‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834; d'après des documents inédits et les archives du VaticanChapitre 7 sur 65 · PE>'DANT LA NONCIATURE DE M»*" MACCHI · texte numérisé non relu

PE>'DANT LA NONCIATURE DE M»*" MACCHI

homme d' un grand mérite* ; et dix ans plus tard, dans le pamphlet des Affaires de Rome, il assurait que « la mémoire » du pontife ne cesserait jamais de lui être « vénérable et chère. »

Léon XII, de son côté, garda le souvenir de rillustre écrivain. Il demandait de ses nouvelles avec affection à ses amis, il accepta avec plaisir son portrait ^ ; il semble même avoir eu, dès le premier moment, quelque idée de fixer Lamennais à Rome. « S'il veut un canonicat, nous le lui donnerons, disait le cardinal délia Somaglia à Artaud. On pourrait l'attacher à quelque bibliothèque, comme M^'""' Mai. » Artaud laissa tomber ce propos : il ne savait pas comment le projet serait pris à Paris et il le jugait d'ailleurs inexécutable, parce que « le fier breton » s'y prêterait mal, parce que sa « franchise lui nuiraitpendantun longséjourà Rome », parce qu'enfin « les ecclésiastiques en possession de diriger les décisions du Saint- Siège verraient cet établissement avec peine et le combattraient avec succès^ ». L'affaire

1 Forgues, II, p. i85. Lettre du i3 juillet 1824.

2 /feirf.,I, p. 3o. LeUresde Ventura (8 juin 1827), d'Orioli (9 août 1827). — Ceci prouve que le portrait fut offert et accepté ; mais les preuves manquent pour établir que ce portrait était le seul ornement du cabinet du pape; et Lambruschini met le fait en doute.

' Arch. AIT. éir. Rome, 908. Dépèche du i3 juillet 1824.

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n'alla jamais plus loin, le cardinal ayant sans doute interprété le silence d'Artaud comme un signe des dispositions fâcheuses du gouvernement français. Un peu plus tard, l'idée revint sous une autre forme ; non que Léon XII ait jamais voulu faire de Lamennais un cardinal (le fait est dénué de preuves et même invraisemblable ^) ; mais il est à croire, comme Artaud le dit expressément, qu'il fut question

1 Ce sont les Senfft qui, à trois reprises, ont insinué, puis aUirmé à I^amennais que Léon XII le voulait cardinal et l'avait i-ései-yô in petto (Voir Forgues, I. p. 53; II, p. i8, i8o. Lettres du i5 novembre 1826, février 1829, janvier i83o). Lamennais relève vaguement le fait, dans une réponse du 28 février 1829, et d'une façon précise le 22 janvier i83o.

Les Senfft disaient ce qu'ils pensaient; mais leurs dires ne sont pas des preuves. Léon XII savait, à n'en pas douter, que le cabinet des Tuileries n'accepterait pas l'élévation de Lamennais au cardinalat; comment imaginer que ce pape, dont la conduite fut toujours très circonspecte à l'égard du gouvernement français, se serait arrêté à une décision en travers de laquelle il aurait rencontré ce même gouvernement? Invraisemblable en 1824, ce dessein l'est plus encore les années suivantes, parce que Lamennais est en opposition plus ouverte avec les ministres de Charles X.

Keste le témoignage de Wiseman dans ses Souvenirs des quatre derniers papes. Il est assez caractéristique ; mais il ne démontre rien : 1° parce que l'auteur cite de mémoire une allocution consistoriale dont il ne donne pas la date précise ; 2° parce que ce texte ne s'applique pas nécessairement à Lamennais ; 3'^ parce qu'enfin nous savons, par une conversation du cardinal délia Somaglia avec Artaud (dépêche du 28 novembre 1826) que le personnage réservé dans l'allocution du 20 octobre était, non pas Lamennais, mais le prélat Marchetti. — Au surplus, nulle trace du projet attribué à Léon XII ne se rencontre ni dans la correspondance de l'ambassadeur de France à Rome, ni dans celle du nonce de Paris.

