L EXAMEN DES DOCTRINES DE L « AVENIR )) 17H
ment dans le clergé de France, mais encore parmi celui de Belgique, de Pologne et de TAllemagne rhénane. Avec grande douleur, les bons et vrais catholiques voient ces idées gâter la tête des jeunes prêtres; à mesure qu'ils en sont imbus, ils s'écartent de la dépendance due aux évêques, en méprisent l'autorité, deviennent orgueilleux, et au lieu de s'adonner à leur ministère sacré, s'occupent de discussions politiques, fréquentent les réunions des libéraux, deviennent suspects à la puissance civile ; en sorte que, de ministres de l'Evangile qu'ils devraient être, destinés à prêcher la soumission, l'obéissance et la paix, ils se font les instruments des discordes civiles, et sont transformés en démagogues et en factieux. » Après cet exposé, le rapporteur rappelait que les évêques de France avaient plusieurs fois soit directement soit par l'intermédiaire du nonce, prié le Saint-Siège d'intervenir ; et que les évêques belges ne sentaient pas moins la nécessité de cette intervention. Les cabinets des puissances catholiques étaient d'ailleurs alarmés de la propagande faite par yAven.ij\ Et enfin les rédacteurs de ce journal réclamaient eux-mêmes un jugement de leurs doctrines. Dans ces conjonctures, conclut Lambruschini, un examen s'impose et le Saint-Père soumet à la sagesse de la congrégation les quatre questions suivantes:
174 LAMENNAIS ET LE SAI?sT-SIEGE
1. Est-il expédient que le Saint-Siège continue à garder le silence, ou doit-on lui conseiller de parler ?
2. Si le pape doit parler, sous quelle forme doit-il le faire : par une simple désapprobation manifestée en quelque acte solennel, ou par un jugement doctrinal qui qualifierait certaines propositions, ou par la mise à Findex de V Avenir?
3. Si ces trois partis ne conviennent pas, au retendue du mal, le pape devrait-il lancer une encyclique dans laquelle , sans parler de Lamennais, serait exposée la vraie doctrine de l'Église sur Tautorité des souverains et des sujets ?
[\. Si ce dernier projet. était adopté, quelles seraient les maximes erronnées et périlleuses à condamner, et quels enseignements devraient faire le fond de l'encyclique ^ ?
1 Arclî. Vat. Dossier Lamennais. — A cette posizione de la question étaient joints quatre fascicules de pièces annexes. Le premier contenait le Mémoire des rédacteurs de V Avenir et leur déclaration de i83i. Dans le second, on avait réuni un extrait des pages consacrées à l'Avenir par Rozaven dans sa préface à V Examen du livre de Gerbet sur la certitude, des observations du même auteur sur le dernier numéro de VAvenir et la profession de foi présentée au Saint-Siège par les rédacteurs. Au troisième fascicule, on trouve un article de l'Ami de la religion (27 octobre 1831) et un travail anonyme imprimé à Toulouse sous ce titre : Idée sommaire du système politique et religieux de V « Avenir ». Le quatrième contient des réflexions du P. Orioli sur l'Acte d'Union; trois écrits de Lambruscliini : jugement sur l'abbé de la Mennais, observations sur le mémoire des rédacteurs de l'Avenir, dissertation sur l'origine, de la nature et des droits de la puis-
Suivant l'usage usité dans la procédure des congrégations romaines, la posizione de la question fut imprimée avec les pièces annexes qui pouvaient éclairer les juges ; on demanda en outre à plusieurs consulteurs, pris en dehors du sacré collège, leur voto par écrit sur les questions posées. Quatre au moins d'entre eux nous sont connus : le P. Orioli conventuel, le P. Rozaven jésuite, les deux prélats Soglia et Frezza ; et nous allons présenter leurs conclusions.
Lamennais a écrit dans les Affaires de Rome : « Nous avions soumis au Saint-Siège une exposition exacte et nette de nos doctrines. Jamais, que nous sachions, elle n'a été examinée. Cependant il semble que c'était là surtout qu'il fallait chercher nos sentiments, les principes que l'on devait condamner ou approuver : on en jugea différemment; sur quels motifs, nous l'ignorons. Il ne paraît pas qu'on éprouvât un désir excessivement vif de connaître nos pensées et d'en occuper les consulteurs romains^ ».
sance souveraine et des devoirs des sujets à son égard ; deux lettres de l'abbé Baraldi. ami de Lamennais ; une note de Mgr de Quélen ; l'extrait d'une lettre adressée au cardinal de Rohan; deux lettres de Garibaldi, iuternonce à Paris; deux articles de \ Invariable de Fribourg.
1 Dans une lettre à Emm. d'Alzon Lamennais écrivait le lo avril 1842 : « On dit que cet examen [de nos doctrines] est commencé; mais quand £inira-t-il ? » [p/lois littéraire, juillet 1901, p. 16).
Les historiens jusqu'ici ne se sont pas assez tenus en garde contre ces assurances et ces ironies du grand homme. Peu au courant des habitudes romaines, ils ont pensé qu'après tout Lamennais devait être informé ; et ils ont répété son dire, en l'atténuant à peine*. On voit ce qu'il en faut croire. La procédure en usage dans les affaires de quelque importance a été suivie dans celle-ci. Le désir exprimé par Ventura dans le voto dont il a été fait mention plus haut, s'est réalisé. Une commission, plus nombreuse même que celle qu'il souhaitait, a été chargée d'examiner la cause de \ Avenir. Et voici lavis exprimé par les consulteurs.
Tous sont d'accord pour estimer que le pape ne peut plus garder le silence. Il doit la vérité à ceux qui la réclament de lui, et les menaisiens, comme l'épiscopat, demandent une sentence. Si Rome continuait à se taire, on continuerait à penser qu'elle tolère, sinon qu'elle approuve, les doctrines de V Avenir ; à l'abri de cette fâcheuse interprétation, la contagion de l'erreur ne ferait que s'étendre. Pour remédier au mal, ni une mise à l'index, ni un simple désaveu du journal ne sauraient
i Cependant le P. Lecanuet, dans son Montalemhert (iSgS), raconte (I, p. 491) d'après le journal de Montalemhert luimême, que Grégoire XVI, le i3 janvier 1887, s expliqua, avec son visiteur touché et reconnaissant, sur cet examen des doctrines de l'Avenir.