PENDANT L\ NONCIATURE DE
fensif que le manifeste de rAcadémie romaine ; comme le disait avec raison M^"^ Macchi, c'est un énoncé de la doctrine courante à Rome, en matière de droit public ecclésiastique. Pourquoi donc Lamennais le redoutait-il comme une bombe ? Ses propres écrits auraient-ils reçu de l'explosion quelque éclaboussure ? C'est la seule hypothèse à laquelle on puisse s'arrêter, s'il est vrai, comme l'affirmera plus tard Lambruschini, que le but des Cent thèses était précisément de faire comprendre que les idées menaisiennes n'étaient pas tout à fait les idées romaines.
Et en effet, dans le livre de la Religion considérée flans ses rapports avec V ordre civil et politique^ il n'y a pas seulement une réfutation du gallicanisme; pour combattre les doctrines d'autrui, Lamennais est obligé d'indiquer au moins les siennes. Il le fait d'autant plus volontiers, qu'à cette date il avait déjà l'idée d'un grand travail, quelque chose comme une théorie générale de la société \ Voici donc comme il conçoit les relations réciproques des souverains, des sujets et de l'Eglise. La loi divine est la condition essentielle du pouvoir; s'il la méconnaît, le pouvoir perd nécessairement ce qu'il avait par son origine d'invio-
* Allusion directe à ce travail dans des lettres du 27 juin et 9 août 1826 (Forgues, I, p. 255, 261); mais l'idée est antérieure.
lable et de sacré. Le droit de révolte résulte du sentiment du juste et de l'injuste, comme celui d'en appeler à TEglise dérive de la constitution même de la société chrétienne. Ni riiistoire des papes, ni celle du genre humain ne permettent de condamner les peuples à une éternelle obéissance sous une éternelle oppression. Précisément parce que l'autorité n'est point la force, elle ne se conçoit que liée au bien^
Ce ne sont là que des linéaments légers d'une théorie qui plus tard sera plus nette et plus continue. Mais déjà Lamennais est ferme dans ces idées. Et il sait très bien, sinon par ses conversations avec le nonce, du moins par sa correspondance avec Ventura % que les doctrines qui ont cours à Rome sont autres que les siennes sur les limites de l'autorité politique. Il veut se tenir dans la tradition. Le soin qu'il prend de rassembler les textes des Pères, des conciles, des papes et des théologiens, le montre. Mais l'outrance naturelle de son esprit, ses théories philosophiques sur la société, sa passion native de l'indépendance l'emportent, dès 1826, au delà des bornes.
1 De la religion, etc., IP partie, p. io5, 106, 107, 109, i'6i.
-Voir àdins Études [S vadiTS igio) la leUre écrite le 14 mai 1826 1 Ventura, au sujet du volume de droit public public par :elui-ci.