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d'un titre d'évêque in par tibits et que le projet échoua par l'opposition qu'y mit le ministère \ Quoi qu'il en soit, il est indéniable que le souverain pontrfe témoigna au pèlerin de 1824 une grande bienveillance, et que, dès cette date, il l'eût volontiers retenu dans la ville éternelle, à un titre quelconque. Si Tévénement se fut réalisé, les menaisiens y auraient applaudi et ils y auraient vu pour les idées du maître mille chances de prévaloir dans les conseils du Saint-Siège. Cinq ans plus tard, Lamennais observait avec beaucoup de clairvoyance que son influence eut été petite ■. Et rien n'est plus sûr. Son caractère impérieux, son impatience d'agir, ses plans de réforme universelle étaient trop peu accommodés aux habitudes du sacré collège et au tempérament personnel de Léon Xll ; inquiétant dès le début, bientôt isolé des grandes affaires, « le fier breton » — comme l'appelait Artaud — serait devenu, pour le plus grand tourment de sa vie, le témoin forcé et impuissant d'un gouvernement ecclésiastique jugé par lui déplorable. Le pape montraitqu'il avait pénétré l'homme, quand il disait au cardinal délia Somaglia: « c'est un exalté » ; et au cardinal Turiozzi : « Ce français est un homme distingué, il a du talent, de l'instruction, je lui crois de la bonne foi; mais

^ Artaud. Histoire du pape Léon XII, I, p. 270. 2 Forgues, II, p. 18. Lettre du 28 février 1829.

c'estundecesamantsclelaperfection,qui,sion les laissait faire, bouleverseraient le monde ^ ». Le projet de retenir à Rome un personnage de cette trempe, tiendrait donc plus de la prudence que de la faveur ; c'était, pourrait-on dire, un traitement médicinal que le pape avait en vue. En arrachant à l'excitation du milieu parisien, aux tracasseries d'un pouvoir maladroit; un publiciste exposé à manquer de mesure, on comptait l'assagir ; la vertu apaisante de Tatmosphère romaine, la satisfaction du mérite reconnûmes conseils directs du Vatican auraient aidé à la cure ; et ainsi le grand écrivain aurait été gardé de tous les hasards, sans rien perdre de sa puissance. Voilà, semble-t-il, en quelles bornes il convient de renfermer la bienveillance témoignée par Léon XIl à Lamennais en 1824. La porter au delà est une imagination pure, en désaccord avec les faits certains, avec la psychologie du pape, avec la conduite tenueparRome,dansles affaires publiquesauxquelles mêla son nom le futur fondateur de r Avenir.

Avant 1825. Lamennais s'était occupé de la religion dans ses rapports avec la politique.

1 Arch. Aff. étr., Rome, 908. f" i38, dép. du 9 août; fo ao5, Artaud au baron de Damas, i3 septembre i8a4-

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On n'a qu'à relever, dans ses premiers et deuxièmes Mélanges, ses articles du Conservateur et du Drapeau blanc, pour s'en rendre compte. Mais c'étaient là des vues de détail, des exposés partiels de la situation de l'Eglise en France. A son retour de Rome, le journaliste décida de dire sa pensée plus au long, dans une brochure qui révélât aux catholiques de notre pays où ils en étaient.

Ceux-ci apprirent donc que la société politique et civile régie pour la Charte de i8i4 était athée ; que cet athéisme dominait la famille aussi bien que la cité ; et que la loi regardait la refigion catholique comme une chose d'administration, à l'égal des théâtres et des haras. Pour beaucoup de fidèles qui avaient assisté avec émotion au Te Deum chanté à Notre-Dame devant Charles X, le 25 septembre 1824, pour célébrer son joyeux et chrétien avènement, les révélations de Lamennais durentparaîtrequelque peu paradoxales. D'autant que Montlosier venait de reprocher à Louis XVIIl de chercher dans la religion l'appui de son trône, et qu'il s'apprêtait à dénoncer à l'opinion « le système » organisé par « la congrégation et les prêtres » — avec la complicité du pouvoir — pour s'emparer du gouvernement'. Qui avait raison du gentilhomme auver-

^ La monarchie française au i*"" janvier 1824, p. 243 ; Mémoire à consulter sur un système religieux et politique.

gnat ou du prêtre breton ? Les journaux se partagèrent là-dessus, au gré des préférences du parti qu'ils servaient. Et ces contradictions ne firent qu'animer à la lutte le solitaire de la Chênaie. Une brochure nouvelle mit en cause, avec plus de vivacité encore, le gouvernement royal. Il était ni plus ni moins accusé de coopérer à une tentative de schisme et d'église nationale.

