‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834; d'après des documents inédits et les archives du VaticanChapitre 54 sur 65 · C. Projet de modific.vtiox a l.v lettre ci-dessus (Inédit · texte numérisé non relu

C. Projet de modific.vtiox a l.v lettre ci-dessus (Inédit

N. B. Le second alinéa de la lettre du 6 décembre n'ayant agréé ni à Quélen ni à Garibaldi, les deux prélats proposèrent de le modifier comme il suit :

TEXTE QUELEN Si, dans la position où je me trouve, j'ai pensé qu'il était utile et personnellement nécessaire de joindre à l'expression de mon obéissance cette clause surérogatoire, je n'ai cependant pas prétendu que le pape ait pu dans son encyclique, ou qu'il veuille jamais, franchir les limites de Fautorité confiée à r Eglise dont il est Vorgane.

TEXTE GARIBALDI Si, dans la position où je me trouve... cette cause surérogatoire, je n'ai cependant pas entendu restreindre en aucune manière cette expression de mon obéissance, convaincu que le pape ne franchit jamais les limites de son autorité apostolique.

REPONSE DE LAMENNAIS ET QUATRIÈME DECLARATION (II décembre i833).

Monseigneur,

J ai reçu hier la lettre que Votre Emineuce ma tait l'honneur de m'écrire le jS novembre. J'y ai vu avec beaucoup de peine que Sa Sainteté ait considéré certaines expressions de ma déclaration du 5 novembre dernier comme une clause restrictive de ma soumission à l'Encyclique du i5 août i833. Jamais cette pensée n'a été la mienne. Toutefois, afin de me conformer pleinement aux désirs du Souverain Pontife que vous m'exprimez dans votre lettre, j'ai l'honneur de vous envoyer une nouvelle déclaration conçue uniquement dans les termes du Bref adressé le .5 octobre dernier à M. l'Evèque de Rennes.

Recevez, je vous prie, l'assurance du profond respect et du dévouement avec lesquels, etc.

Déclaration jointe :

Ego infra scriptus, in ipsa verborum forma quae in Brev, summi pontificis Gregorii XVI, dato die 5 oclobr. an. i833 continetur, doctrinam Encyclicis ejusdem pontifiais litteris traditam, me unice et absolute sequi confirmo, nihilque ab illa alienum me aut scripturum esse, aut probaturum.

Lutetiaj Parisiorum, die ii décemb. an. i8J3.

^ D'aprch l'original. Arch. Vat. Dossier Lamennai

4'>sO LAMENNAIS ET LE SAINT-SIEGE

BREF A LAMENNAIS (28 décembre i83H)'.

DiLF.CTE FlLl, SALUTEM ET APO9T0LICAM EESEDICTIONEM

Quod de tua in Nos et Apostolicam Sedem iide pollicebamur Nobis, id demum te peregisse lœti conspeximus humili simplicique declarationc, quam per veuerabilem fratreni noslrum Bartholomœum Cardinalem Episcopum Ostiensem ad nos perferendam curasti. Benediximus quidem Patri luminuni, a quo est tanta hœc consolatio, quain vere dicimus cum Psalmista secundum multitudinem dolorum laetificasse animam nostram.

Paternœ hinc cai-itatis visccra, affectu quo possumus maximo, dilatamus ad te, dilecto Fili, ovantesque in Domino gratulamur tibi veram nunc et plenatu pacem adeplo, ex illius liberalitate qui salvat humiles spiritu, et eos repellil qui secundum elementa raundi sapiunt, non secundum soientlam quae quippe ex ipso est. Hœc illustrior, hsec vera victoria est quie vincit munduoi perennemque tuo nomini gloriam pariet nullis te huiuanis rationibus abductum nullaque insidiautiun liostium machinatione detentum, eo duntaxat contendisse quo parentis amantissimi voces, ex veri honestique prœscripto, arcesserunt.

