‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834; d'après des documents inédits et les archives du VaticanChapitre 8 sur 65 · PENDANT LA NONCIATURE DE M^"" MACCHT V · texte numérisé non relu

PENDANT LA NONCIATURE DE M^"" MACCHT V

solante, le nonce avait fait savoir, dans une visite, ce qu'il pensait de l'incident ; il ne voyait là que des caprices de chien aboyant après la lune'. Mais il était bien impossible à Tànie mélancolique et violente de Lamennais de prendre les choses avec cette philosophie enjouée. Calmées pour un temps, ses appréhensions ne devaient pas tarder à reparaître plus vives.

Quelle était donc précisément, sur la situation politico-religieuse, la pensée de Home?

Le nonce apostolique à Paris, M§'" Macchi, n était pas arrivé dans notre pays sans instructions. Quand il était venu, en 1819, reprendre la place dont un geste violent de Napoléon avait chassé Caprara, dix années auparavant, on n'avait pas manqué de lui dire comment il devait se conduire à l'égard du gallicanisme. A tout prix, il devait éviter que le clergé de France souscrivît de nouveau les articles de 1682. Cependant, on lui recommandait la prudence, la circonspection, les ménagements ; on lui rappelait que si la déclaration avait été cassée et annulée par les souverains Pontifes — notamment par Innocent XII et Pie VI — la doctrine même des quatre articles n'avait fait l'objet d'aucun

^ C. de Ladoue. Monseigneur Gerhet, I, p. 334. Lettre d'Ange Blaize à Lamennais, racontant la visite du nonce.

jugement direct et formel de Rome\ C'est dans ces avis de sa Gom% et non dans les diatribes de Lamennais, que le nonce cherchait la règle de sa conduite.

Les attaques très nettes contre la déclaration de 1682 étaient loin de lui déplaire. 11 s'était empressé d'envoyer au cardinal délia Somaglia un exemplaire de La religion considérée dans ses rapports avec V ordre civil et politique. Au premier bruit que Lamennais pourrait avoir à répondre de son livre devant les tribunaux, il avait multiplié les démarches auprès des ministres et du président de la cour, pour empêcher ce scandale et cette faute ^ Quand le procès eut lieu, il en fut navrée A l'égard de l'ouvrage et de l'auteur, son sentiment vrai était fait d'admiration et de reconnaissance. Dans un pays où les libertés gallicanes étaient dans la bouche de tous, et l'ignorance de la matière extrême, Lamennais venait d'écrire un livre fort et lumineux qui manquait '^ et il n'y avait qu'à louer le courage avec lequel il s'était exposé à mille ennuis pour la défense du Saint-Siège '". Puis le nonce ajoutait :

^ Arch . de la Nonc. de Paris.

2 Arch. Vat. Corr. Nonc, Dépêches des 4 et i5 mars 1826.

■■* Ihid., Dépêche du 34 avril i8a6.

* Ibid., Dépêche du 4 mars 1826.

^ fhid.. Dépêche du i5 mars.

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« Quelques personnes bien pensantes taxent d'imprudence M. de la Mennais, comme s'il avait voulu par son livre jeter une bombe et faire de l'éclat. Il serait certainement plus sage et meilleur de ne point agiter de pareilles questions, spécialement dans un royaume comme celui de France à l'heure actuelle. Mais si la prudence doit plaire, si elle me plaît à moi aussi et si j'en use quand elle est nécessaire, cependant je ne suis pas d'accord avec ceux qui blâment 1 auteur de cet écrit; j en loue au contraire le courage et le mérite. Tandis que nous avons la douleur, depuis un an, de voir imprimés tant de livres dénigrant odieusement la religion, le Saint- Siège, le clergé; tandis qu'on n'en finit pas de déclamer, sous le couvert des libertés gallicanes, contre le catholicisme...; tandis que jV[gr Frayssinous a jeté de nouveau dans le public la question des quatre articles, en rééditant un livre en leur faveur... \ c'est un vrai mérite de la part d'un ecclésiastique français d'avoir élevé la voix avec zèle pour venger la vérité, défendre le Saint-Siège, la religion, le clergé et le trône lui-même.

« J'en conviens, il y a dans le livre des expres-

^ La troisième édition des Vrais principes avait paru en janvier 1826, avant l'Ocrit de Lamennais. Le nonce l'avait renvoyée à Rome sans réflexion d'aucune sorte ; de même VAndeltio de Boyer.

sions très fortes, et des personnalités capables d'irriter. Si Tabbé de la Mennais m'avait consulté avant d'écrire, je n'aurais certainement pas omis de lui faire à ce sujet mes justes observations. Mais il ne m'a parlé de son dessein, qu'au moment où l'ouvrage était sous presse, et le fait est que des personnes d'une intelligence et d'un savoir reconnus, après avoir lu le livre, l'ont déclaré admirable. Il produit très grand effet *. »

A Rome, l'impression était moins favorable. Eloignés du théâtre de la polémique, le pape et le secrétaire d'Etat apercevaient et sentaient, moins vivement que le nonce, le détail des circonstances qui justifiaient le livre de Lamennais; très attentifs à ménager l'épiscopat et le gouvernement, ils étaient choqués qu'un prêtre eût osé maltraiter l'un et l'autre ; entourés de docteurs habitués à éplucher les textes, ils étaient frappés de certaines entorses données à la doctrine et qu'une lecture rapide n'avait peut-être pas permis à M»"" Macchi d'apercevoir.

Léon Xll, comme son ministre à Paris, avait eu grand déplaisir des écrits de Montlosier, de l'arrêt prononcé par la cour royale dans le procès du Constitutionnel et du Courrier^ de la déclaration signée par les évêques

1 Ihid., Dépêche du i5 mars iS'iG.

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