelyn encadrent donc le Voyage en Orient, et par suite le contraste entre les deux attitudes si différentes du poète à ces deux moments de sa vie, s'y manifeste d'une manière plus frappante. Lorsqu'il l'avait conçu et commencé à la fin de i83iy Lamartine s'attachait pour un temps à cette poésie calme, reposée, familière, dont il avait recueilli la formule dans ses entretiens de juin 182g avec Sainte-Beuve, en réaction contre le romantisme éclatant et sonore de Victor Hugo. L'épttre à Sainte-Beuve, plus tard Pépître

(i) Inédit. Manuscrit de Jocelyn, 10* album, p. i recto.

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à Walier Scott, avaient été les premiers essais de Lamartine dans ce genre nouveau. Jocefyn appartient visiblement à la même formule poétique. Mais surtout, l'idée mère du poème est bien de cette époque où Lamartine s'attachait à convertir Sainte-Beuve, et, sur les pas de La* mennais, marchait dans la voie du catholicisme libéral. L'idée du sacrifice de Jocelyn se consacrant à Dieu pour sa sœur, surtout les raisons dont il l'appuie^ montrent combien est vive encore la foi qui lui dicte ces premiers vers. Il se fait une haute et pure idée du prêtre :

Le prêtre est l'urne sainte au dôme suspendue. Où l'eau trouble du puits n'est jamais répandue

Les pauvres sont pour lui mère, enfants, femme et fille. Le Christ met dans son cœur son immense amitié ; Tout ce qui souffre et pleure est à lui par pitié (i).

Il évoque avec émotion ses souvenirs d'enfance, ses longues et pieuses extases dans l'église.

Solitude de pierre immuable, immobile.

Image du séjour par Dieu même habité,

Où tout est profondeur, mystère, éternité (2).

Le front appuyé au piUer, il lui semble qu'il vit de la vie sourde et profonde de la cathédrale.

(i) Jocelyn, 1" époque, (a) Ibîd,, 2* épo<pie.

So6 LAMENNAIS BT LAMAHTDfB

Je sens que dans ce vide une oreille m'écoute. Qu'un invisible ami» dans la nef répandu.

M'attire à lui, me parle un langage entendu, Se communique à moi dans un silence intime, Et dans son vaste sein m'enveloppe et m'abîme ; Alors, mes deux genoux plies sur le carreau, Ramenant sur mes yeux un pan de mon manteau, Gomme un homme surpris par l'orage de l'âme, Les yeux tout éblouis de mille éclairs de flamme^ Je m'abrite muet dans le sein du Seigneur, Et l'écoute et l'entends voix à voix, cœur à cœur (i).

Si la foi est sensible en ces vers, les pages consacrées aux Révolutions dans la deuxième époque, contemporaines de la fameuse Harmonie, les Révolutions, dopt celles reproduisent fidèlement les idées (a), traduisent comme elle la conception mennaisienne du progrès ; les révolulions sont un travail de Dieu :

Oui, l'esprit du Seigneur travaille incessamment Par l'esprit des mortels, son aveugle instrument (3) ;

(i) JocelyUf 2« époque,

(2) Correspondance, éd. in-8**, t. IV, p. 427, éd. in-i6, t. III, p. 254-255, Ti décembre i83i. Le passage suivant de cette lettre donne sa date au fragment de la 2* époque de Jocelyn sur les Révolutions : « Noua pensons des choses qui seront de grandes vérités dans cent ans, preuve évidente que le système est vrai, et que tout marche. J'envoie ce matin une Harmonie nouvelle de 35o vers à Ladvocat sur ce thème, qui me parait belle et forte (Il s'agit évidemment des Révolations).,, J'écris aussi quelques strophes des Mémoires dix Caré de *' dont tu connais l'idée, etc.*. » Ces strophes sont très probablement le passage sur les Révoluiions,

(3) Jocelyn^ 2* époque.

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et si les révolutions sont criminelles et sanglantes, c'est que l'homme est l'instrument de Dieu :

Ah, c'est que dans son œuvre il agit aveo l'homme ; La vertu les conçoit, le crime les consomme.

L'ouvrier est divin, l'instrument est mortel (i).

Jocelyn à cette date ne devait avoir que quatre chants, et devait être achevé en quatre mois sur un plan et selon des idées pleinement catholiques (2). Le manuscrit original nous livre le secret de ce plan primitif. Avant de partir pour l'Orient, Lamartine avait jeté sur son album une sorte d'aide mémoire, destiné à le guider plus tard ; le voici :

NOTES BSSBlfTnSLLES POUR LES CHANTS [4* ET 5*] (3)

Aa3^ chant as ils s'aiment en amis -^ leurs promenades

— confidences — apprivoisent^ etc. — thyver — description des glaciers — chasses — pendant ce temps Laurence faible et pensive depuis quelques jours — sort de la grotte^ s'égare et est trouvée par Josselin mourante sur la plaine de neige — il la rapporte^ la soigne — lui donne le bras à sa convalescence. — Elle lui déIcare son amour — il résiste

— description de la nuit dans la grotte — il cède et va chercher à Grenoble un prêtre —

(i) Jocefyn^ 2^ époque.

(s) Correspondance^ éd. in-8<^, t. IV, p. 437, éd. m-i6, t. III, p. a54-a55.

(3) Les mots entre crochets sont une addition postérieure.

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