Perge igitur, dilecte Fili, hisec virtutis, docilitatis. lideique itineribus laela id genus Ecclesiie exhibere; eaque ipsa, qua prœstas, ingenii, ac scientiœ lande connitere. ut cœteri eliam, ex tradita nostris encyclicis Littei'is doctrina, idem sentiantac testentur unanimes. Magnus quidem gaudio nosti'os jam ex eo cumulus accessit, quod illico curaveris> ut declarationem, quam accepimus, cderet de ea re probatissimam dilectus ûlius Gerbetius, alter ex tuis alumnis, quem idcirco nostra hac epistola volumus praecipue commendatum.

At dissimulare haud fas est, inimicum hominem superseminaturum adhuc essezizania. Attamen, macteanimo! Fili, sanctique propositi tenax, eo lidenter te recipias, ubi uni-

1 D'après les Affaires de Borne et la minute des Arch. Vat. Dossier Lamannais

l'IKCES JLSTll ICATIVES ',21

versis nuirus est, inclaniat S. Innocentius ponlifex, ubi securitas, ubi portas expers /luctuuni, ubi bonorum thésaurus innumerabilium. Ihi siquidcm ad petram consistens, quce Christus est, praeliabcris strcuuc ac luto praelia Domiui ul sana ubique doctnna floreat, uuUisque novitatum oommentis honestissimo quovis prœtextu convectis catholica pax perturbetur.

Fiaem hic facimus epistolaî, quam nostrae erga te voluntatis testem mittiinus; id porro unum ab omnium bonorum largitore Deo impensissime efDagilamus, ut exoi-aule Virgine sanctissima, quœ in tetcrrima temporum aspcritate spes nostra est, dux et magistra, confirmet ipse opus, quod oporatus est. tantique pra,'sidii auspicem apostolicara tibi bencdictionom amantissime impertimiir.

Datum Piomie, apud S. Petrum, die xxviii dccembris MDCCCXXXIII, poutificalus nostri anno tertio.

CORRESPONDANCE DE Msr DE QUELEN AVEC LAMENNAIS'

(28 mars -29 avril i834)

A. Lettre de M^' de Quélen (inédite).

(Vendredi-saint, 28 mars).

Monsieur l'abbé,

ÎS'e regardez pas cette lettre d'inslances comme une persécution de l'autorité, mais comme une poursuite de l'amitié. Les pensées et les réflexions de ces saints jours où nous rappelons, où nous honorons la mémoire de cette obéissance jus(/u à la mort récompensée par une gloire au-dessus de toute gloire m'ont ramené vers vous. J'ai béni Dieu de ce qui a été fait au sujet de l'encyclique, je l'ai remercié de m avoir permis d'y participer. Mais je vous l'ai dit, je vous le répète, ma joie n'est pas complète parce que votre gloire n'est pas achevée, parce qu'il vous reste, il me semble, un devoir à remplir; et il me parait si facile, si loin des incon-

^ D'après les copies certifiées envoyées au pape par Quélen. Arch. \at. Dossier Lamennais.

vénients que vous redoutez, que je ue peux compi-endre un moment d'hésitation. Il est si convenable et en même temps si simple de faire un accusé de réception que je joindrais à une réponse au Saint-Père! Sans cela, vous laisseriez une impression pénible qui ne peut être compensée par aucun avantage. Votre réserve, votre refus sur ce point ne sera justifié aux yeux de personne.

Vous allez partir, vous allez quitter mon diocèse ; qui sait si nous nous reverrons avant 1 éternité ? Donnez-moi la consolation de vous avoir persuadé, d'avoir obtenu ce que je regarde comme indispensable ; épargnez à mon attachement pour vous un silence d'autant plus pénible qu'il serait accusateur.

Je me permets de joindre ici un modèle ou projet de lettre au pape pour lui accuser réception du bref que je vous ai remis de sa part. En vérité, la main sur la conscience, je ne puis comprendre comment il y a moyen de s'en dispenser, sous peine de manquer aux plus simples règles de la politesse.

Vous voyez ma franchise, vous connaissez mon cœur. J'ai satisfait à l'un et à l'autre, tous les deux vous redisent avec quel tendre dévouement je suis et serai, monsieur l'abbé, votre tout affectionné serviteur.