Le sacre de Charles X à Reims, le discours prononcé à cette occasion par le cardinal de la Fare, le réquisitoire du procureur Bellart contre le Courrier et le Constitutionnel poursuivis d'office pour avoir outragé la religion, l'entrée de trois prélats au Conseil d'Etat, la nomination de quelques évêques à la pairie, la restauration de la faculté de théologie à la Sorbonne, semblaient témoigner que le roi de France entendait honorer et aider l'Eglise en fils de Saint-Louis. Mais, aux yeux de Lamennais, ces actes s'expliquaient autrement; ils amèneraient plus de servitude que de protection ; et en tout cas ils n'apportaient aucune atténuation à la prétention avouée par le gouvernement de restaurer, dans la nouvelle Eglise gallicane, tous le gallicanisme de l'ancienne. Le ministre des affaires ecclésiastiques venait

p. 17, 76. — Ce dernier ouvrage est de 1826 ; mais les idées en avaient été développées dès iSaS, par Montlosier. dans une série de lettres publiées dans le Drapeau blanc.

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de reprendre, comme au nom du pouvoir, la théologie de 1682, et une circulaire ministérielle avait enjoint aux professeurs de séminaire d'enseigner la doctrine des quatre articles. Logiquement, c'était dresser une chaire, contre la chaire de saint Pierre. Aucune protestation ne pouvait empêcher les faits d'avoir cette signification et cette portée. Or, sans le pape infaillible et souverain, point d'Eglise; sans Eglise pointde christianisme ; sans christianisme, point de religion. La rigueur des raisonnements, comme l'étude de l'histoire, démontrait la liaison inévitable de ces trois propositions. Dès lors — et quelles que fussent les intentions de ceux qui, en remettant sur pied le gallicanisme, dressaient un bélier contre les murs de la cité temporelle comme de la cité spirituelle — la conséquence était certaine : « ce système athée, si rien n'en arrête le développement, anéantira la société humaine et le genre humain même » ; seule l'Eglise survivra à cette ruine universelle « et s'élèveraau séjour qui lui est promis, en chantant l'hymne de l'éternité, »

Ces mots sont les derniers par lesquels s'achève le livre De la religion considérée clans ses rapports avec l'ordre civil et politique. La perspective qu'ils ouvrent au lecteur surpris, est toute semblable à celle qu'entrevoyait Platon, quand il écrivait dans son traité des

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Lois ces paroles prises par Lamennais pour épigraphe : Omnis humanœ societatis funclamentuni corivellit, qui religioneni convellit. Mais un apologiste du christianisme comme Frayssinous avait peine à reconnaître qu'il travaillât à bouleverser la société, en se proclamant le disciple de Bossuet ; et Picot, dont la plume s'occupait à écrire l'histoire ecclésiastique de notre xviii" siècle, ne pouvait saisir comment le gallicanisme Tempéchait d'être l'ami de la religion et du roi. La cour et la ville le comprenaient moins encore. De même le vieux clergé. Seuls, ou à peu près, les jeunes prêtres battaient des mains au langage de Lamennais. Cette profession de foi ultramontaine, cette logique absolue, ces dures leçons données au pouvoir les ravissaient d'aise : elles satisfaisaient à la fois leur sens catholique, leur inexpérience de la vie et la g^énérosité de le

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âge. Sur l'autorité d'un écrivain de génie, dont ils révéraient le magistère comme celui d'un Père de l'Eglise, ils étaient persuadés que le malheur capital des temps modernes était de dénier aux pontifes romains la puissance et le rôle incarnés dans le nom de Grégoire VII ; ils voyaient, dans les gallicans du parlement et de l'épiscopat, les pires ennemis de la foi et de la grandeur nationale.

Cet état d'esprit était pour Lamennais un sujet de consolation et d'espoir ; son âme.