Projet de lettre au pape

Très Saint Père,

M. l'archevêque de Paris ma remis le bref que Votre Sainteté a eu la bonté de m'adresser sous la date du 28 décembre dernier, à Toccasion de mon adhésion pure et simple à son encyclique du i5 août i832. Je la prie de recevoir mes remerciements pour la bienveillance qu'elle veut bien me témoigner et les expressions aussi honorables que paternelles dont elle use à mon égard.

M. Gerbet dont Votre Sainteté a voulu faire mention dans ce bref vous supplie également, Très Saint Père, d'agréer l'expression de sa respectueuse reconnaissance. L'un et l'autre nous nous faisons un devoir d'assurer à Votre Sainteté que nous n'avons rien plus à cœur que d'éviter de devenir, même involontairement, un sujet de trouble dans l'Eglise, et que de la persuader, non seulement de notre obéissance parfaite dans toute l'étendue de notre devoir,

PIÈCES JUSTIFICATIVES .'l*'^

mais encore de la disposition sincère où nous sommes, avec la grâce de Dieu, de lui prouver, de toutes les manières possibles, notre vénération, notre amour, et notre dévouement inviolable.

C'est dans ces sentiments que, prosterné aux pieds de Votre Sainteté, j'implore sa bénédiction apostolique.

B. Réponse de Lamennais.

Monseigneur, Rien au monde ne saurait m'ètrc plus pénible que de no pouvoir taire une chose que vous désirez. Mais, quelque simple qu'elle paraisse en soi au premier abord, il serait possible qu'elle eût pour moi des conséquences si graves que je manquerais à toute prudence si je me laissais aller au sentiment qui, en cette occasion comme en toutes les autres, me porterait à vous complaire, aussi bien qu'à témoigner au souverain Pontife mon humble et profond respect. Je suis averti qu'en ce moment on ourdit contre moi de nouvelles intrigues, et jeu ai la preuve entre les mains. Il m'importe donc extrêmement de ne rien faire ni de rien écrire dont mes ennemis puissent abuser plus tard pour me placer dans une position fausse ou équivoque. Or, la lettre dont vous m'envoyez le modèle, et toute lettre semblable, serait certainement de nature à leur procurer cet avantage. On la présenterait comme un engagement de concourir, au moins par mon silence, au système politique de Rome; et cet engagement, je ne puis le prendre : ma conscience me le défend. Je ne promettrai jamais ce que je ne suis pas résolu à tenir. En souscrivant aveuglément à tout ce qu'on m'a demandé, j'ai voulu prouver que j'étais, quoi qu'on eût dit. un homme de paix; et tout ce quej'ai supporté, sans répoudre un seul mot, de provocations, d'injures, d'outrages et de calomnies, le prouve encore assez, je pense. Cette paix à laquelle j'ai fait des sacrillces qui peut-être un jour honoreront ma mémoire, cette paix que de toute mon âme j'ai voulu pour les autres, qu'on m en laisse jouir à mon tour, j'y ai droit. Ce n'est pas moi qui la troublerai. J'ai déclaré que dorénavant je ne m'occuperais en aucune façon de rien de ce qui touche la religion catholique et l'Eglise. Que demanderait-on de plus? Voudrait-on qu'étranger à ma patrie, à l'humanité, je demeurasse indifférent à ce qui les intéresse? Mais quelle puissance pourrait me dispenser de

\i\ LAMENNAIS ET LE SAINT-SIEGE

mes devoirs envers elles? Quoi qu'il arrive, je les remplirai dans mon étroite sphère; et si de nouvelles persécutions doivent être le prix de ma fidélité à ces devoirs sacrés, Dieu me donnera, je n'en doute nullement, la force de les supporter avec la constance qui sied à un homme plein de foi dans l'éternelle justice et peu soucieux de ce qui n est qae du temps.

La position où je me trouve placé est si particulière, si en dehors des communes circonstances de la vie, qu'elle justifiera, je l'espère, à vos yeux, ma persistance dans une résolution qui n'a, comme mes actes précédents, pour objet que la conservation de la paix.

Daignez agréer l'hommage du respect et de l'attachement avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc, Paris, 29 mars i834.

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