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froissée de mille contradictions, s'épanouissait au rayonnement d'une sympathie grandissante; l'avenir lui paraissait moins sombre, quand il regardait le clergé destiné à former la conscience des générations nouvelles \

Le gouvernement, au contraire, s'inquiétait d'un ultramontanisme aussi décidé, en voie de se répandre par tout le pays. Tout en jugeant excessives les préoccupations deMontlosier, il avait les siennes. S'il eût pu y réussir, il aurait aimé à solidariser l'épiscopat tout entier, dans une déclaration de principes respectueuse de Rome et favorable à l'indépendance des princes. L'entreprise ne put aboutir comme on l'eût rêvée. Frayssinous, ainsi qu'il convenait à l'auteur des Vrais principes de l'Eglise gallicane, rédigea bien le manifeste ; mais il manqua au bas nombre de signatures; celles qui y furent apposées à Paris même avaient le malheur d'être données par des prélats que leurs relations particulières avec le pouvoir semblaient condamner d'avance à servir docilement ses vues ; les adhésions qui suivirent, outre qu'elles furent sollicitées par une circulaire ministérielle de Frayssinous, ne dépassèrent pas la trentaine et elles étaient si peu concordantes que le Moniteur n'en publia pas le texte".

^ Forgues, I, p. a34. Lettre du 26 février 1826.

- Les quatorze signataires^de Paris furent les archevêques

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On devine si de pareils combattants pouvaient faire reculer celui qui avait juré dans son cœur d'exterminer le gallicanisme. La magistrature — que le gouvernement commit la maladresse de lancer avec Tépiscopat à Tassant des doctrines ultramontaines — ne fît qu'exaspérer le théologien qu'elle condamna par unarrêtaussiridicule que solennel '. Les brochures des amis de Fraj'^ssinous, en étendant la polémique, l'envenimèrent". Lamen-

de Sens, Reims, Aix, Besançon, Bourges, l'ancien archevêque de Toulouse, les évèques d'Amiens, Aulun, Evreux, Montpellier, Nantes, Quimper, Strasbourg, Tulle. — Les archevêques de Sens et de Besançon, l'ancien archevêque de Toulouse, les évèques de Montpellier, d'Amiens et de Quimper étaient membres de la commission épiscopale, alors réunie au Louvre pour l'exécution de l'ordonnance royale, du 20 juillet 1823, portant institution à Paris d'une « école de hautes études ecclésiastiques » ; l'archevêque de Sens était membre du conseil privé ; les archevêques de Besançon et de Reims, l'évêque d'Autun étaient membres du conseil d'État ; l'évêque de Strasbourg était précepteur du dauphin.

^ Ce jugement (22 avril 1826) prononçait la saisie de l'ouvrage de Lamennais, plus une amende de 3o francs.

- L'abbé Clausel de Coussergues se distingua par son ardeur dans cette polémique : Lettre d'un grand vicaire à un homme du monde; Quelques observations sur le dernier écrit de l abbé de Lamennais; Nouvelles observations ; Dernières observations. Ms^ Clausel de Montais y alla d un mandement et M. Clausel de Coussergues, conseiller à la cour de Cassation, d'un article dans la Quotidienne. Avec Boyer, les trois Clausel étaient parents et compatriotes de Frayssinous. Ce qui faisait dire à Lamennais, dans une cruelle réplique insérée dans le Mémorial catholique : « Par le seul dévouement des siens, Me"" d'Hermopolis a pu s'entourer d'une sorte de concile domestique. »

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nais, aidé de ses disciples du Mémorial catholique, profita de toutes les occasions qui s'offraient d'affirmer ses idées. Dans tous les séminaii'es, dans tous les presbytères de France, il n'y eut plus qu'une question : Valaitil mieux suivre les Aphorismes de Lamennais ou V Antidote à\i sulpicien Boyer*? Exalté par la lutte, l'intrépide champion ne voyait autour de lui que des pervers faisant la guerre à la vérité ou des lâches qui tournaient le dos à l'ennemi.

Le silence du pape lui était une énigme. En regardant du côté de Rome, il disait tristement : « On est bien faible là où Ion devrait être si fort ". » Persuadé que ses brochures virulentes étaient un acte nécessaire, commandé par le service de la religion, il n'arrivait pas à comprendre comment les chefs de la hiérarchie demeuraient dans une réserve expectante. Seule la mort à brève échéance du gallicanisme, sous les foudres du Vatican, pouvait sauver l'Église et l'État. « On s'étonne du silence de Rome, écrivait-il, et personne ne peut savoir ce que deviendrait cet étonnement, s'il se prolongeait. Il y a des moments qu'il faut saisir et qui ne se représentent pas.

' Les Aphorismata étaient un sinaple feuillet de Lamennais contre la déclaration de i68-2. Boyer y répondit par Y Antidote contre les Aphorismes.

■' Forgues, I, p. 234. Lettre du 26 février 1826.

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Une autre chose qu'il n'est pas moins important de concevoir, et qui tient à l'état des esprits et de la société, c'est que, si Ton parle, on doit parler très franchement et très fortement. La moindre hésitation, le moindre ambage réduirait presque à rien l'effet du jugement prononcé ; le courage de la vérité et de l'autorité, la confiance dans leur force, est aujourd'hui la politique la plus sûre et la vraie prudence. Paraître craindre c'est être vaincu. Voilà ce qu'on ne se persuadera jamais assez. De plus, si l'on ne va pas droit au fait, on continuera de disputer éternellelement. Les distinctions, les subtilités perpétueront la querelle, et finiront par jeter du ridicule sur le fond même de la doctrine... Dieu veuille qu'on ne se laisse pas gagner par le temps'. )>

Telles étaient les idées arrêtées de l'ardent polémiste sur les devoirs de Rome. On doit juger de sa stupeur quand ses adversaires se mirent à répandre le bruit que Léon XII, loin de soutenir les ultramontains de France, les désavouait ■. Lamennais para d'abord le coup, comme il put, répondant qu'il ne ré-

i Ibid., p. aSg. Lettre du i8 mars 1826. — Dans le même sens, lettres du i'^'" avril (p. 243), du 8 juillet (p. 257), du 9 août (p. 261).

- Clausel de Coussergues, le député, affirma le fait, dans une brochure d'abord, puis dans la Quotidienne du 22 aoïît 1826 la Gazette de France y fit écho.

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pondrait rien, et que le temps dissiperait vite les illusions des gens assez crédules pour se lier à des allégations audacieuses. [Quotidienne, 2.3 août.) En réalité, il était embarrassé et inquiet. Pour sortir d'embarras et d'inquiétude, il écrivit à son ami Ventura et au nonce de Paris'. Délivré à peine d'une crise cardiaque qui avait mis sa vie en danger, à la veille de partir pour les Pyrénées, il demandait à M"" Macclii lumière et force.

« Je crois de mon devoir de vous soumettre ([uelques observations fort importantes sur l'état actuel de la controverse avec les gallicans. Ils ont cessé de répondre aux preuves qu'on leur oppose ; écrasés par ces preuves, ils redoutent la discussion et la fuiront désormais de plus en plus. Sous ce rapport, le triomphe des doctrines catholiques est complet. Mais, à défaut de raisons, les adversaires de Rome ont recours en ce moment à un autre moyen pour ruiner la vérité dans les esprits. Ils font parler le souverain Pontife et, par une imposture très dangereuse, ils mettent dans sa bouche les louanges les plus expresses de la déclaration du 3 avril et un désaveu formel de ceux qui soutiennent ses propres sentiments. Je sais bien que tout cela n'est qu'un grossier mensonge; mais si ce mensonge n'est

' Voir la lettre à Ventura dans Études, 5 mars iqio.

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pas relevé, il passera sans aucun doute pour une vérité constante, et rattachement même des catholiques français pour le pape les précipitera dans le gallicanisme. Cette conséquence est inévitable. D'un autre côté, les défenseurs du Saint-Siège et de ses doctrines se trouveront dans la position la plus difficile et la plus fausse, puisqu'ils paraîtront en hostilité contre Rome, en continuant de coml)attre pour elle.

« Le sort de la religion dans ce pays peut dépendre du parti qu'on prendra. Les conjonctures, n'en doutez pas, sont graves et pressantes. On met audacieusement en scène le Saint-Père lui-même ; on s'autorise de lui pour propager des maximes de schisme ; et les imposteurs seront crus, si l'on garde le silence ; se taire, lorsqu'on affirme de semblables faits, c'est les avouer. Pour moi, je mets toute ma confiance en Dieu ; c'est devant lui que je vous écris ; j'ai voulu acquitter ma conscience, voilà tout. »

Ces lignes sont du 26 août 1826. Elles furent immédiatement transmises à la secrétairerie d'Etat par M^' Macchi. Le cardinal délia Somaglia répondit que le fait dont on s'enquérait avec tant de sollicitude était controuvé'. Avant même de recevoir cette dépêche con-

1 Arch. Vat. Corr. No-nc. Lettre du 9 septembre 1826.

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